Vous êtes ici » Les propositions subordonnées »  » Subordonnées circonstancielles » Circonstancielles comparatives
767. Comparatives en corrélation du type plus… plus…

1. Structure

Les comparatives en corrélation pourraient être également appelées « com­paratives juxta­posées » ou « com­pa­ra­tives relatives » : ce sont formellement des propositions indépendantes mais qui sont mises en re­la­tion par la répétition d’un adverbe comparatif en tête de phrase (plus…, plus… ou moins…, moins…). Elles établissent une com­parai­son, mais expriment éga­le­ment parfois la condition ou une con­sé­quen­ce :

Plus tu apprends de vocabulaire, plus ça te semblera facile. =
Si tu apprends plus de vocabulaire, ça te semblera (de plus en plus) facile.

Ces cons­truc­tions correspondent au finnois mitä… sitä… La cons­truc­tion en français est très sim­ple ; on « ex­trait » l’adverbe comparatif de la phrase de départ et on le place en tête de phra­se :

Il devient plus vieux, [conséquence :] il ressemble plus à son père. →
Plus il devient vieux, plus il ressemble à son père.
[Si/quand] Une entreprise devient plus importante, elle peut moins s’adapter au rythme de chacun.
Plus une entreprise devient importante et moins elle peut s’adapter au rythme de chacun.

On trouve également le comparatif d’égalité autant… autant… :

Autant son premier roman est excellent, autant celui-ci est insipide.
Autant il a du mérite d’avoir renouvelé la ligne politique du parti, autant il s’est fait d’ennemis par son style personnel et son comportement.

À retenir : dans les comparatives en corrélation, on n’ajoute aucun mot supplémentaire ! L’erreur fré­quente consiste à introduire que ou le (sous l’influence de l’anglais : the more you talk*le plus que tu parles). Le seul chan­gement par rapport à la phrase normale est l’« extraction » de plus ou moins en tête de proposition.

2. Ordre des mots conservé

Le fait de placer l’adverbe plus ou moins en tête de proposition est la seule modification qui se produit par rapport à l’ordre normal (voir exceptions ci-dessous §4). Il n’y a pas d’inversion du sujet :

Plus je réfléchis à la chose, moins je comprends pourquoi il est parti.
Moins tu te préoccupes de ce qu’il fait, plus vos relations s’amélioreront.
Plus ils vont en vacances en Asie du sud-est, plus ils ont envie d’y retourner.

Si le comparatif est mieux/meilleur ou pire/pis, il se met en tête de phrase :

Plus la science progresse, mieux elle comprend pourquoi elle ne peut aboutir.
Moins on fait cuire un steak, meilleur il est.
Moins vous irez vite, mieux ce sera.
Mieux il respecte la ponctuation et plus l’enfant dispose d’un esprit ordonné et rationnel.
Plus les réactions des participants vis-à-vis d’une action de formation sont favorables, mieux ils apprennent le contenu de la session.
Moins on respectera les consignes de sécurité, pires seront les conséquences.

Contrairement au finnois, on ne peut pas sous-entendre le verbe, qui doit toujours être ex­pri­mé :

Mitä tuoreempi leipä, sitä rapeampi. Plus le pain est frais, plus il est croustillant.
Mitä vähemmän meitä on, sitä parempi. Moins nous serons, mieux ce sera.

3. Déterminants complexes plus/moins/autant de

Quand plus, moins ou autant sont des éléments de déterminants complexes (p. 4 §2) plus de, moins de, autant de , qui sont incompatibles avec l’uti­li­sation de l’article indéfini massif (p. 116), l’élément plus/moins/autant se met en tête de phrase et l’élé­ment de reste à sa place. Il n’y a au­cu­ne autre modification dans la phrase :

Si tu mets plus de sherry dans la sauce, elle aura plus de gout. →
Plus tu mets de sherry dans la sauce, plus elle aura de gout.
Si on fait plus de sport, on a de plus en plus envie d’en faire. →
Plus on fait de sport, plus on a envie d’en faire.
Si tu mets moins de sucre, le glaçage sera moins solide. →
Moins tu mets de sucre, moins le glaçage sera solide.
Autant vous aurez de liens qui pointent vers cette page, autant vous améliorerez votre visibilité.

Cependant, le fait de déplacer l’élément adverbial en tête de phrase peut rendre moins nette la relation en­tre celui-ci et l’élément de, et l’article indéfini peut réapparaitre, notamment si le groupe verbal est senti com­me formant une locution. On peut dire ainsi indifféremment :

Plus on fait de sport, plus on a envie d’en faire. Ou
Plus on fait du sport, plus on a envie d’en faire.

Dans la deuxième phrase, faire du sport est interprété comme un seul mot (cf. urheilla en finnois).

4. Ordre des mots particulier

En règle générale, on maintient l’ordre des mots normal SVO. Toutefois, dans le cas de certains ad­jec­tifs ou adverbes courts (en particulier vite), on peut placer l’adverbe en tête de proposition accolé à plus ou moins, notamment si le sujet est très long par rapport au verbe :

Plus tu te concentreras, plus vite ça ira.
Plus vite tu viendras, mieux ce sera.
Moins tu perdras de temps pour réserver le billet, moins cher ça sera.
Plus votre fichier est petit, moins long sera le temps d’attente du spectateur pour voir votre œuvre.

La place de l’adverbe est déterminée par la portée (p. 175) et le sens de cet adverbe. Par exemple, dans le cas de vite, l’adverbe peut porter sur la réalisation de la proposition (dans le sens du finnois pian), et dans ce cas-là il se place avant le verbe (a). Il peut aussi porter sur le mode de réalisation du verbe, et dans ce cas, il reste postposé au verbe (b) :

(a) Plus vite tu termineras ton travail, plus tu auras de temps pour profiter des vacances.
(b) Plus tu feras ton travail vite, plus le risque d’erreurs sera grand.

Il règne un certain flottement à ce su­jet (mê­me dans le cas de vite). Le plus simple pour l’apprenant FLE est de respecter l’ordre des mots normal, toujours possible :

Plus tu te concentreras, plus ça ira vite.
Moins tu perdras de temps pour réserver le billet, moins ça sera cher.
Plus votre fichier est petit, moins le temps d’attente du spectateur pour voir votre œuvre sera long.

5. D’autant plus/moins… que

La locution d’autant plus / d’autant moins suivie d’une subordonnée introduite par que exprime à la fois une comparaison et une cause. Elle correspond à la cons­truc­tion finnoise sitäkin + com­pa­ra­tif kun :

Il avait d’autant moins de raisons d’être surpris que je le lui avais annoncé par lettre.
Les abords de l’écluse sont d’autant plus dangereux qu’il n’y a pas de garde-fous.

Remarque : la locution conjonctionnelle d’autant plus que (en un seul groupe et sans comparatif dans la sub­or­don­née) a un sens uniquement causal, « varsinkin kun » (p. 713 §2).