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675. Complétives conjonctives et complétives in­fi­ni­tives

1. Des cons­truc­tions similaires

Les complétives in­fi­ni­tives objet direct d’un verbe ne sont pas les seuls types d’in­fi­ni­tives que l’on peut mettre en parallèle avec les complétives conjonctives. En effet, mê­me si les grammaires ne les pré­sen­tent généralement pas dans la catégorie des complétives, on peut considérer certains types de cons­truc­tions in­fi­ni­tives (en plus de ceux examinés dans les pages précédentes) comme des complétives en fonction d’objet, de sujet, d’attribut ou de com­plé­ment de l’adjectif. Ce sont les cons­truc­tions intro­dui­tes par le subordonnant de, que certains linguistes considèrent d’ailleurs comme un « com­plé­menteur », autrement dit un outil permettant d’in­tro­dui­re une proposition complétive similaire à que. Même s’il existe certaines dif­fé­ren­ces et qu’on ne peut pas toujours transformer une complétive conjonctive sujet en complétive conjonctive (et vice-versa), on peut facilement mettre en parallèle les deux types de cons­truc­tion, ce qui a l’avantage de montrer que dans les cons­truc­tions inversées le pronom employé comme sujet apparent est identique dans les deux cas. Inversement, la comparaison permet aussi de faire ressortir certaines dif­fé­ren­ces caractéristiques, la plus importante étant que dans la cons­truc­tion in­fi­ni­tive le sujet n’est normalement pas exprimé (sauf dans les in­fi­ni­tives examinées p. 673). Par définition, le sujet logique est le mê­me que celui du verbe dont dépend l’in­fi­ni­tive (p. 674 §2). (NB. La phrase entre guillemets dans l’exem­ple suivant est simplement une paraphrase de l’in­fi­ni­tive, et ne s’uti­li­se normalement pas) :

Cela m’attriste de devoir déjà partir. [signifie :] « Cela m’attriste que je doive déjà partir ».

Dans certaines cons­truc­tions avec pronom apparent, le sujet logique est implicite et a souvent une valeur impersonnelle (on, quelqu’un).

2. Complétives COD

Du point de vue morphosyntaxique, les cons­truc­tions complétives in­fi­ni­tives peuvent être de deux types principaux :

a.  l’in­fi­ni­tive objet direct du verbe est introduite par le subordonnant de, comme dans les exem­ples (a) et (b). Bien qu’en général on ne range pas ces cons­truc­tions dans la catégorie des in­fi­ni­tives, il est manifeste que le subordonnant de fonc­tion­ne comme que dans le cas des complétives conjonctives. Les verbes pouvant recevoir ce type de com­plé­ment sont examinés p. 464 ;

b.  l’in­fi­ni­tive objet direct du verbe suit celui-ci sans aucun « élément de subordination » ; ces cons­truc­tions sont possibles après les verbes d’opinion (p. 674, liste p. 673 §3b) comme dans les exem­ples (c) :

(a)  La municipalité a promis qu’elle rénoverait l’aire de jeux.
(a’) La municipalité a promis de rénover l’aire de jeux.
(b)  On nous a dit que nous ne devions plus nous mêler de cette affaire.
(b’) On nous a dit de ne plus nous mêler de cette affaire.
(c)  Aude a affirmé qu’elle n’avait pas les moyens de se payer cet appartement.
(c’) Aude a affirmé ne pas avoir les moyens de se payer cet appartement.

Les cons­truc­tions in­fi­ni­tives ne sont cependant pas toujours la transposition directe de la cons­truc­tion conjonctive. Si on peut considérer que (a’) et (c’) sont l’équi­va­lent de (a) et (c) respectivement, ce n’est pas le cas de (b) et (b’). Dans (b’), le verbe dire prend une nuance d’ordre, qui, dans la cons­truc­tion conjonctive correspondante, doit être rendue par exem­ple par le verbe devoir. Dans le cas des in­fi­ni­tives com­plé­ment de verbes de perception (p. 672), il est pratiquement impossible de transformer l’in­fi­ni­tive en proposition conjonctive di­rec­te­ment équi­va­lente. Soit la transformation avec que donne un sens différent à la phrase, soit il faut uti­li­ser une conjonctive non complétive (au sens strict) introduite par comment, ou une sub­or­don­née relative, voir le détail p. 673 §4.

3. Complétives sujet

Du point de vue de la structure, les complétives sujet introduites par le subordonnant de af­fi­chent un parallélisme évident avec les complétives conjonctives correspondantes. Cependant, comme dans le cas des complétives objet direct, le sens n’est pas forcément le mê­me, puisque le sujet n’est pas exprimé dans l’in­fi­ni­tive. Par rapport à la cons­truc­tion conjonctive, la construction infinitive prend donc une valeur im­per­son­nel­le ou générale. Ou bien, à cause de la règle d’identité du sujet, la transformation in­fi­ni­tive est im­pos­sible. Comme dans le cas précédent, il faut parfois ajouter d’autres éléments pour obtenir un sens équi­va­lent. Encore une fois, l’objectif des comparaisons suivantes est avant tout de faire ressortir les similarités de fonctionnement entre que et de, plus qu’une véritable équivalence de sens :

Il est naturel que vous ayez des appréhensions.
Il est naturel d’avoir certaines appréhensions.
C’est un grand honneur qu’on lui ait accordé ce prix.
C’est un grand honneur de recevoir ce prix.
Cela me désole que vous ne soyez pas venu.
Cela me désole de ne pas pouvoir venir.
Il est impossible que je réponde maintenant.
Il m’est impossible de répondre maintenant.

4. Complétives attribut

Quand la complétive est attribut du sujet, le sens ne peut jamais être exactement le mê­me, puisque le sujet de l’in­fi­ni­tive, qui n’est pas exprimé, ne peut pas renvoyer au sujet de la phrase (celui dont la complétive est l’attribut). Il est donc toujours implicitement impersonnel. Mais le mécanisme de l’alternance que - de reste le mê­me :

L’essentiel est que le client soit satisfait.
L’essentiel est de satisfaire le client.
Notre objectif est que le détecteur soit installé avant la fin du mois.
Notre objectif est de faire installer le détecteur avant la fin du mois.

5. Complétives com­plé­ment de l’adjectif

Dans le cas des complétives com­plé­ment d’adjectif, le parallélisme est à la fois caché et trom­peur. Il est caché, parce que le souvent la pré­po­si­tion de est effacée devant la complétive conjonctive (p. 655). Il est trompeur, parce que de toute façon, le mot de se trouvant devant l’in­fi­ni­tif n’est pas dans ce cas un subordonnant, mais la pré­po­si­tion de (p. 466).

Elle était très contente que ce voyage dans le Transsibérien se réalise enfin.
Elle était très contente de partir en voyage avec le Transsibérien.

On peut établir un parallélisme net entre les deux phrases si, comme c’est possible, on rétablit la pré­po­si­tion devant la complétive conjonctive, mais dans ce cas, il s’agit d’un parallélisme entre deux pré­po­si­tions de et non plus entre deux formes de com­plé­menteurs, comme dans les autres cas examinés ci-dessus :

Elle était très contente de ce que ce voyage dans le Transsibérien se réalise enfin.
Elle était très contente de partir en voyage avec le Transsibérien.

Ces parallélismes apparents sont parmi les facteurs qui compliquent la compréhension du mécanisme et entrainent des erreurs dans la pronominalisation des éléments in­fi­ni­tifs (voir p. 466 §1 et p. 472 §3 ).