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674. Les propositions in­fi­ni­tives après les verbes d’opinion

1. Verbes admettant une complétive in­fi­ni­tive

Les complétives in­fi­ni­tives après les verbes d’opinion peuvent s’employer après un nombre limité de verbes :

affirmer, avouer, déclarer, dire, jurer, espérer, prétendre, estimer, penser
croire, s’imaginer, reconnaitre/ admettre, se souvenir, se rappeler, nier

À cette liste, on peut ajouter le verbe sembler, qui n’est pas à proprement parler un verbe d’opinion (déclaratif), mais que l’on emploie de la même manière.

Nous pensons pouvoir accepter votre proposition.
Le comité espère pouvoir remettre son rapport demain.
Ils semblent avoir des difficultés à comprendre.

On peut uti­li­ser un in­fi­ni­tif négatif (voir p. 461), ou un in­fi­ni­tif passé, qui peut avoir un objet, ou un in­fi­ni­tif passé négatif ou passé passif négatif  :

Elle m’a dit ne pas souffrir.
Je crois ne pas avoir été obéi. Luulen, että käskyjäni ei ole noudatettu.

Plus d’exemples…

Il prétend ne pas aimer Bach.
J’avoue ne pas comprendre cette affaire.
Tu sembles ne pas avoir bien compris l’importance de cette décision.
J’estime ne pas avoir à vous répondre. Katson, että minun ei tarvitse vastata teille.
Elle ne pensait pas s’être trompée à ce point sur son compte. Hän ei aavistanut erehtyneensä niin suuresti hänen suhteensa.
Je crois vous avoir dit des choses intéressantes.
Je crois vous l’avoir déjà dit.
Mes parents pensent les avoir vus hier.
Il se souvient être allé en Espagne à cette époque. (Voir p. 680)
Je crois vous avoir dit des choses intéressantes.
L’escroc pensait ne pas avoir été découvert. Huijari ei uskonut tulleensa paljastetuksi.
J’espère ne pas vous avoir trop dérangé. Toivottavasti en ole vaivannut teitä liikaa.
Vous semblez avoir été influencés par des personnes extérieures.

Selon les cas et le sens de la phrase, c’est le verbe de la principale qui se met à la forme négative :

Je ne crois pas vous avoir donné mon accord [et non pas: *Je crois ne pas vous avoir donné mon accord]. En muista antaneeni suostumustani.

On trouve éga­le­ment des cons­truc­tions avec in­fi­ni­tives après des verbes d’opinion passifs, dont le plus courant est être censé, voir exem­ples p. 680 §3.

Les propositions in­fi­ni­tives dépendant des verbes d’opinion sont équi­va­lentes à une pro­po­si­tion complétive conjonctive introduite par que. L’emploi d’une in­fi­ni­tive après les verbes d’opinion est libre et facultatif. Autrement dit, on peut toujours remplacer l’in­fi­ni­tive par une com­plétive conjonctive :

Je crois vous avoir dit des choses intéressantes. = Je crois que je vous ai dit des choses intéressantes.
Il se rappelle être allé en Espagne à cette époque. = Il se rappelle qu’il est allé en Espagne à cette époque.

Plus d’exemples…

Tu sembles t’être trompé. = Il semble que tu te sois trompé.
Il se souvient avoir souvent fait le voyage. = Il se souvient qu’il a souvent fait le voyage.
Je crois vous l’avoir déjà dit. = Je crois que je vous l’ai déjà dit.
Elle m’a dit ne pas souffrir. = Elle m’a dit qu’elle ne souffrait pas.
J’estime ne pas avoir à vous répondre. = J’estime que je n’ai pas à vous répondre.
Elle prétend ne pas aimer Mozart. = Elle prétend qu’elle n’aime pas Mozart.
J’avoue ne pas comprendre cette affaire. = J’avoue que je ne comprends pas cette affaire.
Mes parents pensent les avoir vus hier. = Mes parents pensent qu’ils les ont vus hier.

Ces constructions sont plutôt uti­li­sées dans la langue écrite, tout en étant relativement courantes à l’oral aussi, notamment la variante avec infinitif je crois vous l’avoir déjà dit. Malgré leur aspect un peu complexe, elles sont d’usage tout à fait normal et ne sont nul­le­ment réservées au style soutenu.

Bon à savoir pour l’apprenant de FLE : autres verbes fréquemment employés…

On trouve de nombreux cas dans lesquels on emploie cette cons­truc­tion après des verbes qui ne en principe sont pas censés l’admettre (d’après les grammaires), notamment mentionner et annoncer, proches de déclarer, ou bien démentir, proche de nier

Nicolas Hulot dément aller à l’ONU [titre dans le Figaro en ligne 28.8.2011]

Mais la norme n’admet en principe pas que ces verbes soient suivis d’une in­fi­ni­tive. Dans le cas d’an­noncer, cependant, on peut dire que de nombreux usagers ne sentent pas, ou plus, cet emploi comme fau­tif (plus de 400 oc­cur­rences de la suite annoncer avoir+ participe passé sur Internet en juin 2012, ainsi que d’autres, dont par exem­ple mentionner) :

Shell a annoncé avoir arrêté la fuite de pétrole en Mer du Nord. [site belge, aout 2010]
Toutefois, il [le premier ministre] a mentionné être conscient que la décision finale serait prise par la commission indépendante. [site québécois mai 2011]

L’apprenant FLE ne doit donc pas s’étonner de trouver assez fréquemment des emplois qui contredisent la règle, surtout dans la presse (cet usage est un type d’hypercorrectisme, car les complétives in­fi­ni­tives objet d’un verbe d’opinion sont typiques de la langue écrite). Dans la langue parlée, ce type de cons­truc­tion est qua­si inexistant.

2. Sujet identique obligatoire

La complétive in­fi­ni­tive ne peut s’employer que si le sujet logique de l’in­fi­ni­tif est le mê­me que celui de la « prin­ci­pa­le », c’est-à-dire du verbe dont l’in­fi­ni­tif est le COD. C’est pourquoi on ne peut pas dire, comme en finnois Hän luuli minun tulevan : *Il me pensait venir (me différent de il), on peut dire seulement il pen­sait que je viendrais. L’in­fi­ni­tif peut lui-mê­me avoir un objet :

Il a déclaré accepter le contrat. = Il a déclaré qu’il acceptait le contrat.
Je pense pouvoir venir. = Je pense que je pourrai venir.

Plus d’exemples…

Jean a reconnu s’être trompé. = Jean a reconnu qu’il s’était trompé.
Crois-tu arriver à l’heure ? = Crois-tu que tu arriveras à l’heure ?
Je m’imaginais pouvoir tout lui dire. = Je m’imaginais que je pouvais tout lui dire.
Je n’ai jamais nié avoir participé à une des 13 émissions mais je nie avoir participé à celle où il était question d’un « junkie ».

Exactement comme le participe, l’in­fi­ni­tif n’a que deux temps, présent et passé. Pour marquer la simul­ta­néi­té dans le passé (concordance des temps : il a déclaré qu’il acceptait le contrat), on uti­li­se l’in­fi­ni­tif présent (il a déclaré accepter le contrat). Ne pas mettre le passé ! Il a déclaré avoir accepté le contrat corres­pon­drait à la complétive conjonctive Il a déclaré qu’il avait accepté le contrat. Quand les sujets sont différents, l’emploi d’une complétive avec que est obligatoire :

Hän sanoi hyväksyvänsä sopimuksen (A sanoi A:n hyväksyvän). Il déclare accepter le contrat. 
Hän sanoi hänen hyväksyvän sopimuksen (A sanoi B:n hyväksyvän). Il a déclaré qu’il acceptait le contrat.