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725. Consécutives essentielles annoncées par un adverbe

1. Généralités

Les propositions exprimant la conséquence ne posent en général pas de grands problèmes, car le choix des cons­truc­tions et conjonctions possibles est relativement limité. De plus, les con­sé­cu­tives sont tou­jours en position postposée par rapport à la principale. On peut dis­tin­guer essentiellement entre con­sé­cu­ti­ves essentielles et consécutives explicatives (p. 701). La plu­part des cir­cons­tan­cielles consécutives sont à l’in­di­ca­tif. Une partie des cons­truc­tions en­trai­ne le subjonctif dans la sub­or­don­née ; il s’agit toujours de consécutives essentielles (p. 727).

Le plus souvent, les consécutives sont introduites par que et « répondent » à un adverbe ou un dé­ter­mi­nant à valeur intensive (si, tellement, etc.) se trouvant dans la principale, exactement comme c’est le cas en finnois. Il s’agit alors toujours de consécutives essentielles, puisqu’il y a une forte corrélation entre la principale et la conséquence exprimée dans la sub­or­don­née :

si (+ adjectif ou adverbe)… que niin… että
tellement (+ adjectif ou adverbe)… que niin… että
tellementde (+ nom)… que niin paljon… että
tant… que niin paljon… että
tant de (+ nom)… que niin paljon… että
un(e) tel(le) (+ nom)… que niin [vakava, vaikuttava jne.]… että

Remarque : quand la sub­or­don­née est essentielle, elle n’est pas précédée d’une virgule (p. 522).

2. Si… que

L’adverbe si précède un adjectif ou un adverbe et correspond au finnois niin :

Cet élève a fait de si grands efforts qu’il a rattrapé son retard en deux semaines.
C’est si drôle que je n’ai pas pu m’empêcher de rire.
Le train roule si vite qu’on n’arrive pas à lire les noms des gares.

Remarque : l’adverbe si est incompatible avec beaucoup [de]. Pour dire niin paljon että, il faut donc uti­li­ser tant [de] ou tellement [de]. Voir p. 117. Autre limitation importante : on ne peut pas employer si devant un par­ti­ci­pe passé quand celui-ci est un élément d’une forme verbale à un temps composé. Dans ce cas, il faut uti­li­ser tellement / tant :

Cela m’a tellement fatigué que je n’avais plus la force de lever le bras.

Ici fatigué est le participe passé servant à former le passé composé du verbe fatiguer. Mais on peut dire :

J’étais si fatigué que je me suis endormi comme une masse.

Ici, fatigué est employé comme adjectif, on peut donc uti­li­ser si. Noter qu’on peut aussi uti­li­ser tellement, puisque c’est une variante de si devant adjectif/adverbe :

J’étais tellement fatigué que je me suis endormi comme une masse.

Il est parfois malaisé de savoir si le participe est une forme verbale ou s’il est devenu un adjectif. Il y a parfois des cas difficiles à interpréter, par exem­ple au passif :

J’ai été si énervé par ce qu’il a dit que je suis parti en claquant la porte.

On peut dif­fi­ci­le­ment dire que cette phrase soit agrammaticale. Pourtant, d’après la règle, il faudrait uti­li­ser tellement/tant. Le plus simple est d’uti­li­ser tellement, qui fonc­tion­ne dans les deux cas.

3. Tant [de]… que

L’adverbe tant signifie en lui-mê­me « une si grande quantité » (finnois niin paljon). Il peut s’uti­li­ser seul comme adverbe de quantité. Aux temps composés, tant se place alors entre l’auxiliaire et le participe passé :

Pendant le film, il riait tant qu’il en avait mal au ventre.
Le bassiste avait tant joué qu’il avait mal aux doigts.
Elles ont tant travaillé qu’elles ont fini deux semaines avant le délai prévu.

Ne pas confondre tant que consécutif avec tant que à valeur temporelle ou conditionnelle (p. 747 §3) :

Il pleuvait tant que nous avons dû attendre dans la voiture.
Le temps qu’il fait n’a guère d’importance pour le ski, tant qu’il ne pleut pas.

En combinaison avec de, il forme un déterminant qui correspond à niin paljon [jotakin] :

Il y avait tant de monde que nous n’avons pas pu entrer.
Le texte contenait tant de fautes que j’ai dû le refuser.

Dans la langue courante, on préfère nettement uti­li­ser tellement, plus expressif que tant, lequel est plutôt du domaine de l’écrit (mais ce n’est pas une règle absolue).

4. Tellement [de]… que

Le mot tellement peut s’uti­li­ser seul comme adverbe caractérisant un adjectif ou un adverbe, ou bien former un déterminant avec de, auquel cas il précède un GN. Il sert de variante em­pha­ti­que à si et tant. Aux temps composés, tellement (comme tant) se place entre l’auxiliaire et le par­ti­ci­pe passé.

– variante emphatique de si :

C’était tellement drôle que je n’ai pas pu m’empêcher de rire.
Le train roule tellement vite qu’on n’arrive pas à lire les noms des gares.

– variante emphatique de tant (aux temps composés, tellement uti­li­sé seul comme adverbe se place entre l’auxiliaire et le participe passé) :

Pendant le film, il riait tellement qu’il en avait mal au ventre.
Elles ont tellement travaillé qu’elles ont fini deux semaines avant le délai prévu.
Le bassiste avait tellement joué qu’il en avait mal aux doigts.
Il y avait tellement de monde que nous n’avons pas pu entrer.
Le texte contenait tellement de fautes que j’ai dû le refuser.
Le standard a reçu tellement d’appels qu’il s’est bloqué.

5. Variante avec cir­cons­tan­cielle en rappel

Il existe une variante des cons­truc­tions sub­or­don­nées avec tellement/tant qui consiste à faire de la principale et de la sub­or­don­née deux propositions indépendantes, dont la deuxième est en rappel (après la principale) et introduite par tellement (de) /tant (de) :

Il faisait tellement chaud qu’il s’est levé en sueur.
Il s’est levé en sueur, tellement il faisait chaud.

Bien que les deux propositions soient formellement indépendantes, elles sont fortement liées l’une à l’autre et on peut considérer qu’il y a une sorte de rapport de subordination « logique » entre l’une et l’autre. Ces cons­truc­tions sont uti­li­sées à l’écrit et à l’oral, où elles sont fré­quen­tes :

On dirait un banc de harengs comme on en voit dans « Thalassa », tant ils sont serrés les uns contre les autres !
Certains textes bibliques nous laissent sans voix, tant ils sont compliqués ou trop affirmatifs pour être recevables.
J’ai posté une vidéo prise sur le retour de Paris avec mon téléphone par mon pote Julien On a jamais mis autant de temps pour rentrer de Paris tellement on a eu de fou rire.
On s’est mises à hurler et crier à s’en déchirer les cordes vocales tellement on a eu peur.
C’est un match qu’on aurait dû tuer dans le premier quart d’heure tant on a eu des occasions.
Je ne sais mê­me pas comment l’exprimer tellement c’est difficile dans mes pensées.
L’aide du portier n’était vraiment pas du luxe, tellement il était compliqué de franchir cette porte.
Cet osso buco, c’était à lécher le plat, tellement c’était divin !

6. Dif­fé­ren­ces entre si, tant et tellement

– dif­fé­ren­ces entre si et tellement :

  1. Tellement est plus emphatique (un peu comme niin en finnois, quand il est prononcé avec al­lon­ge­ment de la voyelle), il y a une plus grande insistance. Si est plus neutre.
  2. Tellement ne peut pas déterminer un adjectif antéposé. Dans l’exem­ple ci-dessus Cet élève a fait de si grands efforts qu’il a rattrapé son retard en deux semaines, on ne pourrait pas uti­li­ser tel­le­ment.
  3. avec si, on ne peut pas former de déterminant complexe (comme tellement de).

– dif­fé­ren­ces entre tant et tellement

  1. Tant est plus neutre, tellement plus emphatique.
  2. Tellement est nettement plus fréquent dans la langue courante (et mê­me dans la langue écrite).

7. Remarque

Dans les expressions verbales figées avec article zéro comme avoir/faire mal, avoir pitié, avoir peur, avoir soif, avoir besoin, etc., on uti­li­se si ou tellement adverbes, et non pas tellement de ou tant de (dé­ter­minants) :

Elle avait si/tellement faim qu’elle a dû se résoudre à manger de la viande.
Ce pays avait tellement besoin de paix et de stabilité que les gens ont voté pour un régime autoritaire, que maintenant ils regrettent.