Guide de pro­non­cia­tion française pour apprenants finnophones
20. La liaison

La liaison est un phénomène phonétique, mais pour l’apprenant de FLE, c’est aussi un problème graphématique, parce que dans la forme écrite du français, elle est invisible.

La liaison est la survivance [jäänne] d’un état de la langue où toutes les consonnes se prononçaient…

Exemple (emprunté à F. Carton, Introduction à la phonétique du français p. 87)  : la phrase Il vint à moi et me tint les deux mains se prononçait en ancien français (les consonnes en orange sont celles qui ont disparu, la phrase en français moderne figure en-dessous) :

ilvĩntamɔi̮etme̟̣tĩntlesdɛu̮smãi̮ns
ilvɛ̃tamwa emɶtɛ̃ ledømɛ̃

Avec l’évolution de la pro­non­cia­tion du français, au cours des siècles les consonnes finales se sont amuïes (n’ont plus été pro­non­cées), sauf devant une voyelle dans des groupes syntaxiques où les mots forment un groupe très lié (comme vous êtes, dans un an etc.). La cohérence syntaxique a empêché la consonne de s’amuïr. Dans l’exemple ci-dessus, le t final du verbe vint peut encore se prononcer devant la voyelle du mot à (liaison facultative).

Définition et mécanisme

Une consonne habituellement non pro­non­cée à la fin d’un mot peut se pro­non­cer quand le mot sui­vant commence par une voyelle : des mots demo vs desamis dezami. La liaison se fait gé­né­ra­le­ment à l’intérieur d’un bloc phonique, c’est-à-dire souvent dans un groupe syntaxique dont les éléments sont fortement liés les uns aux autres (déterminant+nom, pronom sujet+verbe etc.). Elle peut aussi se faire entre deux blocs moins fortement liés, mais c’est moins fréquent. La liaison peut se faire avec les phonèmes suivants :

La liaison se fait par enchainement consonantique ; la consonne qui se pro­non­ce devant la voyelle forme une nouvelle syllabe avec cette voyelle : des‿amis de-za-mi, c’est‿efficace sᴇ-tᴇ-fi-kas etc. On syllabe de la même manière petite amie et petitami pɶ-ti-ta-mi. casque-audio-avec-micro 5.4 et suivants

Dans certains cas, la liaison s’entend sous forme d’une consonne longue.

1. Dans les formes interrogatives où on fait l’inversion, dans la prononciation, le d final (ver­bes du 3e grou­pe) se prononce /t/ :

Attend-il /atɑ̃til/ ? — Le surprend-elle /lɶsyʁpʁɑ̃tɛl/ ?

Quand le radical du verbe est terminé par /d/, comme dans attendent-ils, on fait la liaison avec le t final de la terminaison ent, attendent‿-ils atɑ̃dtil. Par assimilation de sonorité, ce /t/ rend le /d/ de atɑ̃d sourd : atɑ̃d̥tilatɑ̃til. On différencie ainsi

atɑ̃til Attend-il ? (singulier, liaison obligatoire en /t/)
atɑ̃tːil Attendent-ils ? (pluriel)

C’est la même chose dans correspond-il ?/correspondent-ils ?, entend-elle ?/entendent-elles ? etc. L’a­llon­ge­ment permet donc de différencier le pluriel du singulier.

2. Dans les formes interrogatives qui se terminent par une voyelle à la personne 3, on ajou­te un −t− intercalaire :

Exagère-t-il ? — En a-t-on une ? — Les attrapera-t-elle ? — Aura-t-elle du temps ?

Ce t qu’on ajoute entre une for­me verbale terminée par une voyelle et un pro­nom com­mençant par une voyelle permet d’assurer une prononcia­tion identique en /t/ à la personne 3 du singulier dans tous les grou­pes verbaux :

Vient-il ? — Finit-elle ? — Joue-t-il ? — Au secours ! s’écria-t-il.

Dans les ver­bes du 1er grou­pe dont le radical se termine par t (chant-er, jet-er, prêt-er etc.), dans la for­me avec inversion chante-t-elle ? ou le prête-t-il ?, on prononce un /t/ nettement allongé :

Chante-t-elle ? /ʃɑ̃tːɛl/
Prête-t-il ? /pʁɛtːil/

Comme au pluriel on fait toujours la liaison après la terminaison -ent, le singulier de ces ver­bes se pro­nonce com­me le pluriel :

joue-t-il ?/jouent-ils ? ʒutil
pleure-t-il ?/pleurent-ils ? plœʁtil
chasse-t-il ?/chassent-ils ? ʃastil
coupe-t-il ?/coupent-ils ? kuptil.

Pour la même raison, à cause de l’assimilation, des verbes avec un radical différent peuvent se pro­non­cer de la mê­me manière à la forme interrogative :

tentent-ils tɑ̃tːil
tendent-ils tɑ̃d̥tiltɑ̃tːil
commente-t-elle ? komɑ̃tːɛl
commande-t-elle ? komɑ̃d̥tɛlkomɑ̃tːɛl

3. Il y a aussi des cas de liaisons avec s sonore long. Comparer :

une chose étrange ynʃozetʁɑ̃ʒ
des choses‿étranges deʃozːetʁɑ̃ʒ

Comme il s’agit d’un groupe nom+adjectif, la liaison est cependant facultative. On peut donc pro­non­cer : des choses étranges deʃozːetʁɑ̃ʒ ou deʃozetʁɑ̃ʒ. De même, il y a un long dans de mau­vaisesha­bi­tu­des, de nombreusesacquisitions etc. À cause du phénomène de l’assimilation, il y a aussi des cas avec s sonore long qui provient de la sonorisation de l’s sourd du radical devant le /z/ de la liaison de grosses‿aiguilles, penses-y etc.

Quand peut-on faire la liaison ?

La liaison est à la fois un phénomène phonétique et un signe sociologique et culturel. Son utilisation dépend de la situation de communication (officielle, normale, familière etc.). Plus on fait de liaisons, plus on pro­non­ce un français « officiel », littéraire. Pour cette raison, la liaison peut aussi être rejetée par des groupes (par exemple les jeunes) qui ne veulent pas s’identifier aux utilisateurs du beau parler. La liaison dépend donc en grande partie du niveau de langue. Il y a :

Quand faut-il faire la liaison ?

L’apprenant de FLE doit faire toutes les liaisons obligatoires, dont la liste est relativement limitée et logique. Mais il est nettement moins facile de savoir exactement quand il faut faire les liaisons fa­cul­ta­ti­ves. On peut donner comme règle générale qu’il vaut mieux ne pas faire trop de liaisons facultatives quand on parle, parce que cela semblerait affecté [teennäinen]. Les francophones eux-mêmes ne savent pas toujours utiliser la liaison avec discernement [harkitusti].

En plus de ces types de liaison, il y aussi de nombreux cas dans lesquels la liaison est interdite. Pour l’apprenant de FLE, ces cas peuvent paraitre en contradiction avec les règles générales de la liaison. Mais ils sont généralement motivés et explicables par des règles de grammaire. Pour savoir les iden­tifier, les comprendre et les appliquer, il faut donc avoir un certain nombre de connaissances gram­ma­ti­ca­les.

Grammaire, mode et irrationnel

La liaison est un phénomène qui obéit à des règles complexes et qui se situe pour une certaine partie dans le domaine de l’irrationnel. La liaison est associée par beaucoup au « beau parler », au français écrit, cultivé. Pour certains, faire la liaison permet de « briller », de montrer sa culture (parce qu’on connait l’orthographe). Souvent, quand on veut montrer qu’on a de la culture, c’est parce qu’on n’en a pas tellement. Il n’est donc pas étonnant que ceux qui font beaucoup de liaisons fas­sent aussi souvent beaucoup de fautes de liaison. C’est aussi une des raisons pour les­quel­les il est difficile de donner des règles absolument dé­finitives au sujet de certaines liaisons. Enfin, puisque la liaison a aussi une fonction sociale, elle est sou­mise aux lois d’un autre phé­no­mè­ne tout à fait irrationnel : la mode. Telle « règle » vraie en 2020 sera peut-être tout à fait dépassée cinq ans ou dix ans plus tard (voir par exemple la liaison avec les infinitifs en −er).

Types de liaisons

Les liens ci-dessous ouvrent une nouvelle page où sont décrits tous les types de liaison.

ISBN 978-951-39-7388-9 © Jean-Michel Kalmbach 2018-2021 | Version 1.0 | Mod. 8.2.2021