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6. Remarques sur le déterminant

1. Du concept virtuel à l’occurrence concrète

Le déterminant permet d’inscrire le nom dans une situation d’énonciation précise, de l’identifier, de le concrétiser : il permet de transformer un concept virtuel en une occurrence concrète, en identifiant un réfé­rent (c’est pour cette raison que dans les dictionnaires, les définitions sont données sans articles, car ce sont des explications de concepts.) Comparer :

enfant / outil / animal domestique (concepts virtuels)
un enfant / un outil / un animal domestique (occurrences concrètes)
ces enfants / ces outils / ces animaux domestiques (occurrences concrètes)
les enfants / les outils / les animaux domestiques (occurrences concrètes)
nos enfants / nos outils / nos animaux domestiques (occurrences concrètes) etc.

2. À propos de la terminologie finlandaise moderne

La grammaire du finnois Iso Suomen kielioppi (Hakulinen, A. &. al., Iso suomen kielioppi. Helsinki, Suomalaisen kirjallisuuden seura, 2004) continue d’utiliser pour les mots comme tämä (« ce ») le terme unique de pronomini, dont elle précise qu’il peut s’employer comme un GN « indépendant » ou comme un adjectif (ISK p. 710, VSIK §720), mais dans le chapitre consacré au groupe nominal, elle utilise le terme de tarkenne (ISK p. 563-565, VISK §569 et suivants, notamment §570), signifiant littéralement « précisant » ou « déterminant » pour décrire un certain type de modificateurs (määrite) du nom. On trou­ve ainsi les termes :

demonstratiiviset tarkenteet, qui correspond exactement à déterminants démonstratifs :
tätä suurta tapahtumaa ce grand évènement
se kevät ce printemps

interrogatiiviset tarkenteet = déterminants interrogatifs
Kuka itseään kunnioittava kirjailija... Quel écrivain qui se respecte…

kvantifioivat tarkenteet = déterminants de quantité
muutamat kuvat quelques images

indefiniittiset tarkenteet = déterminants indéfinis
jokaiselle työryhmälle à chaque groupe de travail.

La présente grammaire utilise le terme de tarkenne comme équivalent de déterminant.

Pronomini vs tarkenne

Curieusement, bien que la grammaire ISK n’ait pas franchi le pas qui aurait consisté à rejeter le terme de pronomini désignant traditionnellement le déterminant en finnois pour le remplacer une bonne fois pour toutes par le terme de tarkenne, ce dernier apparait épisodiquement en plusieurs endroits de la grammaire, par exemple §440 ou §1409, comme s’il avait été de facto entériné par certains au moins des rédacteurs du livre.

3. Déterminant défini vs déterminant indéfini

Les déterminants définis déterminent un nom qui a été défini ou qui va être défini par exemple par le con­texte, par une proposition relative, par un complément du nom, etc. (p. 67 et suivantes). On dit que l’article le/la/les est « défini » parce qu’il peut renvoyer à un « objet de pensée » dont on a parlé ou qui est connu ou autrement identifiable de façon univoque (un seul objet de pensée identifiable correspond au nom déterminé par le déterminant défini) :

un livre = n’importe quel livre
le livre  = le livre dont j’ai parlé, le livre qui est ici, le livre de mon ami, etc.

Les autres déterminants définis sont les déterminants démonstratifs et les déterminants pos­ses­sifs :

je connais ce livre = le livre que je montre, le livre qui est là
je connais ton livre = le livre « de toi », le livre qui t’appartient, etc.

Inversement, tous les autres déterminants, qui ne font pas référence à un « objet » connu, sont appelés « in­définis » : Je cherche un livre/quelques livres/deux livres. Le terme de déterminant indéfini (tra­di­tion­nel­lement adjectif indéfini, en finnois indefiniittipronomini) n’est pas très clair : tantôt ce qui est indéfini, c’est la quantité du nom, tantôt c’est la nature du nom.

Le nom des articles peut être trompeur, surtout celui de l’article « indéfini ». On dit que l’article est in­dé­fini parce qu’il fait souvent référence à un nom sans précisions supplémentaires : j’ai acheté un livre (on ne sait pas de quel livre il s’agit). Inversement, on appelle le « article défini », parce qu’il fait souvent ré­fé­rence à un nom qui est connu ou dont on a parlé antérieurement : Je n’ai pas encore lu le livre. Il faut envisager l’article indéfini avant tout comme un article généraliste, comme une espèce de forme neutre de l’article : en français, avec les noms, il faut utiliser un article ; si on ne veut pas souligner quelque chose de particulier (le caractère connu, la généricité, etc.), on utilise l’article « ordinaire » un.