Guide de grammaire fran­çaise
pourétudiants finnophones

  Index alphabétique

L’énonciation
et la phrase

Énonciation, énoncé, deixis

Référence déictique et référence anaphorique

Les éléments de la phrase

Types de phrase

Énonciation, énon­cé, deixis

Cette page présente et regrou­pe un ensemble de termes utilisés ailleurs dans ce Guide de gram­mai­re et n’a pas voca­tion à présenter une analyse linguistique détaillée de la phra­se et de l’énonciation. Le fin­nois et le fran­çais présentent dans l’ensemble de très grandes similitudes dans le do­mai­ne de la cons­truc­tion de la phra­se et de l’a­gen­cement des élé­ments de l’é­non­cé.

L’énonciation

L’énon­cia­tion ([puheen]vuoro) est l’acte par lequel un lo­cu­teur produit dans une si­tua­tion de com­mu­ni­ca­tion un message, un ensemble de « mots » (dans un sens très large du terme). Cette pro­duc­tion (en fin­nois tuotos) est ce qu’on appelle l’énon­cé (lausuma). L’énon­cé est un dis­cours ou une par­tie de dis­cours, une phra­se, un simple mot, une onomatopée etc. Si deux per­son­nes dif­fé­ren­tes pro­non­cent la mê­me phra­se, il s’agit de deux actes d’énon­cia­tion dif­férents et donc de deux énon­cés dif­fé­rents.

L’acte d’énon­cia­tion im­pli­que un lo­cu­teur (puhuja) spé­ci­fi­que, qui dit quel­que chose à quel­qu’un (l’allocutaire, puhuteltava), à un moment spé­ci­fi­que, à un endroit spé­ci­fi­que, dans une situa­tion spé­ci­fique. L’énon­cia­tion est liée à la réalité ex­tra­lin­guis­ti­que (le monde qui nous entoure, avec ses objets et ses phénomènes). L’énon­cé est donc produit, à pro­pos de quel­que cho­se, par un su­jet lin­guis­tique, le lo­cu­teur, celui qui dit je ; le moment spécifique où il pro­duit son énon­cé est pour lui le présent (son « main­te­nant »), et le lo­cu­teur dé­si­gnerait l’endroit spécifique où il produit cet énon­cé en disant « ici ».

La deixis

Cet ensemble de repères de temps et de lieu for­ment ce qu’on appelle la situa­tion de deixis (deiksis, d’un mot grec qui signifie « montrer ») : dans la deixis, je dit quel­que chose à tu, ici et main­te­nant. Les relations tem­po­rel­les se comprennent par rapport au présent du lo­cu­teur je. Si par exem­ple le lundi 16 juin le lo­cu­teur dit « hier j’ai fait une longue sortie en kayak », hier dé­si­gne le 15 juin. De mê­me, s’il dit « dans deux semaines je pars en va­can­ces », dans deux semaines signifie le 30 juin.

Dans la situa­tion de deixis, divers élé­ments linguistiques peuvent ren­voy­er au moment ou à la situa­tion de l’énonciation, no­tam­ment les ad­ver­bes ici et main­te­nant, les dé­mons­tra­tifs (cette lam­pe, qu’on peut montrer ou dé­si­gner à la per­son­ne à qui on parle), mais aus­si des ad­ver­bes com­me bientôt, demain, tout de suite, des pré­po­si­tions com­me dans (dans un an), il y a (il y a dix minutes), des com­plé­ments de phra­se com­me lundi, ce soir etc. Ces in­di­ca­teurs sont ap­pelés des déictiques.

Discours et récit

L’énon­cia­tion de dis­cours, terme qu’on simplifie sou­vent en dis­cours, est l’énon­cia­tion qui engage le je du lo­cu­teur dans le temps de l’énon­cia­tion : je, tu, ici, main­te­nant, hier, demain.

À cela s’oppose l’énon­cia­tion historique, terme qu’on simplifie sou­vent en « récit », qui rapporte des faits détachés du moment de l’énonciation. L’énon­cia­tion his­to­ri­que est ce qu’on trouve dans un récit littéraire, une narra­tion fictive, un écrit his­to­ri­que etc. Cette énon­cia­tion se caracté­rise par l’ef­fa­ce­ment du su­jet de l’énon­cia­tion. Le lo­cu­teur n’est plus présent dans les évènements qu’il rapporte, le je et le tu sont effacés, et les pro­ta­go­nis­tes (tekijät) sont pré­sen­tés à la per­son­ne 3/6 il(s)/elle(s). Le temps fondamental de l’énon­cia­tion historique est le passé simple (et les temps qui en dépendent). Exem­ple :

Discours : Hier, je t’ai vu passer dans la rue.
Récit : La veille, il le vit passer dans la rue/ La veille, il l’avait vu passer dans la rue.

Deixis et anaphore

Dans l’énon­cia­tion de type historique, on n’uti­li­se plus des déictiques (deiktinen), qui ren­voient au présent de l’énon­cia­tion, mais des mots du type il, , alors, la veille, le lendemain, le lundi, le soir etc. Ces mots dénotent une référence anaphorique : ils ren­voient « en arrière » (c’est le sens du mot ana­phore, en finnois anafora) à des élé­ments qui doivent être connus pour que l’é­non­cé puisse être interprété. Ainsi, le mot cette peut avoir une interpréta­tion dif­fé­ren­te selon le type d’énonciation :

(a) Depuis quand tu as cette voiture ?
(b) Depuis quand avait-il cette voiture ?

Dans la phra­se (a), la référence est déictique, car la voiture est celle que je et tu peuvent voir dans la si­tua­tion d’é­non­cia­tion si cette phra­se est dite par je, à qui tu montre sa nouvelle voiture.

Dans l’exem­ple (b), il s’agit d’une référence anaphorique. Pour com­pren­dre de quelle voi­tu­re on parle, il faut connaitre un cer­tain nombre d’élé­ments du con­tex­te, par exem­ple une phra­se pré­cé­den­te : Jean vit son voisin se met­tre au volant d’une Tesla. Depuis quand avait-il cette voiture ? Le mot cette ren­voie alors anaphoriquement à une Tesla.

Référence déictique et référence anaphorique

Mode de référence

Les pro­noms ou les déterminants démonstratifs ren­voient (viittaavat) de dif­fé­ren­tes façons à ce qu’ils dé­si­gnent. On dis­tin­gue gé­né­ra­le­ment :

a. La référence déictique (deiktinen, de deixis, « le fait de montrer ») : le dé­mons­tra­tif ceci im­pli­que ha­bi­tu­el­le­ment une si­tua­­tion d’énon­cia­tion de dis­cours où quel­qu’un montre quel­que chose à quel­qu’un d’au­tre. Quand je dit « ceci » en dé­si­gnant quel­que chose à tu, tous les deux, je et tu, peuvent iden­ti­fier le con­te­nu de ceci grâce à la situa­tion d’énon­cia­tion, parce qu’ils peuvent voir/ entendre/ toucher ceci. De mê­me, le pro­nom tu a une valeur déictique parce qu’il fait intrinsè­que­ment référence à la per­son­ne à qui je dit « tu ».

b. Dans la référence anaphorique (anaforinen), le pro­nom ren­voie (viittaa) à un an­té­cédent (kor­re­laat­ti), c’est-à-dire à quel­que chose qui a pré­cé­dé dans le dis­cours. Le grou­pe no­mi­nal ce joli chat gris peut ainsi être repris par divers pro­noms à valeur anaphorique, dont le plus cou­rant est le pro­nom IL, mais aus­si le pro­nom re­la­tif qui/dont, le mien etc.

Il exis­te aus­si des pro­noms com­me per­son­ne ou quel­que chose qui n’ont pas de valeur déictique ni de valeur anaphorique.

La rela­tion anaphorique ne concerne pas seu­le­ment les pro­noms. Des ad­ver­bes com­me ainsi ou là-bas peu­vent éga­le­ment établir une rela­tion anaphorique. En fin­nois, ces ad­ver­bes sont d’ailleurs en général une for­me du pro­nom ana­pho­ri­que se (siten, siellä, silti, niin), et peuvent aus­si être utilisés par ex­em­ple pour souligner le lien entre une pro­po­si­tion prin­ci­pa­le et une pro­po­si­tion subordonnée qui la précède.

L’an­té­cé­dent

On appelle « an­té­cé­dent » (korrelaatti) l’élé­ment ou l’objet de pensée auquel ren­voie un pro­nom (ou un au­tre mot) dans la rela­tion ana­pho­rique. Cet an­té­cé­dent peut être un grou­pe no­mi­nal, un au­tre pro­nom, un ver­be, une proposi­­tion ou, de façon plus vague, une idée ou un élé­ment sous-entendu qui peut se déduire du con­tex­te ou d’au­tres indices. Dans les exem­ples ci-dessous, l’an­té­cé­dent du pro­nom est en ita­li­que :

Toi tu es content, moi je le suis moins. N’oublie pas de téléphoner → Je le ferai. Les élèves ne sont pas habitués à ce qu’on leur fasse dses critiques. → Ils n’y sont pas habitués. Nos jeunes voisins si sympathiques ont décidé de divorcer. → C’est bien triste.

L’an­té­cé­dent n’est pas tou­jours ex­pri­mé. On peut imaginer par exem­ple quel­qu’un qui rentre chez soi et découvre sur son bureau un paquet-cadeau, et dit à une au­tre per­son­ne : Ah, tu y as pensé ! Le pro­nom y ren­voie ici par exem­ple à mon anniversaire, mê­me si ce mot n’a été pro­non­cé nulle part. Mais il peut se déduire de la date ou d’au­tres indices, par anaphore associative. La for­me mê­me de l’an­té­cé­dent n’est pas forcé­ment claire. Dans cet exem­ple, dans l’esprit du lo­cu­teur l’an­té­cé­dent pourrait tout aus­si bien être on est au­jour­d’hui le 22 jan­vier (« donc c’est mon an­ni­ver­sai­re, et tu y as pensé »).

La cataphore

La cataphore (katafora) est le pro­cé­dé inverse de l’anaphore : au lieu de ren­voy­er vers quel­que chose qui a été dit ou mentionné antérieurement, un élé­ment ca­ta­pho­ri­que annonce quel­que chose dont on va parler. Le ré­fé­rent du mot cata­phorique n’est donc pas connu avant qu’on connaisse l’élé­ment qu’il annonce.

En fin­nois, on peut par ex­em­ple annoncer cataphoriquement une pro­po­si­tion re­la­ti­ve spé­ci­fian­te par un dé­ter­mi­nant par­ti­cu­lier : le dé­ter­mi­nant cataphorique an­non­çant une pro­po­si­tion re­la­ti­ve qui se rapporte à un an­té­cé­dent dé­fi­ni est se, et le dé­ter­mi­nant an­non­çant une re­la­ti­ve qui complète un an­té­cé­dent non dé­fi­ni est sellainen. Le fran­çais ne connait pas ce système et la dif­fé­ren­ce entre les deux est mar­quée uni­que­ment par l’op­po­si­tion ar­ti­cle dé­fi­ni / ar­ti­cle in­dé­fi­ni :

La cataphore dans la re­la­ti­ve spé­ci­fian­te
an­té­cé­dent dé­fi­ni an­té­cé­dent in­dé­fi­ni
se… joka
le …qui
sellainen … joka
un… qui

Important ! Ne pas traduire sellainen à valeur cataphorique par tel : *c’est une telle cons­truc­­tion qui…, qui est agram­ma­ti­cal en fran­çais !

Hän on se luistelija, joka voitti kultaa. C’est le patineur qui a gagné la médaille d’or.
Rela­tii­vi­lau­seet ovat sellainen rakenne, joka tuottaa toisinaan vaikeuksia. Les pro­po­si­tions re­la­ti­ves sont une cons­truc­tion qui pose parfois des pro­blè­mes.
Älä puhu (sellaisista) asioista, joita et tunne. Ne parle pas de [= *de des] choses que tu ne connais pas.

L’er­reur fré­quen­te chez les fin­no­pho­nes consisterait à uti­li­ser ce ou tel :

*Il est ce patineur qui a gagné la médaille d’or. Les pro­po­si­tions re­la­ti­ves sont *une telle cons­truc­­tion qui pose parfois des pro­blè­mes. Ne parle pas de *telles choses que tu ne connais pas. J’ai oublié de te rendre *ces livres que tu m’a prêtés. [com­pren­dre : les livres que] Cette ex­pres­sion se trouve dans *un tel texte où on parle des pro­noms relatifs.

Les élé­ments de la phra­se

Groupe ver­bal, groupe nominal, su­jet et prédicat

Dans la ter­mi­no­lo­gie gram­ma­ti­cale fran­çaise (et finlandaise) ha­bi­tu­el­le, la phra­se (virke) est com­po­sée de deux élé­ments de base, le grou­pe no­mi­nal (GN, en fin­nois nominaalinen lau­se­ke) et le grou­pe ver­bal (GV, en fin­nois traditionnellement ver­bi­lau­se­ke) :

GN Les enfants | GV jouent.

Le grou­pe no­mi­nal (GN) peut aus­si être un simple pro­nom:

GN Je | GV lis.

Ces élé­ments de base peuvent être accompagnés par d’au­tres élé­ments, un ad­jec­tif, un au­tre groupe nominal, des ad­ver­bes, des pro­po­si­tions (sivulauseet) etc.  :

GN La pluie abondante d’hier | GV a pro­vo­qué | GN des inondations ca­ta­stro­phi­ques | GN dans le sud du pays.

Remar­que  : dans sa description de la structure de la phra­se en fin­nois, la grammaire VISK n’u­ti­li­se pas la distinction traditionnelle GN / GV, ni mê­me le terme de verbilauseke, voir VISK §443.

Cette dé­fi­ni­tion décrit la for­me ou la structure de base de la phra­se. Mais ces élé­ments ont aus­si une fonction l’un par rapport à l’au­tre, et cette fonc­tion est décrite par les termes sui­vants :

CatégorieGroupe no­mi­nalGroupe ver­bal
Je lis.
Le chat joue avec la balle.
FonctionSujetPrédicat
Jelis.
Le chatjoue avec la balle.
Phrase et pro­po­si­tions

La phrase (virke) peut être divisée en sous-élé­ments, qu’on appelle des pro­po­si­tions (fin­nois lause). La phra­se peut être com­po­sée d’une seule pro­po­si­tion, qu’on appelle alors pro­po­si­­tion in­dé­pen­dante ; on peut éga­le­ment juxtaposer ou relier deux ou plu­sieurs pro­po­si­tions in­dé­pen­dan­tes par des conjonctions de coordination. Il s’agit alors de pro­po­si­tions indé­pen­dan­tes coordonnées :

Indépen­dante : Le vent souffle presque continuellement depuis deux mois.
Indépen­dantes juxtaposées : Il neige à gros flocons, je n’irai pas faire du ski.
Indépen­dantes coordonnées : Cet été, on ira visiter les Lofoten et on descendra vers Lille, via la Suède.

La phra­se peut éga­le­ment comporter une pro­po­si­tion à laquelle est rattachée une au­tre pro­po­si­tion qui en dépend gram­ma­ti­calement. La pro­po­si­tion dépen­dante est appelée « pro­po­si­­tion sub­or­don­née » (alisteinen lause) (en italique dans les ex­em­ples sui­vants). La pro­po­si­tion dont elle dépend est la « pro­po­si­tion prin­ci­pa­le » (hal­lit­seva lau­se) :

Je pense que vous avez tort. Si j’avais plus de temps, je rangerais enfin mon garage. Après être rentrés, ils ont pris une douche et sont allés se coucher tout de suite.

Résumé des termes
(proposition) principale halltitseva lause
(proposition) subordonnée alisteinen lause

Types de phra­se

Modalité

Dans la pra­ti­que gram­ma­ti­cale cou­rante, on dis­tin­gue sou­vent trois types de phra­se : la phra­se af­fir­mative, la phra­se né­ga­ti­ve et la phra­se in­ter­ro­ga­tive. On confond dans ce cas deux points de vue dif­fé­rents. En effet, les phra­ses peuvent d’abord être classées selon leur modalité (modaalinen lausetyyppi), c’est-à-dire selon la ma­niè­re dont le lo­cu­teur pré­sen­te le contenu. On dis­tin­gue ainsi :

1) l’asser­tion (väitelause), à laquelle cor­res­pond la phra­se assertive (deklaratiivi- eli väitelause) :

Dehors il pleut. Cette forêt est belle. Demain nous irons faire du ski.

2) l’in­ter­ro­ga­tion, à laquelle cor­res­pond la phra­se in­ter­ro­ga­tive (in­ter­ro­ga­ti­ivilause) :

Est-ce qu’il pleut dehors ? Cette voiture est-elle neuve ? Quand est-ce qu’on ira faire du ski ?

3) l’ordre, auquel cor­res­pond la phra­se impérative (imperatiivi- eli käskylause) :

Sortez prendre l’air ! Arrête de chantonner !

4) l’ exclamation, à laquelle cor­res­pond la phra­se exclamative (eksklamatiivilause) :

Qu’est-ce qu’il pleut ! com­me cette forêt est belle ! Vous en avez mis, du temps !

Affirma­tion et né­ga­tion

Ces phra­ses peuvent être pré­sen­tées à la for­me affirmative (com­me les exem­ples ci-dessus) ou à la for­me né­ga­ti­ve :

Dehors, il ne pleut plus. Cette forêt n’est pas très belle. Demain nous n’irons pas faire du ski. Ne sortez pas, il fait presque −35° ! N’aviez-vous pas prévu de passer les fêtes en famille ? Vous ne pensez pas que j’ai raison ?

Il ne faudrait donc pas opposer phra­se in­ter­ro­ga­tive et phra­se affirmative, com­me on le fait cou­ram­ment, mais, par exemple, phrase in­ter­ro­ga­tive et phrase assertive. La con­fu­sion s’explique parce que dans la langue cou­rante le mot affirmation a cou­ram­ment le sens de « chose qu’on affirme » (affirmation signifie donc aus­si « väittämä » en fin­nois), et que le mot assertion ne fait pas forcément par­tie du vo­ca­bu­laire de tous les jours.

Phrases ver­bales et phra­ses no­mi­nales

On fait aus­si la distinc­tion entre les phra­ses no­mi­nales (exem­ple a), qui n’ont pas de ver­be, et les phra­ses ver­bales, où le ver­be est ex­pri­mé (exem­ple b) :

(a) Dans un mois, retour à Paris et installa­tion dans le nouvel apparte.
(b) Il faudra demander de l’aide à quel­ques copains.

La saillance

Le terme de saillance est uti­li­sé en sé­man­ti­que pour dé­si­gner la « visibilité » de tel ou tel élément d’un énon­cé. Cette visibilité peut résulter de facteurs dif­fé­rents et très variés. Ces facteurs peuvent par exem­ple être visuels à l’écrit (on peut met­tre un élément en gras), accentuels à l’oral (on peut appuyer sur un mot). Pour donner une plus grande saillance à un élément, on peut aus­si varier l’ordre des mots, uti­li­ser des cons­truc­tions cli­vées (c’est ce livre que je veux (voir aus­si la focalisation plate), ou d’au­tres pro­cé­dés (uti­li­sation du passif, dislocation etc.) qui sont abor­dés ailleurs dans cet­te gram­maire.

La saillance dépend aus­si de ca­rac­té­ris­ti­ques sé­man­ti­ques intrinsèques : dans un énon­cé, un nom propre a une plus grande saillance qu’un nom commun ; un nom à ré­fé­rent animé est plus saillant qu’un nom à ré­fé­rent non animé etc. La saillance ca­ra­cté­ri­se éga­le­ment des éléments de l’é­non­cé mê­me quand ils ne sont pas rendus par­ti­cu­lièrement « visibles » par les pro­cé­dés mentionnés ci-dessus. Il exis­te ainsi une hiérarchie des éléments d’un énon­cé dépen­dant de leur fonction gramma­ticale, qui permet d’in­ter­pré­ter les relations anaphoriques et d’identifier l’antécédent d’un pronom ou d’une ex­pres­sion anaphorique (l’adver­be ainsi implique aus­si une relation anaphorique). Ce phé­no­mène se retrouve sous diverses for­mes et diverses réalisations dans tou­tes les langues. Il faut pou­voir déduire de qui ou de quoi on parle quand on uti­li­se un pronom ou une ex­pres­sion anapho­ri­que.

Sans entrer dans l
e détail (pour plus de détails, voir par ex­em­ple ici), on peut résumer cette hiérarchie des fonctions grammaticales de la ma­nière sui­vante (de façon très sché­matique), en allant du plus saillant au moins saillant :

Sujet/agent - com­plé­ment direct - com­plé­ment pré­po­si­tion­nel - groupe pré­po­si­tionnel (com­plé­ment du nom ou au­tre)

En vertu de cette règle, la phra­se (a) ci-dessous sera prioritairement interprétée comme (b) : le su­jet je est par nature plus saillant que le com­plé­ment de ver­be direct l’. Cepen­dant, la phra­se peut aus­si s’interpréter comme (c), si le contexte est clair (au­trement dit, si le ré­fé­rent de l’ est évoqué dans le contexte d’une ma­niè­re qui lui donne une saillance intrinsèque) :

(a) Je l’aime autant que toi.
(b) « Je l’aime autant que tu l’aimes. »
(c) « Je l’aime autant que je t’aime. »

Cette dif­fé­ren­ce de saillance a des implications sur le choix du pronom anaphorique. Soient les phra­ses sui­vantes :

(d) Les éléments naturels ont une influence directe sur notre vie et ils finissent tou­jours par avoir le dernier mot.
(e) Nous dépendons des éléments naturels plus que ceux-ci ne dépendent de nous.

Dans la phra­se (d), le groupe les éléments naturels est le su­jet du ver­be, et il est tout naturellement repris par ils. Dans l’exem­ple (e), le groupe éléments naturels est un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel. Pour cette raison, il n’a pas la mê­me saillance que s’il était su­jet en fonction de su­jet. L’utilisation du pronom ceux-ci permet en quelque sorte de redonner une saillance nouvelle à cet élément. Cepen­dant, la saillance reste suffisante, et on aurait pu dire éga­le­ment Nous dépendons des éléments naturels plus qu’ils ne dépendent de nous. En revanche, la saillance devient très faible quand le GN est com­plé­ment du nom d’un au­tre GN dans un groupe pré­po­si­tionnel ; dans ce cas, l’uti­li­sation de celui-ci est presque la règle :

Le chercheur a pré­sen­té un exposé sur les résultats de son expérience et selon lui celle-ci ouvrait des perspectives très prometteuses.

Dans la première pro­po­si­tion, trois éléments sont plus ou moins saillants : le chercheur, un exposé, les résultats de son expérience. Si on disait et selon lui, elle ouvrait…, on resterait un moment à se de­man­der à quel GN fé­mi­nin ren­voie le pronom elle, car les trois noms véritablement saillants (cher­cheur, exposé, résultats) sont tous du mas­cu­lin. L’uti­li­sation du pronom celle-ci, qui ren­voie au GN le plus proche (ex­pé­rience), permet donc de redonner « une visibilité » au mot expérience et d’établir sans dif­fi­culté la relation anaphorique GN-pronom.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 8. L’énonciation et la phra­se. Dernière mise à jour : 8.8.2021