Vous êtes ici » Les propositions subordonnées » Propositions complétives » Divers
679. faq : Continuer que, insister que ?

Certains verbes sont fréquemment uti­li­sés de façon erronée avec une complétive dans les écrits des étu­diants fin­no­pho­nes mê­me avancés. Malgré les apparences, tout verbe transitif direct exprimant « une idée » (p. 652) ne peut pas recevoir n’importe quel type de COD. Sur ce point, les divergences sé­man­ti­ques et syntaxiques entre le finnois et le français sont intéressantes et il n’est pas inutile de les garder à l’esprit.

1. Continuer

Pour traduire la cons­truc­tion tekijä jatkaa, että, il est impossible de dire en français *l’auteur continue que, car continuer ne peut recevoir comme COD qu’un groupe nominal, et non pas une complétive. Il faut donc uti­li­ser d’autres verbes :

L’auteur ajoute que … / L’auteur dit plus loin que... /
L’auteur dit éga­le­ment que... / L’auteur poursuit en disant que...

En outre, on évite d’employer continuer de façon absolue, autrement dit sans com­plé­ment exprimé (p. 202 §3), du moins dans la rédaction soignée. On dira formulera donc (b) plutôt que (a) :

(a) L’auteur continue en disant que...
(b) L’auteur continue sa démonstration/son exposé en disant que...

la phrase (a) aurait un peu le sens de tekijä sen kun jatkaa. On peut éga­le­ment employer poursuivre sans com­plé­ment (voir §2). L’autre solution, très simple, est d’uti­li­ser une proposition non conjonctive in­tro­dui­te par un deux-points, si on peut en mê­me temps faire une citation directe :

L’auteur poursuit : « … » / L’auteur continue : « … » / L’auteur ajoute : « ... »

2. Poursuivre

De la mê­me manière, poursuivre ne peut pas s’uti­li­ser avec un COD sous forme de complétive : *l’auteur poursuit que est impossible ou au moins très maladroit en français. Bien qu’on en trouve des exem­ples dans des écrits scientifiques de francophones, il vaut mieux l’éviter et uti­li­ser les solutions de rem­pla­ce­ment indiquées pour continuer ci-dessus. Cependant, poursuivre peut s’employer nettement plus fa­ci­le­ment de façon absolue que continuer (il est d’usage courant sous forme d’incise : ce texte, poursuit-il, se­rait...) :

L’auteur poursuit en disant que...

3. Proposer

Des tournures comme *l’auteur propose que ce mot est un pronom ou bien *nous proposons que ce mot est analysé comme un déterminant sont agrammaticales. En effet, premièrement le verbe proposer se construit avec le subjonctif, et deuxièmement il signifie que la chose qu’on propose est une suggestion, une hypothèse non encore réalisée. La tournure finnoise qui se trouve à l’origine de cette erreur n’est pas non plus un modèle du genre. Dans la phrase suivante, il y a bien une proposition de la part d’un inventeur et on pourrait facilement traduire ehdottaa par proposer :

Tämän epäedullisen tilanteen estämiseksi keksinnön tekijä ehdottaa, että samat puhdistettavan nesteen virtaukset johdetaan vuorotellen pitkin katodien ja anodien pintoja.

En revanche, la phrase (a) ci-dessous serait mieux tournée sous la forme (b) ou (b’) :

(a) Sivulla 64 tekijä ehdottaa, että sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää fonesteemina tai konventionaalisen äännesymboliikan edustajana.
(b) Tekijän mielestä sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää fonesteemina tai konventionaalisen äännesymboliikan edustajana. Ou
(b’) Tekijä on sitä miltä, että sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää...

Cet emploi de ehdottaa est cependant assez répandu dans la littérature scientifique de langue finnoise (sous l’influence, en partie, de l’anglais), et le problème n’est pas de savoir si c’est un style élégant ou non en fin­nois, mais le fait que les étudiants de FLE fin­no­pho­nes ont tendance à transposer cette cons­truc­tion en français, où elle est très maladroite ou mê­me agram­ma­ti­cale. À la place de proposer, on peut uti­li­ser des variétés de cons­truc­tions :

L’auteur estime que... / L’auteur est d’avis que...
L’auteur pense que... / D’après l’auteur... etc.

4. Insister

La cons­truc­tion *insister que est considérée comme agrammaticale ou très maladroite dans la norme de l’écrit. Le verbe insister n’est pas transitif direct, il se construit avec la pré­po­si­tion sur. On n’écrit donc pas *l’auteur insiste que.... Pour faire suivre le verbe insister d’une complétive, il faut rajouter le support de subordination le fait :

L’auteur insiste sur le fait que... Nous insistons sur le fait que...

On peut éga­le­ment uti­li­ser un autre verbe, dont le plus courant est souligner, exem­ple (d) ci-dessous. Ce ver­be s’uti­li­se cependant moins à la 1e personne (je ou nous de modestie), exem­ple (e), parce que l’in­sis­tan­ce (ou le soulignement) serait plus envahissante et ne corres­pondrait pas au ton neutre nécessaire dans une démonstration scientifique. Éviter aussi la formulation (f) ; dans la rédaction scientifique, on évite d’employer vouloir de cette façon. On préfèrera une formule comme l’exem­ple (g) :

(d) L’auteur souligne que... / Les personnes interrogées soulignaient que...
à éviter :
(e) Nous soulignons que …
(f)  Nous voulons souligner...
à préférer :
(g) Nous tenons à souligner que... / Il faut souligner que... / Nous insistons sur le fait que...

5. Accentuer

Accentuer est souvent uti­li­sé abusivement par les fin­no­pho­nes comme synonyme d’insister sur. Le verbe finnois korostaa a en effet (au moins) ces deux valeurs :

– « rendre plus net », « rendre plus visible ». Dans ce sens-là, il peut se traduire en français par accentuer suivi d’un COD GN :

Cette lumière accentue les ombres.
Ces lacunes accentuent le manque de consistance de l’ouvrage.

– « insister sur », « souligner ». Dans ce cas-là, on le rend en français par les verbes insister sur, mettre l’ac­cent sur, souligner, souligner l’importance de :

L’auteur insiste sur / souligne l’importance de / met l’accent sur la nécessité de revoir la définition traditionnelle des pronoms en finnois.

Mais le verbe accentuer ne peut pas recevoir une complétive comme COD : **l’auteur accentue que est totalement agrammatical et ne peut pas s’uti­li­ser pour traduire korostaa että. On dira donc par exem­ple :

L’auteur insiste sur le fait qu’il serait nécessaire / L’auteur souligne qu’il serait nécessaire
de revoir la définition traditionnelle des pronoms en finnois.

De mê­me la cons­truc­tion **accentuer sur qch, hybride de accentuer + insister sur, est inexistante.

6. Interpréter

Dans la mê­me série de verbes, on peut inclure interpréter, moins fréquemment uti­li­sé dans la rédaction scien­tifique, mais qui donne cependant lieu à des erreurs épisodiques :

*On peut interpréter que la relation d’Irène et sa mère ait été incomplète parce qu’elle se pose les questions que sa mère ne lui pas avait apprises.

Outre le fait qu’il faudrait mettre le verbe de la complétive à l’in­di­ca­tif, la cons­truc­tion est de toute façon impossible, car interpréter n’admet pas une complétive comme COD, alors qu’en finnois on peut dire par exem­ple :

Stressiprosessi käynnistyy haastavassa tilanteessa, jossa tulkitsemme, että tavanomainen toimintamme ei tu­le riittämään. [extrait du site de Työterveyslaitos, voir traduction exemple (3) ci-dessous]

Si on veut rendre l’idée de tulkita, il faut recourir à des cons­truc­tions plus complexes, ou uti­li­ser in­ter­pré­ter développé par la construction comme étant :

(1) On peut déduire que la relation d’Irène et sa mère a été incomplète... /
(2) On peut interpréter ce comportement en supposant que la relation d’Irène et sa mère a été incomplète...
(3) Le stress se déclenche dans une situation que nous estimons dépasser notre niveau d’activité habituel.
(4) On peut interpréter ce comportement comme étant la preuve que la relation d’Irène et sa mère a été incomplète...
(5) Le stress se déclenche dans une situation que nous interprétons comme étant au-dessus notre niveau d’activité habituel.