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736.  Propositions in­fi­ni­tives : avoir beau

1. Valeur

La cons­truc­tion avoir beau suivie de l’in­fi­ni­tif peut s’employer quand le sujet de la sub­or­don­née est le mê­me que celui de la principale. Elle a deux valeurs :

a. Elle exprime une opposition répétée et inutile, comme en finnois vaik­ka kuinka :

Il a beau faire des efforts, il a toujours des problèmes avec les maths.
Nous eûmes beau lui répéter que c’était risquer inutilement sa vie, il décida de partir.

Dans certaines expressions figées (avoir beau dire, avoir beau faire), le verbe transitif est employé ab­so­lu­ment (p. 202 §3). Cet emploi se limite à certains cas :

On a beau dire [= quoi qu’on dise], l’hiver finlandais a ses bons côtés.
Tu as beau faire [= quoi que tu fasses, malgré tous tes efforts], ce tournevis ne convient pas pour ce genre de vis.

b. Elle exprime la concession sans idée d’effort inutil, notamment si le sujet est inanimé. Les équi­va­lents finnois sont variés : vaik­ka kuin­ka…, siitä huolimatta että, niin... kuin… etc. :

(a) Elle a beau être intelligente, elle n’aura pas son bac si elle ne travaille pas un peu plus.
(b) Montréal a beau être à la mê­me latitude que Bordeaux, il y fait nettement plus froid en hiver.

Cependant, la valeur d’effort inutile peut parfois rester sensible si le sens du verbe s’y prête ou y tend. Dans l’exemple (a) ci-dessus, cette valeur est absente, car on ne peut pas se forcer ou s’entrainer à être intelligent ; de même, en (b), le sujet est inanimé et ne peut pas être interprété comme participant activement à sa position géographique. Mais dans l’exemple suivant (tiré d’un livre d’exercices) :

J’ai beau avoir seulement parcouru votre livre, je sais déjà qu’il me passionnera.

il semble y avoir une sorte de contradiction : la personne disant cette phrase a fait exprès de seulement parcourir le livre (autrement dit, fait l’effort de ne pas faire d’effort), pour pouvoir affirmer que celui-ci lui a fait une impression favorable. Cet effet indésirable peut être ressenti plus ou moins fortement selon le verbe ou le contexte (ou le le locuteur), en fonction de la valeur pragmatique de l’énoncé.

2. Forme négative

Dans une phrase négative, la locution verbale avoir beau reste à la forme affirmative, c’est l’in­fi­ni­tif qui se met à la forme négative (p. 461) et se place après avoir beau :

L’énergie éolienne a beau ne pas être polluante, elle soulèvera certainement des protestations à mesure qu’augmentera le nombre de tours.
Le ministre de l’économie a beau ne pas occuper les premiers rangs dans la hiérarchie du gouvernement français, il jouera dans les prochaines semaines un rôle central.
Pete avait beau ne pas avoir de talent, il avait quand mê­me réussi à réparer une crevaison sur son vélo en plein milieu d’un sentier.

3. Temps du verbe à uti­li­ser avec la locution avoir beau

Au passé, la locution avoir beau pose un problème en ce qui concerne le temps du verbe. Elle peut se met­tre au passé composé, au plus-que-parfait ou au conditionnel passé (avoir beau ne s’emploie pas à d’au­tres temps composés : passé antérieur, futur antérieur, passé surcomposé, etc.) Cependant, avoir beau peut être senti comme une expression figée dont le temps ne varie pas. Ainsi, c’est tantôt avoir beau qui prend la forme du passé, et l’in­fi­ni­tif reste au présent, tantôt c’est l’inverse, avoir beau est au présent, et l’in­fi­ni­tif au passé. L’usage est relativement flottant à ce sujet, mais on peut donner quelques tendances générales pour éclairer l’apprenant FLE :

a. Passé composé

Au passé composé, la partie de l’expression qui se met au passé dépend de l’aspect du verbe :

(a) J’ai eu beau lui répéter que c’était inutile, il a voulu essayer quand mê­me. Vaikka kuinka sanoin hänelle, että siitä ei ole mitään hyötyä, hän halusi silti yrittää.
(b) Nous avons eu beau essayer, il nous a été impossible de fermer l’œil de la nuit.
(c) J’ai eu beau chercher sur le Net, aucune webcam n’était encore braquée sur le Sacré-Cœur de Montmartre
(d) Cette politique a beau ne pas avoir été communiquée officiellement et sans équivoque, certains chiffres sont révélateurs.
(e) J’ai beau lui avoir dit que c’est inutile, il s’entête à continuer. Vaikka olen hänelle sanonut, että siitä ei ole mitään hyötyä, hän vain jatkaa ja jatkaa.
(f) Pascal Obispo a beau ne pas avoir fait partie des nominés aux 17e Victoires de la musique, la presse se fait un plaisir, comme chaque année, de le descendre.

L’usage étant un peu flottant à ce sujet, dans le doute, il vaut mieux employer d’autres cons­tructions con­cessives.

b. Plus-que-parfait et conditionnel passé

Dans le cas du plus-que-parfait et du conditionnel passé, c’est toujours la locution avoir beau qui prend la marque de passé, parce que l’in­fi­ni­tif passé ne peut pas marquer à lui seul l’idée d’antériorité (il n’y a pas d’in­fi­ni­tif passé plus-que-parfait) :

Il avait eu beau crier son inquiétude, elle n’en devenait que plus grande.
Il avait eu beau mettre toute son énergie à chercher, c’est à peine s’il avait réussi à dénicher de quoi soulager sa propre faim.
La révolution de 1789 avait eu beau enlever aux nobles le droit de porter l’épée, à V... ils prouvaient que s’ils ne la portaient plus, ils pouvaient toujours s’en servir.
Le dictionnaire de 1539 avait eu beau être fait pour les latinistes, son effet fut tout autre.
J’aurais eu beau nier, affirmer, personne ne m’eût cru.
La peur me nouait le ventre et la gorge, car j’aurais eu beau ouvrir la bouche, j’aurais bien été incapable de formuler le moindre son.