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763. Le conditionnel dans la subordonnée introduite par si

1. Une règle stricte souvent inobservée

L’uti­li­sation du conditionnel dans la subordonnée conditionnelle est « strictement interdite » par les gram­maires. On en trouve pourtant beaucoup d’exem­ples chez les locuteurs francophones. Dans cer­tai­nes ré­gions, cette erreur peut être due à des influences d’autres langues (breton ou alsacien en France, néer­landais en Belgique, allemand en Suisse, par exem­ple), mais l’uti­li­sa­tion erronée du conditionnel est en fait un phénomène répandu et attesté dans tout le do­mai­ne francophone et l’apprenant FLE ne doit pas s’é­ton­ner d’en entendre dans la conversation cou­rante ni d’en trouver de très nombreuses oc­cur­ren­ces par exem­ple sur Internet :

J’ai donc consulté un médecin, je souffre de fibrillations auriculaires. Ce dernier m’a dit que si je serais venu plus tôt ça aurait été plus facile à soigner.
On est ensemble depuis 17 mois, on a des points en commun, je pense que s’il aurait pas se [sic] problème tout se passerait bien entre nous.
Oui, et si ce serait la bonne, cette année 2007 ? Si ce serait enfin l’année du Standard champion ? [exem­ples relevés parmi des centaines d’autres, dans des forums de discussion, aout 2009]

Cependant, la norme est d’uti­li­ser un imparfait (ou plus-que-parfait), quel que soit le niveau de lan­gue. L’ap­prenant FLE ne peut pas se permettre d’uti­li­ser un conditionnel, qui serait senti com­me nettement fau­tif, surtout de la part d’un non francophone (sur les raisons, voir Bon à savoir pour les apprenants de FLE p. 582).

2. Si j’aurais su

L’expression en principe agrammaticale si j’aurais su ! (forme correcte en principe : si j’avais su !) s’uti­li­se fréquemment par ironie ou dérision (on se moque de la règle de grammaire en faisant semblant de ne pas la connaitre) pour exprimer une déception, une surprise, etc. Cette phrase en suspens s’uti­li­se com­me une sorte de locution exclamative figée plaisante :

Ah ben dis donc, si j’aurais su !… [En finnois par exem­ple : No johan nyt!]

Parfois, on ajoute à celle-ci une autre forme fautive, j’aurais pas venu, l’erreur volontaire étant ici d’uti­li­ser l’auxiliaire avoir au lieu d’être, la forme correcte étant je serais pas venu :

Ah ben dis donc, si j’aurais su, j’aurais pas venu.
[On peut paraphraser en finnois : No kannatti todella tulla!]

Cette expression a été rendue célèbre par le film La Guerre de boutons (1961). Elle est devenue une sorte de locution signifiant une mise en garde indiquant une chose à éviter ou qu’il aurait mieux valu ne pas faire (nombreuses occurrences sur Internet, notamment dans des titres de blogs, d’articles politiques etc.), et on rencontre diverses variantes, si j’avais su/si j’aurais su, je serais pas venu/j’aurais pas venu) :

Donnez votre avis : Si j’avais su, j’aurais pas venu !
Génération Parité : Si j’aurais su, j’aurais pas venu.
Ho Chi Minh City, si j’aurais su j’aurais pas venu [titre d’un article de blog de voyage]