Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Le pronom ÇA

Définitions et formes

ÇA sujet du verbe

ÇA com­plé­ment direct et
attribut du sujet

ÇA com­plé­ment pré­po­si­tion­nel

Les types d’antécédents de ÇA

ÇA pronom généraliste à valeur propositionnelle

ÇA particule verbale

Il y a

Emplois divers de ça

Cela ou ça ?

Définitions et for­mes

Définitions

Dans ce Guide de grammaire, le « pro­nom ÇA » dé­si­gne de façon gé­né­ri­que :

a) les for­mes du pro­nom anaphorique ÇA qui ren­voie (viittaa) à un antécédent (korrelaatti) qui n’est pas un groupe nominal identifiable dans le con­tex­te. Le pro­nom ÇA s’oppose au pro­nom IL, qui ren­voie à un groupe nominal.

En fin­nois, le pro­nom se peut ren­voy­er à un groupe nominal (a) ou à un ré­fé­rent non nominal (proposition, idée etc.), mais en fran­çais on uti­li­se deux pro­noms dif­fé­rents :

He remontoivat keittiön. Nyt se on tilavampi ja toimivampi. Se = keittiö (grou­pe no­mi­nal)
He remontoivat keittiön. Se oli melko kallista. Se = kun he remontoivat keit­tiön.
Ils ont rénové la cuisine. Maintenant elle est plus pra­ti­que et fonc­tionnelle.
Ils ont fait refaire leur cuisine. Ça a couté pas mal d’argent.

✎ Voir la page consacrée à l’op­po­si­tion IL vs ÇA.

b) les for­mes du pro­nom conjugateur ÇA, qui est sans antécédent et sans ré­fé­rent, qui alterne dans cet emploi avec le pro­nom conjugateur il. Ce pro­nom conjugateur est décrit séparément.

Forme de base et allomorphes

Le pro­nom ÇA a des allomorphes, qui sont net­te­ment moins nom­breux que ceux du pro­nom IL. Au minimum, il y en a seu­le­ment deux (voir Super-résumé ci-des­sous). Dans les ex­pli­ca­tions sur cette page et en gé­né­ral dans ce Guide de gram­mai­re, le terme « pro­nom ÇA » peut dési­gner gé­né­ri­quement les allomorphes ça, ce, c’, ç’, cela (ou les for­mes le, y, en, là-dessus, là).

Les for­mes du pro­nom ÇA
for­mes faibles
su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel
ça
cela
ce
c’
ç’
le
l’
y
en
for­mes pleines
pré­po­si­tionnellesdétachées / focalisées
ça
cela
là-dessus
(par) là
ça
cela

La for­me de base du pro­nom, utilisable dans pra­ti­que­ment tous les cas, est ça. Les for­mes ce et cela en sont des al­lo­mor­phes se­con­daires. Les manuels de gram­maire présentent gé­né­ra­le­ment ÇA com­me une va­rian­te de ce/cela utilisée dans le fran­çais parlé ou familier. En réalité, c’est l’inverse : ce est une for­me faible de ÇA, utilisable dans un nombre de cas limités, et ça/cela sont des for­mes pleines, qui s’opposent es­sen­tiel­le­ment par le style (cela code écrit vs ça fran­çais cou­rant écrit ou par­lé).

Adopter la perspective inverse des grammaires traditionnelles, c’est-à-dire con­si­dé­rer ce et cela com­me des allomorphes se­con­dai­res de ÇA, est plus confor­me à la réalité du fran­çais moderne et permet de simplifier la description du fonc­tionnement de ce pro­nom.

Super-résumé

Les for­mes du pro­nom ÇA sont peu nom­breu­ses, mais l’alternance entre les for­mes ça, ce, cela obéit parfois à des règles compliquées (voir ci-dessous), que mê­me les francophones ne maitrisent pas tou­jours parfaitement. Mais l’uti­li­sa­tion de ÇA n’est pas forcément si difficile :

1. En assimilant les règles de bases sui­vantes simplifiées au maximum, l’ap­pre­nant de ni­veau débutant et moyen peut produire des énon­cés qui sont tou­jours gram­ma­ti­caux dans le fran­çais cou­rant (mê­me si dans le code écrit on peut uti­li­ser plutôt une au­tre for­me) :

Formes de ÇA.
Langue cou­ran­te dé­si­gne le code écrit cou­rant, le fran­çais parlé normal et familier.
langue cou­ran­tecode écrit strict
• su­jet devant tou­tes les for­mes de personne 3 de tous les ver­bes sauf est, étai(en)t, sont
• com­plé­ment de ver­be direct (CVD)
• attribut du su­jet
• com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (CVP)
çacela

Forme su­jet obli­ga­toi­re devant est, étai(en)t, sont

c’, ce

2. Dans le fran­çais parlé, les for­mes faibles de ÇA le (CVD), et y/en (CVP) peuvent tou­jours être rem­pla­cée par la for­me pleine ça (avec une préposition dans le cas du CVP) ; dans cer­tains cas (par ex­em­ple dans le code écrit), on uti­li­serait en principe plutôt la for­me faible, mais l’u­ti­li­sa­tion de ça n’est jamais agram­ma­ti­ca­le :

Je ne l’avais pas compris. = Je n’avais pas compris ça.
Elle n’y pense plus. = Elle ne pense plus à ça.
Tes amis t’en ont parlé ? = Tes amis t’ont parlé de ça ?

Ce qui est net­te­ment plus dif­fi­ci­le pour les finnophones, mais aus­si d’au­tres ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re (mê­me de langues proches du fran­çais com­me l’espagnol ou l’italien), c’est de savoir décider quand il faut uti­li­ser le pro­nom IL et quand il faut uti­li­ser ÇA. Cette dif­fi­cul­té concerne surtout le niveau débutant et moyen. Au niveau plus avancé (B2/ C1), dans l’ex­pres­sion écrite et la lecture de textes scientifiques ou littéraires, il faut en outre savoir choisir cer­tai­nes for­mes ou identifier cer­tains emplois par­ti­cu­liers de ÇA.

ÇA su­jet du ver­be

Quand le pro­nom ÇA est su­jet d’un ver­be, il a cinq for­mes pos­si­bles : ce, c’, ç’, cela, ça. En réalité, il n’y a que quel­ques cas très limités où on uti­li­se obli­ga­toi­rement les for­mes ce/ç’  : devant le ver­be être, et seu­le­ment devant cer­tai­nes for­mes du ver­be être, c’est-à-dire seu­le­ment 4 for­mes ver­bales au total .

Dans tous les au­tres cas (au­tres ver­bes, au­tres temps d’être), on pourrait uti­li­ser la for­me gé­né­ri­que ça. Mais l’un des cas où on uti­li­se obli­ga­toi­rement la for­me c’ est le groupe c’est, qui est l’un des outils ou des ex­pres­sions les plus fré­quen­ts du fran­çais. Autrement dit, les for­mes devant lesquelles on uti­li­se obli­ga­toi­rement ce/ç’ sont peu nom­breuses, mais elles sont très utilisées. Ceci peut donner l’im­pres­sion que le sys­tè­me est plus com­pli­qué qu’il ne l’est en réalité.

Formes de ÇA su­jet
langue cou­ran­tecode écrit
Devant tous les ver­bes sauf êtreçacela
Forme su­jet obli­ga­toi­re devant
est, était, étaient, sont
c’, ce
Forme su­jet au choix devant tou­tes les au­tres for­mes d’être (for­mes simples ou avec auxiliaire)çace, c’, ç’, cela
Ça su­jet d’un ver­be au­tre que être

La for­me de ÇA su­jet de ver­bes au­tres que être est ça. La for­me cor­res­pon­dante dans le code écrit est cela :

Est-ce que tu pourrais me dire com­ment se termine le film ? Ça (cela) m’intéresse. Si tu connaissais tes con­ju­gai­sons, ça (cela) t’éviterait bien des pro­blè­mes. Il n’a pas en­co­re répondu. Ça (cela me semble bizarre. Il est sou­vent fatigué. Ça (cela) a des conséquences sur son travail. Être bénévole, ça (cela) permet de sortir de son quotidien. Quand il n’y a pas de neige à Noël, c’est triste, mais ça (cela) risque de devenir de plus en plus fré­quen­t.

Mais dans l’in­ter­ro­ga­tion avec inversion du su­jet, qui est ca­rac­té­ris­ti­que du code écrit, le pro­nom su­jet du ver­be est uni­que­ment à la for­me cela, pas la for­me ça :

Cela vous semble-til normal ? Cela pourrait-il être évité ? Cela nous donnera-t-il les moyens de lutter contre ce phénomène ?

Remar­que : on entend (et on trouve sur Internet) de nombreux hypercorrectismes (uti­li­sa­tion d’une question avec inversion en mê­me temps que ça) : Ça vous in­quiè­te-t-il ? Ça me con­cerne-t-il ?. dans l’expression écrite soignée, cet emploi doit être évité.

ÇA su­jet du ver­be être

Pour plus de clarté, les exceptions et les cas par­ti­cu­liers sont regroupés à la fin du pa­ra­gra­phe.

a. Le pro­nom ÇA peut se met­tre à la for­me ce (élidée c’ devant voyelle) quand il est en fonc­tion de su­jet du ver­be être. Dans l’exem­ple (a) ci-dessous, le ver­be est in­quié­ter, donc on uti­li­se ça ; dans l’exem­ple (b), le ver­be est être, donc on uti­li­se c’ ; dans l’ex­em­ple (c), le premier ver­be est faire, on uti­li­se donc ça, tandis que le deu­xième est être, le pro­nom est donc à la for­me c’ :

(a) Il n’est pas en­co­re rentré. Ça (cela) inquiète ses proches.
(b) Il n’est pas en­co­re rentré. C’est in­quié­tant.
(c) L’argent, ça ne fait peut-être pas le bonheur, mais c’est quand mê­me assez utile.

La for­me ce su­jet du ver­be être peut s’uti­li­ser dans le code écrit  devant toutes les formes de personne 3/6 du verbe être (sauf quelques exceptions). Dans le fran­çais parlé, elle est obligatoire devant les formes est et était (c’est, c’était); devant les autres formes, on pourrait utiliser ce, mais, dans l’immense majorité des cas, on utilise la forme ça (voir e. ci-dessous) :

Ce serait une bonne idée réserver une table bien à l’avance, vu que c’est le week­end. La robe lui allait bien ? – Oui, c’était vraiment joli. Ce fut cet artiste qui eut l’honneur de graver le portrait mo­dè­le de la reine. On va faire du VTT de­main, ce sera une excellent occasion de tester mon nouveau dérailleur arrière. Manger des légumes, c’est bon pour la santé. C’étaient cer­tai­nement des ar­gu­ments qui ont surpris les lecteurs.

b. On uti­li­se aus­si la for­me c’ devant le pro­nom en qui précède être (code écrit et fran­çais parlé) ; ce­pen­dant, ça est parfois utilisé devant en dans le fran­çais parlé, voir Remar­ques et exceptions (b):

Ce serait une mauvaise conclusion mais, au moins, c’en serait une. Cela n’avait pas seu­le­ment un gout d’a­ven­tu­re, c’en était une vraie. Il y a beau­coup d’au­tres au­teurs islandais dont je me régale, alors je suppose qu’un de perdu, c’en seront dix de retrouvés. Ce n’était pas en­co­re avril en son éclat, c’en étaient déjà les pro­messes.

c. L’ad­ver­be né­ga­ti­f ne devant le ver­be être n’empêche pas l’utili­sa­tion de ce :

Ce n’était pas la peine de se presser tellement pour finir dans un bouchon de 15 km ! Ce ne fut pas une simple affaire de les convaincre de se rallier à notre parti. Si vous aviez mieux planifié l’itinéraire, ce n’aurait pas été aus­si long. Ce n’a pas été une mince affaire de sortir la voiture du fossé. Ce ne sont pas des danses traditionnelles ? – Non, ce n’en sont pas.  

d. Dans le code écrit de style re­la­ti­ve­ment soutenu, on uti­li­se aus­si la for­me ce de­vant un au­xi­liai­re modal (devoir, pouvoir, savoir), éga­le­ment à la for­me né­ga­ti­ve (mais il est plus fré­quent d’uti­li­ser la for­me cela, voir ci-des­sous) :

L’autonomie, c’est et ce doit être davantage en­co­re, la contrepartie naturelle de la res­pon­sa­bi­lité. Ce ne devrait pas être une ques­tion que l’on pose une fois et qu’on oublie par la suite. Ce ne peut être lui. Il exis­te des facteurs décisifs, mais dans le cas qui nous occupe, ce ne peut en être un.

Dans le dans le code écrit strict, on pourrait aus­si uti­li­ser cela à la place de ça (mais ce n’est pas tou­jours pos­si­ble voir ci-des­sous) :

Ce n’est pas du cognac, mais cela y ressemble. Cela n’est pas trop dur ? C’est une hypothèse, cela ne saurait en au­cun cas être une certitude. Il risque d’y avoir des licenciements, mais cela ne devrait pas être forcément le cas. L’équité con­sis­te à la fois à fa­vo­riser les défavorisés et à reconnaitre les compétences ef­fec­tives, cela ne peut être l’un sans l’au­tre. Allez voir un médecin im­mé­dia­te­ment, car d’a­près les symp­tô­mes, cela pourrait être une méningite. Cela ne pourrait-il pas être pos­si­ble de reporter le départ d’un jour ?

e. Cepen­dant, dans le fran­çais cou­rant (écrit et oral), l’utilisation de la for­me c’/ce est obli­ga­toi­re uni­que­ment devant les for­mes cou­ran­tes est, était (étaient), sont. Dans TOUS les au­tres cas, on peut uti­li­ser la for­me ça dans le code écrit cou­rant et le fran­çais parlé:

Ça n’est pas du cognac, mais ça y ressemble. Ça ne peut pas être lui. Ça n’est pas trop dur ? C’est une hypothèse, ça ne saurait en au­cun cas être une cer­ti­tu­de. Allez voir un médecin im­mé­diatement, car d’après les symptômes, ça pour­rait être une méningite. Le climat norvégien : ça peut être dur à vivre. [titre de journal] Ça pourrait pas être pos­si­ble de reporter le départ d’un jour ? Ne rou­le pas si vite ici, ça pourrait être un coin à radars.

f. Dans le fran­çais par­lé, on utilise rarement les formes ce sont ou c’étaient (à l’oral, celle-ci est de toute façon phoniquement identique à c’était et difficilement re­con­nais­sa­ble com­me un plu­riel), parce que même avec un attribut pluriel, on utilise généralement le singulier : c’est des amis à moi, plutôt que ce sont mes amis, qui est typique du code écrit :

C’est des chaussures comme ça qu’il me faudrait. N’écoute pas ce qu’il dit, c’est des fadaises ! C’était ces clés-là que tu cherchais ? Ces tableaux, c’est des copies, pas des originaux.

On peut donc dire que dans le fran­çais par­lé (oral et écrit), la forme c’ s’emploie obli­ga­toi­re­ment seulement devant les deux formes d’être est et était ; devant toutes les autres formes, on peut utiliser ça.

Une alternance de for­mes déroutante

La combinaison des dif­fé­rents paramètres pré­sen­tés ci-dessus explique la variété des for­mes pos­si­ble de ÇA com­me su­jet du ver­be. Cette variation est très fré­quen­te et banale. Les fran­co­pho­nes l’uti­li­sent sans y penser, mais elle peut être dé­rou­tan­te pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, d’autant plus que la structure phonique et ryth­mi­que du groupe ver­bal peut aus­si varier gran­de­ment.

On obtient ainsi les op­po­si­tions sui­vantes fran­çais parlé/co­de écrit strict/co­de écrit strict (sur l’ac­cor­d au pluriel du ver­be être, voir ci-des­sous) : 

fran­çais parlé (oral et écrit)code écrit cou­rantcode écrit strict
c’est luic’est luic’est lui
ça sera luice sera luice sera lui
ça semble utilecela semble utilecela semble utile
ça pourrait être luicela pourrait être luice pourrait être lui
ça parait pas simplecela ne parait pas simplecela ne parait pas simple
ça en serait pascela n’en serait pasce n’en seraient pas
ça peut pas en êtrecela ne peut pas en êtrece ne peu­vent en être

Certaines cons­truc­tions où on uti­li­se nor­ma­le­ment ce sont donc trans­for­mées de façon parfois sur­pre­nante pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re. Remar­quer que dans les ex­em­ples sui­vants, les for­mes en couleur sont sim­ple­ment des allomorphes (ça, ce, cela) du pro­nom ça :

sin­gu­lier
C’en est un.
Cela doit en être un.
Ça doit en être un.
Cela peut en être un.
Ça peut en être un.
Ce doit en être un.
Ce peut en être un.
C’en est un au­tre.
Cela doit en être un au­tre.
Ça doit en être un au­tre.
Cela doit en être un au­tre.
Ça peut en être un au­tre.
Ce doit en être un au­tre.
Ce peut en être un au­tre.

C’en est un aus­si.
Cela doit en être un aus­si.
Ça doit en être un aus­si.
Cela peut en être un aus­si.
Ça peut en être un aus­si.
Ce doit en être un aus­si.
Ce peut en être un aus­si.
C’est ça.
Cela doit être ça.
Ça doit être ça.
Ça pourrait être ça.
Ça peut en être un au­tre.
Ce doit être ça.
Ce peut être ça.
pluriel
C’en sont.
Cela doit en être.
Ça doit en être.
Cela peut en être.
Ça peut en être.
Ce doivent en être.
Ce peu­vent en être.
C’en sont d’au­tres.
Cela doit en être d’au­tres.
Ça doit en être d’au­tres.
Cela doivent en êtred’au­tres.
Ça peut en être d’au­tres.
Ce doivent en être d’au­tres.
Ce peu­vent en être d’au­tres.
C’en sont aus­si.
Cela doit en être aus­si.
Ça doit en être aus­si.
Cela peut en êtreaus­si.
Ça peut en être aus­si.
Ce doivent en être aus­si.
Ce peu­vent en être aus­si.
Accord au pluriel du ver­be être

Le ver­be être peut se met­tre au pluriel seu­le­ment après c’/ce. Après ça/cela, il res­te au sin­gu­lier. Il règne ce­pen­dant un cer­tain flottement sur ce point et on trouve de nom­breux exem­ples où on fait l’ac­cor­d au pluriel avec ça/cela. Ex­em­ples  :

Est-ce que cela doivent être des actions ordinaires à plein droit de vote ? Cela seraient des solutions à envisager. Je précise que cela doivent être des analyses originales. Cela auraient pu être des barres de fer ou de bois. Si vraiment il y avait des financements cela seraient des financements occultes. Sinon ça ne pourraient être que des gaz de combustion qui font ça.

Le plus simple est de tou­jours met­tre le ver­be au sin­gu­lier après ça/cela.

Quelle for­me choisir quand ÇA est su­jet du ver­be être ?

Dans le fran­çais parlé et le code écrit cou­rant, on peut donc uti­li­ser ça com­me su­jet du ver­be dans de très nom­breux cas. Dans le code écrit strict (rédaction scien­tifique, lettre officielle etc.), le choix est plus dif­fi­ci­le. Dans l’ex­pres­sion écrite au niveau B2+/C1, il faut savoir choi­sir les for­mes de ÇA en fonc­tion du mot qui suit le pro­nom ÇA (position) et du style :

Les for­mes du pro­nom ÇA su­jet de être 
position stylefor­me exem­ples
1 devant for­me
de être commençant par e/é ,
devant sont et
le pro­nom en
code écritc’, cec’est, c’était, ce sont, c’étaient, c’eût été, c’en sont, c’est égal, c’en est un, ce sont des cas, c’étaient des amis, c’en sont de grands
langue cou­ran­te
fran­çais parlé
2 devant for­me
de être commençant par d’au­tres
lettres
et devant ne
 code écrit  ce, ç’ ce sera, ce serait, ce fut, ç’aurait été, ce soit, ç’ait été, ç’a été, ç’avait été, ce n’est pas, ce ne serait pas, ce n’aurait pas été, ça eût été
langue cou­ran­te
fran­çais parléçaça sera, ça serait, ça aurait été, ça n’est pas, ça sera, ça aura été, ça soit, ça ait été, ça a été, ça avait été, ça n’est pas
3 devant
pro­nom
 code écrit  cela cela te sera utile, cela m’est égal, cela me parait opportun
 code écrit, devant le ce ce l’est, ce le sera, ce l’a été, ce l’eût été
langue cou­ran­teçaça l’est, ça te sera utile, ça m’est égal, ça me parait bien
fran­çais parlé
4devant
au­xi­liai­re
modal
devoir, pouvoir, savoir
Code écrit cela cela doit être lui, cela pourrait être une solution
Code écrit soutenuce ce doit être lui, ce pourrait être une solution, ce ne peut être lui, ce ne saurait être acceptable
Langue cou­ran­teçaça doit être lui, ça pourrait être une solution
fran­çais parlé

Remarque : à la forme interrogative avec inversion du sujet, certaines de ces for­mes ne peu­vent pas être utilisées.

 Au secours !

Les options du tableau ci-dessus sont nom­breuses et dif­fi­ci­les à maitriser. Mais com­me on peut le voir, dans tous les cas sauf le cas 1, on peut uti­li­ser ça. En cas de doute, dans le fran­çais parlé et le code écrit cou­rant, on peut donc se raccrocher à la bouée de sauvetage (pelas­tus­ren­gas) sui­vante :

Formes de ÇA su­jet
bouée de sauvetage Forme su­jet obli­ga­toi­re
devant est, étai(en)t, sont
c’, ce
Devant tous les au­tres ver­bes
ou tou­tes les au­tres for­me d’être
ça

Autres em­plois de ÇA

 

 

ÇA su­jet : cas par­ti­cu­liers et exceptions

a. Dans les for­mes in­ter­ro­ga­tives avec in­ver­sion, on ne peut pas tou­jours uti­li­ser la for­me ce : serait-ce est usuel, mais sera-ce est quasiment inusité (voir l’in­ter­ro­ga­tion totale).

b. Quand ce précède une for­me du ver­be avoir utilisé comme auxiliaire à un temps com­po­sé du ver­be être (plus-que-parfait, futur antérieur, con­di­tion­nel pas­sé, sub­jonc­tif passé), on ajoute une cédille au c. Il ne s’agit pas du pro­nom ça éli­dé, mais bien de ce, com­me on le voit aux au­tres temps : c’eût été, ce serait et à l’ac­cord du pluriel ç’auraient, ç’aient (l’auxiliaire ne pourrait pas être au pluriel si le su­jet était ça) :

C’est à ce moment-là que ç’a com­men­cé à aller mal. Je ne veux plus m’engager davantage, ç’auront été là mes seuls combats.  Bien que ç’ait pu interférer avec les mesures, les résultats restent assez convaincants. On ne peut pas se pro­non­cer de façon cer­tai­ne, mais il se peut que ç’aient été les Romains qui ont fait bâtir ce sanctuaire. Ç’auraient été des bouleversements et des désastres en­co­re plus sou­dains et plus étendus.

c. Devant le pro­nom en, on uti­li­se fré­quem­ment ça. Dans le groupe au sin­gu­lier c’en est un…, on uti­li­se pres­que tou­jours la for­me c’, et rarement ça, mê­me dans le fran­çais parlé, mais à l’im­par­fait ou au conditionnel, on peut dire cou­ram­ment ça en était/ça en serait, et mê­me au pluriel ça en seraient (ce qui est im­pos­si­ble au présent *ça en sont) :

Parce que c’est une chose de porter des jolis dessous, ça en est une au­tre qu’ils soient aus­si confortables et adaptés à notre morphologie. Mais ce ne sont pas des clichés ! Ça en seraient par contre, si c’étaient des composantes récurrentes dans les comics. Il a manqué de précision dans l’exécution de la manœuvre, au point où ça en était exaspérant. Bonjour ! Et j’espère que ça en sera un bon pour vous et moi. Enfin, ça en sera peut-être dans le futur. J’ai aus­si supprimé des er­reurs (enfin je crois que ça en étaient) ! Pour une er­reur, ça en était une mo­nu­men­tale !

d. Dans le code écrit, on peut uti­li­ser le ver­be savoir com­me une va­rian­te de pou­voir dans la cons­truc­­tion ce ne saurait être (= ce ne pourrait être) :

C’est une hypothèse, ce ne saurait en au­cun cas être une certitude. Si sépara­tion du pouvoir il y a, ce ne saurait être que celle établie par Montesquieu entre exé­cu­tif, législatif et judiciaire;

e. Au présent de l’in­di­ca­tif, la for­me cela est inusitée devant le pro­nom le : on évite de dire cela l’est (pour des raisons d’euphonie). On uti­li­se donc uni­que­ment ça lest, mê­me dans le code écrit cou­rant (aux au­tres temps, on peut em­ploy­er cela) :

La voile, c’est passionnant. – Oh, oui, ça l’est vraiment  Cela peut être évident pour des spécialistes en mathématiques, mais ça l’est moins si l’on cherche à découvrir et à com­pren­dre.

Dans ce cas, dans la langue soutenue, à la place de ça l’est, on peut uti­li­ser le pro­nom ce devant tous les temps simples d’être, voir Exceptions (f) :

Savoir gérer sa respiration, c’est capital pour la voix chantée, ce l’est moins pour la voix parlée, qui n’exige pas le mê­me gen­re de tenue. Ce fut, certes, tou­jours dif­fi­ci­le, mais ce l’est cer­tai­nement plus en­co­re aujourd’hui avec la concentra­tion de l’édition. Était-il indispensable de démissionner ? Oui, ce l’était.

Il ne faut tou­tefois pas abuser de ce dans cet em­ploi, qui est net­te­ment du style sou­te­nu et peut sembler surprenant dans un style écrit cou­rant, ni mêler la for­me ce et la for­me ça, com­me on le constate assez sou­vent :

Le biodiesel ? Si ça n’est pas utile pour vous, ce l’est forcément pour quel­qu’un autour de vous. [Il aurait été préférable d’uti­li­ser deux fois ce ou deux fois ça].

f.  Dans le code écrit, on uti­li­se parfois cela mê­me devant est : Cela est une affaire dé­li­ca­te. (Tämä on hankala tapaus). Cet em­ploi est sou­vent peu plaisant à l’oreille (à cause de l’hiatus ?), mais il s’ex­pli­que par le fait que ce n’est plus tou­jours senti com­me un véritable dé­mons­tra­tif, et quand on veut ren­voy­er à une idée de façon plus précise, on em­ploie cela au lieu de ce. Mais le plus sou­vent, c’est un style « langue de bois » assez dis­gra­cieux ou archaïsant (il était d’usage cou­rant au XVIIe siècle).

ÇA com­plé­ment direct et attribut du su­jet

Com­me dans le cas du pro­nom IL, le pro­nom ÇA a la mê­me for­me (le) quand il est com­plé­ment direct du ver­be (CVD) ou attribut du su­jet. Cepen­dant con­trai­re­ment au pro­nom IL, en fonc­tion de su­jet post­po­sé ÇA n’a pas de for­me par­ti­cu­liè­re, on uti­li­se ça/cela. L’em­ploi de ÇA com­me su­jet réel est assez rare, car en fonc­tion de su­jet réel ÇA est le plus sou­vent focalisé (mis en relief) et ne peut donc être qu’à une for­me pleine ça/cela :

On a fait de gros efforts pour améliorer la sélec­tion rationnelle des candidats, mais c’est vrai qu’il nous restera tou­jours ÇA com­me objectif de dé­ve­lop­pement.

Ce qui ca­ra­cté­ri­se ÇA en fonc­tion de CVD ou d’attribut du su­jet, c’est qu’il peut prendre la for­me faible le et se placer devant le ver­be, exac­te­ment com­me la for­me le du pro­nom IL. Il exis­te donc deux pro­noms le : l’un est une for­me du pro­nom IL, l’au­tre une for­me du pro­nom ÇA (mê­me si les manuels de grammaire pré­sentent gé­né­ra­le­ment le comme une for­me unique).

Con­trai­re­ment au pro­nom IL, qui a trois for­mes CVD/attribut le la les qui varient selon le gen­re et le nombre, le pro­nom ÇA a une seule for­me, le, qui est in­va­ria­ble (pas de pluriel ni de fé­mi­nin).

ÇA com­plé­ment de ver­be direct : le

L’utilisation de la for­me le CVD devant le ver­be est fré­quente, mais pas obli­ga­toi­re, on peut aus­si uti­li­ser ça. Le choix entre les deux for­mes est expliqué plus loin. Quand il est CVD, ÇA (à la for­me le) peut ren­voy­er à une phra­se, une com­plétive, une idée sous-entendue etc. :

Est-ce que nous aurons le temps d’aller en Laponie ? – Je l’espère. Tout ce qui est arrivé, nous l’avions prévu. Ce qu’il a fait ? Vous le savez bien ! Il nous a de­man­dé de reporter la réunion. → Il nous l’a demandé. Il a demandé que la ré­u­nion soit reportée. → Il l’a demandé. Mes amis m’ont proposé d’aller en Inde. → Mes amis me l’ont proposé. Le médecin à conseillé à mon père de faire de la na­ta­tion. → Le médecin le lui a conseillé. Il lui a dit d’aller à la piscine deux fois par se­mai­ne. → Il le lui a dit.

Le pro­nom le peut être CVD du ver­be d’une pro­po­si­tion com­plé­ment de com­pa­ra­tif. Il ren­voie alors à la pro­po­si­tion qui est l’objet de la com­pa­rai­son :

Le fin­nois est bien moins dif­fi­ci­le qu’on (ne) le prétend. Cela a mieux réussi que je le pensais. La Finlande a eu moins de médailles qu’on ne l’attendait.

Dans les pro­po­si­tions com­plé­ments de com­pa­ra­tif, on peut aus­si uti­li­ser, à la pla­ce de le ou en mê­me temps que le, l’ad­ver­be ne explétif.

ÇA attribut du su­jet : le

Contrairement à ÇA CVD, qui peut être soit à la for­me faible le ou à la for­me plei­ne ÇA, quand ÇA est attribut du su­jet, on l’uti­li­se pres­que tou­jours la for­me faible le. Le pro­nom attribut le peut se sub­sti­tuer à des ad­jec­tifs, des par­ti­ci­pes passés ou tou­te sorte d’antécédents qui se comportent com­me des ad­jec­tifs : noms de pro­fes­sion ou ex­pri­mant un rôle ou un statut, ou un grou­pe pré­po­si­tionnel figé ayant valeur d’ad­jec­tif :

Ces règles sont-elles compliquées ? – Oui, elles le sont. Armand était instituteur et son fils l’est aus­si.Armand oli luokanopettaja ja hänen poikansa on myös. Ne gardez que ce qui mérite de l’être ( ce qui mérite d’être gardé). Pitäkää vain se, mikä kannattaa pitää. Il finira par être d’ac­cor­d. → Il finira par l’être. Tu es étonné ? – Oui, je le suis. Marie a tou­jours rêvé de devenir pompière et elle l’est finalement de­ve­nue. Marie aina haaveili palomiesammatista ja hänestä tulikin se. Laissez-vous séduire com­me je l’ai été (< com­me j’ai été séduit). Les re­com­mandations de la Commission n’ont pas en­co­re été prises en con­si­dé­ra­tion dans tou­te la mesure où la Commission avait supposé qu’elles le seraient. Sa­viez-vous que vous êtes espionnés et que vous l’êtes mê­me depuis longtemps dé­jà ? Les grands artistes ont tou­jours été imités et ils le seront tou­jours. Il est de nouveau en colère. → Il l’est sou­vent.

Le pro­nom le est sans genre et, donc, in­va­ria­ble. Il ne prend pas la for­me la au fé­mi­nin ni les au pluriel. En effet, il remplace le contenu abstrait de l’ad­jec­tif, et non pas le su­jet de l’ad­jec­tif (cf. le fin­nois hän on sitä) :

Elle est fidèle à ses principes et elle le restera tou­jours. Ces règles sont dif­fi­ci­les, et elles le sont mê­me pour les fran­co­pho­nes.

Quand le nom de métier n’est pas un adjectif in­di­quant la ca­té­go­rie socio­pro­fes­sion­nel­le mais est un véritable nom qui sert à dé­fi­nir l’identité de la per­son­ne (Qui c’est ? C’est un professeur), on uti­li­se la for­me en du pro­nom IL :

Ce professeur est un physicien de renom international et son collègue en est un aus­si.

Dif­fi­cul­tés pour les fin­no­pho­nes

1) le peut remplacer un par­ti­ci­pe passé, ex­pri­mé ou non ex­pri­mé. C’est une cons­truc­­tion qui n’exis­te pas en fin­nois et qui est malaisée à traduire.

2) Le peut remplacer un ad­jec­tif et dans ce cas, en fin­nois on peut reprendre l’ad­jec­tif par sitä :

Mieheni oli hyvin myönteinen ja kiinnostunut suomen kielestä. Ja kyllä mi­nä­kin olin sitä, vaikka asenteet 1970-luvun Ruotsissa olivat hyvin ky­seen­alais­ta­vat.

Cepen­dant, l’utilisation de sitä est rarement obli­ga­toi­re. C’est pourquoi, com­me dans le cas de en allomorphe du pro­nom IL, il faut faire un effort conscient pour pen­ser à et s’habituer à « rajouter » le en fran­çais.

Rappel : le pro­nom le peut aus­si être 1) une for­me du pro­nom IL 2) une par­ti­cu­le ver­ba­le.

ÇA com­plé­ment pré­po­si­tionnel

Le pro­nom ÇA peut être utilisé après une pré­po­si­tion, soit com­me com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel, soit com­me com­plé­ment de phra­se. Il peut se substituer à une phra­se, une idée, un ad­jec­tif, un pro­nom, ou bien une pro­po­si­tion com­plé­ti­ve (devant une com­plé­ti­ve la pré­po­si­tion de ou à peut être effacée, mais elle ré­ap­pa­rait dans la for­me du pro­nom ÇA qui se substitue à la com­plé­ti­ve, lire…).

Formes syncrétiques

Après pré­po­si­tion, on uti­li­se gé­né­ra­le­ment la for­me pleine ça/cela : pour cela, contre ça, après ça, avec ça, envers cela etc. Mais il exis­te trois for­mes syn­cré­ti­ques cor­res­pon­dant à trois pré­po­si­tions par­ti­cu­liè­res, à, de et sur. Les for­mes y et le sont des for­mes faibles. IL n’y a pas de for­me syncrétique pour d’au­tres pré­po­si­tions : 

for­me avec pré­po­si­tion + ça/celaà ça/celade ça/celasur ça/celapour ça/cela, contre ça/cela
avec ça/cela, vers ça/cela etc.
for­me syncrétiqueyenlà-dessus-

Com­me on le voit dans le tableau, il n’y a qu’une seule for­me syncrétique pour à ça / à cela, de ça / de cela, sur ça / sur cela : dans les for­mes syncrétiques l’op­posi­tion entre la for­me de la langue cou­ran­te ça et la for­me du code écrit strict cela est effacée.

On constate aus­si que les for­mes y et en peu­vent être des allomorphes de deux pro­noms dif­férents, IL et ÇA. En revanche, les for­mes là-dessus et s’uti­li­sent seu­le­ment com­me allomorphe de ÇA.

Com­pa­rai­son IL et ÇA
fonc­tionILÇA
su­jetil, elle, ils, ellesça, cela, ce
CVDlele
CVP à+yy
CVP de+enen
CVP sur+sur lui animé, sur celui-ci non animélà-dessus, sur ça, sur cela
CVP par+par lui animé, par celui-ci non animépar ça, par cela, par là
au­tre pré­po­si­tion (contre)contre lui animé, contre celui-ci non animécontre ça, contre cela
Utilisation

L’utilisation des for­mes faibles y et le à la place de la construction avec pro­nom plein à ça, de ça est très fré­quente. Dans cer­tains cas, il faut ce­pen­dant choisir entre la for­me faible et la for­me pleine, ce qui n’est pas tou­jours très facile (voir ci-des­sous). Quand on ne sait vraiment pas choisir, on peut tou­jours uti­li­ser la for­me plei­ne à ça / de ça : ce n’est pas tou­jours la for­me attendue dans cer­tains cas, mais ce n’est jamais agram­ma­ti­cal. Les for­mes pleines là-dessus et par là s’u­ti­li­sent seu­le­ment avec quel­ques ver­bes et posent moins de pro­blè­mes.

CVP in­tro­duit par à : pro­nom y

Quand ÇA se sub­sti­tue à un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel in­tro­duit par à, la for­me du pro­nom est y. L’équi­va­lent fin­nois de y dépend de la cons­truc­­tion du ver­be en fin­nois. Le pro­nom y ne doit pas être confondu avec la for­me y du pro­nom IL :

Nous allons au match de baseball ce soir. Penses-y ! [y : pense au fait que nous al­lons au match] Il a essayé de faire le pro­blè­me tout seul, mais il n’y arrive pas. [y : à faire le pro­blè­me] Les avions arrivent rarement à l’heure, mais j’y suis ha­bitué. [y : au fait que les avions…] Ce n’est pas du vrai cognac, mais ça y res­sem­ble beau­coup. [du cognac : valeur gé­né­ri­que] Nous étions prêts à rencontrer les re­pré­sentants du gouvernement local, mais ceux-ci n’y étaient pas disposés. À l’époque du passage à l’euro en 1999, la majorité des Français n’y étaient pas fa­vo­rables.

Le pro­nom y peut aus­si se sub­sti­tuer à un grou­pe in­tro­duit par une au­tre pré­po­si­­tion à sens spatial que à (dans, sur) :

Ils attendaient qu’on leur ac­cor­de un nouveau crédit de recherche et ils y avaient mis tout leur espoir [y = dans le fait qu’on leur ac­cor­derait] Tu crois qu’ils nous viendront en aide ? – N’y compte pas trop ! [compter sur qch] Tu pensais pouvoir profiter du weekend pour repeindre la cuisine, eh bien n’y compte pas, on aura de la visite. [compter sur qch].

CVP in­tro­duit par de : pro­nom en

Le pro­nom ÇA peut se sub­sti­tuer à un com­plé­ment in­tro­duit par la pré­po­si­­tion de et dans ce cas, la for­me du pro­nom est en. L’équi­va­lent fin­nois de en dépend de la cons­truc­tion du ver­be en fin­nois. Le pro­nom en ne doit pas être confondu avec la for­me en du pro­nom IL.

Il s’est excusé de ne pas avoir prévenu de son absence. → Il s’en est excusé. [s’ex­cu­ser de quel­que chose] Tu veux aller au concert ? – Non, je n’en ai pas très en­vie. [avoir envie d’aller au concert] Je vais prendre un bain. J’en ai bien be­soin. [avoir besoin de prendre un bain] C’est vrai qu’ils vont divorcer ? – J’en ai bien peur. [← avoir peur de quel­que chose] Il faudrait que nous partions ensemble. Essaye de l’en convaincre. [← de le convaincre du fait qu’il faut…] Il faut qu’il vienne. Tu devras l’en persuader. [← le persuader de venir] Je lui parlerai quand j’en aurai le temps. [← le temps de lui parler] Nos voisins ont vendu leur maison. J’en suis désolé, parce qu’ils sont vraiment sympathiques. Les délégués étaient très satis­faits que [= de ce que] le traité ait pu être signé aus­si rapidement. → Les délégués en étaient très satisfaits.

Complément in­tro­duit par sur : pro­nom là-dessus

Quand ÇA ren­voie à un grou­pe dépen­dant de la pré­po­si­tion sur, on uti­li­se cou­ram­ment la for­me syncrétique là-dessus. Cette for­me est hybride, parce qu’elle est syn­crétique mais n’est tou­tefois pas une for­me faible. Elle s’uti­li­se dans le code écrit cou­rant et le fran­çais parlé, sur­tout après les ver­bes compter sur, revenir sur qch, insister sur qch :

Nous avons déjà parlé de ce pro­blè­me et je suis désolé de revenir là-dessus, mais c’est une ques­tion très im­por­tan­te. Le paiement a plu­sieurs semaines de re­tard, et pourtant moi je compte là-dessus pour vivre. En allemand, nous insistons là-des­sus, le prétérit n’est pas iden­ti­que à l’im­par­fait fran­çais, et il peut remplir la fonc­tion propre au passé simple. C’est là-des­sus que s’appuient cer­tai­nes théo­ries de voyage dans l’espace-temps. Quel est votre avis là-dessus ? Je n’en sais pas plus que vous là-dessus. Le vrai pro­blè­me vient d’un défaut de l’industrie pour prendre en charge une par­tie du fi­nan­cement de la recherche, et c’est là-dessus qu’il faut se concentrer. L’his­to­rien n’a strictement rien à dire là-dessus.

On peut uti­li­ser là-dessus dans un style écrit argumentatif (par exem­ple ar­ti­cle scientifique). Mais dans le code écrit strict, il vaut mieux éviter la for­me là-des­sus et uti­li­ser des tournures avec un grou­pe pré­po­si­tion­nel (par exem­ple sur cette règle si on parle d’une rè­gle) ou un nom passepartout com­me sur ce point, sur cet aspect, sur cette chose, sur ce su­jet, ou en­co­re la for­me nor­ma­le sur cela :

C’est sur cela que s’appuient cer­tai­nes théories de voyage dans l’espace-temps. Nous n’avons rien d’au­tre à ajouter à ce su­jet. De plus, com­me tout objet, les fonc­tions JavaScript possèdent des at­tri­buts et des méthodes. Nous reviendrons sur cet aspect par la suite car il est capital dans la mise en œuvre de programma­tion orientée objet par prototypage. Le vrai pro­blè­me vient d’un défaut de l’in­dus­trie pour prendre en charge une par­tie du financement de la recherche, et c’est sur cet aspect qu’il faut se concentrer.

Remar­que : le grou­pe là-dessus est aus­si fré­quem­ment employé dans la langue cou­ran­te com­me un ad­ver­be de temps, dans le sens de « et maintenant / à présent ». C’est une va­riante de l’ex­pres­sion sur ce : Bon, les amis, là-dessus, je vous laisse. [Dictionnaire de l’Aca­démie fran­çai­se, 5e éd. 1814, sv. dessus :] « Là-dessus, pour dire Sur cela, à ces mots, dans le moment. Là-dessus, il nous quitta ».

Complément pré­po­si­tionnel in­tro­duit par par

Le ver­be entendre par peut s’uti­li­ser dans le sens de « si­gni­fier », dans une tournure cou­ran­te où il est complété par l’ad­ver­be , qui sert d’allomorphe du pro­nom ÇA :

Qu’entendez-vous par là ? Mitä te tarkoitatte sillä ? J’aimerais bien qu’on m’ex­pli­que ce que les politiciens entendent par là. Kuulisin mielelläni, mitä poliitikot tar­koit­tavat sillä.

Dans cet emploi, l’utilisation du groupe par là est quasiment obli­ga­toi­re, car sans ce groupe, le ver­be entendre si­gni­fie soit « kuulla » soit « edellyttää ». Com­pa­rer :

J’entends que nous aurions dû faire preuve de plus dé­ter­mi­na­tion.
Kuulen kerrottavan, että meidän olisi pitänyt osoittaa enemmän päättäväisyyttä.
J’entends par là que nous aurions dû faire preuve de plus dé­ter­mi­na­tion.
Tarkoitan, että meidän olisi pitänyt osoittaa enemmän päättäväisyyttä.

J’entends que nous fassions preuve de plus détermination. Vaadin, että osoitamme enemmän päättäväisyyttä.
J’entends par là que nous ferons preuve de plus détermination. Tarkoitan, että tulemme osoittamaan enemmän päättäväisyyttä.

Complément pré­po­si­tionnel in­tro­duit par une au­tre pré­po­si­tion

Si ÇA ren­voie à un grou­pe in­tro­duit par une au­tre pré­po­si­­tion que à (dans), de ou sur, il n’exis­te pas de for­me syncrétique par­ti­cu­liè­re et la pré­po­si­­tion est ex­pri­mée devant ÇA :

C’est vers ça que nos efforts communs doivent tendre. Lumière, ombres, re­flets, c’est avec tout cela que le réalisateur joue dans le film. Il y a eu de nom­breux abus dans ce secteur et la direc­tion de la concurrence ne cesse de met­tre les consommateurs en garde contre cela.

Sou­vent, à la place du groupe pré­po­si­tion + ÇA en fonc­tion de com­plé­ment de phra­se, on emploie aus­si divers ad­ver­bes :

avant ça = avant, auparavant
depuis ça = depuis, depuis lors
après ça = ensuite, après, puis
à cause de ça, pour ça (causal) = aus­si, donc

Les types d’antécédents de ÇA

Cas gé­né­ral

Le pro­nom ÇA peut avoir com­me an­té­cé­dent tou­tes sortes d’élé­ments au­tres qu’un groupe nominal (GN). L’« étendue » de cet antécédent peut aller du simple ad­jec­tif à une phra­se, une idée, un texte, le con­tex­te etc. D’une façon gé­né­rale, la sé­man­ti­que de ÇA ne pose pas de pro­blè­mes, puis­qu’en finnois le pro­nom se s’uti­li­se de fa­çon assez similaire :

Proposition :
Il est né­ces­sai­re de revoir ce texte, à mon avis c’est mê­me in­dis­pen­sa­ble.
Tu pourrais me dire com­ment se termine le film ? Ça [cela] m’intéresse.
Si tu connaissais tes con­ju­gai­sons, ça [cela] t’éviterait bien des pro­blè­mes.
Il refusera, ça ne fait au­cun doute. 
Il refusera, je le [for­me CVD de ça] sais d’avance.
Ne roule pas si vite, c’est dangereux.
Phrase :
Il n’a pas en­co­re répondu. Ça [cela] me semble bizarre.
Il faut en­co­re emballer les cadeaux. Qui est-ce qui va s’en [for­me CVP de ça] occuper ?
Adjectif :
Pour une fois, il est satisfait, il l’est pourtant assez rarement. [le for­me at­tri­but de ça]
Participe :
J’ai été séduit par ce produit et je suis sûr que vous le serez aus­si. 

Ça pro­nom de reprise diaphonique

Le pro­nom ÇA peut reprendre une phra­se, une pro­po­si­tion, une construction ver­ba­le. Cet emploi est illustré par l’utilisation de ÇA dans la langue cou­ran­te pour répéter le contenu d’une question (excepté après quoi et combien) sous for­me de reprise diaphonique (quand on « répond » à une question ou on reprend une af­fir­ma­tion antérieure). Le pro­nom ça remplace le groupe ver­bal après le mot in­ter­ro­ga­tif, et il est tou­jours à la for­me pleine ça :

J’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit qu’il était à l’école avec toi. – Ah bon ? Qui ça ? (= Qui a dit qu’il était à l’école avec moi ?) Pierre et François vont venir en Fin­lan­de. – Quand ça ? (= Quand est-ce qu’ils vont venir en Finlande ?) Fi­na­le­ment, on a décidé qu’on allait pas se marier. – Pas pos­si­ble ! Pourquoi ça ? (= Pourquoi vous avez décidé que vous n’alliez pas vous marier ?) Moi aus­si, je vais pra­ti­quer mon allemand, mais sans quitter mon fauteuil. – Ah bon, comment ça ? (= Comment tu vas pra­ti­quer ton allemand sans quitter ton fauteuil ?)

Remar­que : on entend aus­si des gens uti­li­ser la for­me cela dans ce genre de reprise dia­pho­ni­que : Pourquoi cela ? La reprise diaphonique avec ÇA est ce­pen­dant typique du fran­çais parlé, et on uti­li­se prioritairement la for­me ça (sauf dans Comment cela ?, assez fré­quen­t, et qui est devenu presque une ex­pres­sion figée, parfois avec une valeur iro­ni­que.)

Cette utilisation de ÇA est facile à com­pren­dre pour les finnophones, car en finnois on peut ex­pri­mer la mê­me idée avec niin (qui est une for­me se, « ça »), si­tten ou ‑kA (ou dans le code écrit ‑hAn) :

Quand ça ? Milloinka? Milloin? Qui ça ? Kuka sitten? Kukahan? Comment ça ? Miten niin? Pourquoi ça? Miten niin? Miksiköhän?

Après comment, le pro­nom ça peut aus­si ex­pri­mer l’idée de « comment est-ce pos­si­ble ? » :

L’agence a envoyé un mail pour nous infor­mer de l’annulation du voyage. – Com­ment ça ? (= Comment est-pos­si­ble que le voyage ait été annulé ?).

Comme en finnois, on peut aus­si répéter un adjectif attribut :

J’ ai parlé avec ton frère hier. Il avait l’air vraiment préoccupée. — Comment ça, préoccupé ? Miten niin huolissaan?

Anaphorique de nom à valeur gé­né­ri­que

Il y a ce­pen­dant des cas où ÇA ren­voie for­mellement à un nom ou un grou­pe no­mi­nal, mais ce n’est qu’une apparence, car le con­te­nu de ce nom ou grou­pe no­mi­nal ne dé­si­gne pas une entité identifiable et pro­no­mi­nalisable par il. Dans les ex­em­ples sui­vants :

L’argent, ça ne fait pas le bonheur, mais ça peut tou­jours servir. Offre-lui du chocolat noir, il aime ça La télévision, ça m’énerve parfois. Je crois que lui, la musique, ça ne l’intéresse pas. Les enfants, ça fait du bruit. Ce n’est pas du vrai cognac, mais ça y ressemble beau­coup.

on ne ren­voie pas à un nom identifiable en par­ti­cu­lier (une pièce de monnaie, un chocolat noir, une télévision, une musique etc.), mais à tous les objets du monde cor­res­pon­dant à la dé­fi­ni­tion du nom et con­si­dé­rés com­me un tout, au­tre­ment dit au con­te­nu virtuel d’une ca­té­go­rie et non pas à une entité précise. Il est donc normal qu’on n’uti­li­se pas un pro­nom ren­voy­ant à un groupe nominal. Com­pa­rer :

Tu manges du chocolat au lait ? – Non, je n’aime pas ça, c’est trop sucré.
Tu ne manges pas ce chocolat au lait ? – Non, il est trop sucré.
Tu aimes bien la musique classique ? – Oui, ça me plait beau­coup.
Tu as aimé la musique du film ? – Non, elle était banale.

Dans la phra­se (a) ci-dessous, le premier ça a une valeur gé­né­ri­que (« les bébés en gé­né­ral »), tandis que le second ça (ça ne dure…) ren­voie anaphoriquement au con­te­nu de la pro­po­si­tion ça pleure tout le temps. Devant le ver­be être, on uti­li­serait la for­me ce (b) :

(a) Un bébé, ça pleure tout le temps, mais ça ne dure jamais longtemps. (b) Un bébé, ça vous occupe tou­te la journée, mais c’est si mignon.

Cette double valeur de ça, gé­né­ri­que et anaphorique, permet de jouer sur le sens. Dans la phra­se (dite par une femme sur un ton perfide) : Un homme, ça fait un bon passetemps, mais ça ne dure jamais longtemps. Le ré­fé­rent du deuxième ça (ne dure jamais longtemps) est ambigu : il peut ren­voy­er à homme de façon gé­né­ri­que ou bien à l’idée de faire un bon passetemps. Cette ambigüité repose sur le double sens de durer, qui peut aus­si si­gni­fier « rester en bon état, rester exploitable/utile ».

Anaphorique de nom à valeur ver­bale ou pro­po­si­tionnelle

Un nom peut aus­si ex­pri­mer une action ver­bale ou remplacer une pro­po­si­tion. Dans les ex­em­ples sui­vants, les mots voile et golf dé­si­gnent des activités (des actions ver­bales), opposés à des noms concrets. Dans le premiers cas, on reprend les noms par ÇA, dans le deuxième par IL :

Tu aimes la voile (purjehdus) ? – Oui, ça me plait beau­coup. Elle est tout le temps en train de parler du golf (golf, golfaaminen). Ça la passionne !

La voile (purje) est tou­te neuve et elle ne sera pas utilisée pour le championnat. Un golf (golfkenttä) vient d’ouvrir à côté de chez nous. Il est très fré­quen­té le weekend.

Dans les exem­ples sui­vants :

C’est la ma­niè­re dont ils ont réagi qui l’a convaincue qu’elle avait raison. C’est son approche très professionnelle du pro­blè­me qui me plait chez lui.

les groupes nominaux su­jets [ma­niè­re dont ses élèves ont réagi] et [approche très professionnelle du pro­blè­me] remplacent en fait des pro­po­si­tions, [com­ment ses élèves ont réagi] et [com­ment il aborde le pro­blè­me] ou [le fait qu’il aborde le pro­blè­me de façon très professionnelle]. Dans ce cas, on les remplace par le pro­nom ÇA :

C’est ça (cela) qui l’a convaincue qu’elle avait raison. C’est ça (cela) qui me plait chez lui.

Remar­que : la pro­no­mi­nalisa­tion de ma­niè­re ou approche par IL n’est pas impos­si­ble, par exem­ple :

Que pensez-vous de la ma­niè­re dont ses élèves ont réagi ? → Elle ne me surprend pas. J’ai beau­coup apprécié son approche très professionnelle du pro­blè­me, elle montre que nous avons là un collaborateur précieux.

Mais dans les phra­ses cli­vées ou les cons­truc­tions dis­lo­quées, on uti­li­se gé­né­ra­le­ment ÇA, comme dans les ex­em­ples ci-dessus.

Le opposé à ça

Quand ÇA a une valeur gé­né­ri­que, on uti­li­se pres­que uni­que­ment com­me CVD la for­me pleine ça, et non pas la for­me faible le, qui ren­voie trop à un grou­pe no­mi­nal :

Tu manges du chocolat au lait ? – Non, je n’aime pas ça, c’est trop sucré. Je ne regarde pas la télévision, parce que je ne supporte plus ça. Mais :  Tu devrais au moins regarder les informations, tu le supporterais sans doute [le CVD ne ren­voie pas à un nom, ni gé­né­ri­que ni au­tre, mais à une pro­po­si­tion ou une idée : le = le fait de regarder les informations] .

Cette par­ti­cu­larité pro­vo­que bien des incertitudes chez les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. Dans le cas du ver­be aimer, il s’y ajoute éga­le­ment un blocage sé­man­ti­que : aimer avec un CVD à ré­fé­rent grou­pe no­mi­nal (que la for­me le évoque fortement) si­gni­fie aus­si « être amoureux de » :

Tu manges du chocolat noir ? – ??Oui, je l’aime. Je ne regarde pas la télévision, ??parce que je ne l’aime pas.

En revanche, dans des cas similaires, on peut facilement uti­li­ser y et en, qui, au contraire de le, ne ren­voient pas aus­si nette­ment à un grou­pe no­mi­nal :

Il est passionné de voile, il y consacre tous ses loisirs et il en parle sans arrêt.

Pronom anaphorique de noms propres à ré­fé­rent non animé

Quand le nom est un nom propre à ré­fé­rent animé, il est repris par le pro­nom il, ex­em­ples (a) et (b). Mais quand le nom propre ren­voie à un non animé, on uti­li­se en gé­né­ral ÇA, ex­em­ple (c) :

(a) J’ai vu Pierre, il va devenir pilote sur Rafale.
(b) Orane [nom de chienne] me sui­vait partout, elle avait l’air d’avoir faim. 
(c) Nous avons été très surpris en revoy­ant Budapest après de si longues années, ça a beau­coup changé et c’était évi­dem­ment très dif­fé­rent des années 1980.

ÇA remplace éga­le­ment un nom d’ouvrage (livre, tableau, films etc;) ou un nom d’auteur quand le nom de l’auteur dé­si­gne son œuvre par métonymie :

On a visionné en une semaine les cinq saisons du Bureau des légendes. C’est in­croy­able­ment prenant et bien fait  Tu aimes Bach ? – Non, ça ne me dit rien. Et Schubert ? – Oui, j’aime ça.

Le point commun de ces deux em­plois de ÇA est qu’il n’est pas interchangeable avec la va­rian­te code écrit cela (mais les hy­per­cor­rec­tis­mes sont fré­quents, voir ci-des­sus ). Les énon­cés sui­vants sont théo­ri­que­ment non recevables ou à la limite de l’acceptabilité :

Tu manges du chocolat au lait ? – *Non, je n’aime pas cela. [cela renverrait à l’ac­tion de manger. Tu aimes bien la musique classique ? – ?Oui, cela me plait beau­coup. Nous avons été très surpris en revoyant Budapest après de si longues années, ?cela a beau­coup changé. Nous sommes allés revoir La guerre des étoiles. ? Cela n’a pas pris une ride. Tu aimes Bach ? – ?Non, cela ne me dit rien.

ÇA pro­nom gé­né­raliste à valeur pro­po­si­tionnelle

Dans le code écrit cou­rant et le fran­çais parlé, on emploie fré­quem­ment la for­me ÇA de pré­fé­ren­ce aux for­mes de IL cor­res­pon­dantes, en dehors de tou­te valeur déic­ti­que :

(1a) Elle a aimé la robe que tu lui as offerte ? – Oui, ça lui a plu.
(2a) Elle était bonne, la soupe ? – Ça manquait un peu de sel.
(3a) Tu as aimé le film ? – Ça m’a pas tellement plu.
(4a) Com­ment tu trouves ces jupes ? – Ça me plait pas mal.
(5a) Regarde ta plaie au genou, ça saigne. Il faut soigner ça.
(6a) Tu as aimé la musique du film ? – Non, c’était banal. 

Dans le code écrit (et dans le fran­çais parlé aus­si), on pourrait dans tous ces cas aisément uti­li­ser le pro­nom IL sous ses dif­fé­ren­tes for­mes :

(1b) Elle a aimé la robe que tu lui as offerte ? – Oui, elle lui a plu.
(2b) Elle était bonne, la soupe ? – Elle manquait un peu de sel.
(3b) Tu as aimé le film ? – Il ne m’a pas tellement plu.
(4b) Com­ment tu trouves ces jupes ? – Elles me plaisent assez.
(5b) Regarde ta plaie au genou, elle saigne. Il faut la soigner.
(6b) Tu as aimé la musique du film ? – Non, elle était banale. 

Dans les exem­ples 1 à 6, le pro­nom ÇA semble ren­voy­er à un grou­pe no­mi­nal (la robe, la soupe, le film etc.). En réalité, le fait d’uti­li­ser le pro­nom ÇA in­di­que un chan­ge­ment de ca­té­go­rie de référence. Quand on dit Regarde ta plaie au genou, ça saigne !, le pro­nom ça dé­si­gne l’ensemble de la plaie de façon plus vague, « ce que tu as au genou ». Ça dé­si­gne un ré­fé­rent moins strictement délimité : au lieu de dé­si­gner l’objet initial (plaie, robe, soupe etc.), on dé­si­gne de façon plus large la situation dans la­quel­le cet objet est impliqué. Le pro­nom a une valeur pro­po­si­tionnelle, au­tre­ment dit, il ren­voie à une pro­po­si­tion P (au sens de « chose qu’on dit au su­jet de quel­que cho­se ») : le fait d’offrir la robe ou la réac­tion au cadeau, le mo­ment où on a gouté, l’im­pression éprouvée en écoutant la musique etc.

Dans ces em­plois, le pro­nom ça a tou­jours une cer­tai­ne valeur déic­ti­que (c’est au départ un déic­ti­que), parce qu’on dé­si­gne la situa­tion et non l’objet, com­me si on s’y trouvait. La dif­fé­ren­ce entre je navais pas pensé à ça et je ny avais pas pensé est que ça ren­voie plus concrètement à la situa­tion d’énon­cia­tion (ce que tu me dis / ce que vous soulignez/ce que les gens viennent de dire/de me rappeler etc.). Mais en situa­tion d’ana­pho­re, la dif­fé­ren­ce effective est très faible :

Est-ce que vous avez pensé au pro­blè­me de l’égalité des chances ? → Je n’y avais pas pensé. / Je n’avais pas pensé à ça.

On retrouve le mê­me phénomène en fin­nois. Dans la phra­se Sinulla on haava polvessa, se pitää hoitaa, le pro­nom se dé­si­gne la situa­tion et ne ren­voie pas net­tement au mot haava. La dif­fé­ren­ce avec le fran­çais, c’est qu’en fin­nois on uti­li­se le mê­me se dans les deux cas, alors qu’en fran­çais on fait la distinc­tion entre la (la plaie) et ça (situation).

En posi­tion détachée

Selon le mê­me processus sé­man­ti­que, le pro­nom ÇA s’uti­li­se très fré­quem­ment dans les cons­truc­tions dis­lo­quées, où il ren­voie à un grou­pe no­mi­nal (GN) détaché. Ce GN est thé­matisé et met en place le cadre de la si­tua­­tion à propos de laquelle on dit quel­que chose (le propos) :

Alors, cette robe, ça te plait ? Le café, c’était pour qui ? Kenelle se kahvi tuli? Ça vous plait, ce film ? La ter­ri­ne de poisson, c’était pour Monsieur, l’assiette de crudités, c’est pour Ma­dame. Kalateriini oli herralle, vihanneslautanen rouvalle. Et la musique du film, tu trouves ça com­ment ? Ça coute combien, cette voiture  C’est cher, tes bouquins ? Ça lui arrive sou­vent, les crises d’as­th­me ?

Dans ces exem­ples, on aurait aus­si pu uti­li­ser le pro­nom IL :

Ils sont chers, tes bouquins  Le café, il était pour qui  Il vous plait, ce film  La terrine de poisson, elle était pour Monsieur, l’assiette de crudités, elle est pour Madame. Elle coute combien, cette voiture ?

Remar­que. La phra­se Elles lui arrivent sou­vent, les crises d’asthme ? seraient ce­pen­dant douteuse, à cause du double sens du ver­be arriver (« se produire », mais aus­si « être à des­tination, terminer son voyage »).

Remar­ques

1. Les for­mes *Cela doit être cela ou *Cela doit être ça sont inusitées. En re­van­che, on peut dire Ça doit être cela (mais c’est plutôt rare).

2. Au pluriel, le ver­be être prend la for­me du pluriel seu­le­ment après c’/ce. Après ça/cela, il reste au sin­gu­lier. On trouve ce­pen­dant sur Internet de nom­breux ex­em­ples où on fait l’ac­cor­d au pluriel avec ça/cela par hypercorrectisme, sur le mo­dè­le de par ex­em­ple ce seraient, ce doivent être :

Cela seraient des solutions à envisager. Je précise que cela doivent être des analyses originales. Cela auraient pu être des barres de fer ou de bois.

Dans le code écrit strict, cet ac­cor­d est agram­ma­ti­cal. Le plus simple est de re­te­nir qu’on ac­cor­de tou­jours le ver­be au sin­gu­lier après ça/cela.

Opposi­tion for­mes pleines/for­mes faibles

En fonc­tion de com­plé­ment direct ou pré­po­si­tion­nel du ver­be, ÇA peut donc prendre la for­me faible des pro­noms le, en, y. Dans de nom­breux cas, on a le choix entre cette for­me faible et la for­me pleine ÇA. Au niveau débutant, il n’est pas né­ces­sai­re de savoir choisir entre les deux, car à la place de le (CVD), y/en (CVP), on peut tou­jours uti­li­ser ça (avec une pré­po­si­tion dans le cas du CVP) sans que l’é­non­cé devienne agram­ma­ti­cal. Mais au niveau plus avancé (B2/C1), il est né­ces­saire de savoir 1) interpréter la dif­fé­ren­ce de sens produite par l’alternance entre for­mes dépen­dantes et for­mes autonomes et 2) uti­li­ser cette alternance, par ex­em­ple dans les phra­ses cli­vées (C’est de cela qu’il faudrait parler), qui sont une cons­truction banale et utile, par ex­em­ple dans l’argumentation scientifique.

ÇA est un anaphorique et un déic­ti­que

Exactement com­me les dé­mons­tra­tifs celui-ci et celui-là, qui, parallèlement à leur fonc­tion de pro­nom déic­ti­que, servent éga­le­ment de pro­nom anaphorique (ils peu­vent être des for­mes du pro­nom IL), le pro­nom ÇA est un pro­nom dé­mons­tra­tif qui assure parallèlement les fonc­tions de pro­nom anaphorique (sur le flot­te­ment entre les deux valeurs, voir les démonstratifs). Le plus sou­vent, il n’y a pas de for­me dif­fé­ren­te pour ÇA dé­mons­tra­tif (déic­ti­que) et ÇA ana­pho­rique. Pour cette raison, la dif­fé­ren­ce entre la valeur ana­pho­rique et la valeur de dé­mons­tra­tif de ÇA n’est pas tou­jours très nette. Le fait de dis­tin­guer ÇA démons­tratif et ÇA ana­pho­ri­que peut à prio­ri sembler in­uti­le et en gé­né­ral les gram­mai­res fran­çai­ses ne font pas cette dis­tinc­tion.

Cepen­dant, dans cer­tains cas, on a le choix entre une for­me faible et une for­me plei­ne de ÇA. Aux for­mes faibles syncrétiques le, en, y cor­res­pond en effet une for­me dis­so­ciée de ça/de cela, à ça/à cela, ainsi que le montre le tableau ci-dessous . Dans d’au­tres cas, il n’y a pas de for­me faible syncrétique par­ti­cu­lière (par exem­ple pour ça n’a pas de for­me syncrétique équi­va­lente) :

Opposi­tion entre for­mes faibles et pleines du pro­nom ça
faible plein
le Je le sais. ça Je sais ça.
y
J’y pense. à ça Je pense à ça.
en J’en parle. de ça Je parle de ça.
pour ça Je l’ai fait pour ça.

En outre, il exis­te la for­me pleine syncrétique là-dessus, qui peut se sub­sti­tuer au groupe sur ça/sur cela dans le cas de cer­tains ver­bes.

Com­me en fin­nois le pro­nom se qui cor­res­pond à ÇA ne connait pas ce gen­re de va­ria­tion et peut ex­pri­mer indif­fé­rem­ment la valeur anaphorique ou déic­ti­que, dans cer­tains cas, les fin­no­pho­nes peuvent être em­barrassés pour choisir la for­me à uti­li­ser en fran­çais. Com­ment les dis­tin­guer et com­ment choisir entre for­me faible et for­me pleine ?

Choix pos­si­ble entre for­me faible ou pleine

Quand on a le choix entre for­me faible et for­me pleine, la for­me pleine a une va­leur plus déic­ti­que et permet nor­ma­le­ment de focaliser le pro­nom :

Est-ce que le conférencier a parlé des découvertes faites dans le domaine des nano­tech­no­lo­gies ?
(a) – Non, il n’en a pas parlé.
(b) – Non, il n’a pas parlé de ça.

Dans la phra­se (b), le mot ça a davantage une valeur déic­ti­que, parce qu’on en met en relief le si­gni­fiant : « il a parlé d’au­tres choses du mê­me gen­re, mais pas de ça ». Les deux ré­pon­ses pos­si­bles (a) et (b) corres­pon­dent en fin­nois à deux traductions qui diffèrent par l’ordre des mots :

(a’) Non, il n’en a pas parlé. Ei, hän ei puhunut siitä.
(b’) Non, il n’a pas parlé de ça. Ei, siitä hän ei puhunut.

À l’oral, on pourrait aus­si mar­quer en fin­nois l’opposi­tion entre (a) et (b) en uti­li­sant la ré­pon­se (a’), mais en insistant sur le pro­nom : Hän ei puhunut SIITÄ. Quand on le choix entre le ou ça, y ou à ça et en ou de ça, la for­me pleine apporte donc une informa­tion supplémentaire par rapport à la for­me faible (focalisation, in­sis­tan­ce etc.)

Forme pleine seule for­me disponible

Dans les au­tres cas, il n’y a pas de choix entre for­me faible et pleine de for­me dif­fé­ren­te. La for­me ça/cela est la seule disponible et la dif­fé­ren­ce entre anaphorique et déic­ti­que n’est pas tou­jours net­te­ment perceptible :

Ça m’intéresse. Il faut lutter contre ça.

Il exis­te plu­sieurs moyens pour faire ressortir (et d’identifier) la valeur déic­tique de ÇA :

a. Dans cer­tains cas, on peut uti­li­ser le pro­nom ceci, qui a conservé la valeur déic­tique forte que cela/ça a perdue. Com­pa­rer :

Lors du débat télévisé, tous les candidats ont parlé du chômage. Cela prouve que c’est un pro­blè­me d’actualité. Televisioväittelyssä kaikki ehdokkaat ottivat esille työt­tö­myy­den. Se osoittaa, että se on ajankohtainen ongelma. Cela = le fait que tous les candidats aient mentionné le chômage. Lors du débat télévisé, l’un des can­di­dats vient de parler du financement des partis. Ceci me rappelle un au­tre pro­blè­me, ce­lui du financement de la campagne. Televisiossa yksi ehdokkaista mainitsi puo­luei­den rahoituksen. Tästä tuleekin mieleen toinen ongelma, kampanjan rahoituksen ongelma. Ceci = le pro­blè­me du financement des partis mentionné par un candidat. [Si on avait dit cela, ce serait le fait que le candidat ait mentionné le financement des partis.]

La règle établie par les scolaires et les puristes selon laquelle on devrait uti­li­ser cela pour ren­voy­er à ce qui précède (anaphore) et ceci pour annoncer ce qui va venir est tout à fait dénuée de fondement et ne tient pas compte de la réalité de la langue mo­derne.

b. Le plus sou­vent, on uti­li­se les pro­cé­dés de focalisa­tion ha­bi­tu­els du code écrit ou du fran­çais parlé, qui font ressortir la valeur déic­ti­que du pro­nom :

phrase nor­ma­le pro­cé­dé de focalisation phrase avec mise en relief
Ça m’intéresse. dislocation Ça, ça m’intéresse.
C’est vraiment beau. dislocation Ça, c’est vraiment beau.
Il faut lutter contre cela. phrase cli­vée C’est contre cela qu’il faut lutter.
Cela nous intéresse beau­coup. phrase pseudo-cli­vée Ce qui nous intéresse beau­coup, c’est cela.

Les pro­cé­dés sont variés et le caractère déic­ti­que peut varier en fonc­tion du con­tex­te, et on ne peut pas tou­jours dire avec certitude que telle for­me est « plus déic­ti­que » qu’une au­tre. On peut ainsi très bien dire dans le fran­çais parlé j’avais pas pensé à ça à la place de j’y avais pas pensé, sans au­cu­ne valeur véri­ta­blement « déic­ti­que ». Dans le fran­çais parlé, no­tam­ment, la limite entre ça anaphorique et ça déic­ti­que est très floue et cela complique con­si­dé­ra­blement la compréhension du système ré­fé­rentiel de ÇA par les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. Comme décrit ci-des­sus, le pro­nom ça est fré­quem­ment uti­li­sé dans le fran­çais parlé à la place de IL com­me une sorte de pro­nom anaphorique polyvalent. On peut ainsi dire :

Tu as une plaie au genou. Il faut la nettoyer. Ou Tu as une plaie au genou. Il faut nettoyer ça.

ÇA méprisant ou péjoratif

Cette ambigüité entre deixis et anaphore est très bien illustrée par la valeur « mé­pri­san­te » qu’on attribue parfois à ça.

a. De nom­breuses gram­mai­res mentionnent un usage par­ti­cu­lier de ça, qui aurait une valeur péjorative ou mé­prisante dans cer­tains con­tex­tes. En quel­que sorte, pour rendre l’an­té­cé­dent « méprisable », on uti­li­serait ça à la place de IL :

Regarde ces gosses mal élevés, tu as vu com­ment ça mange et ça se tient à table ? Et dire que j’ai été me marier avec ça ! Ces « militants », ça parle de « classe » et ça ne sait mê­me pas écrire correctement le fran­çais. Et là-dessus le morveux a ri­ca­né et lui a dit : « Pouvez pas vous débarrasser de moi com­me ça, ch’suis confédéré. » Quelle décadence, mes amis. Ça se veut Suisse, et ça ne sait mê­me pas parler. Mais tu entends ce type ? Ça connait rien à la politique et ça prétend donner des le­çons !

En vertu de cette règle, les versions « non méprisantes » seraient donc :

Regarde ces gosses mal élevés, tu as vu com­ment ils mangent et ils se tiennent à table ! Et dire que j’ai été me marier avec lui ! Ces « militants », ils parlent de « classe » et ils ne savent mê­me pas écrire correctement le fran­çais. Quelle dé­ca­dence, mes amis. Il se veut Suisse, et il ne sait mê­me pas parler. Mais tu entends ce type ? Il connait rien à la politique et il prétend donner des leçons !

Pourtant, com­me on le constate, avec le pro­nom IL, le mode de référence change complètement, il s’agit plus net­te­ment d’un anaphorique. En fait, le mot ça n’a pas de valeur méprisante en lui-mê­me. Dans ces phra­ses, le fait d’uti­li­ser ça à la place de IL établit une distance entre l’énon­cia­teur et l’é­non­cé, exac­te­ment com­me si le lo­cu­teur était concrètement en face de l’objet de pensée dont il parle et qu’il le dé­si­gnait d’un geste du doigt au destinataire du message. Dans tous les exem­ples cités, l’an­té­cé­dent de ça, facilement identifiable dans le con­tex­te, est pour ainsi dire « mis en scène » dans la si­tua­tion et com­me montré du doigt par le lo­cu­teur, qui, ainsi, « prend ses distances » par rapport à lui com­me un spectateur. L’effet de style est obtenu par le fait qu’on em­ploie ça com­me un véritable déic­ti­que alors qu’on est dans un con­tex­te anaphorique. Ce qui est méprisant, ce n’est pas le mot ça en lui-mê­me, c’est précisément le fait de parler d’une per­son­ne de cette ma­niè­re (com­me avec dégout) au lieu de la dé­si­gner par un simple anaphorique.

Dans l’exem­ple sui­vant (extrait d’un blog), mal­gré les similitudes avec les exem­ples pré­sen­tés ci-dessus, le mot ça ne doit pas s’interpréter de la mê­me ma­niè­re. Ici, ça a une valeur gé­né­ri­que amenée par l’in­dé­fi­ni une pétas­se… :

Une pétasse qui se promène avec ses copines, ça s’entend, ça ne sait pas parler sans gueuler et ça rigole sans arrêt, com­me ça, on a en­co­re plus de chance de se faire remar­quer.

b. Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se ça après un impératif dans des ex­pres­sions à va­leur ironique (avec un datif éthique) :

Regardez-moi ça ! Katso nyt tuotakin! Écoute-moi ça ! Vai sillä lailla! (= kaikkea sitä kuuleekin).

La phra­se écoute-moi ça peut ce­pen­dant aus­si si­gni­fier sim­ple­ment « kuuntelepas tätä ».

Dans cer­tains cas, l’uti­li­sa­tion de ça, loin d’ex­pri­mer le mépris, peut mê­me être laudative (admirative) :

Ça travaille sérieusement, à la permanence ! Eh ben, ça pédale ferme !

Là en­co­re, le pro­nom ça n’a pas de valeur laudative intrinsèque, c’est la distancia­tion établie par le pro­nom qui in­tro­duit la nuance laudative. Ça peut dé­si­gner les gens ou vous et en uti­li­sant la for­me ça, le lo­cu­teur s’exclut du grou­pe auquel il fait référence, exac­te­ment com­me dans l’em­ploi « méprisant », mais cette fois avec une sorte d’envie : « vous travaillez dur (et moi je n’en fais pas autant) ».

ÇA par­ti­cu­le ver­bale

Devant cer­tains ver­bes, les for­mes le, y et en du pro­nom ÇA ne sont plus de vé­ri­ta­bles pro­noms, mais sont devenues des éléments de construction de cer­tai­nes lo­cu­tions ver­bales. Dans l’évolu­tion du vocabulaire, ces pro­noms ont peu à peu perdu leur sens, ou le sens originel de la cons­truc­­tion s’est peu à peu obscurci : le pro­nom n’a plus d’an­té­cé­dent identifiable et il est devenu un simple élément mor­pho­lo­gi­que et phonique du ver­be. Quand il est pré­cé­dé de ce pro­nom, le ver­be a gé­né­ra­le­ment un au­tre sens que le ver­be d’origine : emporter/l’emporter, avoir/y avoir etc. (voir les exem­ples).

a)  Particule ver­bale le

l’emporter voittaa : C’est un Finlandais qui l’a emporté. Suomalainen voitti.
se le tenir pour dit ottaa neuvosta vaari : Je me le tiendrai pour dit. Pidän sen mielessäni.
l’échapper belle päästä pelkällä säikähdyksellä : Nous l’avons échappé belle. Olipa tä­pä­räl­lä!

b)  Particule ver­bale en

en appeler à vedota → J’en appelle à votre bon sens. Vetoan järkeenne.
en avoir marre (fam.) saada tarpeeksi → J’en ai marre de l’école ! Koulu ottaa pää­hän.
en baver (fam.) kokea kovia → J’en ai bavé pour cet examen. Olipa kova homma, tuo tentti.
en croire olla uskomista → Si j’en crois les rumeurs… Jos huhuihin on uskomista…
À l’en croire, il est le meilleur skieur du monde. Jos häneen on uskomista, hän on maailman paras laskettelija.
en découdre avec qqn tapella jkn kanssa
en faire à sa tête toimia omin päin → Il n’en fait qu’à sa tête. Hän on itsepäinen.
en être de olla jollain tavalla, olla asian laita → Qu’en est-il ? Miten on asian laita?
J’aimerais savoir ce qu’il en vraiment. Haluaisin tietää, miten asia oikeasti on. quoi qu’il en soit oli miten oli en pouvoir jaksaa → Je n’en peux plus. En jaksa enää.
en réchapper selviytyä → Peu en ont réchappé. Vain harvat jäivät eloon.
en vouloir à kantaa kaunaa → Je ne t’en veux plus. En ole enää sinulle vihainen.
s’en aller lähteä → Nous nous en irons demain. Lähdemme huomenna.
s’en faire murehtia, huolestua → Ne vous en faites pas ! Älkää murehtiko.
s’en falloir puuttua → Il n’est pas très travailleur, il s’en faut de beau­coup. Hän ei ole kovin ahkera, kaukana siitä.
Il s’en est fallu de peu. Oli hiuskarvan varassa.
s’en remet­tre à luottaa → Je m’en remets entièrement à toi. Luotan täysin sinuun tässä asiassa.
s’en foutre olla välittämättä → Je m’en fous ! Ei kiinnosta!
s’en tenir à pitäytyä, pitää kiinni → On s’en tiendra à ce qui a été décidé. Pidetään kiinni siitä, mitä on päätetty.

c) Particule ver­bale y

y aller (1) lähteä → Maintenant, il faut que j’y aille ! Nyt minun on mentävä!
y aller (2) tehdä, menetellä → Vas-y doucement ! Ota rauhallisesti!
y aller de (1) olla pelissä → Il y va de notre réputation. Kyse on maineestamme.
y aller de (2) ruveta[pas d’équi­va­lent exact en finnois] → Et chacun y est allé de sa chanson. Ja jokainen lauloi vuorollaan [pakollisen] laulunsa.
s’y connaitre (fam.) olla asiantuntija → En maths, lui, il s’y connait. Matikassa hän on haka.
s’y retrouver pysyä mukana (fig.) → Avec tous ces formulaires, on ne s’y retrouve plus. Kaikkien näiden kaavakkeiden kanssa menee ihan sekaisin!
y paraitre näkyä → Après deux semaines de repos, il n’y paraitra plus. Ei muuta kuin kaksi viikkoa lepoa ja kaikki on taas kunnossa.
s’y prendre (bien ou mal) menetellä → Tu t’y prends mal. Teet sen huonosti.
savoir y faire (fam.) olla taitava → Pierre sait y faire pour convaincre les gens. Pierre se sitten osaa taivutella ihmisiä.
ne plus y tenir olla kärsimätön → Maintenant je n’y tiens plus, je téléphone pour connaitre le résultat du concours. Nyt en malta enää odottaa, soitan ja kysyn pääsykokeen tuloksia.

Avec le pro­nom y associé au ver­be avoir, on for­me le ver­be y avoir, qui est un des « outils gramma­ti­caux » les plus employés du fran­çais. Voir ci-des­sous.

En avoir marre et s’en foutre

Ces deux ver­bes, dont le premier est fa­mi­li­er, le deuxième très fa­mi­li­er, sont d’un em­ploi très cou­rant dans le fran­çais parlé et sont intéressants du point de l’uti­li­sa­tion des for­mes faibles de ÇA com­me par­ti­cu­le ver­bale.

a. Dans le ver­be en avoir marre, le passage du pro­nom en au statut de par­ti­cu­le ver­bale est complètement achevé. On peut uti­li­ser un CVI non redondant in­tro­duit par de, et le pro­nom qui re­prend le grou­pe no­mi­nal com­plé­ment de en avoir marre de est obli­ga­toi­rement à la for­me pleine (bien que cette solu­tion puisse sembler logique et tentante à l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, il est impos­si­ble de placer un deuxième en devant le ver­be, *j’en en ai marre :

J’en ai marre de tou­te cette histoire ! Ils com­mencent à en avoir marre de tout ça.

b. Dans le cas de s’en foutre, le passage de en au statut de par­ti­cu­le ver­bale n’est pas com­plè­te­ment achevé. On peut uti­li­ser soit la formule (a), sans le pro­nom en, soit la formule (b), sur le mo­dè­le de en avoir marre :

(a) Je me fous de ses opinions. Je me fous complètement de ce qu’il dira (b) Je m’en fous de ses opinions. Je m’en fous complètement de ce qu’il dira.

La gram­ma­ti­calisa­tion de en dans s’en foutre n’est pas entièrement achevée sans doute parce qu’il exis­te un sens par­ti­cu­lier de se foutre de, « tourner qqn en dé­ri­sion pitää pilk­ka­naan » (varian­te très fa­mi­liè­re de l’ex­pres­sion se payer la tête de qqn) ou « plaisanter avec qqn juksata », qui ne contient pas la par­ti­cu­le en. Le ver­be se foutre a la mê­me double valeur que se moquer de, dont il est la version très fami­lière. Ce sens implique que le com­plé­ment in­direct soit à ré­fé­rent humain, le com­plé­ment peut aus­si être gueule, qui dé­si­gne par mé­to­ny­mie la personne. On peut ainsi opposer :

(a) Non, mais tu te fous moi ? [« Tu te moques de moi ? »]
(a’) Arrêtez de vous foutre de ma gueule ! [« Cessez de vous moquer de moi ! »]
(a’’) Je me fous de toi, là, gentiment. [« Je te fais marcher / Je plaisante »]
(b) Je m’en fous de lui. [« Il ne m’intéresses pas ! »]
(b’) On s’en fout de sa tronche. [« Son aspect physique nous importe peu. »]

Il y a

Le ver­be avoir employé avec le pro­nom y for­me l’un des outils grammaticaux de base du fran­çais, le ver­be y avoir (il y a, il y avait etc.). Il pose ce­pen­dant aux ap­pre­nants finno­pho­nes (et à d’au­tres sans doute) un cer­tain nombre de pro­blè­mes con­cer­nant la mor­pho­lo­gie et la syn­taxe.

Il y a est pro­non­cé couramment /ija/ ou /ja/ sans /il/ (a). C’est de cette ma­niè­re qu’on pro­non­ce couramment la construction il n’y a qu’à+ in­fi­ni­tif, qui si­gni­fie « il suffit de » (b) :

(a) Il y a quelqu’un ? /jakɛlkɛ̃/ Il n’y a que la vérité qui blesse. /jaklaveʁitekiblɛs/ Il n’y a plus rien. /japlyʁjɛ̃/
(b) Il n’y a qu’à partir plus tard. /jakapaʁtiʁplytaʁ/ Lähdetään sitten myöhemmin. Il n’y a qu’à demander /jakadmɑ̃de/ à ton frère. Kysytäänpäs veljeltäsi.

Équivalent du ver­be d’exis­tence olla

Le plus sou­vent, il y a sert à ex­pri­mer l’exis­tence et cor­res­pond au finnois on [ole­mas­sa] :

Il y a beau­coup de châteaux-forts en France En été, il y a beau­coup de mous­ti­ques en Finlande Je suis sûr qu’il y a un moyen Ce printemps, il y a eu peu de gelées matinales Il y avait énormément de monde au salon de la plaisance. Veneilymessuilla oli valtavasti ihmisiä. Il n’y a pas de temps à perdre. Ei ole aikaa hukattavaa. Il n’y avait plus rien à faire. Mitään ei ollut enää tehtävissä.

Il y a a aus­si le sens de « se produire, se passer » :

Qu’est-ce qu’il y a ? Mitä? Mitä nyt? Mitä tapahtuu? Mitä taas [haluat]? Niin? No? [com­me ré­pon­se dans la langue parlée] Ce qu’il y a, c’est que… Ongelma on vain se, että Il y a que je ne veux pas partir. Minä vain en halua lähteä.

Différences avec le finnois :

a. en finnois, dans la phra­se on [olemassa] ratkaisu, le nom ratkaisu est le su­jet (e-subjekti) du ver­be olla. En fran­çais, dans la cons­truc­tion équi­va­lente il y a une solution, le grou­pe no­mi­nal une solution est le com­plé­ment direct du ver­be il y a (com­me en allemand dans Es gibt eine Lösung). L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni peut donc prendre la for­me de dans une phra­se né­ga­ti­ve :

Il n’y a pas de solution. Il n’y a pas d’au­tre solution.

b. Le pro­nom y est sans ré­fé­rent. Dans le ver­be il y a, le pro­nom y est devenu une simple par­ti­cu­le ver­bale et n’a donc pas d’antécédent. Il ne« représente » rien (ni un nom ni au­tre cho­se). En finnois, il y a ne cor­res­pond donc pas à siellä on, mais seu­le­ment à on. Si on veut ex­pri­mer la mê­me chose que le finnois siellä on / siinä on, il faut rajouter un pro­nom ou un adver­be de lieu. Mais cela ne peut pas être y, car on ne pourrait pas dire *il y y a, qui serait logique, mais agram­ma­ti­cal. Il faut donc dans ce cas uti­li­ser d’au­tres ver­bes ou d’au­tres adver­bes (là-bas, etc.) ou formuler la phra­se au­tre­ment :

Siellä oli paljon kukkia. Il y avait beau­coup de fleurs là-bas. / On y trouvait beau­coup de fleurs Siellä on kuiva ilmasto. Le climat y est sec. / Il y fait sec. Siinä on erilainen maku. Il/elle/Ça a un gout dif­fé­rent. / On y sent un au­tre gout.

c. Il y a ne peut pas dépendre d’un au­tre ver­be im­per­son­nel, et no­tam­ment pas de falloir. Pour traduire par exem­ple le finnois täytyy olla ratkaisu, on ne peut donc pas dire (er­reur constatée fré­quem­ment) *il faut y avoir une solution (ou, pire, **il y faut avoir une solution). Il faut dire :

Il doit y avoir une solu­tion. ou Il faut qu’il y ait une solution.

Pour traduire siinä täytyy olla, il y a donc une double dif­fi­cul­té : on ne peut pas uti­li­ser il faut (täytyy) (*il faut y avoir), ni traduire le mot siinä (il faut *y y avoir). La for­me correcte est :

siinä täytyy olla = il doit y avoir ici/ il doit y avoir là-dedans / cela doit comporter…, cela doit contenir, on doit y trouver etc.

Nykyisin oppikirjaa ei voida enää myydä ilman kuvitusta. Siinä täytyy olla vä­ri­va­lo­ku­via. De nos jours, un manuel scolaire non illustré ne peut plus se vendre. Il faut qu’il contienne / Il doit contenir des photographies en couleurs.

La suite il faut y avoir exis­te ce­pen­dant. On peut en effet uti­li­ser le ver­be avoir dans son sens ha­bi­tu­el de « posséder, disposer de » avec le pro­nom y uti­li­sé com­me un véritable pro­nom en fonc­tion de com­plé­ment de phra­se (exem­ples a et b) ou in­di­rect (exem­ple c, ver­be avoir intérêt à qch) :

(a) Pour passer son permis dans un au­tre État, il faut y avoir un domicile. [y = dans un au­tre État] (b) Rapidshare est le plus populaire, mais il faut y avoir un compte pour bénéficier d’un bon débit. [y = chez Rapidshare] (c) Pour for­mer une demande en justice, il faut y avoir intérêt. [y = à une demande]

Actualiseur dans la langue cou­ran­te et parlée

Dans la langue parlée, le ver­be il y a + re­la­ti­ve est uti­li­sé pour in­tro­duire un grou­pe no­mi­nal su­jet avec un dé­ter­minant in­dé­fi­ni, ou un pro­nom in­dé­fi­ni su­jet : la langue parlée n’aime pas com­mencer les phra­ses di­rec­te­ment par un déterminant ou un pro­nom in­dé­fi­ni. En quel­que sorte, il y a sert à « engager » ou « actualiser » le su­jet du ver­be :

Code écrit ou langue cou­ran­tefran­çais parlé
Des gens attendent devant le magasin. Il y a des gens qui attendent devant le magasin.
Quelqu’un t’a téléphoné. Il y a quelqu’un qui t’a téléphoné.
De l’eau a coulé le long du papier peint. Il y a de l’eau qui a coulé le long du papier peint.
Quelqu’un n’était pas content. Il y avait quelqu’un qui n’était pas content.
À l’avenir, de moins en moins de gens
apprendront le fran­çais.
À l’avenir, il y aura de moins en moins gens qui apprendront le fran­çais.

Remar­que: pour dé­si­gner cet emploi, de nom­breux auteurs ou manuels de fran­çais lan­gue étran­gè­re uti­li­sent le terme à la mode de « présentatif » (comme pour c’est ou voici). On peut à la rigueur ad­met­tre que voici/voilà sert à présenter quelque chose ou quelqu’un, mais dans les phra­ses C’est dès début de l’épidémie qu’il aurait fallu instaurer le confinement ou À l’avenir, il y aura de moins en moins gens qui apprendront le fran­çais, on voit vraiment très mal qui ou ce qui est « pré­sen­té » (esitelty).

Il n’y aucune dif­fé­ren­ce de sens avec la ma­niè­re de dire du code écrit, c’est sim­ple­ment une ma­niè­re dif­fé­ren­te de présenter les choses. Dans cer­tains cas, l’uti­li­sa­tion de il y a permet de construire plus sim­ple­ment cer­tains ver­bes (voir ci-des­sous). Cette ma­niè­re de dire est quasi gé­né­ra­le à l’oral, et elle est tellement cou­ran­te qu’on l’uti­li­se mê­me devant des dé­ter­mi­nants dé­fi­nis, mais c’est moins fré­quent et plus fa­mi­li­er. Elle s’uti­li­se surtout pour annoncer un évènement — grand ou petit :

Code écrit ou langue cou­ran­tefran­çais parlé
Le téléphone sonne. Il y a le téléphone qui sonne.
La casserole déborde. Il y a la casserole qui déborde.
L’ampoule a grillé. Il y a l’ampoule qui a grillé.Lamppu on palanut.
La grève com­mence demain. Il y a la grève qui com­mence demain.
Ma montre ne marche plus. Il y a ma montre qui marche plus.
Ton frère t’appelle. Il y a ton frère qui t’appelle.
Les Finlandais ont gagné. Il y a les Finlandais qui ont gagné.

L’uti­li­sa­tion de il y a com­me actualiseur d’in­dé­fi­ni est éga­le­ment très fré­quen­te, dans la langue cou­ran­te et parlée (mais peu fré­quen­te dans la rédac­tion écrite soi­gnée) pour remplacer le pro­nom cer­tains, grâce à une cons­truc­­tion avec proposi­tion re­la­ti­ve. On remplace le pro­nom in­dé­fi­ni par des gens ou le pro­nom en (voir il y en a qui) :

Il y a des gens à qui ce gen­re de vêtements ne convient pas. / Il y en a à qui ce gen­re de vêtements ne convient pas. Il y a des gens que ça dérange. / Il y en a que ça dé­ran­ge.

L’uti­li­sa­tion de il y a com­me actualiseur de grou­pe no­mi­nal in­dé­fi­ni n’est pas tou­jours une sim­ple va­rian­te libre de la langue parlée. Elle permet aus­si de construire plus fa­ci­le­ment cer­tains ver­bes. Com­pa­rer les phra­ses sui­vantes :

(a) Il y avait beau­coup de paquets où il manquait une pièce.
(b) *Beaucoup de paquets manquaient une pièce. [agram­ma­ti­cal]
(c) ?À beau­coup de paquets manquait une pièce. [à la limite de la gram­ma­ti­calité] 
(d) ?À beau­coup de paquets, il manquait une pièce.
(e) Dans beau­coup de paquets, il manquait une pièce.
(f) De nom­breux paquets étaient incomplets.

On ne pourrait pas trans­for­mer di­rec­te­ment la phra­se (a) en com­mençant par beau­coup de (b), car manquer est intransitif. La version (c) n’est pas non plus pos­si­ble, car le CVI ne peut pas s’uti­liser en tête de proposi­tion si le su­jet n’est pas devant le ver­be ; la phra­se (d) serait plus acceptable, mais resterait douteuse, car le grou­pe À beau­coup de paquets se retrouve en posi­tion de com­plé­ment cir­constanciel, et devant le mot paquet on uti­li­se dans ce cas la pré­po­si­­tion dans. La phra­se (e) est ainsi tout à fait acceptable dans la langue cou­ran­te. Mais dans le code écrit on préfèrerait sans doute une phra­se sur le mo­dè­le de (f) .

Expression du temps

Le ver­be y avoir s’uti­li­se dans des ex­pres­sions tem­po­rel­les. Il cor­res­pon­d dans ce cas en finnois à la postposition sitten ou la construction siitä on (kulunut)… kun :

Le paquet est arrivé il y a deux jours. Paketti saapui kaksi päivää sitten. L’hypermarché a ouvert il y a peu. Automarketti avasi ovensa hiljattain. Il y a trois heures que je suis arrivé. Tulin kolme tuntia sitten. Il y aura bientôt onze ans que nous sommes mariés. Olemme olleet naimisissa kohta yksitoista vuotta. Il y avait deux ans que j’habitais à Paris. Il y a longtemps que je l’ai vu. En ole nähnyt häntä pitkään aikaan.

On pourrait con­si­dé­rer que il y a for­me une locu­tion pré­po­si­tionnelle (fi­gée) qui in­tro­duit un com­plé­ment de temps sur le mo­dè­le d’au­tres pré­po­si­tions : depuis deux jours – après deux jours – il y a deux jours. Cepen­dant, le ver­be y avoir reste une locu­tion ver­bale non figée, car il peut se met­tre à d’au­tres temps :

Il y avait déjà trois ans qu’il était parti. Il y aura bientôt dix ans depuis notre dernière rencontre. Bien qu’il y ait déjà longtemps de son accident, le souvenir continuait de le hanter.

Emplois divers de ça

Comme ça

Avec le pro­nom ça, on for­me la locution comme ça. Elle est très utile et très pra­ti­que, parce qu’elle peut s’uti­li­ser à la fois comme un adver­be (= näin, niin, tällä tavalla, sillä lailla) et comme un adjectif (sen kaltainen, sellainen, tämän tyyppinen) :

Ça va mieux comme ça ? Onko nyt parempi?
Ne t’énerve pas comme ça ! Älä nyt hermostu tuolla lailla.
Dans un cas comme ça, il vaut mieux être prudent.
Il n’avait jamais été dans une station comme ça. Hän ei koskaan ollut ollut sellaisessa hiihtokeskuksessa.

Comme ça est ce­pen­dant familier. Dans la langue écrite, on peut le remplacer par l’adjectif tel (an­té­po­sé) ou pareil (post­posé) ou la cons­truc­tion de ce genre, ou par l’adver­be ainsi, ou, dans le style soutenu, par la locution adverbiale de la sorte. Com­pa­rer avec les exem­ples pré­cé­den­ts :

Est-ce mieux ainsi ?
Ne vous énervez pas de la sorte ! Älkää nyt hermostuko tuolla lailla!
Dans un tel cas / dans un cas pareil / dans un cas de ce genre, il vaut mieux être prudent.
Il n’avait jamais été dans une station de ce genre.

Expressions cou­ran­tes avec ça

C’est ça ! Aivan!
Ça y est, il y a une panne de cou­rant. Kappas, sähkö on poikki.
Alors, ça y est ? Joko tulet?
Ça y est, il est rentré ? Joko hän tuli ?
Ça y est, j’ai fini. Olen jo lopettanut.
Ça ne fait rien. Ei se mitään! / Ei se haittaa.
Ça ne va pas. Ei käy. / En voi hyvin.
Ça va pas, non ? Mitä sä oikein ajattelet? / Oletko hullu? / Lopeta nyt jo!
Et avec ça ? Tuliko muuta ?
Ça n’en vaut pas la peine. Se ei kannata.
Ça n’a pas de sens. Se on järjetöntä.
Donne-moi ça ! Anna tänne!
à part ça lisäksi, muuten
Et avec ça, il pleut. Ja kaiken kukkuraksi sataa vettä.
Alors ça ! Että kehtaatkin!
Ça alors ! Ei voi olla totta! / Mitä ihmettä! / Hyvänen aika!
Rien que ça ! Vai sillä lailla !
À part ça, ça va. Muuten kaikki on hyvin.
comme ci, comme ça jotenkuten
Comment ça va ? – Comme ci, comme ça. Kuinka voit? – Kohtalaisesti.

Ça et çà

Ne pas confondre le pro­nom ça et l’adver­be çà (avec accent grave). Cet adver­be çà s’uti­li­se es­sen­tiel­le­ment dans les ex­pres­sions çà et là (siellä täällä, sinne tänne) et de çà, de là (sieltä täältä, siellä täällä, sinne tänne).

Cela ou ça ?

En fran­çais moderne, la for­me ça est la for­me de base du pro­nom ÇA. La va­rian­te cela est uti­li­sée es­sen­tiel­lement dans le code écrit. Les deux for­mes sont en prin­ci­pe équi­va­lentes, mais dans de nom­breux cas, elles ne sont pas interchangeables. Beau­coup d’usagers francophones imaginent qu’il suffit de trans­for­mer ça en cela pour trans­for­mer le fran­çais parlé en langue écri­te « élégante ». Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est pas tou­jours le cas. Dans cer­tains cas, on ne peut pas du tout em­ploy­er cela à la place de ça (ou bien ce serait très étrange), et dans d’au­tres cas la phra­se avec su­jet cela a une au­tre si­gni­fication qu’avec un su­jet ça.

II y a de nom­breux cas où il n’y pas d’alternance pos­si­ble, mê­me à l’écrit, exem­ple : Com­ment allez-vous ? – *Cela va bien (seule for­me pos­si­ble : ça va bien, ou je vais bien). La pres­sion scolaire et puriste (sentiment d’insécurité linguistique) fait que l’on constate de nom­breux hypercorrectismes : ça est senti com­me fa­mi­li­er, cela com­me « officiel », « correct », et cer­tains lo­cu­teurs qui ne maitrisent pas com­plètement les distinctions entre les styles et les codes auront ten­dan­ce à remplacer systématiquement ça par cela dès qu’il passent en langue écrite, pour « faire joli ». Dans bien des cas, une telle trans­for­ma­tion n’est pas pos­si­ble et ça est la seule for­me uti­li­sable.

La liste ci-dessous don­ne quel­ques exem­ples. Pour chaque ex­em­ple, on indique :

On ne donne en gé­né­ral qu’une possibilité, il peut y en avoir d’au­tres qui seraient synonymes. Certaines des for­mes proposées sont plus ou moins virtuelles, car elles ne s’uti­li­seraient sans doute pas à l’oral (mais on pourrait les trouver par exem­ple dans la langue classique). Les for­mes hypercorrectes avec cela dont le sens est étran­ge ou inattendu sont mar­quées d’un point d’in­ter­ro­ga­tion (?), qui signale con­ven­tion­nel­le­ment une for­me dont la recevabilité est douteuse.

ÇaIl ne manquait plus que ça. Se nyt tästä enää puuttui!
CelaIl ne manquait plus que cela. Vain tämä puuttui enää.
Ça « élégant » = C’est la dernière chose dont nous avions besoin.
ÇaÇa m’énerve! Ottaa päähään!
CelaCela m’énerve. Se hermostuttaa minua.
Ça « élégant » = Cela m’irrite. Cela m’agace.
ÇaÇa marche! Sopii! OK! / Nyt se toimii!
CelaCela marche. Se kävelee.
Ça « élégant » = Cela fonc­tionne. C’est en ordre.
ÇaNe vous énervez pas com­me ça. Älkää nyt hermostuko tuolla lailla!
Cela?Ne vous énervez pas com­me cela. Älkää hermostuko kuin tuo.
Ça « élégant » = Ne vous énervez pas de la sorte. / Ne vous énervez pas ainsi.
ÇaÇa chauffe ici. Täällä huhkitaan.
CelaCela chauffe. Se kuumenee / Se lämpenee.
Ça « élégant » = Les gens s’activent ici.
ÇaÇa va barder. Kohta räjähtää.
Cela?Cela va barder. ?? Se tulee asentamaan kattopaanuja.
Ça « élégant » = Il y a de l’électricité dans l’air.
ÇaÇa y est? Joko on valmis?
CelaCela y est-il? Onko se siinä?
Ça « élégant » = Êtes-vous prêts ? ou Nous y sommes ?
ÇaComment ça va? Kuinka voitte?
Cela??Comment cela va-t-il? (employé seul est quasiment agram­ma­ti­cal)
Ça « élégant » = Comment allez-vous?
ÇaComme ci com­me ça. Joten kuten
Cela*Comme ceci com­me cela. (n’exis­te pas com­me ex­pres­sion idiomatique)
Ça « élégant » = Moyennement / Tout doucement.
ÇaÀ part ça, ça va. Muuten kaikki menee hyvin.
Cela?À part cela, cela va. (agram­ma­ti­cal)
Ça « élégant » = Sinon, tout va bien.
ÇaÇa vient ! Kohta on valmis.
Cela??Cela vient! (employé seul est très étrange, voire impos­si­ble)
Ça « élégant » = Ce sera bientôt prêt / terminé.
ÇaÇa doit être ça. Se on varmaan niin. / Sen on pakko olla se.
Cela**Cela doit être cela. (agram­ma­ti­cal)
Ça « élégant » = C’est sans doute cela.
ÇaÇa pue ici. Täällä haisee.
Cela?Cela pue ici. Se haisee täällä. (se dit dif­fi­ci­le­ment, car le ver­be puer employé ainsi n’est pas du style du code écrit strict).
Ça « élégant » = Il y a une mauvaise odeur ici.
ÇaÇa casse pas des briques. Ei ole häävi.
Cela?Cela ne casse pas des briques. ?Se ei riko tiiliskiviä.
Ça « élégant » = C’est ordinaire / c’est médiocre.
ÇaÇa ne prend pas avec moi. Tuo temppu ei onnistu minun kanssani.
Cela?Cela ne prend pas avec moi. (ininterprétable hors contexte)
Ça « élégant » = Je ne me laisserai pas berner. / Je ne me laisserai pas influencer.
ÇaÇa me gratte. Kutittaa.
CelaCela me gratte. Se raapii minua.
Ça « élégant » = J’ai des démangeaisons.
ÇaÇa me fait suer. Ärsyttää. / Ottaa päähän.
CelaCela me fait suer. Se saa minut hikoilemaan.
Ça « élégant » = Cela m’agace. / Cela m’irrite.
ÇaÇa glisse. [Täällä] On liukasta. / Luistaa hyvin.
CelaCela glisse. Se luistaa. Se liukuu.
Ça « élégant » = C’est glissant.
ÇaÇa suffit ! Riittää jo! Lopeta!
CelaCela suffit. Se on riittävää. Se riittää.
Ça « élégant » = Cessez !

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 32. Le pro­nom ÇA. Dernière mise à jour : 14.8.2021