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755. Les modes de l’hypothèse

1. Généralités

Les propositions cir­cons­tan­cielles conditionnelles se comportent dans les grandes lignes de la mê­me manière en finnois et en français et ne posent pas de dif­fi­cul­tés majeures. La tradition grammaticale dis­tin­gue trois modes de représentation de l’hypothèse, l’éventuel, le potentiel, et l’irréel (lui-mê­me divisé en irréel du présent et irréel du passé. Ces distinctions sémantiques sont héritées de la tradition des langues classiques et n’ont pas une très grande importance en elles-mê­mes, car ces distinctions se retrou­vent en finnois. Cependant, la connaissance de ces termes permet d’expliquer certaines règles de façon plus sim­ple (notamment en ce qui con­cer­ne les temps verbaux).

2. L’éventuel

Dans l’éventuel, le contenu de la principale devient vrai quand la condition se remplit :

Si tu viens en été en Finlande, tu pourras voir le soleil de minuit.
Si le bébé a encore de la fièvre ce soir, il faudra appeler un médecin.
Si tu ne termines pas ton mémoire, tu auras travaillé un an pour rien !
Si vous allez à Strasbourg en juin, vous pourrez profiter du très beau festival de musique.

Dans les propositions principales exprimant l’éventuel, le verbe est le plus souvent au futur (simple ou antérieur). Dans la conditionnelle, le futur **Si tu feras est interdit, comme en anglais, suédois, alle­mand, etc, mais à la dif­fé­ren­ce du latin, qui pouvait uti­li­ser un futur an­té­rieur (le futur est cependant possible après si dans une interrogative indirecte p. 635 §2). L’idée de futur peut ce­pen­dant aussi être contenue dans un impératif ou une cons­truc­tion de mê­me valeur :

Si tu en as envie, reste quelques jours chez nous.
Si Jean-Jacques téléphone, dis-lui que je passerai ce soir.
Si tu vas à Paris, il faut absolument que tu ailles au Louvre.
Si le livre n’est pas disponible, vous n’avez qu’à le commander.

3. Variantes

Parfois, l’éventuel peut être exprimé par le présent. Le présent est une manifestation de l’immédiateté de l’effet, tandis qu’avec un futur ce serait une menace vague et éventuelle :

Si tu lui racontes ça, je te tue !

Le finnois uti­li­se les mê­mes procédés. À noter cependant que cet emploi du présent est devenu pratique­ment lexicalisé et concerne les verbes signifiant une menace grave, mais qui souvent est purement rhé­to­ri­que et a simple valeur de mise en garde (le locuteur n’envisage pas forcément que la condition se réa­li­se) ; la condition peut être exprimée de diverses manières, souvent d’une façon assez concise :

Un pas de plus et vous êtes mort !
Tais-toi ou je t’assomme !
Une seconde d’inattention, et c’est la mort.

4. Le potentiel

Dans le potentiel, la condition peut ou peut ne pas se réaliser (d’où le terme de potentiel). Le verbe de la conditionnelle est à l’imparfait, celui de la principale en général au con­ditionnel présent :

Si je gagnais au loto, j’arrêterais de travailler [c’est possible, mais pas certain].
Si vous aviez une tondeuse électrique, ça ferait moins de bruit.
Si tu prenais plus de vacances, tu serais moins stressé.

5. L’irréel du présent et du passé

Dans l’irréel du présent, l’évènement ne peut pas se réaliser, la condition est une simple hypothèse. Comme dans le cas du potentiel, le verbe de la conditionnelle est à l’imparfait, celui de la principale en général au conditionnel présent :

Si j’étais riche, j’achèterais un hélicoptère [= mais je ne suis pas riche].
Si l’eau n’était pas aussi froide, nous pourrions nous baigner [= mais l’eau est trop froide].

Dans l’irréel du passé, l’évènement n’a pas pu se produire, car la condition ne s’est pas réalisée dans le pas­sé ; le verbe de la conditionnelle est au plus-que-parfait, celui de la principale en général au conditionnel passé 1e forme :

Si tu m’avais téléphoné plus tôt, je ne serais pas parti pour rien [= mais tu ne m’as pas téléphoné].

6. Temps verbaux variables

Cependant, le temps de la principale et de la cir­cons­tan­cielle peuvent varier grandement selon les cas et en fonction de l’idée exprimée, et on peut par exem­ple uti­li­ser un conditionnel passé avec un con­di­tion­nel présent dans la principale :

Si tu n’as rien d’autre à faire, tu pourrais tondre le gazon.
Si tu es né avant 1956, tu as droit aux soins dentaires gratuits.
Si tu arrêtais tes études maintenant, tu aurais travaillé pour rien.
Si c’était moi qui décidais, on l’aurait mis à la porte depuis longtemps.
Si la Finlande n’était pas entrée dans l’Union européenne, comment se porterait son économie ?
Si tu étais plus soigneux, tu n’aurais pas eu besoin de démonter tout ce bins pour le remonter ensuite.

7. Optatif

On uti­li­se fréquemment en français des propositions exclamatives avec si (la principale est alors en quelque sorte sous-entendue). Elles ont une valeur optative (souhait futur ou non réa­li­sé), que l’on rend en finnois par kunpa :

Si j’avais un peu plus de temps ! Kunpa minulla olisi enemmän aikaa!
Si seulement tu n’étais pas toujours si pressé ! Kunpa et olisi aina niin kiireinen!
S’il avait su ! Kunpa hän olisi tiennyt!
Si j’étais plus jeune ! Kunpa olisin nuorempi!