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746. Cir­cons­tan­cielles temporelles : rapport de simultanéité (ponctuel)

1. Quand, lorsque

La conjonction quand est la conjonction la plus courante, uti­li­sée aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Lorsque est une variante de quand, qui s’uti­li­se pratiquement exclusivement à l’écrit. Il y a donc entre les deux uni­que­ment une dif­fé­ren­ce de style. Les deux conjonctions peuvent introduire indifféremment une CircAP ou CircPP :

Il faisait complètement nuit quand nous avons fini de manger.
Quand ils [les adolescents] ont la mine chiffonnée, quand ils errent comme des zombies, quand ils nous accordent assez de confiance pour montrer qu’ils ont un bleu au cœur, faut-il jouer les abonnés absents sous prétexte que cela ne nous regarde pas ?
Leur sentiment de sécurité se renforça encore quand elles virent que les engagements étaient tenus.
Lorsqu’ils eurent compris le parti qu’ils pouvaient en tirer, les guerriers se mirent à faire des prisonniers.
La joie, les rires, la paix du cœur, qu’ils manifestèrent lorsqu’ils eurent compris qu’ils avaient été sauvés, furent pour eux une expérience qu’ils n’oublieraient jamais.

Quand et lorsque peuvent s’uti­li­ser avec tous les temps de l’in­di­ca­tif, imparfait, pas­sé composé, passé simple, antérieur ou surcomposé, futur simple ou antérieur, conditionnel etc. (quand sui­vi du con­di­tion­nel peut cependant aussi avoir une valeur concessive (p. 734) :

Quand la poussière fut dissipée, quand nous eûmes repris nos sens, je comptai mes hommes, pas un n’était blessé.
Hélène lui avait déclaré que Stésichore recouvrerait la vue quand il aurait dit la vérité sur elle.
Je crois me souvenir qu’ils ont applaudi quand il a eu fini de boire le verre.
Lorsque tu auras compris cela, tu sauras que le moment le plus important de ta vie c’est maintenant !

Quand et lorsque s’uti­li­sent rarement pour marquer l’action dans son accomplissement, dans ce cas-là on uti­li­se pendant que ou tandis que.

2. Dès que, aussitôt que, sitôt

Ces deux conjonctions s’emploient comme quand et lorsque, mais elles expriment en plus une idée d’im­mé­dia­te­té. Elles correspondent toujours au finnois heti kun. La locution con­jonc­tion­nelle aussitôt que que l’action est quasiment immédiate, alors que dès que n’a pas toujours cette valeur. Dans la langue courante, aussitôt que est un peu moins fréquent ; pour l’apprenant de FLE, dès que est suffisant. Comme lorsque et quand, ces deux conjonctions s’uti­li­sent avec une grande variété de temps :

Dès qu’il sort, il se met à courir.
Qu’ils m’appellent sur mon portable dès qu’ils auront terminé !
Dès qu’elle a eu sa majorité, elle est allée voler de ses propres ailes.
« Aussitôt qu’elle a eu connu nos projets, sa Sainteté a voulu l’encourager »… et c’est du Bossuet, alors oui, cela se dit ! [sur un site Internet, à propos de l’emploi du passé surcomposé]
Louis-Stanislas-Xavier sera proclamé Roi des Français, aussitôt qu’il aura juré et signé par un acte partant : J’accepte la Constitution.
On vous a envoyé pour enquêter et demandé de faire un rapport aussitôt que vous auriez effectué votre enquête initiale.

Dans les cons­truc­tions participiales, on uti­li­se aussi la variante sitôt. On peut aussi l’uti­li­ser répétée en tê­te de phrase pour marquer le rapport logique entre les deux propositions (la répétition marque le rapport de subordination habituellement exprimé par que) :

Le poisson est congelé sitôt pêché. [= aussitôt qu’il a été pêché]
Sitôt vu, sitôt oublié. [= aussitôt qu’il a été vu, il est oublié (à propos d’un film)].

3. À peine / à peine… ne pas… que

La conjonction que peut marquer un rapport de simultanéité similaire à dès que quand elle est « an­non­cée » par un adverbe comme à peine ou une négation. La proposition introduite par que ne peut alors se trouver qu’en position de CircAP. Il faut faire attention à bien interpréter le sens de que dans ce cas-là. Dans la langue écrite, le verbe est souvent inversé après à peine, ce qui indique que la conjonction que a une valeur temporelle :

J’étais à peine sorti qu’il s’est mis à pleuvoir.
À peine eut-il fait dix pas qu’il s’arrêta sous un bec de gaz pour relire la lettre de son père.
Cependant, à peine eut-il raccompagné Mme Hanska à Francfort qu’il s’effondra de nouveau.

La conjonction queà sens temporel peut être annoncée par une phrase négative contenant l’adverbe plus tôt (à ne pas confondre avec plutôt), mais dans la langue parlée, on uti­li­se assez fréquemment que seul si un autre indice (par exem­ple une indication de durée) permet de comprendre la valeur temporelle. Là encore, il faut faire attention à bien interpréter le sens :

Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur.
On demande une réforme... et elle n’est pas plus tôt votée qu’on s’en détourne, qu’on court à une autre.
C’est pourtant le soliste qui a la partie la plus courte ; il n’est pas plus tôt présenté qu’il se fait étriper par sa douce et tendre fiancée. [à propos de l’intrigue de Lucia di Lammermoor]
Le récipiendaire n’avait pas parlé cinq minutes que j’étais pleinement rassuré.
Il n’avait pas fait deux kilomètres que la voiture est tombée en panne.
On n’a pas eu le temps de fermer la portière que déjà le train s’est mis en marche.

4. Chaque fois que, toutes les fois que

Ces locutions conjonctionnelles marquent la répétition de l’action. Ces locutions conjonctionnelles correspondent au finnois joka kerta kun ou aina kun :

Chaque fois qu’il avait l’occasion de sortir de chez lui, il trouvait toujours dix raisons pour ne pas bouger.
C’est bien, en effet, à Colombey, que le général de Gaulle se réfugia chaque fois qu’il avait une décision à prendre.
Vous uti­li­serez ce code d’uti­li­sateur et ce mot de passe chaque fois que vous aurez besoin de consulter votre dossier.
Vous êtes libres d’arrêter et de vous reposer toutes les fois que vous en avez envie.
Toutes les fois qu’on avait besoin de ses services, il était prêt.
Nous avons toujours veillé à venir en aide aux agriculteurs et aux pêcheurs toutes les fois qu’ils ont eu à faire face à des conditions climatiques.

Dans la langue parlée, on rencontre éga­le­ment la variante à chaque fois que, avec pré­po­si­tion à. Bien que la pré­po­si­tion soit inutile ou redondante, à chaque fois est une forme que l’on rencontre assez souvent. À l’écrit soigné, on préfère cependant la forme sans pré­po­si­tion :

À chaque fois que je commande le produit, un message d’erreur m’indique que le panier de commande est vide.
Si à chaque fois qu’on avait coupé des arbres, on avait versé une partie des redevances dans un fonds régional, on aurait diversifié l’économie.
Autrement dit, à chaque fois que vous achetez pour 1 000 euros de produits soumis à la TVA, vous payez 166 euros d’impôts.

Remarque : attention au finnois aina kun : ne pas le traduire par *toujours quand, locution con­jonc­tion­nel­le in­exis­tan­te en français et qui est une erreur fréquente chez les fin­no­pho­nes :

Aina kun soitan hänelle, linja on varattu. Chaque fois que je lui téléphone, c’est occupé.

5. Si temporel

La conjonction conditionnelle si peut éga­le­ment avoir une valeur temporelle et marquer une action qui se répète fréquemment, dans un emploi qui a une valeur à la fois conditionnelle d’éventuel et temporelle. Si correspond alors à dès que ou chaque fois que et s’emploie avec le présent ou l’imparfait dans la sub­or­don­née et la principale :

S’il avait un problème, il téléphonait tout de suite à son meilleur ami Claude.
Si elle se sentait trop seule, elle allumait la télévision et se mettait à zapper.
Le weekend, si j’ai le temps, je vais en général voir mon frère.
En vacances, s’il pleuvait, nous allions visiter les musées. Lomalla ollessamme silloin kun satoi, kävimme aina museoissa.

On pourrait paraphraser ces sub­or­don­nées en disant :

Dès qu’il avait/Chaque fois qu’il avait un problème…
Dès qu’elle/Chaque fois qu’elle se sentait seule…
Chaque fois que j’ai le temps… etc.

6. Au moment où

Cette locution introduit formellement une sub­or­don­née relative (qui n’est donc pas à proprement parler une sub­or­don­née cir­cons­tan­cielle), qui peut indiquer une simultanéité avec un évènement momentané mais aussi avec une période d’une durée plus vaste :

Au moment où il allait partir,il se rendit compte qu’il avait oublié son passeport chez ses parents.
Au moment où nous eûmes cette révélation, toutes les portes s’ouvrirent à nous.
La Chine se porte bien au moment où l’économie mondiale est plongée dans l’incertitude.

Remarque : Éviter de traduire le pronom relatif finnois jolloin par quand. Voir p. 606 §4.