Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Place et ordre
des pronoms
faibles

La place des formes faibles par rapport au verbe

Ordre des pronoms compléments

Place du pronom faible complément d’un infinitif

Ordre des pronoms compléments à l’impératif

Lire aus­si...

Le pro­nom IL

Formes pleines vs for­mes faibles

Formes syncrétiques et for­mes dissociées

La place des for­mes faibles par rapport au ver­be

En fin­nois, la place des pro­noms est plus ou moins fixe par rapport au ver­be. En fran­çais, les for­mes pleines des pro­noms per­son­nels se placent gé­né­ra­le­ment au mê­me endroit qu’un groupe nominal (pré­po­si­tionnel, détaché etc.). Mais les for­mes faibles sont mobiles. Elles se placent gé­né­ra­le­ment devant le ver­be ; aux for­mes com­po­sées, elles se placent devant l’au­xi­liai­re (avoir ou être).

Dans cer­tains cas, les for­mes faibles sont rejetées après le ver­be (impératif, in­ter­ro­ga­tion). Dans cer­tains cas en­fin, elles se placent devant l’in­fi­ni­tif quand celui-ci dépend d’un autre ver­be. Cette mobilité s’oppose à la stabilité du fin­nois, où les pro­noms complément se placent ha­bi­tu­el­le­ment après le ver­be :

Je le prends. Otan sen.
Prends-le  ! Ota se !
Ne le prends pas  ! Älä ota sitä.
Il ne voulait pas le prendre. Hän ei halunnut ottaa sitä.
Tu le leur envoies. Lähetät sen heille.
Envoie-le-leur  ! Lähetä se heille.
Ne le leur envoie pas  ! Älä lähetä sitä heille.
Tu n’aurais pas dû le leur envoyer. Sinun ei olisi pitänyt lähettää sitä heille.

Malgré les apparences, en fran­çais la place des pro­noms devant le ver­be obéit à des règles re­la­ti­ve­ment simples. Dans la réalisa­tion orale, ces règles nécessitent ce­pen­dant un cer­tain en­trai­ne­ment, car les pro­noms se ré­dui­sent à des grou­pes ryth­miques ca­rac­té­ris­ti­ques qui ne s’apprennent que par la pra­ti­que.

Pronom su­jet

Les pro­noms per­son­nels en fonc­tion de su­jet se placent devant le ver­be, à la for­me faible :

je chante, tu lis, nous faisons, elles reviennent, ils sont repartis, c’est utile etc.

Aux for­mes in­ter­ro­ga­tives inversées, c’est aus­si la for­me faible qui est employée. Cela concerne éga­lement la for­me faible ce du pro­nom ÇA uti­li­sée devant com­me su­jet cer­tai­nes for­mes du ver­be être :

Puis-je téléphoner ? Voulez-vous qu’une infirmière t’accompagne ? Ferez-vous une nouvelle offre ? Aura-t-on assez de temps ? Est-ce né­ces­sai­re ?

Entre la for­me faible su­jet et le ver­be, on ne peut placer que l’ad­ver­be né­ga­ti­f ne et/ou une for­me faible com­plé­ment :

Je ne te le dirai pas. Nous ne voulions pas le lui dire.

Contrairement au fin­nois, on ne peut pas placer un ad­ver­be com­me sou­vent, déjà entre la for­me faible su­jet et le ver­be (Erreur à éviter).

Pronom com­plé­ment

Les for­mes faibles des pro­noms per­son­nels en fonc­tion de com­plé­ment (direct et pré­po­si­tion­nel) du ver­be se placent ha­bi­tu­el­le­ment après le su­jet (qui peut être lui-mê­me un pro­nom per­son­nel) et l’ad­ver­be né­ga­ti­f ne, et im­mé­dia­te­ment avant le ver­be dont ils dépendent. Aux temps com­posés, ils se placent devant l’au­xi­liai­re, selon le schéma sui­vant :

su­jet (ne) pro­nom1 pro­nom2 ver­be (pas)
su­jet (ne) pro­nom1 pro­nom2 au­xi­liai­re (pas) par­ti­ci­pe

Ordre des pro­noms com­plé­ments

Les pro­noms faibles com­plé­ments devant le ver­be se placent selon un ordre ré­gu­lier. Il y a une règle très simple à retenir : les pro­noms me te se nous vous sont tou­jours en première po­si­tion, avant les for­mes du pro­nom IL le, la, les, lui, leur, en, y ou du pro­nom ÇA le y en. Quand on a retenu cette règle, il n’y a plus beau­coup de pos­si­bi­li­tés de se tromper en plaçant plu­sieurs pro­noms devant le ver­be : des suites com­me *le me ou *les te etc. sont donc impos­si­bles :

Je te le donnerai. Elles me les ont envoyées. On nous y a amenés en car. Le di­rec­teur vous l’expliquera. On n’aura pas le temps de vous les montrer. Je me le demande. Elles s’y sont rendues. On nous en a parlé. Personne ne vous les avait montrés. Il pourrait vous en prêter une. Il me l’a appris. Je te l’offre. Tu ne le leur montreras pas. Nous vous les présenterons. Je ne le leur ai pas demandé.

Les autres pro­noms se placent après les pro­noms mentionnés ci-des­sus, dans l’ordre sui­vant (à l’impératif affirmatif, l’ordre est dif­fé­rent) :

Ordre ha­bi­tu­el des pro­noms devant le ver­be
12345
su­jet (+ne)me
te
nous
vous
se
le
la
les
lui
leur
yen VERBE

On peut uti­li­ser com­me moyen mnémotechnique la for­me du triangle : les pro­noms, dans l’ordre, rentrent exac­te­ment dans un triangle couché pointu, avec le mot le plus « petit », en, dans l’espace le plus réduit (la règle mnémotechnique est de se rappeler qu’il est impos­si­ble de met­tre y dans la pointe, car le jam­bage dé­passerait du triangle) :



Seulement deux pro­noms faibles com­plé­ments devant le ver­be

On peut placer au maximum deux pro­noms com­plé­ments devant le ver­be. De plus :

a)  on ne peut placer devant le ver­be qu’un seul pro­nom com­plé­ment de la série me te se nous vous et
b)  on ne peut pas uti­li­ser les pro­noms lui /leur en mê­me temps qu’un pro­nom de la série me te se nous vous.
c)  on ne peut pas placer devant le ver­be deux pronoms identiques *me me , *y y, *la la, *en en etc. La suite en en est possible (en en achetant), mais dans ce cas ce sont des mots de nature grammaticale différente (préposition + pronom), voir ci-des­sous.

Ces pro­noms per­son­nels ne peu­vent pas se placer en mê­me temps devant le ver­be parce que les for­mes me te se nous vous sont à la fois des for­mes CVD et CVP. Dans une phra­se com­me *il nous vous présentera (qui ressemblerait au fin­nois hän esittelee meidät teille), il serait impos­si­ble de décider la­quel­le des deux for­mes est le com­plé­ment direct et la­quel­le est le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (il présentera « vous à nous » ou « nous à vous » ?). Pour la mê­me raison, une phra­se com­me *il lui nous présentera pourrait signifier *hän esittelee meille hänelle. S’il y a deux pro­noms devant le ver­be, on ne peut uti­li­ser qu’une seule for­me de pro­nom CVP (sauf dans le cas de y en).

Avec ver­bes à pro­nom réfléchi

Pour la mê­me raison, on ne peut pas non plus uti­li­ser si­mul­ta­né­ment les for­mes me te se nous vous lui leur avec des ver­bes à pro­nom réfléchi, puis­que les for­mes des pro­noms à sens réfléchi sont les mê­mes (me te se nous vous). Il ne peut donc y avoir en mê­me temps devant le ver­be qu’un pro­nom per­son­nel com­plé­ment pré­po­si­tion­nel et une for­me du pro­nom IL com­plé­ment direct (je te le dis) :

su­jet [me te se nous vous] [le la les en y] ver­be :
su­jet [le la les] [lui leur en y] ver­be :

Le voisin nous appelle. Nous y sommes allés ensemble. Je ne les ai pas invités. Nous nous le demandons. Jean vous y emmènera. Il ne nous en a pas parlé.  Je le leur ai déjà montré. Ne le leur annonce pas en­co­re  Est-ce que tu m’ai­mes ? – Oui, je t’aime. Je lui ai recommandé la prudence. Elle ne m’a pas écouté. Nous vous croyons. Essaye de me com­pren­dre. Ce livre m’appartient. [ap­par­tenir à] Je te téléphonerai ce soir. [téléphoner à] Ils nous ont appris beau­coup de choses [apprendre à] Opimme heiltä paljon. Nous ne vous demandons rien. [demander à] Emme pyydä teiltä mitään. Des amis nous l’ont proposé. [proposer à] M. le Maire vous l’avait pré­sen­té [présenter à]

Si le ver­be a à la fois un complément de ver­be direct (CVD) et un complément pré­positionnel (CVP), le CVP est ex­pri­mé à la for­me pleine avec pré­po­si­tion :

Il nous présentera à vous. [et non pas : *Il nous vous présentera.] Ils m’ont confiée à vous. [et non pas : *Ils m’ont vous confiée.] On m’avait recommandé à eux. [et non pas : *On me leur avait recommandé.] Je me souviens de toi. [et non pas : *Je me te rappelle.] Il s’est adressé à moi. [et non pas : *Il se m’est adressé.] Nous nous intéressons à vous. [et non pas : *Nous nous vous intéressons].

Infinitif for­me né­ga­ti­ve

À l’in­fi­ni­tif né­ga­ti­f, le grou­pe ne + né­ga­tion est soudé devant le ver­be. Dans ce cas, les pro­noms se mettent entre ne pas (ne plus, ne jamais)… et le ver­be :

ne pas le lui dire ne pas s’en faire ne pas y être allé. ne pas y avoir été obligé. ne jamais en avoir parlé ne plus y penser

Interrogation directe avec in­ver­sion du su­jet

Dans la ques­tion avec in­ver­sion (in­ter­ro­ga­tion di­rec­te), la place et l’ordre des pro­noms ne changent pas par rapport à la phra­se affirmative. Le cas échéant, le pre­mier pro­nom com­plé­ment, qui se retrouve en tête de phra­se à cause de l’in­ver­sion du su­jet, prend une majuscule :

Tu le leuras déjà dit.
Le leuras-tu déjà dit ? 
Ony pense en­co­re.
Ypense-t-on en­co­re ?
Il nevous ena pas parlé.
Nevous ena-t-il pas parlé ?
Elless’ysont habituées.
S’ysont-elles habituées ?
Nes’ysont-elles pas habituées ?
Liste des combinaisons de pro­noms pos­sibles
me leme lesm’ym’enle lui
te lete lest’yt’enle leur
se lese less’ys’enla lui
nous lenous lesnous ynous enla leur
vous levous lesvous yvous enles lui
me lal’y (le + y)l’en (le + en)les leur
te lal’y (la + y)l’en (la + en)
se lales yles en
nous lalui en
vous laleur en

Ex­em­ples de combinaisons pos­si­bles :

Vous avez essayé de me le cacher. Elles n’ont pas osé nous l’avouer. Il faudra qu’il s’y habitue. Je vous en reparlerai plus tard. Il s’en est débarrassé. Ce n’est pas moi qui le leur ai demandé. Je la lui rendrai. Il est dif­fi­ci­le de ne pas le lui dire. C’est moi qui les y ai mis. On pourra l’y habituer peu à peu. Nous avions essayé de l’en prévenir. Je lui en parlerai quand j’aurai le temps. Il leur en faudra en­co­re. Il y en a un, et il y en a mê­me un beau. Il y en aurait plu­sieurs.

Cas par­ti­cu­liers en/y

1. La combinaison y + en est pos­si­ble si en est complément direct du ver­be (c’est le cas fré­quem­ment dans l’ex­pres­sion il y a) :

Il y a en­co­re de la tarte ? – Non, il n’y en a plus, Laure a tout mangé. Nous avons trouvé de très bons vins bios dans ce petit magasin. Nous y en avons acheté deux cartons au total. Tu voulais voir plus de photos sur l’Islande sur mon blog, et j’y en ai rajouté d’autres. Tu as viré de l’argent sur le compte ? – Oui, j’y en mis hier. Il y avait beau­coup de pro­blè­mes résolus, mais il y en avait en­co­re beau­coup d’autres à résoudre. Il y a assez de sel dans la sauce ? – Oui, j’y en ai rajouté un peu pour être sûr.

Excepté le cas courant et ha­bi­tu­el de il y en a, l’utilisation de y en est ce­pen­dant assez peu fré­quen­t ; on uti­li­se y ou en seul (avec éven­tu­el­le­ment un adver­be comme ou autre).

Nous avons trouvé de très bons vins bios dans ce petit magasin. Nous en avons acheté deux cartons au total. Tu voulais voir plus de photos sur l’Islande sur mon blog, et j’en ai rajouté d’autres. Tu as viré de l’argent sur le compte ? – Oui, j’en mis hier. Il y a assez de sel dans la sauce ? – Oui, j’en ai rajouté un peu pour être sûr.

Si y et en sont tous les deux des compléments prépositionnels (CVP), il est impos­si­ble de les uti­li­ser ensemble. Exemple de phra­se erronée (authentique) relevée sur Internet :

Nous avons séjourné une semaine dans le logis du petit château. Nous *y en avons gardé un très bon souvenir (y = dans le logis CVP, en = [gardé un souvenir] de la semaine CVP).

2. On ne peut pas ajouter un y supplémentaire devant celui du ver­be il y a pour ren­voy­er à un com­plé­ment de phra­se in­di­quant le lieu : on ne pas tra­duire siellä on, siinä on par *il y y a :

Siinä on paljon sokeria. *Il y (=siinä) y a beau­coup de sucre. → Il y a beau­coup de sucre dans ça / là-dedans. ou Ça contient beau­coup de sucre.

3. On ne peut pas faire co­exis­ter deux pro­noms en devant le ver­be, dont l’un serait une par­ti­cu­le ver­bale et le second ex­primerait la cause, *je n’en en peux plus, *j’en en ai marre, ou bien dont l’un serait un complément direct et et l’autre un complément prépositionnel :

Toin niitä sieltä. *J’en en ai rapporté. → J’en ai rapporté de là-bas.

Mais on peut uti­li­ser le pro­nom en devant le ver­be après la préposition en qui ex­pri­me le lieu ou sert à for­mer un gérondif :

en en achetant ostamalla sitä/niitä (en = préposition, en = pro­nom CVD)
en en parlant puhumalla siitä/niistä (en = préposition, en = pro­nom CVP)
en en ajoutant, en en ap­pre­nant, en en écoutant sou­vent etc.

Place du pro­nom faible com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif

Le pro­nom reste rattaché au ver­be

Quand le pro­nom faible est le com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif dépen­dant d’un autre ver­be, il se place im­mé­dia­te­ment de­vant l’in­fi­ni­tif, c’est-à-dire à la place où il se met­trait si l’in­fi­ni­tif était un ver­be conjugué in­dé­pen­dant, et la place respective (kes­ki­näi­nen) des pro­noms ne change pas :

Ille leurdonne.
Il nele leurdonne pas.
J’aurais voulule leurdonner.
Il ne veut pasle leurdonner.
Il hésite àle leurdonner.
Il vient dele leurdonner.
Il vale leurdonner.
Je suis impatiente de pouvoir le leurdonner.
Ne faudrait-il pasle leurdonner ?
Jevous yaurais emmené.
Je nevous yaurais pas emmené.
Il faudraitvous yemmener.
Je n’aurais pas eu besoin devous yemmener.
Il n’aurait pas falluvous yemmener.
Il me semble in­uti­le devous yemmener.
Ily ena beau­coup.
Il n’y ena pas beau­coup.
Il n’y ena pas eu beau­coup.
Il doity enavoir beau­coup.
Il com­mence ày enavoir beau­coup.
Il ne va bientôt plusy enavoir beau­coup.
Il ne devrait pasy enavoir beau­coup.
Il doit bieny enavoir un quel­que part.
Il ne peut pas ne pasy enavoir.
Remar­ques FLE

Étudiants finnophones : mal­gré la régularité et la simplicité de cette règle, on constate sou­vent des er­reurs : les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re (de tou­tes ori­gi­nes lin­guis­ti­ques) sem­blent s’affoler quand ils rencontrent une cons­truc­­tion de ce type et éparpillent les pro­noms n’importe où. Com­me on le voit dans l’a­gencement des pro­noms pré­sen­té ici, leur place ne varie ab­so­lu­ment pas par rapport au ver­be dont ils dépendent. Fondamentalement, le pro­blè­me est plus d’ordre pho­ni­que et ryth­mique. En effet, les lo­cu­teurs « natifs » ne réfléchissent pas à la place et à l’ordre des pro­noms : ils uti­li­sent des séquences phoniques qui for­ment des blocs ca­rac­té­ris­ti­ques que l’usager a ré­pé­té des milliers et des milliers de fois tels que /imlapadi/ (il ne me l’a pas dit), /ipøtlɶdiʁ/ (il peut te le dire), etc. Ces blocs sont fixes et immuables et l’usager natif n’a pas besoin de réfléchir à l’en­chai­nement des pro­noms.

Locuteurs natifs : quand le lo­cu­teur natif est confronté à une suite phonique moins fré­quente, il est lui aus­si obligé de réfléchir, ou bien il hésite. C’est ainsi que dans la langue cou­rante, il est fré­quent d’entendre uti­li­ser la suite donne-moi-le au lieu de donne-le-moi, d’autant plus que la va­rian­te donne-moi-le est parallèle à la for­me fran­çais parlé donne-moi-s-en. C’est aus­si, au moins par­tiellement, pour ces mê­mes rai­sons de sché­ma rythmique que les for­mes d’impératif terminées en ‑t’en ou en ‑m’y sont pra­ti­que­ment inu­si­tées (voir ci-des­sous).

Exceptions

La règle concernant la place des pro­noms faibles devant un infinitif dépen­dant d’un autre ver­be n’a que peu d’ex­cep­tions :

a. Dans les pro­po­si­tions in­fi­ni­tives dépen­dant de ver­bes de percep­tion, quand l’in­fi­ni­tif fonc­tion­ne com­me ver­be prin­ci­pa­l d’une com­plé­tive, le pro­nom se place de­vant le ver­be dont dépend l’in­fi­ni­tif (et non pas devant l’in­fi­ni­tif, voir des­crip­tion détaillée) :

J’entends les enfants chuchoter. → Je les en­tends chuchoter. [et non pas : *j’en­tends les chuchoter, qui serait l’équi­va­lent du fin­nois kuulen heidän supattavan.] Il regardait l’eau couler du toit. → Il la regardait couler du toit. Tu ne sens pas le sol bouger ? → Tu ne le sens pas bouger ?

b.  Faire + in­fi­ni­tif, laisser + in­fi­ni­tif : le pro­nom se place devant le ver­be prin­ci­pal faire ou laisser :

Il a laissé tomber le vase. → Il l’a laissé tomber. Je lui ai fait apprendre le texte par cœur. → Je le lui ai fait apprendre par cœur. Je laisse les enfants jouer seuls. → Je les laisse jouer seuls. Il faut laisser le produit agir. → Il faut le laisser agir. Pour la réception, elle compte se faire faire une nouvelle robe chez une cou­tu­riè­re. → Elle compte s’en faire faire une chez une cou­tu­riè­re.

c. Dans la langue classique, les pro­noms le la les com­plé­ment direct d’un in­fi­ni­tif dé­pen­dant d’un ver­be prin­ci­pal se placent devant le ver­be prin­ci­pa­l :

J’ai seu­le­ment compris que la vie que je mène à Paris est en­co­re plus agréable que je ne le pouvais croire. [Mme du Deffand] On dit qu’il y a des gens fort polis dans cette ville-là ; je le veux croire. [Voltaire]

Les for­mes cor­res­pon­dantes en fran­çais standard seraient : je ne pouvais le croire, je veux le croire. Certains écrivains d’aujourd’hui écrivent en­co­re de cette façon un peu archaïque, qui est tout à fait admise dans le style soutenu. Mais dans la langue cou­rante, cela passe pour affecté ou franchement fautif. On en trouve ce­pen­dant des em­plois épisodiques dans la langue cou­rante, par ignorance, hy­per­cor­rec­tis­me ou inadvertance.

Ordre des pro­noms com­plé­ments à l’impératif

Forme né­ga­ti­ve

L’ordre des pro­noms dans la phra­se impérative né­ga­ti­ve est exac­te­ment le mê­me que dans la phra­se as­ser­ti­ve :

Tu ne me le dis pas → Ne me le dis pas. Tu ne l’y emmène pas → Ne l’y emmène pas. Vous ne vous en débarrassez pas. → Ne vous en débarrassez pas. Tu ne le lui rends pas. → Ne le lui rends pas. Nous ne leur en donnons pas trop. → Ne leur en donnons pas trop. Vous n’y penserez plus. → N’y pensez plus. Ajouter le sucre. Le verser lentement. → Ajouter le sucre. Ne pas le verser trop vite.

Forme affirmative avec un seul pro­nom complément

Dans la phra­se impérative affirmative, on fait l’in­ver­sion, au­tre­ment dit le pro­nom faible su­jet se place après le ver­be et est relié à celui-ci par un trait d’union :

Tu le fais. → Fais-le ! Tu en prends en­co­re ? → Prends-en en­co­re ! Est-ce que vous l’attendez ? → Attendez-le ! Tu lui pardonnes ? → Pardonne-lui  !

Ceci ne concerne ce­pen­dant pas l’in­fi­ni­tif uti­li­sé com­me im­pé­ra­tif. Le pro­nom com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif à valeur d’impératif se place devant l’in­fi­ni­tif, mê­me à la for­me af­fir­ma­tive. On trouve ces cas fré­quem­ment, par ex­em­ple dans des re­cet­tes de cuisines :

Faire revenir les noix de saint Jacques sur feu vif. Les retourner avec une spatule. Travailler la pâte avec une spatule. La laisser reposer une heure au ré­fri­gé­ra­teur. En réserver la moitié. Mettre les lentilles dans une casserole d’eau froide et les faire cuire 40 min avec le thym et le laurier. Lorsqu’elles sont cuites mais en­co­re croquantes, les mélanger à la vinaigrette. 

Les pro­noms per­son­nels et réfléchis me et te se mettent à la for­me pleine moi et toi :

Vous me regardez. → Regardez-moi ! Tu te calmes. → Calme-toi ! Tu t’achètes une nouvelle voiture. → Achète-toi une nouvelle voiture !

Impératif à terminaison vocalique

Après les for­mes d’impératif en -e des ver­bes du 1er grou­pe et les for­mes va (d’aller) et aie (d’avoir), on ajoute un s de liaison devant en et y :

Mange un biscuit  ! → Manges-en un ! Pense au concert  ! → Penses-y ! Va au marché  ! → Vas-y ! Emporte de l’argent. → Aies-en tou­jours sur toi  ! [for­me rare] Il n’y a pas que toi qui aimes le chocolat, laisses-en aux autres.

Remar­que :  en règle générale, la forme de per­son­ne 2 de l’impératif des verbes du 1er groupe n’a pas d’s.

Forme affirmative avec deux pro­noms

Si le ver­be a deux com­plé­ments qui sont des pro­noms faibles, ces pro­noms se pla­cent éga­le­ment après le ver­be. Ils sont reliés au ver­be et entre eux par un trait d’union, selon un ordre par­ti­cu­lier : après le ver­be vient d’abord le com­plé­ment direct, puis vient le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (moi, lui, en, y, etc.) :

Dis-le-lui ! Rends-le-nous ! Donne-le-moi ! Montre-les-leur ! Apporte-les-leur.

Les pro­noms y et en ne peu­vent ce­pen­dant pas se combiner aus­si facilement avec les autres pro­noms :

a. Pronom y : on peut appliquer la règle ha­bi­tu­el­le et combiner les pro­noms per­son­nels CVD avec le CVP y, selon le mê­me ordre que ci-des­sus (CVD + CVP) :

Emmène-nous-y ! Apporte-les-y ! Amène-l’y.

Mais dans la pra­ti­que, ces for­mes sont plutôt rares. On préfère dire par exem­ple em­mène-moi là-bas  ! ou uti­li­ser une in­ter­ro­ga­tion : est-ce que tu pourrais m’y em­me­ner ? Dans la langue cou­rante, on omet (jättää pois) tout sim­ple­ment y :

Emmène-moi ! Amène-la ! Emmène-nous ! Emmène-nous là-bas !

b. Pronom en : le pro­nom en peut être CVD (prends-en) ou CVP (parles-en). Quelle que soit sa fonc­tion, il se place en deu­xième position après le premier pro­nom :

Donne-m’en un peu ! Voici des livres. Choisissez-vous-en deux. Occupez-vous-en ! Prenez-vous-en autant que vous voulez  ! Mais gardez-nous-en un. Attention au mal des montagnes, prenez garde et méfiez-vous-en!

La for­me ver­be-t’en est pra­ti­que­ment inusitée. De mê­me, la combinaison ver­be-lui-en est peu usitée. Le plus sou­vent, on formule l’ordre avec d’autres moyens ou on répète le nom au lieu de le remplacer par en : donne-lui un peu d’eau.

Ordre des pro­noms à l’impératif affirmatif
CVDCVP
VERBE-le-, la-, -les-moi, toi, lui
nous, vous, leur
CVDCVP
VERBE-m’, -t’, -l’-
nous-, -vous-, -les-
y
CVD/CVPCVP/CVD
VERBE-m’, -t’,-l’, -les-
-nous-, -vous-, -lui-, -leur-
en
Ordre des pro­noms com­plé­ments dans le fran­çais parlé

Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se la for­me faible du pro­nom en intercalant un s (com­me dans chantes-en ou vas-y) après les pro­noms qui ne sont pas terminés par s (donc après tous les pro­noms sauf nous et vous), ce qui donne une série régulière par le rythme (le nombre de syllabes est le mê­me) et la structure phonique :

garde-moi-s-en /-mwazɑ̃/ [fran­çais parlé]
prends-toi-s-en /-twazɑ̃/ [fran­çais parlé]
donne-lui-s-en /-lųizɑ̃/ [fran­çais parlé]
garde-nous-en /-nuzɑ̃/ [for­me nor­ma­le code écrit et fran­çais parlé]
prenez-vous-en /-vuzɑ̃/ [for­me nor­ma­le code écrit et fran­çais parlé]
donne-leur-s-en /-lœʁzɑ̃/ [fran­çais parlé]

Bien que les gram­mai­res ignorent en gé­né­ral ces for­mes, pra­ti­que­ment tous les fran­co­pho­nes disent au moins oc­ca­sion­nellement de cet­te façon, et on peut sans pro­blè­me uti­li­ser ces for­mes dans le fran­çais parlé. Mais elles ne s’em­ploient pas à l’écrit ni dans un dis­cours où on uti­li­se le code écrit strict (par exem­ple con­fé­ren­ce, présentation, etc., où l’u­ti­li­sa­­tion de l’impératif est de toute façon assez li­mi­tée. Sur le mê­me mo­dè­le, le fran­çais parlé uti­li­se aus­si des cons­truc­tions ex­pan­sées avec y :

Emmène-m’y. = fran­çais parlé : Emmène-moi-s-y.

Mais en gé­né­ral dans le fran­çais parlé, on uti­li­se moins sou­vent le pro­nom y et on n’a donc pas besoin de ces for­mes. On dira sim­ple­ment : emmène-moi.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 35. La place des pro­noms faibles. Dernière mise à jour : 3.8.2021