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715. Cons­truc­tions in­fi­ni­tives

Il existe plusieurs pré­po­si­tions ou locutions pré­po­si­tionnelles qui, suivies d’un in­fi­ni­tif, peuvent ex­pri­mer la cause. Comme toujours dans le cas des in­fi­ni­tives, le sujet logique de l’in­fi­ni­tif doit être le mê­me que celui du verbe de la principale.

1. Pour + in­fi­ni­tif passé

Cette uti­li­sation de pour est relativement fréquente. Il faut savoir interpréter le sens cor­rec­te­ment, puis­que, suivi de l’in­fi­ni­tif passé, pour exprime la cause, alors que suivi de l’in­fi­ni­tif pré­sent, il exprime le but :

Pour avoir attendu trop longtemps, nous n’avons plus pu réserver de maison pour les vacances.
Il a eu une amende pour ne pas avoir bouclé sa ceinture de sécurité.
Pour ne pas avoir été vidées [in­fi­ni­tif passé passif négatif] depuis deux mois, les poubelles commençaient à sentir terriblement mauvais.

L’équi­va­lent en finnois de ces in­fi­ni­tifs serait une cons­truc­tion participiale : odotettuamme liian pitkään ou une proposition introduite par koska, kun etc.

2. Faute de

La locution faute de suivie d’un in­fi­ni­tif introduit une cause négative : faute d’obéir = parce qu’il n’obéit pas.

Faute d’avoir déposé son dossier de bourse à temps, il n’a pas pu aller étudier en France.
Faute d’avoir essayé toi-mê­me, tu ne peux pas savoir quelles sensations procure le saut à l’élastique.
De nombreux jeunes adultes affirment rester à la maison faute de trouver du travail et un logement.

Bon à savoir pour les apprenants de FLE…

L’expression contient donc toujours une négation non exprimée : faute d’avoir déposé son dossier de bour­se à temps équivaut à pour ne pas avoir déposé son dossier de bourse à temps. Cette nuance n’est pas tou­jours bien perçue par les usagers de la langue. Il faut en effet éviter d’uti­li­ser un in­fi­ni­tif à la forme négative, qui « an­nulerait » l’effet de la négation : faute de ne pas avoir dé­po­sé de dossier si­gni­fie­rait « parce qu’il a déposé un dossier » (alors qu’il n’aurait pas dû le faire). Le sens exact de la cons­truc­tion faute de + in­fi­ni­tif échappe ainsi à de nombreux fran­co­pho­nes. On a relevé sur Internet (février 2017) plusieurs centaines d’occurrences de la suite *fau­te de ne pas avoir :

Un jeune adolescent est mort la semaine dernière *faute de ne pas avoir reçu l’organe qui aurait pu lui sauver la vie. [forme correcte : faute d’avoir reçu]
Il s’agit de biens qui, pour une partie n’apparaissaient pas dans les bilans précédents, *faute de ne pas avoir tenu compte dans l’évaluation de l’actif de la dépréciation de la monnaie.
[Extrait d’un traité de droit commercial. Forme correcte : faute d’avoir tenu compte. De plus, cette formulation contrevient à la règle de l’identité du sujet, le sujet logique serait biens, qui ne peut pas être le sujet de ne pas avoir tenu compte.]

3. À force de

L’expression à force de indique une cause qui se répète et introduit préférentiellement une CircAP :

À force de skier tous les jours sur le lac, elle était très bronzée.
À force de réviser les verbes, tu finiras bien par les apprendre.
À force de lui expliquer, nous avons réussi à le convaincre.

La locution à force de implique une idée de répétition, d’exagération, d’insistance. Elle signifie en gé­né­ral qu’on a fait quelque chose trop souvent, trop fort, trop longtemps etc. :

À force de crier à cause du bruit ambiant, il ne pouvait presque plus parler.
À force de frotter la table, tu as fini par la rayer.
À force d’appuyer, il a cassé la vitre.
À force de regarder l’écran, j’ai les yeux qui me brulent.

Toutes ces phrases expriment un résultat dû à une action répétée :

à force de crier à cause du bruit ambiant = parce qu’il avait crié fort
à force de frotter la table = parce que tu as frotté trop fort
à force d’appuyer = parce qu’il a appuyé trop fort
à force de regarder l’écran = parce que j’ai regardé l’écran (très/trop) longtemps.

Pour cette raison, on n’uti­li­se en général pas d’adverbe intensif du type trop / très, car une telle manière de dire serait tautologique: *à force de crier trop longtemps, *à force d’appuyer trop fort etc. En re­vanche, on pourrait dire à force d’appuyer si fort…