Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Les phrases
clivées et
pseudo-clivées

Les phrases clivées

La focalisation des éléments de la phrase clivée

Attention à la forme des pronoms

Accord du verbe être

La focalisation avec c’est : limitations

Les phrases pseudo-clivées

Formes de pronoms variables

Le superlatif et les phrases clivées

Difficultés d’interprétation des phrases clivées

Les phra­ses cli­vées

Un pro­cé­dé très utilisé

Les phra­ses cli­vées sont un pro­cé­dé de focalisa­tion très utilisé dans le fran­çais par­lé, mais on les utilise aus­si dans le code écrit. L’étudiant de fran­çais qui veut com­pren­dre le fran­çais parlé doit savoir reconnaitre et interpréter les phra­ses cli­vées, et aus­si apprendre à les utiliser. Elles sont aus­si utiles et parfois mê­me in­dis­pen­sa­bles dans l’ex­pres­sion écrite, par ex­em­ple dans des constructions avec un su­per­la­tif.

En fin­nois, on peut parfois uti­li­ser des phra­ses cli­vées, mais elles sont beau­coup moins fré­quentes qu’en fran­çais. Le fin­nois préfère uti­li­ser l’ordre des mots pour obtenir l’effet de focalisa­tion cor­res­pon­dant.

Mécanisme de base

La phra­se cli­vée est une phra­se dans laquelle on découpe la phra­se indépen­dante originale en deux élé­ments (cliver peut se traduire en fin­nois « halkaista, lohkoa ») fortement liés l’un à l’au­tre :

  1. 1) la par­tie qu’on veut focaliser est in­tro­duite par c’est (la for­me du ver­be peut varier) ; dans cer­tains cas, on uti­li­se aus­si il y a ;
  2. 2) la par­tie foca­li­sée est suivie d’une re­la­ti­ve in­tro­duite par

On peut en principe foca­li­ser de cette façon pra­ti­que­ment tous les élé­ments de la phra­se (il y a quel­ques limitations, voir ci-des­sous) :

Ma sœur a acheté une maison en Vendée.
C’est ma sœur qui a acheté une maison en Vendée.
C’est une maison que ma sœur a achetée en Vendée.
C’est en Vendée que ma sœur a acheté une maison.

Une phra­se né­ga­ti­ve ou inter­ro­ga­tive peut aus­si être trans­for­mée en phra­se cli­vée :

Jean-Claude n’a pas écrit. → Ce n’est pas Jean-Claude qui a écrit. ■ Vous avez été à Nantes ? → Est-ce à Nantes que vous avez été ? / Est-ce que c’est à Nantes que vous avez été ?

La foca­li­sa­tion des élé­ments de la phra­se cli­vée

Foca­li­sa­tion du su­jet

Si l’élé­ment foca­li­sé est le su­jet du ver­be de la phra­se, on uti­li­se c’est … qui (pro­nom relatif su­jet). Si l’élé­ment foca­li­sé est un pro­nom per­son­nel, il est à la for­me pleine (voir ci-dessous des exem­ples avec pro­nom). Le ver­be de la re­la­ti­ve s’ac­cor­de en gen­re, nombre et per­son­ne avec l’an­té­cé­dent du pro­nom qui :

Michel vient en avril. → C’est Michel qui vient en avril. ■ Je lui ai annoncé la nou­velle. → C’est moi qui lui ai annoncé la nouvelle. Minä sen ilmoitin hänelle. ■ Des amis m’ont ramené chez moi. → Ce sont des amis qui m’ont ramené chez moi. Minut saattoi kotiin eräs ystävä. ■ Cette amie est par­tie. → C’est cette amie qui est partie. Juuri se ystävä on lähtenyt.

Foca­li­sa­tion d’un au­tre élé­ment

Dans TOUS les au­tres cas, quand l’élé­ment foca­li­sé est un com­plément de ver­be direct (CVD), un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP), un com­plé­ment de phra­se, un com­plé­ment du nom ou un com­plé­ment d’ad­jec­tif, un at­tri­but, un complé­ment d’agent, ou mê­me un ad­ver­be de temps, de lieu etc., on uti­li­se la cons­truc­tion c’est+ élé­ment ex­trait + que.

Il a vu ce film.→ C’est lui qui a vu ce film.
Cette découverte allait révolutionner la physique moderne.→ C’est cette découverte qui allait révolutionner la physique moderne.
Les meilleurs par­tent tou­jours les premiers.→ Ce sont tou­jours les meilleurs qui par­tent les premiers.
J’ai donné ce livre à mon fils.→ C’est à mon fils que j’ai donné ce livre.
Il a vu ce film.→ C’est ce film qu’il a vu.
Nous avons passé nos vacances là.→ C’est là que nous avons passé nos vacances. Siellä juuri vietimme lomamme.
François m’a parlé de ce film.→ C’est de ce film que François m’a parlé. Juuri siitä elokuvasta hän kertoi minulle.
J’ai pris ma décision ce jour-là.→ C’est ce jour-là que j ’ai pris ma décision. Sinä päivänä tein päätökseni.
Cet ami m’a annoncé la nouvelle hier.→ C’est hier que cet ami m’a annoncé la nouvelle. Se ystävä kertoi uutisen minulle eilen.
Julie est vexée de ta ré­pon­se.→ C’est de ta ré­pon­se que Julie est vexée. Sinun vastauksestasi Julie on loukkaantunut.
Ces réfor­mes se feront pro­gres­si­ve­ment. → C’est pro­gres­si­ve­ment que ces réfor­mes se feront. Ne uudistukset tulevat tapahtumaan progressiivisesti.
Partici­per ne m’intéresse pas, je veux gagner. → Partici­per ne m’intéresse pas, c’est gagner que je veux.
J’ai appris la nouvelle en lisant le journal.→ C’est en lisant le journal que j’ai appris la nouvelle.

Rem. Le mot que fonc­tion­ne dans ce cas com­me sorte de con­jonc­tion passepartout.

La foca­li­sa­tion du CVD place celui-ci sous for­me de pro­nom relatif avant le ver­be. Le par­ti­ci­pe passé du ver­be peut donc s’ac­cor­der en gen­re et en nombre :

Nous avons rencontré votre voisine. → C’est votre voisine que nous avons ren­con­trée. ■ Je t’avais montré ces photos. → C’est ces photos que je t’avais mon­trées.

Adver­bes, ad­ver­bia­les, gérondifs et su­per­la­tif

On peut éga­le­ment foca­li­ser des ad­ver­bes, cer­tai­nes sub­or­don­nées ad­ver­bia­les (voir ce­pen­dant limitations ci-dessous) ou des géron­difs :

C’est parce que le su­jet m’intéresse vraiment que j’ai accepté de faire cette longue traduction. ■ C’est quand j’ai vu qu’il avait maigri de façon aus­si effrayante que j’ai compris qu’il était gravement malade. ■ C’est en analysant des milliers d’é­chan­til­lons que les chercheurs ont trouvé l’explica­tion du phénomène. ■ C’est après que j’aie obtenu mon diplôme que j’ai pu enfin songer à trouver un appartement plus grand. ■ C’est uni­que­ment si tu promets de ne pas emporter d’ordinateur que je partirai en vacances avec toi. ■ C’est à condi­tion que l’énon­cia­tion reste suf­fi­sam­ment précise que la produc­tion du sens peut réellement fonc­tion­ner. ■ C’est en ré­pé­tant et en ré­pé­tant en­co­re le mê­me mouvement qu’il finit par devenir au­to­ma­tique, quasiment inconscient.

L’uti­li­sa­tion de la cons­truc­­tion cli­vée est par­ti­cu­liè­re­ment fré­quente (et im­por­tan­te pour le sens) dans les phra­ses qui contiennent un super­latif (voir en détail ci-des­sous) :

C’est lors de ce voyage à Bruxelles que j’ai bu la meilleure bière de ma vie. ■ C’est la tarifica­tion modulée qui constitue le meilleur moyen de remplir les trains. ■ C’est l’étude de la moelle osseuse qui constitue le meilleur test de pronostic de ben­zo­lis­me.

Atten­tion à la for­me des pro­noms

Le pro­nom IL est à la for­me pleine focalisée.

Le pro­nom IL foca­li­sé dans la construction c’est … QU- est à une forme pleine fo­ca­li­sée. Cette for­me est parfois très dif­fé­ren­te de la for­me faible, parce que les for­mes varient en gen­re et en nombre, et éga­le­ment en fonc­tion de la ca­té­go­rie ré­fé­rentielle du ré­fé­rent (grou­pe no­mi­nal, animé/non animé, non grou­pe no­mi­nal). Par ex­em­ple la for­me focalisée du pro­nom en peut être de celui-là ou de ça :

For­mes pleines du pronom IL
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.luicelui-ciluicelui-là
f.ellecelle-ciellecelle-là
pl.m.euxceux-cieuxceux-là
f.
ellescelles-ciellescelles-là

Dans le cas des pro­noms à ré­fé­rent animé, les for­mes pleines focalisées sont les mê­mes que les for­mes pleines utilisées com­me com­plé­ment pré­po­si­tionnel (a)  ; quand le ré­fé­rent du pro­nom est un non animé, les for­mes com­plé­ment pré­po­si­tion­nel et les for­mes focalisées sont dif­fé­ren­tes (b)  :

(a) Je m’intéresse à elle (+animé, cette ancêtre). C’est à elle que je m’intéresse.
(b) Je m’y intéresse. (–animé, cette solution). C’est à celle-là que je m’in­té­res­se.

Les for­mes focalisées des pro­noms IL ou ÇA ne sont pas tou­jours faciles à utiliser ni à identifier, voir ci-dessous une liste de 42 exem­ples avec pro­nom.

Les élé­ments des for­mes syncrétiques sont dissociés

Une for­me syncrétique est dissociée en deux élé­ments. Un pro­nom faible CVP (lui, leur, en) est une for­me syncrétique qui « contient » la pré­po­si­tion : dans il me parle, le pro­nom me signifie « à + je » ; dans je lui écris, lui peut signifier « à elle » ; dans elle en rêve, en peut signifier « de ça » etc. Quand le pro­nom n’est plus appuyé au ver­be (com­me dans une construc­tion cli­vée), il faut rétablir (palauttaa) la pré­po­si­tion « cachée » dans le pro­nom :

Il m’a offert ce livre. (m’ = me = « à je ») → c’est à moi qu’il a offert ce livre. (moi for­me pleine)
Je lui ai téléphoné. (lui for­me faible) → c’est à elle que j’ai téléphoné. (elle for­me pleine)

Cette transforma­tion n’est pas tou­jours facile à com­pren­dre et elle oc­ca­sion­ne très fré­quem­ment des er­reurs mê­me chez les fran­co­pho­nes. Le tableau sui­vant sui­vant présente tous les critères et les for­mes pos­si­bles :

Formes faibles syncrétiques et for­mes pleines focalisées des pro­noms
pro­nom / GNfor­me faiblefor­me pleine focalisée
je CVD memoi
tu CVD te toi
nous CVD nous nous
vous CVD vous vous
à + je me à moi
à + tu te à toi
à + nous nous à nous
à + vous vous à vous

+animé−animé+animé−animé
à GN / il(s) /elle(s)
lui
leur
y à lui
à elle
à eux
à elles
à celui-là
à celle-là
à ceux-là
à celles-là
de GN / il(s) / elle(s)
en de lui
d’elle
d’eux
d’elles
de celui-là
de celle-là
de ceux-là
de celles-là
sur, avec, contre, pour, etc.
GN / il(s) / elle(s)


sur lui
sur elle
sur eux
sur elles
sur celui-là
sur celle-là
sur ceux-là
sur celles-là
çaleça
à çay à ça
de çaen de ça
sur çasur ça (pas de for­me faible syncrétique) sur ça
(après cer­tains ver­bes) là-dessus
par ça par ça (pas de for­me faible syncrétique) par ça
(après cer­tains ver­bes) par là
avec, pour, contre etc. çaavec ça / pour ça / contre ça etc.
(pas de for­me faible syncrétique)
avec /pour / contre ça
Ex­em­ples avec divers pro­noms

La for­me du pro­nom peut donc changer de façon con­si­dé­ra­ble et le maniement de la phra­se cli­vée demande une cer­tai­ne « gymnastique mentale » et une bonne con­nais­sance des règles concernant les for­mes des pro­noms et la cons­truc­­tion des ver­bes. Dans les 42 exem­ples ci-dessous, divers pro­noms (en gras) sont foca­li­sés suc­ces­si­ve­ment :

Elle le voit. → C’est elle qui le voit.
Elle le voit. → C’est lui qu’elle voit. le = cet ami ré­fé­rent animé
Il le voit. → C’est lui qui le voit.
Il le voit. → C’est lui qu’il voit. le = cet ami ré­fé­rent animé

Il le connait. → C’est lui qui le connait.
Il le connait. → C’est lui qu’il connait. le = ce vendeur ré­fé­rent animé
Il la connait. → C’est elle qu’il connait.la = cette dame ré­fé­rent animé
Il le connait. → C’est celui-là qu’il connait. le = ce livre ré­fé­rent non animé
Il la connait. → C’est celle-là qu’il connait. la = cette dé­fi­nition ré­fé­rent non animé

Il nous a parlé d’abord. → C’est lui qui nous a parlé d’abord.
Il nous a parlé d’abord. → C’est à nous qu’il a parlé d’abord.
Il a pensé à nous d’abord. → C’est lui qui a pensé à nous d’abord.
Il a pensé à nous d’abord. → C’est à nous qu’il a pensé d’abord.

Il le lui a donné. → C’est lui qui le lui a donné.
Il le lui a donné. → C’est celui-là qu’il lui a donné. le = ce livre ré­fé­rent non animé
Il la lui a donnée. → C’est celle-là qu’il lui a donnée. la = cette pomme ré­fé­rent non animé
Il le lui a donné. → C’est à lui qu’il l’a donné.lui = mas­cu­lin
Il le lui a donné. → C’est à elle qu’il l’a donné. lui = fé­mi­nin

Il le lui a dit. → C’est lui qui le lui a dit.
Il le lui a dit. → C’est cela/ça qu’il lui a dit.le = an­té­cé­dent non gn, for­me pleine cela ou ça
Il le lui a dit. → C’est à lui/à elle qu’il l’a dit.

Je t’en ai parlé. → C’est moi qui t’en ai parlé.
Je t’en ai parlé. → C’est à toi que j’en ai parlé.
Je t’en ai parlé. → C’est de celui-là que je t’ai parlé.en = le livre an­té­cé­dent gn
Je t’en ai parlé. → C’est de cela/de ça que je t’ai parlé.en = an­té­cé­dent non gn

Elle y a pensé. → C’est elle qui y a pensé.
Elle y a pensé. → C’est à celle-là qu’elle a pensé.y = la solution an­té­cé­dent gn
Elle y a pensé. → C’est à cela/à ça qu’elle a pensé.y = an­té­cé­dent non gn
Il leur a parlé de lui. → C’est lui qui leur a parlé de lui.
Il leur a parlé de lui. → C’est à eux/à elles qu’il a parlé de lui.
Il leur a parlé de lui. → C’est de lui qu’il leur a parlé.

Nous y allons. → C’est nous qui y allons.
Nous y allons. → C’est là que nous allons.

Elles en reviennent. → Ce sont elles (FP : C’est elles) qui en reviennent.
Elles en reviennent. → C’est de là qu’elles reviennent.

Je l’y ai rencontrée. → C’est moi qui l’y ai rencontrée.
Je l’y ai rencontrée. → C’est elle que j’y ai rencontrée.
Je l’y ai rencontrée. → C’est là que je l’ai rencontrée.

Ils ont insisté sur cela. → Ce sont eux (FP : C’est eux) qui ont insisté sur ça.
Ils ont insisté sur cela. → C’est sur cela qu’ils ont insisté. / C’est là-dessus qu’ils ont insisté.

Prononciation :

Si on pro­non­ce en faisant l’élision du e de le devant que, les deux phra­ses sont iden­ti­ques :

C’est lui qui le voit. /selɥikilvwa/
C’est lui qu’il voit.   /selɥikilvwa/

Si on ne pro­non­ce pas le l final de il, com­me c’est fré­quent dans le fran­çais parlé, la pro­non­cia­tion est dif­fé­ren­te :

C’est lui qui le voit. /selɥikilvwa/
C’est lui qu’i(l) voit. /selɥikivwa/

Inversement, la suite /selɥikivwa/ peut donc signifier c’est lui qui voit ou c’est lui qu’il voit.

Ex­em­ple fin­nois → fran­çais

La phra­se fin­noise Hän antoi sen hänelle contient trois pro­noms (su­jet ver­be cvd cvi), qu’on peut déplacer librement et for­mer ainsi trois phra­ses dif­fé­ren­tes, aux­quel­les cor­res­pondent en fran­çais 18 phra­ses pos­si­bles (à cause de l’op­po­si­tion mas­cu­lin/fé­mi­nin et animé/non animé) :

Hän antoi sen hänelle. 4 traductions pos­si­bles :
C’est lui qui le lui a donné. ■ C’est elle qui le lui a donné.
C’est lui qui la lui a donnée. ■ C’est elle qui la lui a donnée.

Sen hän antoi hänelle. 6 traductions pos­si­bles :
C’est celui-là qu’il lui a donné. ■ C’est celui-là qu’elle lui a donné. celui-là = le livre ré­fé­rent non animé
C’est celle-là qu’il lui a donnée. ■ C’est celle-là qu’elle lui a donnée. celle-là = cette pomme non animé
C’est cela/ça qu’il lui a donné. ■ C’est cela/ça qu’elle lui a donné.

Hänelle hän antoi sen. 8 traductions pos­si­bles :
C’est à lui qu’il l’a donné. ■ C’est à lui qu’elle l’a donné. l’ = le livre
C’est à lui qu’il l’a donnée. ■ C’est à lui qu’elle l’a donnée. l’ = la pomme
C’est à elle qu’il l’a donné. ■ C’est à elle qu’elle l’a donné. l’ = le livre
C’est à elle qu’il l’a donnée. ■ C’est à elle qu’elle l’a donnée. l’ = la pomme

Accord du ver­be être

Accord du ver­be être en nombre

a. Dans le code écrit, si le su­jet ou le CVD foca­li­sé est un grou­pe no­mi­nal pluriel ou un pro­nom de per­son­ne 3/6, le ver­be être du groupe introducteur c’est se met au pluriel :

Ce sont tes parents qui ont acheté ce cadeau. ■ Non, ce ne sont pas eux qui l’ont acheté, mais ce sont eux qui l’ont choisi. Sinun vanhempasiko ostivat tämän lahjan? – Ei, he eivät ostaneet sitä, mutta he ovat kyllä valinneet sen. ■ C’étaient eux qui me l’ont dit. ■ Ce sont ces livres que j’avais commandés.

Dans la langue cou­rante (code écrit et fran­çais parlé), on conserve le sin­gu­lier :

C’est tes parents qui ont acheté ce cadeau. ■ Non, c’est pas eux qui l’ont acheté, mais c’est eux qui l’ont choisi. ■ C’était eux qui me l’ont dit. ■ C’est ces livres que j’avais commandés.

Si le su­jet ou le CVD foca­li­sés sont les pro­noms pluriels nous et vous, le ver­be être du groupe introducteur c’est est tou­jours au sin­gu­lier :

C’est vous qui avez téléphoné ce matin ? ■ Ce n’est pas nous que tu as cru voir hier en ville, nous étions tou­te la journée à la plage.

b. Dans les au­tres cas que celui du su­jet et du com­plé­ment de verbe direct (CVD), au­tre­ment dit quand le mot que fonc­tion­ne com­me une con­jonc­tion sans ré­fé­rent, le ver­be c’est reste au sin­gu­lier :

C’est à des chercheurs danois qu’on doit la découverte de ce vaccin. ■ C’est avec ces amis que nous irons à Moscou. ■ C’est de ces évènements que tou­te la France parle en ce moment.

Personne du ver­be être

Si l’élé­ment foca­li­sé su­jet ou CVD est un pro­nom de per­son­ne 1-2-4-5, le ver­be être du groupe introducteur c’est reste à la per­son­ne 3 est (on ne dit pas par exemple ce *sommes nous qui…), et donc, tou­jours au sin­gu­lier :

C’est toi qui partiras en dernier. ■ Ce n’est pas moi qui ai dit ça. ■ C’est vous que le jury a retenu. ■ C’est nous qui avons les clés.

Com­me dans le cas b. ci-dessus, quand le mot foca­li­sé n’est pas le su­jet ni le CVD, le mot que fonc­tion­ne com­me une con­jonc­tion sans ré­fé­rent et le ver­be c’est reste de tou­te façon à la per­son­ne 3 (donc au sin­gu­lier) :

C’est à toi que je pensais pour ce travail. ■ C’est de nous qu’ils ont appris la nou­velle. ■ C’est contre vous que ces attaques sont dirigées.

Temps et mode du ver­be être

Le temps et le mode du ver­be être peuvent varier. On peut appliquer ou non la con­cordance des temps :

Je ne savais pas que c’était lui qui avait eu cette idée. En tiennyt, että hän sen keksi.

Dans ce cas, on peut ce­pen­dant garder le présent. En effet, le temps du ver­be de la com­plé­tive (avait eu) suffit à in­di­quer que c’est un passé :

Je ne savais pas que c’est lui qui avait eu cette idée

La cons­truc­­tion c’est + re­la­ti­ve est en fait sentie com­me un outil, un élé­ment in­va­ria­ble (com­me est-ce que qui est devenu un mot in­ter­ro­ga­tif in­va­ria­ble). Pour cette raison, cer­tai­nes gram­mai­res le qualifient sou­vent de « présentatif », d’« in­tro­duc­teur » etc., com­me s’il s’agissait d’un mot-outil figé et in­va­ria­ble comme voilà, par ex­em­ple. Il y a ce­pen­dant un cas où le ver­be doit obli­ga­toi­re­ment « s’ac­cor­der » en temps et mode, c’est le sub­jonc­tif. Dans les exem­ples sui­vants, on n’a pas le choix entre deux modes : il faut met­tre le ver­be au sub­jonctif :

Nous ne pensons pas que ce soit vous qui êtes la per­son­ne idéale. Mielestämme te ette ole sopivin henkilö. ■ Il se peut que ce soit ce jour-là qu’il a disparu. Voi olla, että juuri sinä päivänä hän katosi.

La foca­li­sa­tion avec c’est : limitations

Foca­li­sa­tion d’un ad­ver­be

La foca­li­sa­tion ne se fait pas aisément avec tous les ad­ver­bes, et elle dépend de con­train­tes sé­man­ti­ques et du con­tex­te. On ne peut par exem­ple pas foca­li­ser l’ad­ver­be tou­jours :

*C’est tou­jours qu’il va à la chorale.

En revanche, on pourrait dire :

C’est tous les jours qu’il va à chorale.

Dans cet ex­em­ple, la focalisation met en relief ici une opposi­tion implicite entre tous les jours et seu­le­ment cer­tains jours. Ainsi, cer­tains ad­ver­bes, no­tam­ment quand ils peuvent être remplacés par un com­plé­ment de phra­se, se prêtent mieux à la focalisation :

(a) C’est pro­gres­si­ve­ment que ces réfor­mes se mettront en place. [pro­gres­si­ve­ment = avec le temps, en douceur]. Mais :
(b) ?C’est lentement que nous sommes sortis.
(c) ?C’est vite qu’ils sont partis.

La cons­truc­­tion serait plus naturelle en (b) et (c) s’il y avait par exem­ple un ver­be :

C’est en avançant lentement que nous sommes sortis. ■ C’est en marchant très vite qu’ils sont partis.

On peut tou­tefois imaginer de focaliser un ad­ver­be pour l’opposer à un au­tre, pour corriger une assertion (reprise diaphonique) :

C’est lentement que nous sommes partis, pas brusquement.[Dans l’intonation, il y aurait insistance sur lentement] ■ C’est « tou­jours » qu’il va à la chorale, pas « de nou­veau ». Hän ei käy kuorossa uudestaan vaan edelleen.

Cas par­ti­cu­lier de ne… que

Pour foca­li­ser un élé­ment en fonc­tion de su­jet ou CVD en l’encadrant par ne… que, on uti­li­se il y a :

C’est le seul ami qui m’ait aidé. / Il est le seul qui m’ait aidé. → Il n’y a que cet ami qui m’ait aidé. / Il n’y a que lui qui m’ait aidé. ■ Ce sont les seuls livres que je lise en­co­re. / Ce sont les seuls que je lise en­co­re. → Il n’y a que ces livres-là que je lise en­co­re. / Il n’y a que ceux-là que je lise en­co­re.

Si l’élé­ment foca­li­sé est un élé­ment d’un grou­pe pré­po­si­tionnel (GP), il y a dif­fé­ren­tes possibilités :

Ce sont les seuls à qui vous puissiez demander des renseignements. →
Il n’y a qu’eux à qui vous puissiez demander des renseignements.
Il n’y a qu’à eux que vous puissiez demander des renseignements.

Autrement dit, on peut soit foca­li­ser le GN/pro­nom (sans la pré­po­si­tion) et le faire suivre d’une re­la­ti­ve, soit (plus cou­ram­ment), foca­li­ser le GP com­me dans le mo­dè­le normal avec c’est. Les exem­ples relevés montrent que l’usage est flottant. De mê­me, le sub­jonc­tif n’est pas tou­jours uti­li­sé :

Sans au­cun doute, il n’y a que sur eux qu’on peut compter dans nos déboires. ■ Mon chéri est un être formidable, il n’y a qu’avec lui que je ressente ce bien-être. ■ Il n’y a que lui avec qui je suis en contact régulièrement. (Dans le code écrit strict, on dirait cependant plutôt : Il n’y a qu’avec lui que je sois en contact ré­gu­liè­re­ment.)

Dans les au­tres cas, si le groupe pré­po­si­tion­nel est un com­plé­ment de temps ou de lieu, on foca­li­se tou­jours tout le GP (pré­po­si­tion et GN), et pas le GN seu­le­ment. De mê­me, si l’élé­ment foca­li­sé est un pro­nom dé­mons­tra­tif :

Il n’y a que ce jour-là qu’il n’ait pas plu. ■ Il n’y a que pour ça qu’il faut vivre.

Focalisation du ver­be

La focalisation du ver­be est pos­si­ble aus­si, mais moins fré­quente, et elle doit être dé­ve­lop­pée par une cons­truc­­tion né­ga­ti­ve qui explicite le sens. Quand on focalise un ver­be qui n’est accompagné d’au­cun au­tre élé­ment focalisable, le mécanisme est assez simple, et on trouve ces phra­ses cli­vées mê­me à l’écrit :

C’est acheter que nous devions, pas louer. ■ C’est manger que je veux, pas boire.

Quand on focalise le ver­be d’une phra­se dans laquelle il y a d’au­tres élé­ment fo­ca­li­sa­bles, les pro­cé­dés de thématisa­tion sont passablement dif­fi­ci­les à manier pour un ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re :

C’est achetée, qu’elle l’a, sa maison, ma sœur, pas louée.

Ce gen­re de phra­se cli­vée s’uti­li­se exclusivement dans le fran­çais parlé.

Focalisation d’une sub­or­don­née

On peut focaliser des sub­or­don­nées ad­ver­bia­les, de cause, de but, de temps etc., mais, pour des raisons sé­man­ti­ques et logiques, tou­tes les con­jonc­tions ne peu­vent pas être focalisées, et il vaut donc mieux éviter de focaliser les sub­or­don­nées ad­ver­bia­les (sauf celles introduites par parce que) :

*C’est quoiqu’il soient arrivés en retard qu’ils ont pu par­ti­ci­per au vote. ■ *C’est com­me ils sont arrivés que nous avons pu nous met­tre à table. ■ *C’est puis­qu’il sont restés chez eux qu’ils ont raté le défilé. etc.

Les phra­ses pseudo-cli­vées

Formation

Com­me les phra­ses cli­vées, les phra­ses pseudo-cli­vées sont un pro­cé­dé de focalisa­tion très productif en fran­çais. La phra­se pseudo-cli­vée est for­mée d’une pro­po­si­tion re­la­ti­ve qui contient le thème et d’une par­tie in­tro­duite par c’est (ou ce sont dans le code écrit, voir ci-dessous) qui re­pré­sente le propos. L’ordre est l’inverse de celui des phra­ses cli­vées, mais dans les deux cas, la par­tie in­tro­duite par c’est  est tou­jours le propos.

La pro­po­si­tion in­tro­duite par c’est complète le con­te­nu du pro­nom an­té­cé­dent de la re­la­ti­ve :

J’ai acheté quel­que chose. C’est un kayak gonflable. → Ce que j’ai acheté, c’est un kayak gonflable.

Les deux pro­po­si­tions sont donc fortement dépen­dantes l’une de l’au­tre, l’une com­plé­tant le sens de l’au­tre : la par­tie ce que j’ai acheté reste sé­man­ti­quement incomplète tant qu’elle n’est pas explicitée par la par­tie in­tro­duite par c’est.

L’an­té­cé­dent de la re­la­ti­ve pseudo-cli­vée est le pro­nom faible ce. Étant donné que les cons­truc­tions pseudo-cli­vées sont très fré­quentes à l’oral et fré­quentes à l’écrit aus­si, il faut bien com­pren­dre le fonc­tion­nement et l’em­ploi des dif­fé­ren­tes for­mes des pro­noms relatifs. Il faut aus­si faire attention à la for­me du pro­nom relatif (donc par ex­em­ple à la cons­truc­­tion du ver­be et au choix de la pré­po­si­tion, si celle-ci est né­ces­sai­re, voir ce + pro­nom relatif)  :

Ce qui m’a plu dans le roman, ce sont les dialogues.. ■ Ce que j’ai trouvé génial dans ce film, c’est les paysages magnifiques. ■ Ce que nous voudrions faire et ce dont nous aurions besoin, c’est de signer un partenariat avec une compagnie plus im­por­tan­te. ■ Ce à quoi per­son­ne n’avait osé penser, c’est que la fonte de la calotte polaire s’accélèrerait à ce point.

Accord du ver­be être

Quand le nom attribut du su­jet ce est un pluriel, dans le code écrit le ver­be être peut se met­tre au pluriel. Dans le fran­çais parlé, on utilise la for­me du sin­gu­lier  :

Ce que j’ai trouvé génial dans ce film, c’est les paysages magnifiques. (fr. parlé)
Ce que j’ai beau­coup aimé dans ce film, ce sont les paysages magnifiques. (code écrit)

Le ver­be être peut aus­si se conjuguer à d’au­tres temps  :

Quand il était petit, ce qu’il aimait le plus, c’étaient les weekends chez sa grand-mè­re. ■ Je ne suis pas sûr que ce qui a causé sa perte, ce soient ses dif­fi­cul­tés fi­nan­ciè­res. En fait, il avait perdu la foi dans son projet.

Voir l'accord du verbe être ci-dessus.

Constructions avec ce qu’il y a, c’est que…

Dans le fran­çais parlé, on trouve fré­quem­ment le ver­be il y a dans une cons­truc­­tion pseudo-cli­vée sous la for­me ce qu’il y a c’est que, où il sert à in­tro­duire un fait qu’on veut met­tre souligner ou mentionner particulièrement, souvent une ex­pli­ca­tion ou un pro­blème. Très sou­vent, cette tour­nu­re est équi­va­lente à la tournure le pro­blè­me, c’est que ou, inversement, la vérité c'est que, ou bien à l’ad­ver­be seu­le­ment de sens concessif, ou, de façon plus neu­tre, à l’ex­pres­sion le fait est que :

J’aurais bien aimé venir au concert ce soir, ce qu’il y a, c’est que j’ai un examen demain et il faut absolument que je révise.  ■ J’aimerais bien apprendre le ja­po­nais, ce qu’il y a c’est que l’écriture est si compliquée. ■ Sta­tis­tiquement, ce qu’il y a, c’est que le taux de survie des transplantés est ex­trê­me­ment élevé. ■ C’est une insulte au socialisme de dire que ce dictateur fasciste est en fait socialiste, ce qu’il y a c’est que les gens ont déjà oublié au cours de l’Histoire ce qu’est le fascisme. ■ Ma meilleure amie est dans une terrible déprime. Ses parents sont séparés depuis longtemps, c’est donc pas ça le pro­blè­me.  Ce qu’il y a, c’est que son père et sa mère sont pres­que tou­jours en désac­cor­d sur la façon de l’élever.

La construction il y a est aus­si utilisée dans des phra­ses pseudo-cli­vées introduites par si, voir point sui­vant.

Variante avec si

Les cons­truc­tions pseudo-cli­vées ont une va­rian­te in­tro­duite par si. Bien que dans ce cas-là on n’uti­li­se pas tou­jours de pro­nom relatif, celui-ci est fré­quent et il faut là aus­si veiller à la cons­truc­­tion et à la for­me du pro­nom. Remar­quer no­tam­ment la dif­fé­ren­ce entre une chose, grou­pe no­mi­nal repris par dont, et quel­que chose, pro­nom in­dé­fi­ni repris par quoi . Cette construc­tion est fré­quente dans le fran­çais parlé :

Si je souhaite quel­que chose, c’est qu’elle réussisse à son concours, car elle a tant travaillé. ■ S’il y a une chose dont je peux m’estimer satisfait, c’est d’être allé m’in­staller à la campagne. ■ S’il y a un truc que je supporte pas, c’est qu’on se pointe systématiquement en retard. ■ S’il y a une chose à laquelle je ne peux pas m’ha­bi­tu­er, c’est de me lever si tôt. ■ S’il y a quel­que chose à quoi l’Européen peut s’iden­ti­fier, c’est à sa culture commune. ■ S’il y a quel­que chose contre quoi il faut se mo­biliser, c’est la remontée de l’obscurantisme en Europe. ■ Si je rêve de quel­que chose, c’est de passer 15 jours de vacances sans faire quoi que ce soit, loin de tout.

La con­jonc­tion si sert éga­le­ment à for­mer des phra­ses pseudo-cli­vées avec des pro­po­si­tions cau­sa­les :

Si je ne t’ai pas écrit plus tôt, c’est qu’il s’est produit des choses graves dans ma vie et que je n’avais pas la force de t’en parler. ■ Si on s’y oppose, c’est qu’on n’en veut pas, on vous dit !

Les phra­ses pseudo-cli­vées sont aus­si cou­rantes à l’écrit qu’à l’oral. Contrairement aux phra­ses cli­vées, le fin­nois uti­li­se pra­ti­que­ment aus­si cou­ram­ment les phra­ses pseudo-cli­vées que le fran­çais et elles sont donc en principe d’un em­ploi naturel pour les étu­diants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. La dif­fi­cul­té pour ces derniers tient à la for­me du pro­nom an­té­cé­dent et du pro­nom relatif, qui dépend de la cons­truc­­tion du ver­be dans la par­tie foca­li­sée (ce à quoi, ce dont etc.).

Pour les fin­no­pho­nes, la dif­fi­cul­té réside non seu­le­ment dans le choix du pro­nom relatif, mais dans l’identifica­tion et l’uti­li­sa­tion adéquate du pro­nom faible ce (opposi­tion se mikä / se joka → ce qui vs celui qui et les con­fu­sions que cela pro­vo­que). Voir ci-des­sous.

Autres constructions similaires

On peut éga­le­ment con­si­dé­rer com­me un type de phra­ses pseudo-cli­vées les cons­truc­tions dans lesquelles le premier élé­ment est une structure au­tre qu’une pro­po­si­tion re­la­ti­ve (le plus sou­vent un grou­pe no­mi­nal ou pré­po­si­tio­nnel), mais qui est tout aus­si fortement lié à la phra­se in­tro­duite par c’est que dans le cas examiné ci-des­sus, et qui for­me un tout avec celle-ci :

L’avantage de cette organisation, c’est que vous n’avez pas besoin de réfléchir. ■ La première chose qu’ils apprendront, c’est qu’ils doivent se taire. ■ La première fois que j’ai uti­li­sé Mustela, c’est en sortant de chez le médecin. ■ La seule au­tre fois où j’ai roulé en territoire troisième rail, c’est en revenant de New-York vers Montréal. ■ Le pro­blè­me avec la morale… c’est que c’est tou­jours la morale. ■ Les seules fois que je suis sereine c’est quand je suis avec mes amis qui sont com­me une famille pour moi. ■ L’avantage des médecins, c’est que lorsqu’ils com­mettent une er­reur, ils l’enterrent tout de suite. ■ Le truc débile avec cette histoire, c’est que la carte Visa a été débitée deux fois. ■ Le pro­blè­me, c’est que je n’ai jamais assez de temps pour lire des romans.

Formes de pro­noms variables

Pronom faible ce

L’at­tri­but du pro­nom ce dans la prin­ci­pa­le (ce que je veux, c’est attribut) peut être un GN (du temps libre) ou un au­tre élé­ment gram­ma­ti­cal (pro­po­si­tion que tu m’aimes, in­finitif prendre des vacances etc.). Cepen­dant, contrairement au fin­nois, en gé­né­ral, mê­me quand l’at­tri­but est un GN, la for­me du pro­nom faible an­té­cé­dent du pro­nom relatif dans la phra­se pseudo-cli­vée est le pro­nom ce, donc une for­me du pro­nom ÇA à antécédent non GN, car le con­te­nu sé­man­ti­que du pro­nom n’est pas en­co­re connu : il est révélé dans la phra­se prin­ci­pa­le in­tro­duite par c’est… :

Ce qui m’a plu dans le roman, ce sont les dialogues. ■ Ce que j’ai trouvé génial dans ce film, c’est les paysages magnifiques. ■ Ce à quoi per­son­ne n’avait osé pen­ser, c’est que la fonte de la calotte polaire s’accélèrerait à ce point. ■ Ce que je voudrais, c’est que tu t’impliques un peu plus dans l’éduca­tion de nos enfants. ■ Ce dont les clients se plaignent le plus, c’est la suspension. Ce contre quoi il faut se mobiliser, c’est la remontée de l’obscurantisme en Europe. ■ Ce qui n’est pas prouvable, c’est ce à partir de quoi on prouve.

Pronom faible celui

Cepen­dant, le pro­nom faible an­té­cé­dent de la re­la­ti­ve peut aus­si ren­voy­er ana­pho­ri­que­ment à un groupe nominal connu (ou implicite) ; dans ce cas, la for­me est celui /celle :

Celle dont les clients se plaignent le plus, c’est la 2 litres diesel. [ren­voie à une voi­ture]. ■ Celle qui nous intéresse, c’est la photo du milieu. [ren­voie à une photo – im­plique qu’on a déjà parlé de photos antérieurement].. ■ Ceux avec qui nous n’avons jamais de pro­blè­mes, c’est les clients étrangers, pas les Français. [ren­voie à « les clients » ; le pro­nom peut aus­si être no­mi­nal (« les gens »)]. ■ Celui qui a obtenu le plus de points, c’est le candidat du parti des Verts. [on parle de candidats]. ■ Celle que j’ai bien aimée, c’est la prof que j’avais en sixième et qui nous faisait vraiment beau­coup apprendre de textes et puis les jouer. [dans le con­tex­te, on évoque d’an­ciens professeurs]

Polysémie du dé­ter­mi­nant fin­nois se

La focalisa­tion «plate» du fin­nois (voir ci-des­sous) peut se faire sentir dans l’in­ter­pré­ta­tion du mot se, à la fois dé­ter­mi­nant et pro­nom. En effet, devant un GN, le mot se s’interprète d’a­bord com­me un dé­ter­mi­nant. Dans la phra­se sui­vante, on trouve une cons­truc­­tion at­tri­butive suivie d’une re­la­ti­ve :

Hän on se mies, joka aloitti suomalaisen hiihdon nousun sodan jälkeisinä pulavuosina.
(a) C’est lui l’homme qui est à l’origine de l’essor du ski finlandais après les années de disette de l’après-guerre.

Le mot se est ici un dé­ter­mi­nant dé­mons­tra­tif à valeur cataphorique, qui est rendu en fran­çais par l’ar­ti­cle dé­fi­ni. Mais la phra­se pourrait s’interpréter éga­le­ment com­me l’équi­va­lent d’une phra­se cli­vée en fran­çais :

(b) C’est cet homme qui est à l’origine de l’essor du ski finlandais après les années de disette de l’après-guerre.

Dans la phra­se (a), on pourrait remplacer la re­la­ti­ve par exem­ple par en ques­tion : c’est lui l’homme en ques­tion. Dans la phra­se cli­vée (b), c’est plus dif­fi­ci­le : ??C’est cet homme en ques­tion. C’est justement là la ca­rac­té­ris­ti­que de la phra­se cli­vée (« coupée ») : l’élé­ment focalisé à l’aide de c’est est un élé­ment obli­ga­toi­re de l’en­sem­ble, qui, avec la re­la­ti­ve, for­me en réalité une seule pro­po­si­tion. De mê­me, sortie de son con­tex­te, la phra­se

Se on se rakenne joka määrää.

s’interprète à l’écrit d’abord ainsi :

C’est cette structure qui est dé­ter­mi­nante.

et non pas com­me une phra­se cli­vée qui serait :

C’est la structure qui est dé­ter­mi­nante. [et non pas le con­te­nu] (En fin­nois : Rakenne määrää ensisijaisesti.)

Dans le con­tex­te où la phra­se a été trouvée, elle avait ce­pen­dant la valeur de phra­se cli­vée, mais cette va­leur n’était évidente que parce qu’on avait dit antérieurement

Tutkijoiden mukaan indoeurooppalaisessa heetin-kielessä vain 20% tunnetuista sanois­ta oli alkuperältään indoeurooppalaisia, mutta kieli pysyy silti IE-perheessä. Se on se rakenne joka määrää. (D’après les chercheurs, 20 % seu­le­ment du vocabulaire con­nu du hittite était d’origine indo-européenne, mais la langue reste classée parmi les langues IE. C’est la structure qui est dé­ter­mi­nante.)

En finnois, l’interpréta­tion correcte du mot se (se on se ra­ken­ne joka) est donc liée au con­tex­te, tandis qu’en fran­çais elle ne l’est pas, car en français on uti­li­se deux dé­ter­mi­nants dif­férents (c’est la structure/c’est cette struc­ture qui est dé­ter­mi­nante).

Le su­per­la­tif et les phra­ses cli­vées

La focalisa­tion plate

L’un des pro­blè­mes qui concerne par­ti­cu­liè­re­ment l’utilisa­tion du su­per­la­tif en fran­çais par les fin­no­phones est celui de la focalisation. Le fin­nois ne focalise pas sys­té­ma­ti­que­ment le propos de la phra­se par des pro­cé­dés par­ti­cu­liers et use d’une sorte de focalisa­tion « plate », qui peut très bien s’ap­pli­quer au su­per­la­tif éga­le­ment. Ainsi la phra­se fin­noise sui­vante :

Ääni aiheutti eniten ongelmia videoneuvotteluissa.

s’interprète de deux ma­niè­res :

(1) C’est le son qui a posé le plus de pro­blè­me dans les vidéoconférences.
(2) C’est dans les vidéoconférences que le son a posé le plus de pro­blè­mes.

Par défaut, en fin­nois, en l’absence d’au­tres élé­ments de focalisation, l’interpréta­tion se fait par la phra­se (1). La distinc­tion entre les deux interprétations peut évi­dem­ment se faire en fonc­tion du con­tex­te, selon que le thème du con­tex­te est les vidéoconférences (1) ou les pro­blè­mes de transmission du son (2). À l’oral, l’in­to­na­tion permettrait aus­si de mar­quer le focus.

Dans de tels cas, s’il y a en fran­çais plu­sieurs élé­ments sur lesquels peut porter le focus, on utilise pra­ti­que­ment tou­jours une construc­tion cli­vée, parce qu’en fran­çais le focus se trouve par défaut à la fin de l’é­non­cé, et le su­per­la­tif se trouve géné­ra­lement justement dans cette position (Pierre est le plus doué…). Pour cette rai­son, si on dit simplement en fran­çais Le son a posé le plus de pro­blè­me dans les vi­déo­conférences, on interprète le focus comme étant par défaut dans les vi­déo­con­fé­ren­ces. C’est donc exac­te­ment l’inverse du fin­nois.

C’est pour cette raison qu’en fran­çais, quand on veut utiliser un su­per­la­tif dans ce gen­re de phra­se, il faut le plus sou­vent utiliser une construc­tion cli­vée, ce qui n’est pas si simple, étant donné que le fin­nois n’utilise pas de façon sys­tématique ce mo­de d’ex­pres­sion. Ainsi la phra­se sans au­cun pro­cé­dé de focalisa­tion par­ti­cu­lier

L’analyse du corpus a posé le plus de pro­blè­mes.

est sentie com­me incomplète, et le lecteur fran­co­pho­ne se demande « …a posé le plus de pro­blè­mes dans quoi ? ». Cet effet indésirable est supprimé quand on utilise une construc­tion cli­vée :

C’est l’analyse du corpus qui a posé le plus de pro­blè­mes.

De mê­me, dans la phra­se sui­vante

Dans les com­men­tai­res des élèves et des enseignants, l’hétérogénéité est devenue par­ti­cu­liè­re­ment évi­den­te dans le travail interactif entre les élèves et a causé des pro­blè­mes dans la classe.

on parle de l’hétérogénéité et on dit qu’elle est devenue par­ti­cu­liè­re­ment évidente ou perceptible dans cer­tai­nes con­di­tions (donc elle augmenté). Or, l’idée de l’au­teur de la phra­se était de souligner les conditions dans lesquelles l’hétérogénéité se fait sentir (et non pas le fait qu’elle se fait sentir fortement), ce qui serait beau­coup plus clair dans une construction cli­vée  :

Dans les com­men­tai­res des élèves et des enseignants, c’est dans le travail in­te­rac­tif entre les élèves que l’hétérogénéité est devenue par­ti­cu­liè­re­ment évidente et a causé des pro­blè­mes dans la classe.

On peut aus­si utiliser d’au­tres pro­cé­dés, l’essentiel est de focaliser l’élé­ment qui est le propos (3). Le plus simple reste ce­pen­dant la construc­tion cli­vée (4) :

(3) Nous avons trouvé le moins d’occurrences précisément dans les ré­pon­ses des élèves de lycée.
(4) C’est dans les ré­pon­ses des élèves de lycée que nous avons trouvé le moins d’oc­cur­ren­ces.

Procédés utilisés en fin­nois

Le fin­nois use ce­pen­dant aus­si de pro­cé­dés de focalisa­tion dans le cas du su­per­la­tif, soit avec des ad­ver­bes (juuri, nimenomaan), soit avec une pro­po­si­tion re­la­ti­ve :

Useimmiten juuri tämä aiheuttaa eniten ongelmia, sillä Internetissä ei ole mah­dol­lista varata omaa kaistaleveyttä. ■ Akku on se, mikä aiheuttaa eniten on­gel­mia. ■ Asukkaiden mielestä kielitaidon puute aiheutti eniten ongelmia, kun taas kiinteistöhoitajien mielestä selkeä opastamisen puute on syy ongelmiin. [Dans la deuxième pro­po­si­tion, l’ad­ver­be taas permet d’identifier le thème et le propos, sinon on retrouverait un cas typique de focalisa­tion plate.]

Pour rendre ces mê­mes idées en fran­çais, il ne faut donc pas hésiter à utiliser une cons­truc­­tion cli­vée :

Le plus sou­vent, c’est précisément cela qui cause le plus de pro­blè­mes, car il n’est pas pos­si­ble de réserver de la bande passante sur internet. ■ La batterie est ce qui pose le plus de pro­blè­mes. ■ De l’avis des locataires, c’est la méconnaissance du fin­nois qui cause le plus de pro­blè­mes, alors que de l’avis des gérants, c’est l’ab­sen­ce de signalisa­tion claire qui en est la cause.

Dif­fi­cul­tés d’interpréta­tion des phra­ses cli­vées

Un que relatif conjonctionnel

Quand l’élé­ment de phra­se focalisé est le su­jet ou le com­plé­ment direct du ver­be, il est facile d’interpréter le sens du pro­nom relatif : qui est le su­jet du ver­be de la re­la­ti­ve, que est le com­plé­ment di­rect du ver­be (CVD) :

C’est Valérie qui a acheté cette maison. [qui est su­jet de a acheté]
C’est la maison que Valérie a achetée. [que est CVD de a achetée]

Mais dans les au­tres cas, il est dif­fi­ci­le d’interpréter le mot que :

C’est au début que j’ai eu des dif­fi­cul­tés.

Dans cette phra­se, que ne peut pas être interprété com­me le CVD de j’ai eu. En fait, dans tous les cas où l’élé­ment focalisé par c’est… ren­voie à au­tre chose que le su­jet ou le com­plé­ment direct du ver­be, il faut con­si­dé­rer que non pas com­me un pro­nom, mais com­me une con­jonc­tion (voir GMF p. 728, Remar­que.) dont le sens est im­pos­si­ble à in­ter­préter. C’est justement parce que c’est … que est devenu vide de sens que beau­coup de fran­co­pho­nes confondent les phra­ses cli­vées et les véritables re­la­ti­ves. Com­pa­rer :

C’est de cette per­son­ne que je parle. Tästä henkilöstä olen juuri puhumassa. [phrase cli­vée]
C’est la per­son­ne dont je parle. Hän on se henkilö, josta olen puhumassa. [re­la­ti­ve]
C’est à cet endroit-là que nous avons passé nos vacances. Siellä vietimme lomaamme. [phrase cli­vée]
C’est l’endroit où nous avons passé nos vacances. Se on se paikka, jossa vietimme lomaamme. [re­la­ti­ve]
C’est ce jour-là qu’il est parti. Juuri sinä päivänä hän lähti. [phrase cli­vée]
C’est le jour où il est parti. Se on se päivä, jolloin hän lähti. [re­la­ti­ve]

Pour de nom­breux fran­co­pho­nes, cela pose un pro­blè­me. Com­me la cons­truc­­tion c’est… qui in­tro­duit un su­jet, il leur parait logique qu’un nom in­tro­duit par de soit repris par dont, ou qu’un nom in­tro­duit par à soit repris par où etc. (voir ci-des­sous). Exem­ples authentiques relevés sur divers types de sites Internet en fran­çais :

*C’est de ce journal dont tou­te la France parle. [for­me correcte : C’est de ce journal que tou­te la France parle.] Siitä lehdestä koko Ranska kohisee. ■ *C’est ce jour-là où nous avons pris nos vacances. [for­me correcte : C’est ce jour-là que nous avons pris nos vacances] Sinä päivänä lähdimme lomalle. ■ *C’est de celles-là dont je te parle. [for­me correcte : C’est de celles-là que je te parle.] ■ *C’est à lui à qui j’ai dit ça. [for­me correcte : C’est à lui que j’ai dit ça] ■ Par com­pa­rai­son, on peut men­tionner que ce n’est que dans les derniers cours *où l’accent est mis sur la pro­duc­tion orale. [for­me correcte : ce n’est que dans les derniers cours que l’accent est mis… ] ■ Du point de vue de la santé, c’est à une tragédie *à laquelle nous assistons. [for­me correcte : c’est à une tragédie que nous assistons… ]

Variantes erronées avec déplacement de la pré­po­si­tion

On trouve aus­si des for­mes erronées dans lesquelles la pré­po­si­­tion est déplacée de­puis l’élé­ment focalisé et placée devant le relatif retrans­for­mé en qui (exem­ples au­thentiques) :

C’est *moi à qui il a succédé. [for­me correcte : C’est à moi qu’il a succédé.] ■ C’est *eux avec qui nous faisons prin­ci­pa­lement nos échanges. [for­me correcte : C’est avec eux que nous faisons prin­ci­pa­lement nos échanges.] ■ C’est *lui sur qui j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui avant moi est advenu… [for­me correcte : C’est de lui que j’ai dit…]

Le dernier exem­ple est tiré d’un forum de discussion de théologie. La phra­se citée est extraite d’un passage retraduit de l’évangile de Jean, dont l’auteur tient à pré­ci­ser à la fin : « (tra­duc­­tion per­son­nel­le) ». La tra­duc­­tion originale (traduc­tion of­fi­ci­el­le de l’évangile) était, gram­ma­ti­ca­le­ment du moins, plus satisfaisante :

C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui m’a pré­cé­dé.

Dans les for­mes c’est de ce livre dont, l’analogie fonc­tion­ne ainsi dans l’esprit des usagers :

(a) La fillette (su­jet) parle. Pronom su­jet : qui→ C’est la fillette qui parle.
(b) Je vois la fillette (com­plé­ment direct). Pronom CVD : que→ C’est la fillette que je vois.
(c) Je donne une pomme à la fillette (CVP). Pronom CVP : à qui→ *C’est à la fillette à qui je donne la pomme.
(d) Je parle de la fillette (com­plé­ment pré­po­si­tion­nel). Pronom de+relatif : dont→ *C’est de la fillette dont je parle.
(e) La fillette habite dans cette ville. (lieu). Pronom relatif de lieu : où→ *C’est dans cette ville où habite la fillette.

Dans les phra­ses (c) (d) et (e), la rela­tion entre le ver­be et le com­plé­ment (mar­quée par une pré­po­si­tion) est donc ex­pri­mée deux fois (à – à qui, de – dont, dans – où). Pourtant, il suffit qu’elle soit ex­pri­mée devant le GN focalisé. Ce qui est déroutant pour de nom­breux usagers, c’est que le mot que est une con­jonc­tion, à laquelle on ne peut pas adjoindre une pré­po­si­tion. Les phra­ses correctes seraient :

(c) Je donne une pomme à la fillette [com­plé­ment pré­po­si­tion­nel]. → C’est à la fillette que je donne la pomme.
(d) Je parle de la fillette [com­plé­ment pré­po­si­tion­nel]. → C’est de la fillette que je parle.
(e) La fillette habite dans cette ville [lieu]. → C’est dans cette ville qu’habite la fillette.

Ces er­reurs sont ex­trê­me­ment fré­quentes et elles témoignent de la complexité des re­la­ti­ves en fran­çais et des dif­fi­cul­tés qu’elles oc­ca­sion­nent aux fran­co­pho­nes sur un plan plus gé­né­ral.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020-2022
Page 51. Les phra­ses cli­vées et pseudo-cli­vées. Dernière mise à jour : 6.8.2022
Mises à jour après le 15.8.2022