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732. Conjonctions concessives typiques demandant le subjonctif

1. Bien que

Bien que est la conjonction concessive la plus fréquente, qui correspond pour le sens à vaikka. Bien que introduit indifféremment une CircAP (essentielle) ou CircPP (explicative). Bien que s’uti­li­se relativement cou­ram­ment à l’oral aussi, notamment quand la concessive est présentée comme un commentaire qui nuance l’idée de la principale (dans cet emploi, bien que peut mê­me s’uti­li­ser comme une sorte d’adverbe, et la proposition est à l’in­di­ca­tif, voir p. 731 §3) :

Bien qu’ils aient de l’argent et pas d’enfants, ils ne partent jamais en voyage.
Je dois reconnaitre que cet homme politique a un grand talent d’orateur, bien que je ne sois pas du tout d’accord avec ses opinions.

Bien que peut introduire une proposition avec participe, ou mê­me une proposition contenant un adjectif ou un participe sans verbe conjugué. Le verbe être est alors sous-entendu :

Bien que n’étant jamais allée en Angleterre, elle parle un excellent anglais.
Bien que bonnes pour la santé, les légumineuses ne sont pas très digestes.
Bien que très jeune, Aino sait déjà lire.
Bien que partis tard, nous sommes arrivés avant la nuit.

La conjonction bien que demande le subjonctif, mais on rencontre des exem­ples avec le conditionnel, voir p. 742 §2.

2. Quoique

Quoique est une variante de bien que uti­li­sée essentiellement dans la langue écrite (voir ce­pen­dant p. 731 §3). Quoique s’uti­li­se majoritairement en position CircPP et a donc en général une valeur ex­pli­ca­ti­ve. On trouve des cas avec quoique en position CircAP, mais la langue moderne, surtout à l’oral, préfère dans ce cas bien que, pour éviter la confusion avec les cons­truc­tions avec pronom indéfini quoi que (deux mots séparés, p. 738 §3). Quoique s’uti­li­se cependant cou­ram­ment en CircAP devant adjectif ou participe. Le sens de quoique est absolument équi­va­lent à celui de bien que, il s’agit avant tout d’une variante stylistique (comme pour que/afin que) :

La situation de l’emploi s’améliore, quoiqu’on ne puisse pas encore être trop optimiste.
Pour aller jusqu’à Stockholm en voiture, on peut aussi passer par le nord sans prendre le bateau, quoique ce ne soit pas plus rapide qu’avec le ferry depuis Turku.
Cette cons­truc­tion, quoique peu courante, se rencontre mê­me dans la langue parlée.
Nous avons trouvé une solution élégante, quoique couteuse.
Quoique fréquemment uti­li­sée, cette expression est souvent mal comprise.

Dif­fé­ren­ces entre bien que et quoique :

3. Encore que

Cette conjonction était autrefois qualifiée de « littéraire » mais elle a depuis longtemps déjà retrouvé une nouvelle faveur, au point d’être aujourd’hui très couramment uti­li­sée à l’oral. Elle introduit de préférence une CircPP, mais s’uti­li­se aussi en position CircAP, notamment devant adjectif ou participe (comme quoique). Comme bien que et quoique, la conjonction encore que s’uti­li­se aussi fréquemment comme ad­ver­be (voir p. 731 §3) :

Nous avons déjà réservé un chalet pour l’an prochain, encore qu’avec la maladie de ma mère nous ne sachions pas si nous pourrons y aller !
Encore que très riche, il vit très simplement.
Encore que je ne sois pas convaincu de vos chances de réussite, je ferai de mon mieux pour vous aider.
Le défaut, ça risque d’être le budget, encore qu’en étant raisonnable, ça devrait aller.
Encore qu’ayant eu 10 années pour y réfléchir, j’hésite toujours à le dire aujourd’hui.

Dif­fé­ren­ces entre bien que et encore que :

4. Malgré le fait que, en dépit du fait que, malgré que

Les locutions malgré le fait que et en dépit du fait que correspondent toutes deux au finnois siitä huo­li­mat­ta, että et elles sont d’emploi courant, surtout malgré le fait que. Il s’agit à proprement parler de groupes pré­positionnels introduisant une complétive, mais ils sont devenus quasiment figés et on peut considérer que ce sont actuellement des locutions conjonctionnelles con­ces­si­ves. Elles de­man­dent éga­le­ment le sub­jonc­tif (il règne un certain flottement à cet égard et on trouve de nom­breux exem­ples d’in­di­ca­tif sur Internet, mais il vaut mieux uti­li­ser sys­té­ma­ti­que­ment le subjonctif) :

Malgré le fait que leur prix d’achat soit plus élevé que celui du convecteur, les radiateurs radiants ont l’avantage de produire une chaleur uniforme.

La variante malgré que équivaut pour le sens et l’emploi exactement à bien que. Elle était d’usage courant en français classique, mais elle est condamnée par la norme du français actuel (grammaires scolaires et FLE), alors qu’on en trouve des exem­ples chez de nombreux écrivains mê­me récents, et que beaucoup de gens l’uti­li­sent dans la langue courante :

Malgré que je ne sois pas toujours d’accord avec vos idées, je trouve que vous venez de dire des choses sensées.

L’étudiant de FLE ne doit donc pas s’étonner de l’entendre uti­li­ser fréquemment, mais il doit savoir que l’usage de cette conjonction n’est pas admis dans la norme de la langue écrite et doit donc l’éviter.

Remarque : en revanche, l’expression malgré que + avoir au subjonctif (malgré qu’on en ait, malgré que j’en aie) est parfaitement admise. Elle est la survivance d’une cons­truc­tion figée, qui doit s’in­ter­pré­ter ainsi « [si] mau­vais gré que j’en aie » (le mot gré est l’objet direct du verbe avoir). Elle pourrait se paraphraser mot à mot en finnois niin paha mieli kuin minulle siitä aiheutuukin, autrement dit vaikka se minua harmittaakin. Le sens ori­gi­nel de cette locution s’est obscurci et cet emploi limité au verbe avoir s’est ensuite étendu par analogie à d’autres verbes, et a donné naissance à la pré­po­si­tion malgré.