Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Subordonnées
adverbiales
oppositives

Définitions

Conjonctions temporelles exprimant une opposition

Alors que

Alors même que

Tandis que, pendant que

Quand

Au lieu que, au lieu de

Loin de

Sans que

Définitions

On regroupe en général dans les pro­po­si­tions adverbiales d’op­po­si­tion des sub­or­don­nées introduites par des con­jonc­tions qui peuvent se traduire en finnois par kun taas, kun toisaalta, mutta toisaalta, vaikka samalla. Il n’y a pas forcément d’op­po­sition au sens de « conflit » (vastakkainasteelu), l’op­po­si­tion peut être logique, tem­porelle, cau­sa­le etc.

On distingue sou­vent les adverbiales concessives et les adverbiales oppositives, mais selon des critères sé­man­ti­ques assez peu convaincants ou utiles. En général, les con­jonc­tions concessives sont suivies du sub­jonc­tif, et les oppositives sont suivies de l’in­di­ca­tif, mais il y a aus­si de nom­breu­ses con­jonc­tions concessives suivies de l’in­di­ca­tif, et le mode du ver­be n’est donc pas un critère décisif. Le terme d’ « adverbiales d’op­po­si­tion » est sur­tout une étiquette qui permet de regrouper cer­tai­nes con­jonc­tions qui entrent dif­fi­ci­lement dans d’autres ca­té­go­ries ou qui entrent dans plu­sieurs ca­té­go­ries, avec des sens dif­fé­rents, car cer­tai­nes con­jonc­tions exprimant l’op­po­si­tion peuvent aus­si ex­pri­mer le temps ou d’autres valeurs.

Conjonctions tem­po­rel­les exprimant une opposition

En fran­çais comme en finnois, les con­jonc­tions tem­po­rel­les exprimant un rapport de simultanéité (duratif) comme alors que ou tandis que peuvent aus­si sou­vent ex­pri­mer implicitement une op­po­si­tion entre des choses ou des évènements qui se pro­dui­sent au mê­me moment.

En finnois, la con­jonc­tion qui ex­pri­me le mieux cette double valeur est sillä välin kun, qui peut avoir un sens purement tem­po­rel, mais aus­si ex­pri­mer le fait que quelque chose de contraire, ou de non prévu, se produit ou est fait au mê­me mo­ment. On emploie aus­si sou­vent simplement kun, qui cor­res­pon­d à quand (qui peut aus­si être utilisé avec cette nuance d’op­po­si­tion). De ce point de vue, les con­jonc­tions tem­po­rel­les ont donc des ca­rac­té­ris­ti­ques similaires dans les deux langues.

Alors que

La con­jonc­tion tem­po­rel­le alors que peut ex­pri­mer une op­po­si­tion et elle a alors pour équi­va­lent en fin­nois kun (taas), où l’adver­be taas peut (mais pas né­ces­sai­re­ment) être utilisé pour renforcer l’idée d’op­po­si­tion, ou bien ou vaikka. En posi­tion d’ad­ver­bia­le an­té­po­sée, alors que peut aus­si avoir com­me équi­va­lent la locu­tion siinä missä :

Alors que chez les autres impressionnistes les for­mes paraissent flotter vers le spec­tateur à travers une brume de lumière, Cézanne fait surgir la lumière de l’in­té­rieur de la for­me elle-mê­me. Antoine n’est rentré qu’à deux heures à la mai­son, alors qu’il sort de l’école à midi. Je ne vois pas pourquoi tu es si pressé alors qu’on a tout notre temps.

Alors mê­me que

La con­jonc­tion alors mê­me> que ex­pri­me plus net­te­ment l’op­po­si­tion que alors que ou pen­dant que. On pourrait la paraphraser par « et pourtant, au moment où je dis/ on dit cela… ». Elle peut se traduire en finnois par exemple par siitäkin riip­pu­mat­ta, että ou, tout simplement, vaikka. On peut dire que alors mê­me que est la version de quand bien mê­me utilisée pour introduire une adverbiale post­po­sée (quand bien mê­me est plutôt utilisé en position an­té­po­sée). Elle est utilisée surtout pour introduire une adverbiale post­po­sée :

Les forces fondamentales continuent d’agir sur l’inflation, alors mê­me que l​’éco­nomie évolue, a affirmé aujourd’hui le gouverneur de la Banque du Canada. Notre-Dame attise les polémiques alors mê­me que sa survie n’est pas en­co­re as­su­rée. Christine Lagarde annonce une nouvelle récession alors mê­me que la BCE maintient son plan de relance.

La for­me alors mê­me que semble être perçue par de nom­breux usagers de la langue com­me une simple va­rian­te plus élégante et plus officielle d’alors que ou de bien que, et on trouve beau­coup de cas où il aurait mieux valu uti­li­ser ces for­mes-là :

Pouvez-vous prendre en charge ma comptabilité alors mê­me que mon exercice comp­table est commencé ? Plutôt: …bien que mon exercice comptable soit commencé ? Com­ment apprécier des élèves alors mê­me que je ne les ai pas vus depuis plus de deux mois ? Plutôt: … alors que que je ne les ai pas vus depuis plus de deux mois ?

Tandis que, pen­dant que

La con­jonc­tion de temps tandis que peut ex­pri­mer une légère opposi­tion, surtout quand elle introduit une ad­ver­bia­le post­po­sée. Elle corres­pond alors au fin­nois kun [taas] ou à l’ad­ver­be puolestaan :

Notre fille ainée est très sportive, tandis que l’autre est tou­jours plongée dans ses livres. Le taux de nuptialité diminue, tandis que le taux de divortialité au­gmen­te en Chine. Le gouver­ne­ment fédéral augmente les charges sociales tandis que la province réduit les impôts des Ontariens en 2020.

On pourrait ex­pri­mer la mê­me idée en focalisant le pro­nom per­son­nel, en le mettant en rappel :

Ma fille ainée est très sportive, tandis que l’autre est tou­jours plongée dans ses li­vres. = Notre fille ainée est très sportive, l’autre, elle, est tou­jours plongée dans ses livres.

Ne pas confondre ce sens de tandis que avec le sens tem­po­rel « sillä aikaa kun, sillä välin kun » :

Tandis que les gens sortaient du cinéma, il était resté dans la salle à regarder le gé­né­ri­que jusqu’au bout.

Malgré ce qu’on affirme dans diverses grammaires ou sites en ligne, on peut dire que tan­dis que introduisant une adverbiale an­té­po­sée est interprété prio­ri­tai­re­ment avec une valeur tem­po­rel­le, et rarement comme exprimant une op­po­si­tion. Si la con­jonc­tion tandis que in­tro­duit une ad­ver­bia­le an­té­po­sée, elle a donc très pro­ba­ble­ment cette valeur tem­po­rel­le. Cepen­dant, ce n’est pas une règle absolue, car tandis que tem­po­rel peut aus­si s’em­ploy­er en posi­tion post­po­sée.

La con­jonc­tion pen­dant que à valeur d’op­po­si­tion a le mê­me sens que tandis que, mais elle insiste un peu plus sur le caractère duratif. La dif­fé­ren­ce entre les deux est sou­vent très faible, la for­me pen­dant que est utilisée dans la langue cou­ran­te (oral et écrit), et tandis que est plutôt utilisé dans le code écrit :

Certains rêvent d’incroyables réa­li­sa­tions pen­dant que d’autres restent éveillés et les font. J’ai joué en Angleterre, en Espagne, en Italie, au Portugal, pen­dant que lui a tou­jours joué en Espagne. Sa mère fait la manche sur la route pen­dant que lui dépense des millions. Les mé­dias albertains sont à la recherche de ré­pon­ses pen­dant que le gouvernement semble pra­ti­quer la loi du silence.

Quand

De la mê­me ma­niè­re qu’alors que et tandis que ou pen­dant que, la con­jonc­tion tem­po­rel­le quand peut être utilisée pour ex­pri­mer une op­po­si­tion entre deux choses ou évènements qui se produisent au mê­me moment. La prin­ci­pa­le dif­fé­ren­ce est que quand est plutôt du style cou­rant, et moins fré­quem­ment utilisé avec un sens d’op­po­si­tion dans le code écrit strict :

Ma collègue s’occupe de ma promotion et de la relation commerciale, quand moi je m’occupe de la direction artistique et de la création. Je souffre de ton absence, quand toi tu te réjouis de la mienne. C’est drôle d’observer comment des per­son­nes sont spontanément attirées par le chan­ge­ment quand d’autres s’efforcent de l’é­vi­ter. Certains voient ce système comme un fléau quand d’autres le voient com­me une une alternative bénéfique.

Au lieu que, au lieu de, loin de

Au lieu que, au lieu de

Ces trois con­jonc­tions s’uti­li­sent pour ex­pri­mer le fait que quelque chose se pro­duit ou est fait à la place d’une autre chose et cor­res­pon­dent au finnois sen sijaan että. La for­me au lieu que introduit une pro­po­si­tion avec un ver­be conjugué, et au lieu de introduit une pro­po­si­tion dont le ver­be est un infinitif, quand le su­jet de cet in­fi­ni­tif est aus­si le su­jet logique de la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le (co­ré­fé­ren­ce du su­jet). La transformation in­fi­ni­ti­ve avec au lieu de est théoriquement obli­ga­toi­re. Le ver­be de la pro­po­si­tion introduite par au lieu que est au sub­jonctif  :

Au lieu que ce soit à nous autres d’aller vendre [nos récoltes] en ville, ce sont les gens qui vont venir chez nous. Au lieu de pleurnicher, tu ferais mieux de te secouer et de prendre ton destin en main. Je préfère attendre quelques mois de plus et avoir du bon boulot au lieu qu’ils [l’entrepreneur] fas­sent n’importe quoi et qu’on regrette plus tard. Après les fêtes, au lieu d’abandonner son sapin ou de le jeter à la déchetterie, on peut l’apporter à cette ferme, qui le recyclera.

Loin de

La con­jonc­tion loin de s’uti­li­se avec un infinitif. La for­me loin que existait autrefois mais elle est quasiment inusitée dans le fran­çais moderne. Loin de correpond à une phrase qui commenterait une assertion en ajoutant un adver­be comme en réalité, pas du tout, bien au contraire, loin de là :

Loin d’être aus­si aus­si difficile à uti­li­ser qu’on le dit, ce robot de cuisine est très pra­ti­que. = On prétend que ce robot de cuisine est difficile à uti­li­ser. En réalité, [il n’est pas difficile à uti­li­ser et] il est très pra­ti­que. Loin de m’épauler, il préfère vivre sa vie ! Loin d’abandonner, le joueur légèrement blessé continue son match avec détermination. Loin d’accepter les règles, les artistes détournent les codes du travail pour en dénoncer l’absurdité. Loin d’admet­tre que le Parti a été dé truit, elle avoue néanmoins qu’il doit maintenant être rebâti.

En finnois, on peut aus­si la traduire loin de par sen sijaan että, en ajoutant éven­tu­el­le­ment une ex­pres­sion comme kaukana siitä! après la pro­po­si­tion. Loin de peut aus­si rendre l’idée de mutta ei :

Luulin ex-ministerin jo kadonneen poliittisista ympyröistä. Mutta ei, hän vain lähti vuonna 2007 jälkeen diplomaatin uralle. Loin d’avoir disparu de la scène politique, comme je le pensais, l’ex-ministre s’est lancé après 2007 dans la carrière di­plo­ma­ti­que.

Sans que, sans

La for­me sans que introduit une pro­po­si­tion avec un ver­be conjugué, et sans in­troduit une pro­po­si­tion dont le ver­be est un infinitif, quand le su­jet de cet infinitif est aus­si le su­jet logique de la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le (co­ré­fé­ren­ce du su­jet). Cette for­me est donc l’une de celles qui ne comportent pas l’élément con­jonc­tionnel de. Le ver­be de la pro­po­si­tion introduite par sans que est au sub­jonctif . La con­jonc­tion sans que/sans peut avoir deux nuances dif­fé­ren­tes :

a) valeur tem­po­rel­le de concomitance (samanaikaisuus) : dans la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le, on dit que quelque chose se produit, mais en mê­me temps l’idée exprimée dans la pro­po­si­tion adverbiale introduite par sans que/sans ne se produit pas :

Ces témoins de tant d​’évènements du passé de la ville meurent sans qu’on ait pris la peine de recueillir leur témoignage. Une recette pour faire cuire des pommes de terre en rondelles sans qu’elles collent ? Comment laisser quelqu’un d’autre uti­li­ser votre ordinateur sans lui donner accès à toutes vos données.

b) nuance de condition : sans que/sans signifie que l’idée exprimée par la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le ne peut pas se réaliser si celle de la subordonnée ne se réalise pas aus­si :

Peut-on jouer avec des amis sans qu’ils soient enregistrés dans notre liste d’amis ?
Une loi ne peut être promulguée sans qu’on dé­fi­nisse les voies et moyens de ses applications et sa conformité à la Constitution. Il me parait éga­le­ment difficile pour un enseignant d’enseigner aux jeunes sans les éduquer, c’est-à-dire sans leur proposer les règles de vie en société.

Sou­vent, sans que/sans ex­pri­ment ces deux valeurs en mê­me temps. On peut aus­si ex­pri­mer la mê­me idée en utilisant une pro­po­si­tion coordonnée par et avec un ver­be négatif, et sans que/sans est sou­vent aus­si une simple va­rian­te de mais… ne… pas :

On reste au final avec un avis mitigé, sans qu’on puisse (= et on ne peut pas) vraiment dire si on a aimé ou pas le film. Chacun a ses valeurs, sans qu’on puisse (= mais on ne peut pas) vraiment décider si elles sont bonnes ou mau­vai­ses? Chaque année, on enregistre des cas de reboisement ici et là sans qu’on constate (mais on ne constate pas) des résultats concrets.

En finnois, sans que/sans peut cor­res­pon­dre aux for­mes d’infinitif en -ma au cas abes­sii­vi (sanomatta, ostamatta… ), à la con­jonc­tion ilman että ou à la construction ja sa­mal­la + ver­be négatif :

Tiedemiehet ovat löytäneet metallin, joka johtaa sähköä ilman että se johtaa lämpöä. Des scientifiques ont découvert un métal qui conduit l’électricité sans qu’il conduise la chaleur. Hän lähti ulos sanomatta sanaakaan. Elle est sortie sans dire un mot. Minä ymmärrän ja samalla en ymmärrä. Je comprends sans com­pren­dre.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 62. Adverbiales d’opposition. Dernière mise à jour : 31.7.2021