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673. Les pronoms dans les in­fi­ni­tives com­plé­ments de verbes de perception

Le sujet ou l’objet du verbe de l’in­fi­ni­tive peuvent être des pronoms personnels. Si le sujet du verbe prin­ci­pal est le mê­me que celui de l’in­fi­ni­tif, on uti­li­se des formes réfléchies. Quel­ques rè­gles particulières sont à observer.

1. Pronom personnel sujet

– le pronom sujet d’un in­fi­ni­tif intransitif se place devant le verbe principal et non pas, comme c’est le cas dans les complétives participiales en finnois, devant l’infinitif dont il est sujet. En outre, bien qu'il soit syntaxiquement le sujet de l'infinitif, il est à la forme objet direct. Si le sujet de l'infinitif renvoie au même référent que le sujet du verbe principal, le pronom est à la forme réfléchie (voir tab. 308) :

Je l’ai vu courir. [le est le sujet de courir]
Ils nous écoutent parler. [nous est le sujet de parler]
Je ne t’imaginais pas réagir de la sorte. [te est le sujet de réagir]
Elle s’est enfin sentie devenir adulte. [se est le sujet de devenir]

– si le verbe a un objet GN, le pronom personnel sujet de l’in­fi­ni­tif est à la forme me, te, le/la/les, mais à la troisième personne on peut aussi employer, lui/leur surtout avec le verbe faire :

Je ne les ai jamais vus acheter de cadeaux à leurs parents.
Ils l’ont laissé conduire la voiture.
Je ne lui ai jamais vu avoir cet air. / Je ne l’ai jamais vu avoir cet air.
Je lui ai déjà entendu dire ce genre de choses. / Je l’ai déjà entendu dire ce genre de choses.
Je lui ai laissé faire son devoir. / Je l’ai laissé faire son devoir.
Il faut que tu lui fasses apprendre ses leçons.
Je vais leur faire acheter le livre, c’est plus simple que de l’emprunter sans arrêt à la bibliothèque.
Cette forme peut leur faire croire que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité.

L’uti­li­sation de lui / leur n’est pas possible dans des in­fi­ni­tives COD des verbes regarder et écouter.

Attention à bien interpréter le pronom lui selon les cas :

Je lui ferai jouer du piano. ”Panen hänet soittamaan pianoa”.
Je lui ferai acheter une nouvelle veste. Pyydän häntä ostamaan uuden takin. / Pyydän, että hänelle ostetaan uusi takki.

2. Le pronom personnel com­plé­ment

Le pronom personnel com­plé­ment du verbe in­fi­ni­tif se place devant l’in­fi­ni­tif (ce qui permet de le dis­tin­guer du pronom à forme d’objet qui est le sujet de l’in­fi­ni­tif) :

Michel lave la voiture. → Michel la lave.
Je vois Michel la laver. → Je le vois la laver.
Il nous a entendus le leur dire.
Je te vois encore le porter.
Tu te vois lui dire une énormité pareille ?
Je le laisserai leur raconter ça plus tard. Hän saa kertoa sen heille myöhemmin.

Quand le verbe principal est faire et laisser, on place tous les pronoms devant le verbe principal :

Il nous l’a fait acheter.
Je ne vous le fais pas dire. Sanokaa muuta! [Mot à mot : En minä saanut teitä sanomaan sitä.]

Dans ce cas, pour dif­fé­ren­cier les pronoms de 3e personne, le pronom sujet est à la forme lui / leur :

Il faudra le lui faire apprendre par cœur.
La méthode dans un ouvrage est l’art de disposer ses pensées dans un ordre propre à les prouver aux autres, ou à les leur faire comprendre.

Dans certaines cons­truc­tions dans la langue soutenue, on peut avoir un pronom cod de 3e personne de­vant le verbe principal ; si on ajoute un COI, il faut maintenir l’ordre normal :

Je me l’entends encore dire.
Je le lui entends encore chanter. [J’entends encore Jean (= lui) chanter cet air (= le).]
Je le lui ai déjà entendu dire.
Je m’entends encore le lui dire.

Remarque : observer la différence entre les deux phrases précédentes :

Je le lui ai déjà entendu dire.
Je m’entends encore le lui dire.

3. Sujet on et cons­truc­tions passives

Si le sujet de l’in­fi­ni­tive est impersonnel, il n’est pas exprimé :

J’ai entendu frapper à la porte, va voir qui c’est.
Je n’ai jamais entendu jouer cette symphonie aussi vite.
Cette expression est assez rare, mais on l’entend dire dans des contextes solennels.

Si le sujet du verbe principal renvoie au mê­me référent que l’objet de l’in­fi­ni­tif (dont le sujet est im­per­son­nel), on uti­li­se une forme réfléchie du pronom :

Elle a senti que quelqu’un la poussait dans le dos. → Elle s’est senti pousser dans le dos.
J’ai entendu que quelqu’un/on m’appelait. → Je me suis entendu appeler.

Au passif, on uti­li­se le verbe à l’in­fi­ni­tif simple (sans être) :

Les skis ont été fartés par un spécialiste. → Ils ont laissé farter les skis par un spécialiste.
Cette symphonie était dirigée par Giulini. → Je l’ai entendu diriger par Giulini.
Elle a senti qu'elle était gagné par l'angoisse. → Elle s’est senti gagner par l’angoisse.

On pourrait aussi formuler cette phrase avec un participe passé :

J’ai entendu cette symphonie dirigée par Giulini. → Je l’ai entendue dirigée par Giulini.

Remarque : sur l’accord du participe dans ces cons­truc­tions, voir p. 493 §5.

4. Proposition relative ou cir­cons­tan­cielle

En cas de doute sur la place des pronoms, on peut la plupart du temps remplacer une in­fi­ni­tive com­plé­ment d’un verbe de perception par une relative ou une proposition cir­cons­tan­cielle, qui sont souvent plus sim­ples à construire :

J’ai entendu quelqu’un crier mon nom. = J’ai entendu quelqu’un qui criait mon nom.
Je l’ai vue sortir. = Je l’ai vue qui sortait.
Elle ne nous a pas entendus entrer. = Elle n’a pas entendu quand nous sommes entrés.
Je m’entends encore le lui dire. = Je m’entends encore quand je le lui ai dit.

Cependant, ces cons­truc­tions avec relatives ou autres propositions sub­or­don­nées ne sont pas toujours exactement équi­va­lentes à la proposition in­fi­ni­tive ; la paraphrase ou l’équi­va­lent sémantique de Je m’en­tends encore le lui dire serait « J’ai encore en mémoire la manière dont je lui ai dit ces paroles / la situation où je lui ai dit ces paroles ». On ne peut pas non plus di­rec­te­ment transformer ces in­fi­ni­tives en complétives conjonctives introduites par que, soit parce que le verbe ne peut pas recevoir une com­plé­ti­ve con­jonc­tive, comme regarder ou écouter, exem­ples (a) et (b), soit parce que la complétive a un sens différent, et n’est donc plus l’équi­va­lent de l’in­fi­ni­tive, exem­ples (c) et (d) :

(a)  Ils regardaient les bateaux passer dans le canal. [transformation impossible, *regarder que serait agrammatical]
(b)  Nous écoutions la pluie tomber sur le toit. [transformation impossible, *écouter que serait agrammatical]
(c)  Je voyais les enfants jouer.
(c’) Je voyais que les enfants jouaient. [signifie plutôt : je pouvais constater que...]
(d)  Elle entendit le train arriver.
(d’) Elle entendit que le train arrivait. [Elle l’a remarqué par exem­ple au coup de sifflet du chef de gare, mais pas forcément au bruit du train].