Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Subordonnées
adverbiales

Conjonctions simples et conjonctions composées

Liste des conjonctions adverbiales

Variété des conjonctions et critères de choix

Coordination des propositions subordonnées

Propositions adverbiales
infinitives

Hypotaxe et parataxe

Emplois conjonctionnels de la préposition pour

Conjonctions simples et con­jonc­tions com­po­sées

Subordonnées adverbiales et circonstancielles

Les pro­po­si­tions sub­or­don­nées dites « ad­ver­bia­les » du fran­çais cor­res­pon­dent assez exactement aux ad­ver­biaa­li­lau­seet du finnois. C’est pour cette raison que pour dé­cri­re les sub­or­don­nées de ce type, à la place du terme traditionnel de « sub­or­don­nées cir­constancielles » on uti­li­se dans ce Guide celui de « sub­or­don­nées adverbiales », qui est aus­si re­la­ti­ve­ment répandu dans la ter­mi­no­lo­gie gram­ma­ti­ca­le fran­co­pho­ne. L’un et l’au­tre terme doivent être con­si­dé­rés comme de simples étiquettes.

La grammaire VISK dé­fi­nit sobrement les ad­ver­biaa­li­lau­seet comme des « pro­po­si­tions qui commencent par une con­jonc­tion ad­ver­bia­le ». On adopte ici la mê­me ap­proche minimaliste, car on peut con­si­dé­rer que la connaissance des con­jonc­tions adverbiales, net­te­ment plus nom­breu­ses en fran­çais qu’en finnois, est plus un pro­blème de lexique que véritablement de grammaire. C’est même assez sou­vent le cas pour les fran­co­pho­nes aus­si, qui ont ten­dan­ce à confondre des con­jonc­tions qui se ressemblent mais ont un sens dif­fé­rent.

Les descriptions portent donc essentiellement sur le sens précis des con­jonctions et les dif­fé­ren­ces entre des for­mes d’aspect similaire, la fréquence d’utilisation, les in­ter­pré­ta­tions divergentes par les fran­co­pho­nes, sans négliger, si né­ces­sai­re, la cons­truc­tion de la phra­se, les temps et modes verbaux utilisés (sub­jonc­tif/in­di­ca­tif).

Comme dans le cas des sub­or­don­nées com­plé­ti­ves, les sub­or­don­nées adverbiales peuvent avoir comme ver­be une for­me conjuguée ou un infinitif, et dans ce Guide de grammaire, on ne fait pas de distinction entre des sub­or­don­nées conjonctives et des sub­or­don­nées in­fi­ni­ti­ves, car les deux sont introduites par des con­jonc­tions. Cer­tai­nes con­jonc­tions ont une for­me légèrement dif­fé­ren­te quand elles in­tro­dui­sent une pro­po­si­tion ad­ver­bia­le in­fi­ni­ti­ve.

Classement des sub­or­don­nées adverbiales

En simplifiant, on peut dire que les pro­po­si­tions sub­or­don­nées ad­ver­bia­les re­grou­pent tou­tes les sub­or­don­nées qui ne sont pas des sub­or­don­nées com­plé­ti­ves ou re­la­ti­ves. Elles occupent gé­né­ra­le­ment la mê­me fonc­tion qu’un com­plé­ment de phra­se, un ad­ver­be ou un groupe adverbial. Comme le dit la grammaire VISK, le sens des pro­po­si­tions adverbiales dépend gé­né­ra­le­ment du sens de la con­jonc­tion qui l’in­tro­duit, exactement comme il exis­te une grande quantité d’adver­bes (ou de lo­cu­tions adverbiales) dif­fé­rents. Elle peut ex­pri­mer une condition, un but, une cause, mais aus­si par ex­em­ple introduire une com­pa­rai­son. Dans cer­tains cas, on n’u­ti­li­se mê­me pas de con­jonc­tion et le sens est indiqué par la structure de la phra­se.

On classe gé­né­ra­le­ment les pro­po­si­tions adverbiales (ou « circonstancielles ») dans les ca­té­go­ries sui­vantes (entre parenthèses, les termes ha­bi­tu­el­le­ment utilisés pour les décrire) :

– cause (sub­or­don­nées causales) ;
– but (sub­or­don­nées finales) ;
– conséquence (sub­or­don­nées consécutives) ;
– concession (sub­or­don­nées concessives) ;
– opposition (sub­or­don­nées d’opposition) ;
– condi­tion (sub­or­don­nées con­di­tion­nel­les) ;
– temps (sub­or­don­nées tem­po­rel­les) ;
– com­pa­rai­son (sub­or­don­nées com­pa­ra­ti­ves).

Le sens de cer­tai­nes con­jonc­tions n’entre pas tou­jours dans une ca­té­go­rie bien précise, et cer­taines peuvent avoir plu­sieurs sens dif­fé­rents. Ces termes sont sub­jec­tifs et ne doivent pas être pris à la lettre (kirjaimellisesti). Ils servent es­sen­tiel­le­ment à regrouper et à présenter ensemble des con­jonc­tions de sens si­mi­laire (dont les nuances posent parfois des difficultés).

Liste des con­jonc­tions adverbiales

Com­me dans le cas des pré­po­si­tions, les con­jonc­tions ad­ver­bia­les peuvent être for­mées d’un seul mot, ou être com­po­sées de plu­sieurs élé­ments formant une con­jonc­tion com­po­sée (on les appelle aus­si « locu­tions conjonctives » ou « locu­tions con­jonc­tion­nelles »). Dans ce Guide, le terme de « con­jonc­tion adverbiale » dé­si­gne gé­né­ri­que­ment les con­jonc­tions simples (for­mées d’un seul mot) ou com­po­sées de plu­sieurs mots.

Les ren­vois dans la liste sui­vante in­di­quent les pages où les con­jonc­tions sont décrites, et ne dé­fi­nissent pas forcément le sens précis des con­jonc­tions.

à ce point que → conséquence
à condi­tion de → condition
à condi­tion que → condition
à en + infinitif → condition
afin de → finales
afin que → finales
à force de → cause
alors mê­me que → opposition
alors que → opposition
alors que → temps
à mesure que → temps
à moins de → condition
à moins que → condition
à peine … que → temps
à peine… ne pas… que → temps
après → temps
après que → temps
assez… pour → conséquence
assez… pour que → conséquence
à supposer que → condition
à tel point que → conséquence
attendu que → causales
au cas où → condition
au fur et à mesure que → temps
au moment où → temps
au lieu de → opposition
au lieu que → opposition
au point de → conséquence
au point que → conséquence
aus­si + adjectif que → concession
aus­si longtemps que → condition
aus­si longtemps que → temps
aus­sitôt que → temps
autant que → condition
autant… autant → com­pa­rai­son
avant de → temps
avant que → temps
avoir beau → concession
bien que → concession
c’est que → cause
ce n’est pas que → cause
ce qui fait que → conséquence
chaque fois que → temps
com­me → cause
com­me si → com­pa­rai­son
dans l’intention de → finales
dans le but de → finales
d’autant moins que → cause
d’autant moins… que → com­pa­rai­son
d’autant plus +dét./adv… que → cause
d’autant plus que → cause
d’autant plus… que → com­pa­rai­son
d’autant que → cause
de crainte de → finales
de crainte que → finales
de façon à → finales
de façon à ce que → finales
de façon que → conséquence
de ma­niè­re à → finales
de ma­niè­re à ce que → finales
de ma­niè­re que → finales
de ma­niè­re que → conséquence
de peur de → finales
de peur que → finales
dès l’instant que causales
de sorte à → finales
de sorte que → finales
de sorte que → conséquence
de telle façon que → conséquence
de telle ma­niè­re que → finales
de telle ma­niè­re que → conséquence
de telle sorte que → finales
de telle sorte que → conséquence
depuis que → temps
dès lors que → condition
dès que → temps
d’ici (à ce) que → condition
d’ici (à ce) que → temps
du fait que → cause
du moment que → cause
du moment que → condition
en admettant que → condition
en attendant de → temps
en attendant que → temps
en dépit du fait que → concession
en supposant que → condition
en vue de → finales
en­co­re que → concession
étant donné que → cause
excepté si → condition
faute de → cause
jusqu’à → temps
jusqu’à ce que → temps
le temps de → temps
le temps que → temps
loin de → opposition
lorsque → temps
maintenant que → temps
mal­gré le fait que → concession
mal­gré que → concession
mê­me si → concession
moins… moins → com­pa­rai­son
n’eût été → condition
ne serait-ce que, ne fût-ce que → condition
non que → cause
nonobstant (le fait) que → concession
où… que → concession
parce que → cause
pen­dant que → temps
pen­dant que → opposition
plus… plus → com­pa­rai­son
plutôt que (de) → com­pa­rai­son
pour → finales
pour + adj que → concession
pour + in­fi­ni­tif → concession
pour + infinitif passé → cause
pour autant que → condition
pour le cas où → condition
pour pas que → finales
pour peu que → condition
pour que → finales
pour si jamais → condition
puis­que → cause
quand → opposition
quand → temps
quand bien mê­me → concession
que (valeur de but après impératif) → finales
que + sub­jonc­tif → condition
que… ou → concession
que… ou… → condition
quel… que → concession
quel­que + adj que → concession
quel­que + nom que → concession
quitte à → concession
quitte à ce que → concession
quoi… que → concession
quoique → concession
sans → opposition
sans que → opposition
sauf si → condition
selon que → condition
si → cause
si → concession
si → condition
si + adj que → concession
si bien que → conséquence
si jamais → condition
si tant est que → condition
si→ temps
si (+ ad­jec­tif ou ad­ver­be)… que → conséquence
sitôt → temps
soit que… soit que → cause
sous prétexte que/de → cause
suffisamment pour → conséquence
surtout que → cause
tandis que → opposition
tandis que → temps
tant de (+ nom)… que → conséquence
tant et aus­si longtemps que → temps
tant et si bien que → conséquence
tant que → condition
tant que → temps
tant…que → conséquence
tel… que → com­pa­rai­son
tel… que (= com­me) → com­pa­rai­son
tellement (+ adj. / adv.)… que→ conséquence
tellement de (+ nom)… que → conséquence
tout + adj que → concession
tou­tes les fois que → temps
trop… pour → conséquence
trop… pour que → conséquence
un tel… que → conséquence
un(e) tel(le)(+ nom)… que conséquence
une fois que → temps
vu que → cause

Variété des con­jonc­tions et critères de choix

La prin­ci­pa­le dif­fi­cul­té pour les fin­no­pho­nes est la grande grande variété de con­jonc­tions ad­ver­bia­les en fran­çais. En fin­nois, il y en a beau­coup moins. Par ex­em­ple, le fin­nois jotta peut cor­res­pondre en fran­çais à une dizaine de con­jonc­tions dif­fé­ren­tes. Com­ment choisir la bonne ?

Différence de style

Le plus sou­vent, quand il exis­te en fran­çais dif­fé­ren­tes con­jonc­tions qui cor­res­pon­dent à une seule con­jonc­tion en fin­nois, ces dif­fé­ren­tes va­rian­tes ont le mê­me sens et elles ne diffèrent que par le style. Telle con­jonc­tion est uti­li­sée cou­ram­ment dans tout type de con­tex­te, telle au­tre de pré­fé­ren­ce dans le code écrit (ou uni­que­ment dans le code écrit), ou telle au­tre en­co­re plutôt dans le fran­çais parlé un peu fa­mi­li­er. Le type de texte (journalistique, scientifique, administratif…) in­flue éga­le­ment sur le choix de la con­jonc­tion. On peut ainsi dis­tin­guer divers con­tex­tes d’em­ploi, par exem­ple pour ex­pri­mer la con­ces­sion :

fran­çais parlé (fa­mi­li­er ou non) : bien que, mal­gré que
code écrit cou­rant (oral ou écrit) : bien que, en­co­re que
code écrit strict : quoique
code écrit de style soutenu, style administratif : nonobstant le fait que

ou pour ex­pri­mer la cause :

fran­çais parlé (fa­mi­li­er ou non) : vu que, com­me
code écrit cou­rant (oral ou écrit) : com­me, du fait que, étant donné que
code écrit de style juridique : attendu que

Rem. Ces exem­ples sont donnés comme illustration et ne présentent pas tous les sens ou tou­tes les nu­an­ces ni tous les con­tex­tes d’em­ploi pos­si­bles des con­jonc­tions men­tion­nées.

Adverbiales an­té­po­sées et post­po­sées

La posi­tion de la pro­po­si­tion ad­ver­bia­le par rapport à la prin­ci­pa­le peut aus­si éclai­rer le choix de la con­jonc­tion :

Certaines con­jonc­tions in­tro­duisent en gé­né­ral des pro­po­si­tions ad­ver­bia­les pla­cées avant la prin­ci­pa­le, par exem­ple les causales in­tro­duites par com­me, et d’au­tres in­tro­duisent de pré­fé­rence des ad­ver­bia­les placées après la prin­ci­pa­le. On peut ainsi for­mu­ler la règle sui­vante importante pour les finnophones  :

Quand la con­jonc­tion fin­noi­se koska in­tro­duit une pro­po­si­tion ad­ver­bia­le anté­po­sée, en français elle correspond nor­ma­le­ment à com­me et non pas à parce que (source d’er­reurs fré­quentes chez les fin­no­pho­nes).

Le plus sou­vent, ce­pen­dant, la place de la pro­po­si­tion ad­ver­bia­le est plus ou moins in­dif­fé­ren­te (yhdentekevä) et ne change pas le sens de la phra­se ni de la con­jonc­tion.

Mais la posi­tion de la sub­or­don­née par rapport à la prin­ci­pa­le n’est jamais en­tiè­re­ment anodine (vailla merkitystä). Exactement com­me dans le cas des grou­pes no­mi­naux com­plé­ments de phra­se ou des ad­ver­bes, la place de la pro­po­si­tion peut modifier le sens de l’é­non­cé.

Adverbiales essentielles et explicatives

Bien que les pro­po­si­tions ad­ver­bia­les se comportent com­me un com­plé­ment de phra­se, elles n’ont pas forcément un rôle « secondaire ». Com­me on le fait pour les pro­po­si­tions re­la­ti­ves, on pourrait ainsi dis­tin­guer les pro­po­si­tions ad­ver­bia­les

Exem­ple il­lus­trant cette dif­fé­ren­ce :

Il n’est pas parti parce qu’il avait peur. vs.
Il n’est pas parti, parce qu’il avait peur.

La première phra­se, sans virgule et pro­non­cée sur une seule ligne mélodique, nie la raison invoquée (la peur) com­me cause du départ (donc il est parti pour une au­tre raison que la peur). La deuxième phra­se, avec virgule et pro­non­cée en deux temps, précise la raison du départ (la peur). Résultat : dans la première phra­se, la per­son­ne il est bien par­tie, alors que dans la deuxième phra­se, il n’est pas parti. Cet exem­ple illustre éga­le­ment l’importance de la ponctuation dans l’uti­li­sa­tion des sub­or­don­nées ad­ver­bia­les.

Cepen­dant, cette distinction sé­man­ti­que n’est pas tou­jours très nette, ni aus­si facile à constater que la position an­té­po­sée ou post­po­sée de la pro­po­si­tion ad­ver­bia­le. Dans cer­tains cas, elle permet ce­pen­dant de choisir entre dif­fé­ren­tes con­jonc­tions pos­si­bles là où le fin­nois n’uti­li­se qu’un seul et mê­me mot.

Coordina­tion des pro­po­si­tions sub­or­don­nées

Conjonction exprimée après et

Il y a aus­si une au­tre dif­fé­ren­ce nette entre le fin­nois et le fran­çais qui pro­vo­que sou­vent des er­reurs, c’est la ma­niè­re de coordonner (relier) deux (ou plu­sieurs) pro­po­sitions sub­or­don­nées ad­ver­bia­les. En fin­nois, on ne répète gé­né­ra­le­ment pas la con­jonc­tion de subordination (jos, kun, vaikka…), quand on lie deux (ou plu­sieurs) pro­po­si­tions sub­or­don­nées. La con­jonc­tion de coordina­tion ja (« et ») suf­fit :

Jos huomenna on kaunista ja meillä on aikaa, voisimme lähteä pyöräilemään.
Kun hän tuli ulos ja huomasi, että oli unohtanut avaimet, ovi paiskautui kiinni.
Koska hän oli hyvin lukenut ja hän oli aiheesta kiinnostunut, tentti sujui leikiten.

En fran­çais, au contraire, quand on coordonne deux ou plu­sieurs pro­po­si­tions ad­ver­bia­les in­tro­dui­tes par la mê­me con­jonc­tion, on répète en gé­né­ral la con­jonc­tion, non pas telle quelle, mais sous la for­me que. Il faut donc premièrement pen­ser à (et prendre l’ha­bi­tu­de de) répéter la con­jonc­tion, ce qu’on ne fait pas en fin­nois.

La con­jonc­tion polyvalente que

Deuxièmement, il faut se rappeler qu’on ne répète pas la con­jonc­tion telle quelle (par ex­em­ple si ou com­me), mais tou­jours, quelle que soit la con­jonc­tion (bien que, quand, si, com­me, puis­que etc.), sous la for­me que. Ceci semble facile à com­pren­dre quand la con­jonc­­tion qu’on veut répéter est uni­que­ment que (c’est le cas par ex­em­ple dans les pro­po­si­tions com­plé­tives, voir le premier ex­em­ple ci-des­sous), mais il est un peu plus dif­fi­ci­le de s’y habituer quand la con­jonc­tion qu’on répète n’est pas que :

Le vendeur m’a dit que l’ar­ti­cle était épuisé et qu’il ne savait pas quand le stock serait réapprovisionné. Si demain il fait beau et que nous avons le temps, nous pourrions aller faire du vélo. J’avais un horaire des bus périmé, si bien que j’ai raté le dernier bus et que j’ai dû rentrer à pied. Quand il sortit et qu’il remar­qua qu’il avait oublié ses clés, la porte se referma avec un claquement. Com­me elle avait bien révisé et que le sujet l’intéressait, l’examen fut un jeu d’enfant.

Cepen­dant, com­me c’est le cas en fin­nois aus­si, pour des raisons ex­pres­sives ou ar­gu­men­ta­ti­ves, on peut aus­si répéter la con­jonc­tion telle quelle :

Si demain il fait beau et si nous avons le temps, nous pourrions aller faire du vélo. Quand tu auras terminé ton travail et quand moi j’en aurai envie, on reparlera de cette sortie avec des copains !

Pro­po­si­tions ad­ver­bia­les in­fi­ni­tives

Le ver­be de la sub­or­don­née adverbiale peut être un ver­be conjugué, avec un sujet exprimé (nom, pronom etc.) ou bien un ver­be à l’infinitif, sans sujet exprimé. Dans ce cas, le sujet de l’infinitif est par défaut (oletuksena) le mê­me sujet que celui du ver­be de la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le.

Règle du sujet iden­ti­que (coréférence du sujet)

Les sub­or­don­nées ad­ver­bia­les in­fi­ni­tives ne peuvent donc s’uti­li­ser que si le sujet logique de l’infinitif est le mê­me actant (subjekti, tekijä) que celui du ver­be de la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le. On décrit cette cor­res­pon­dance entre les deux sujets par le ter­me de coréférence du sujet.

On peut ainsi com­pa­rer les cas (1) dans lesquels le sujet de la sub­or­don­née est dif­fé­rent de celui de la prin­ci­pale et les cas (2) dans lesquels le sujet a le mê­me ré­fé­rent dans les deux pro­po­si­tions :

1a) Tu penseras à acheter les billets sur Internet avant que ce soit complet.
1b) Nous pouvons vous emmener demain matin à condition que vous soyez chez nous avant 7 h.

2a) Tu penseras à acheter les billets sur Internet avant de partir.
2b) Vous pouvez partir avec nous demain matin à condition de venir avant 7h.

Remar­que :la règle de la coréférence du sujet se manifeste aus­si dans les pro­po­si­tions com­plé­ti­ves, participiales et re­la­ti­ves.

Transformation obli­ga­toi­re vs facultative

Pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, il y a trois dif­fi­cul­tés :

a) après cer­tai­nes con­jonc­tions adverbiales, l’utilisation de l’infinitif est théo­ri­que­ment obli­ga­toi­re, et après d’au­tres, elle est facultative. Il faut donc savoir dé­ci­der dans quels cas uti­li­ser un infinitif ;

b) dans la langue cou­ran­te, la règle de la transformation in­fi­ni­ti­ve n’est pas tou­jours respectée (voir ci-des­sous), c’est pourquoi on la qualifie ici de « théo­ri­que­ment obli­ga­toi­re ». En lisant ou entendant du fran­çais, les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re ne peuvent donc pas tou­jours savoir si la for­me avec que est obli­ga­toi­re ou si c’est un cas où le lo­cu­teur n’a pas fait la transformation in­fi­ni­ti­ve qui serait la règle.

c) la mo­di­fi­ca­tion de la for­me de la con­jonc­tion ne suit pas un schéma régulier : dans la majorité des cas, on remplace l’élé­ment que de la con­jonc­tion par la con­jonc­tion in­fi­ni­ti­ve de, mais on n’uti­li­se pas de après les conjonctions pour et après (tableau 1), ni après jus­qu’à, quitte à et sans (tableau 2).

1. Transforma­tion in­fi­ni­tive théoriquement obli­ga­toi­re
con­jonc­tion for­mée avec quecon­jonc­tion for­mée avec de (+ in­fi­ni­tif)
afin que jotta
au lieu que sen sijaan että
avant que ennen kuin
de peur que jotta ei
du fait que johtuen siitä, että
en attendant que kunnes
de crainte que jotta ei
le temps que kunnes
afin de
au lieu de
avant de
de peur de
du fait de (+ inf. passé)
en attendant de
de crainte de
le temps de
con­jonc­tion avec quecon­jonc­tion sans de
pour que jotta
après que sen jälkeen kun
pour
après (+ inf. passé)

Exemples :

Merci aux files d’attente. En attendant de rentrer dans le magasin, on avait le temps de se demander si on en avait vraiment besoin. Combien préfèrent étudier dans des manuels anglais, de crainte de ne pas com­pren­dre la ter­mi­no­lo­gie fran­çaise ? Quelques techniques pour réactiver vos contacts inactifs afin de ne pas les perdre. Le gouvernement a suspendu l’entrée en vigueur de la ré­for­me, le temps d’examiner les abus constatés.

2. Transforma­tion in­fi­ni­tive facultative
con­jonc­tion avec quecon­jonc­tion avec de + in­fi­ni­tif
à condi­tion que sillä ehdolla että
à moins que ellei
au point que niin paljon että
sous prétexte que sillä verukkeella, että
à condi­tion de
à moins de
au point de
sous prétexte de
con­jonc­tion avec quecon­jonc­tion sans de
jusqu’à ce que kunnes
quitte à ce que sillä uhalla että
sans que ilman että
jusqu’à
quitte à
sans

Exemples :

Nous pouvons signer ce contrat à condi­tion que nous puissions décider/à condi­tion de pouvoir décider qui sera nommé di­rec­teur. Je préfère refaire la mise en page, quitte à ce que je doive/ quitte à devoir remet­tre la sortie du livre. Teen mieluummin taiton uudestaan, silläkin uhalla että kirjan ilmestyminen lykkääntyy. J’ai été trau­ma­ti­sée par cet accident, au point que je ne me souviens pas/ au point de ne pas me sou­ve­nir de ce qui s’est passé.

Une transformation typique du code écrit

La transforma­tion in­fi­ni­ti­ve se fait régulièrement dans le code écrit, et il faut con­naitre et appliquer les prin­ci­pa­les règles si on rédige par ex­em­ple un texte de type scientifique.

Dans le fran­çais parlé, ce­pen­dant, mê­me en cas de coréférence du sujet il est fré­quent qu’on uti­li­se une adverbiale introduite par une for­me de con­jonc­tion com­po­sée avec que et avec un ver­be conjugué, mê­me quand il faudrait uti­li­ser une cons­truc­tion in­fi­ni­ti­ve. Beaucoup d’usagers de la langue ignorent cette règle (c’est pour cette raison qu’on la qualifie ici de « théoriquement obli­ga­toi­re »).

Dans les ex­em­ples sui­vants, le sujet du ver­be de la pro­po­si­tion adverbiale a le mê­me ré­fé­rent que celui de la prin­ci­pa­le, mais mal­gré cela, on n’uti­li­se pas la for­me in­fi­ni­ti­ve qui serait la norme dans le code écrit :

Je suis par­tie vraiment très tôt, pour que j’aie pas à faire la queue trop longtemps. En attendant que tu puisses obtenir ton premier rendez-vous, voici ce que tu peux faire… Pendant une semaine, le temps qu’on [=« nous »] trouve à se loger, nous avions pu explorer à loisir ce coin de l’Outaouais où je n’avais jamais mis les pieds.

Il règne à ce sujet un cer­tain flottement chez les fran­co­pho­nes, qui est renforcé par le fait qu’il n’y a aucun critère objectif simple permettant de décider quand il faut faire la transformation in­fi­ni­ti­ve.

Difficultés pour les finnophones

En fin­nois, le par­ti­ci­pe passé passif (par ex­em­ple ostettuaan) équi­va­lent à une cons­truc­tion in­fi­ni­tive en fran­çais peut porter la mar­que du sujet (avec un suffixe pos­ses­sif ostettuani, ostettuasi etc.). On peut donc l’uti­li­ser mê­me quand le sujet de la participiale est dif­fé­rent de celui du ver­be dont elle dépend. En fran­çais, on peut uti­li­ser une cons­truc­tion in­fi­ni­ti­ve seu­le­ment si le sujet non ex­pri­mé de l’infinitif est le mê­me que celui de la prin­ci­pa­le (coréférence du sujet, ex­em­ple 1). Com­pa­rer :

1. sujet coré­fé­rent
Vaihdettuamme renkaan, jatkoimme matkaa.
Après avoir changé la roue, nous avons repris la route.

2. sujet dif­fé­rent
Heidän vaihdettuaan renkaan, me jatkoimme matkaa.
Après qu’ils eurent changé la roue, nous avons repris la route. [sujet différent, in­fi­ni­tif impossible]

La règle de la coréférence du sujet pose sou­vent des pro­blè­mes aux fran­co­phones eux-mê­mes. Exem­ples authentiques d’er­reurs (elles sont assez fré­quen­tes) :

(a) *Après avoir vidé leur querelle, les choses rentrèrent dans l’ordre. Heidän sel­vi­tet­tyä riitansa asiat palasivat järjestykseen. (b) Quel­ques secondes après avoir sauté, à 111 mè­tres au-dessus du fleuve frontalier entre la Zambie et le Zimbabwe, la corde s’est rom­pue.

La traduc­tion fin­noise de la phra­se (a) est l’équi­va­lent exact de la phra­se fran­çaise. D’après la norme (ignorée de beau­coup d’usagers), cette dernière est ce­pen­dant fautive. Il aurait fallu dire :

Après qu’ils eurent / quand ils eurent vidé leur querelle, les choses rentrèrent dans l’ordre.

Dans la phra­se (b), ce n’est évi­dem­ment pas la corde qui a sauté, mais (dans l’ac­ci­dent décrit dans l’ar­ti­cle de journal), une femme. Il faudrait dire par ex­em­ple :

Quel­ques secondes après que la sauteuse a plongé dans le vide […], la corde s’est rom­pue.

Attention aux for­mes de l’infinitif

Le maniement des cons­truc­tions in­fi­ni­tives en gé­né­ral demande une cer­tai­ne ha­bi­tu­de, car il faut savoir conjuguer l’infinitif, à la for­me passée, à la for­me né­ga­ti­ve, à la for­me pas­si­ve ou la for­me pas­si­ve passée né­ga­ti­ve etc.­, ce qui n’est pas tou­jours facile. Par ex­em­ple, une pro­po­si­tion sub­or­don­née causale in­tro­duite par com­me ou parce que peut être remplacée par pour + in­fi­ni­tif passé :

Com­me elle était arrivée en retard, elle n’a pas entendu la nouvelle im­por­tan­te annoncée au début du cours. Kun hän tuli myöhässä, hän ei kuullut tunnin alussa annettua tärkeää ilmoitusta.Pour être arrivée en retard, elle n’a pas entendu la nouvelle im­por­tan­te annoncée au début du cours.

Mais cette mo­di­fi­ca­tion n’est pos­si­ble qu’avec un in­fi­ni­tif passé (pour avec un infinitif présent a un sens final, « afin que »). Parfois, la construc­tion in­fi­ni­ti­ve peut avoir un sens un peu dif­fé­rent de la construction avec que (par ex­em­ple jusqu’à).

Dans le fran­çais parlé, on peut uti­li­ser des constructions avec que (avant que, à condition que, jusqu’à ce que…). Dans le code écrit, en cas de doute, le plus prudent est d’uti­li­ser une pro­po­si­tion avec un ver­be conjugué et une con­jonc­tion de sens équi­va­lent :

Après ne plus avoir fait d’observations… → Com­me elles n’ont plus fait d’ob­ser­va­tions… Pour n’avoir jamais été étudiant… → Com­me il n’avait jamais été étu­diant… etc.

Hypotaxe et parataxe :
des notions utiles pour l’ex­pres­sion écrite

Hypotaxe et parataxe, subordination et coordination

Ces deux termes sont des synonymes d’origine grecque des mots d’origine latine sub­or­di­na­tion (alisteisuus) et coor­di­na­tion (rinnastus). Ils décrivent la ma­niè­re d’en­chai­ner les idées et d’ex­pri­mer les relations logiques entre les dif­fé­rentes par­ties de l’é­non­cé. La distinction entre ces modes d’ex­pres­sion peut être utile pour l’ex­pres­sion écrite, car le finnois uti­li­se ré­gu­liè­re­ment dans le code écrit cer­tains pro­cé­dés qui ne s’uti­li­sent en fran­çais que dans le fran­çais parlé.

Pour for­mer un énon­cé, en par­ti­cu­lier à l’oral, on peut aligner les idées sur le mo­de de la parataxe (mot à mot : « le fait de placer les choses l’une après l’au­tre ») ; on énonce des élé­ments suc­ces­si­ve­ment les uns après les au­tres, en les en­chai­nant par­fois avec des ad­ver­bes ou des con­jonc­tions de co­or­di­na­tion. C’est aus­si le cas en fin­nois :

Je suis sorti, et alors j’ai vu qu’il pleuvait, et alors il fallu que je rentre, j’ai dû fermer la fenêtre du salon, elle était grande ouverte. Menin ulos ja silloin huomasin, että sataa, sitten minun piti mennä takaisin sisälle, minun piti laitta olohuoneen ikkuna kiinni, se oli jäänyt auki.

Inversement, dans l’hypotaxe ou dis­cours hypotactique, on enchaine les idées par des con­jonc­tions, ce qui pourrait donner par exem­ple la phra­se sui­vante :

Quand je suis sorti, j’ai vu qu’il pleuvait, si bien que j’ai dû rentrer pour fermer la fenêtre du salon, qui était grande ouverte. Kun menin ulos, huomasin, että sataa, jolloin minun piti mennä takaisin sisälle laittamaan olohuoneen ikkunan kiinni, kun se oli jäänyt auki.

La parataxe n’est ce­pen­dant pas utilisée exclusivement à l’oral, on peut évi­dem­ment l’uti­li­ser aus­si à l’écrit, et, in­ver­se­ment, les pro­cé­dés de l’hypotaxe sont aus­si utilisés aus­si à l’oral. La parataxe n’est pas une ca­rac­té­ris­ti­que typique de l’oral, qui dif­fé­ren­cierait celui-ci fondamentalement de l’écrit. Le fran­çais parlé, mê­me spon­tané, uti­li­se par­fois des cons­truc­tions hypotactiques complexes, avec de très nom­breuses sub­or­don­nées, no­tam­ment quand le lo­cu­teur donne des ex­pli­ca­tions ou des jus­ti­fi­ca­tions.

Dif­fé­ren­ces entre le fran­çais et le fin­nois

La distinc­tion entre parataxe et hypotaxe est exposée brièvement ici parce qu’elle sert à illustrer une dif­fé­ren­ce concrète im­por­tan­te entre le fin­nois et le fran­çais dans l’utilisa­tion des pro­po­si­tions sub­or­don­nées ad­ver­bia­les. Après une pro­po­si­tion sub­or­don­née ad­ver­bia­le an­té­po­sée, le fin­nois ren­force sou­vent le rapport sé­man­ti­que entre la sub­or­don­née et la prin­ci­pa­le en ajoutant dans la prin­ci­pa­le un ad­ver­be à valeur ana­pho­ri­que, qui ex­pri­me le mê­me gen­re d’idée (temps, con­ces­sion, condi­tion etc.). Le fin­nois em­ploie pour cela des for­mes adverbiales variées du pro­nom se (niin, silti, silloin), ou des ad­ver­bes com­me kui­ten­kin (la tra­duc­tion en fran­çais des exem­ples sui­vants est donnée plus loin ci-des­sous) :

(a) Kun horjuin kuilun partaalla tietämättä itkeäkö vaiko nauraa, silloin huomasin etsiytyväni metsään.
(b) Tiedämme, että jos istutamme tomaatteja toukokuussa, niin voimme korjata sadon elo-syyskuussa.
(c) Vaikka ei pidäkään ylpistyä mistään arvonimistä, niin voimme hetkellisesti olla ylpeitä omasta saavutuksestamme.
(d) Vaikka et haluakaan julkaista tietojasi netissä, voit silti olla mukana työn­vä­li­tys­tie­to­kan­nas­sam­me.
(e) Vaikka joidenkin merkkien suoritusvaatimuksia on tarkistettu, voitte kuitenkin edelleen suorittaa nämä merkit vanhojen vaatimusten mukaisesti.
(f) Mikäli PIN-koodi on tilattu aiemmin, niin se toimii myös A-rakennuksessa.

L’ad­ver­be anaphorique est très cou­rant à l’oral et moins fré­quen­t à l’écrit (les ex­em­ples ci-dessus sont tous ti­rés de pages Internet, mélange de code écrit strict et de fin­nois parlé plus fa­mi­li­er). L’ad­ver­be fait en quel­que sorte double em­ploi (on tar­pee­ton, ylimääräinen)  : une pro­po­si­tion com­mençant avec vaikka in­di­que déjà à elle seule la concession. La reprise de l’idée d’opposi­tion dans la prin­ci­pa­le avec silti ou kui­ten­kin est ainsi redondante. Le fin­nois uti­li­se donc à la fois les moyens de l’hy­po­taxe (con­jonc­tion vaikka) et de la parataxe (ad­ver­be silti). Cet usage est tout à fait nor­mal en fin­nois, langue qui dispose d’outils ex­pri­mant aus­si bien l’anaphore que la ca­ta­pho­re au niveau de la phra­se.

Adver­be anaphorique inusité

La dif­fé­ren­ce entre le fin­nois et le fran­çais est qu’en fran­çais on ne reprend gé­né­ra­le­ment pas l’idée de la sub­or­don­née par un ad­ver­be dans la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le, com­me on le voit dans la traduc­tion des exem­ples pré­cé­den­ts, où ne figurent pas les ad­ver­bes du fin­nois :

(a’) Alors que j’étais au bord du gouffre et ne savais s’il fallait rire ou pleurer, je me rendis compte que mes pas me menaient vers la forêt.
(b’) Nous savons que si nous plantons les tomates en mai, nous pourrons récolter en aout-septembre.
(c’) Bien qu’il n’y ait pas de raison de faire étalage de son titre, on peut être fier, sur le moment, du travail accompli.
(d’) Quand bien mê­me vous ne voudriez pas voir votre nom apparaitre sur le réseau, vous serez inscrit dans notre fichier de main-d’œuvre.
(e’) Bien que les critères d’attribu­tion des badges aient été revus, vous pouvez en­co­re les obtenir selon les anciens critères.
(f’) Au cas où le code PIN a été commandé antérieurement, il est déjà valable pour accéder au bâ­ti­ment A.

Dans le code écrit strict, on évite donc d’écrire :

Bien que vous ayez eu la jambe cassée, vous pouvez *quand mê­me faire du sport. Si cette hypothèse est exacte, *alors nous devons en tirer les conclusions qui s’im­po­sent. Même si ces déclarations soutiennent dans une cer­tai­ne mesure la cré­di­bi­li­té de notre étude, il faut *tou­tefois préciser qu’il ne s’agit que du point de vue d’une seule personne.

À l’oral, ce­pen­dant, les phra­ses ci-dessus sont cou­rantes et on trouve de nom­breux cas avec uti­li­sa­tion d’un ad­ver­be de rappel :

Bon ben si tu viens demain, alors il faut qu’on fasse une petite fête.

Il s’agit d’un glissement de l’hypotaxe vers la parataxe tout à fait fré­quen­t dans le fran­çais oral ; la phra­se com­mence avec une sub­or­don­née, puis il y a une rupture de cons­truc­tion et on passe au dis­cours paratactique.

Emplois con­jonc­tionnels de la pré­po­si­tion pour

Utilisé com­me pré­po­si­tion, le mot pour a des sens variés : attribu­tion (jollekin), but ([jotakin] varten), cause ([jonkin] johdosta) etc. Il s’em­ploie aus­si devant un infinitif, ou com­me une sorte d’ad­ver­be quantifieur devant ad­jec­tif, dans des constructions de sens concessif. Le mot pour peut donc changer de ca­té­go­rie gram­ma­ti­cale (c’est un cas de re­cy­cla­ge) : au lieu d’être une pré­po­si­tion, il fonc­tionne com­me une con­jonc­tion ou un ad­ver­be.

Quand pour in­tro­duit un infinitif, son sens varie no­tam­ment selon temps de l’in­finitif, ou d’un au­tre indice qui précise le sens.

Pour + infinitif présent, ex­pri­me le but

C’est l’em­ploi le plus fré­quen­t et le plus connu des ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re, qui a des équi­va­lents dans d’au­tres langues. En fin­nois, il cor­res­pond par ex­em­ple aux for­mes verbales en ‑mAAn ou ‑kseen (teke­mään, sanoakseni) :

Il est parti un an en France pour faire de la recherche. Pour faire des progrès, vous devriez séjourner dans un pays fran­co­pho­ne.

Pour + infinitif passé, ex­pri­me la cause

Cette uti­li­sa­tion de pour est re­la­ti­ve­ment fré­quen­te. Il faut savoir interpréter le sens cor­rec­te­ment, puis­que, suivi de l’in­fi­ni­tif passé, pour ex­pri­me la cause, alors que suivi de l’in­fi­ni­tif pré­sent, il ex­pri­me le but :

Pour avoir attendu trop longtemps, nous n’avons plus pu réserver de maison pour les vacances. Il a eu une amende pour ne pas avoir bouclé sa ceinture de sé­cu­ri­té.  Pour ne pas avoir été vidées [in­fi­ni­tif passé passif né­ga­ti­f] depuis deux mois, les poubelles com­mençaient à sentir ter­ri­ble­ment mau­vais.  Pour être arrivés en retard à la cérémonie, nous n’avons pas pu entendre le nom des lau­réats.

L’équi­va­lent en fin­nois de ces in­fi­ni­tifs serait une cons­truc­­tion participiale : odo­tet­tuam­me liian pitkään ou une pro­po­si­tion in­tro­duite par koska, kun etc.

Pour + infinitif présent (passé), ex­pri­me la concession

La pré­po­si­tion pour peut in­tro­duire une in­fi­ni­tive concessive, qui cor­res­pond à si con­ces­sif. Les conditions d’uti­li­sa­tion sont les mê­mes que pour si concessif : la concessive in­tro­dui­te par pour s’uti­li­se uni­que­ment en posi­tion an­té­po­sée à la prin­ci­pa­le. Il ne faut pas con­fon­dre ce pour avec son équi­va­lent final (jotta).

Le plus sou­vent, cette cons­truc­­tion est employée avec le ver­be être. Le fin­nois con­nait une cons­truc­tion similaire avec des in­fi­ni­tifs du gen­re ollakseensilti… Le sens concessif de pour est sys­té­ma­ti­que­ment souligné ou explicité dans la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le par néanmoins ou la cons­truc­­tion n’en… pas moins. On uti­li­se aus­si des ad­ver­bes com­me pourtant, en­co­re :

Pour être douée, elle n’en est pas moins très paresseuse. Pour être lent dans son travail, il est néanmoins efficace. Pour avoir été sou­vent négligée, cette cause ne se trouve pas moins au fond de beau­coup de conflits internationaux [= Bien qu’elle ait sou­vent été négligée…]. Colbert, soutenu par l’opinion, fit, dans des cir­cons­tan­ces nouvelles et très avantageuses, une opéra­tion qui, pour avoir été critiquée, n’en mérite pas moins des éloges sans restriction.

Résumé : le sens de pour en fonc­tion du temps du ver­be
temps de l’infinitifvaleurex­em­pleéqui­va­lent en fin­nois
PRÉSENTBUTpour com­pren­dre
pour faire
ymmärtääkseni, -ksesi -kseen jne.
tehdäkseni, -ksesi, kseen jne.
PASSÉCAUSEpour avoir refusé
pour être restés
kieltäydyttyäni, -si, -än, -mme
jäätyäni, -si, -än, -mme jne.
PRÉSENT /
PASSÉ 
+ ad­ver­be
concessif
CON-
CES-
SION
Pour être lent, il est néanmoins efficace.
Pour avoir été sou­vent critiqué, il reste ce­pen­dant très influent.
Ollakseen hidas hän on silti tehokas.

Vaikka häntä on usein arvosteltu, hän on silti edelleen hyvin vaikutusvaltainen.
Pour + ad­jec­tif, sens concessif

Si, quel­que et pour sont en principe interchangeables en tête de pro­po­si­tion ad­ver­bia­le post­po­sée, mais pour est assez rarement utilisé dans ce cas, et on préfère si ou quel­que.

Ces cons­truc­tions, si compliquées/quel­que compliquées/pour compliquées qu’el­les paraissent, sont assez fré­quen­tes. Tout cela, pour amusant que cela puisse être quand on n’a rien de mieux à faire, est d’une grande banalité. Quel­que curieux /Si curieux/Pour curieux que cela puisse sembler, c’est tout à fait cou­rant.

Remar­que : le mot quel­que est ici en fonc­tion d’ad­ver­be, com­me dans l’ex­pres­sion quel­que peu (hie­man, hiukan) et ne doit pas être confondu avec quel­que dé­ter­mi­nant.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 56. Les pro­po­si­tions ad­ver­bia­les. Dernière mise à jour : 8.1.2022