Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Le pronom IL

Définitions et formes

Le pronom IL sujet

IL com­plé­ment de verbe direct, sujet postposé et attribut du sujet

IL CVD, sujet postposé et attribut du sujet avec un adjectif

IL com­plé­ment pré­po­si­tion­nel

IL com­plé­ment de l’adjectif
et du nom

Formes faibles
devant un pronom relatif

Exceptions dans le code écrit

Y et en dans le français parlé

IL avec un adjectif , français parlé et style familier

L’anaphore pré­po­si­tion­nelle

Formes focalisées : niveau C1

Définitions et for­mes

Définitions

a. Dans ce Guide, le « pro­nom IL » (IL en majuscules) dé­si­gne de façon gé­né­ri­que les 27 for­mes du pro­nom de per­son­ne 3/6 qui ont pour an­té­cé­dent (korrelaatti) un grou­pe no­mi­nal (GN) ou un pro­nom. Exemples de grou­pes no­mi­naux ou de pro­noms :

le tableau, ce clavier, nos amis de Belgique, les trois petits chatons, une com­pa­gnie aérienne à bas prix, celles-ci, tes olives, les miennes, le livre qui se trouve sur la ta­ble, eux, quel­ques-unes…

Le pro­nom IL s’oppose au pro­nom ÇA, qui ren­voie à un antécédent qui n’est pas un groupe nominal identifiable dans le con­tex­te.

En fin­nois, le pro­nom se peut ren­voy­er à un groupe nominal ou à un an­té­cé­dent non nominal (proposition, idée etc.), mais en fran­çais on uti­li­se deux pro­noms dif­fé­rents :

He remontoivat keittiön. Nyt se on tilavampi ja toimivampi. Se = keittiö (GN)
He remontoivat keittiön. Se oli melko kallista. Se = kun he remontoivat keit­tiön.
Ils ont rénové la cuisine. Maintenant elle est plus pra­ti­que et fonc­tionnelle.
Ils ont fait refaire leur cuisine. Ça a couté pas mal d’argent.

✎ Il y a de nom­breu­ses possibilités dif­fé­ren­tes d’uti­li­ser IL et ÇA et de nom­breu­ses exceptions. Voir la page consacrée à l’op­po­si­tion IL vs ÇA.

b. Il exis­te un deuxième pro­nom il, qui peut servir de pro­nom con­ju­ga­teur. Dans ce Guide, ce pro­nom est dé­si­gné systématiquement par « il » (en minuscules). Con­trai­re­ment à ÇA utilisé comme pro­nom conjugateur, qui a plu­sieurs for­mes dif­fé­ren­tes, il pro­nom conjugateur n’a qu’une seule for­me.

Formes

Les for­mes il elles la les en eux y celles-ci leur… sont tou­tes des for­mes d’un mê­me pro­nom, comme en finnois sen, sille, niistä, sii­hen, sitä, niihin ou hä­neen, hänestä, heihin, heille etc. sont des for­mes de se ou de hän. La varia­tion des for­mes dépend de dif­fé­rents facteurs :

Les for­mes sont résumées dans les tableaux sui­vants, qui regroupent :

  1. 1) les for­mes faibles, qui ne peu­vent pas être utilisées seules ni après une pré­po­si­tion ;
  2. 2) les for­mes pleines, qui peu­vent être utilisées seules ou après une pré­po­si­tion. Ces for­mes pleines peuvent aus­si être utilisées comme for­mes focalisées.

Le tableau ne présente pas tous les cas d’em­ploi, qui sont assez nom­breux, et les pos­si­bi­li­tés à l’intérieur de chaque cas le sont éga­le­ment.

Tableau-résumé des for­mes du pro­nom IL
Formes faibles
su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
Formes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.préposition + luipréposition +celui-ciluicelui-là
f.préposition + ellepréposition + celle-ciellecelle-là
pl.m.préposition + euxpréposition + ceux-cieuxceux-là
f.
préposition + ellespréposition + celles-ciellescelles-là

✎ Les for­mes elle, elles, lui peu­vent fonc­tionner com­me for­me faible et com­me for­me pleine.

Ce tableau montre que le système du pro­nom IL en fran­çais est très dissymétrique (con­trai­re­ment au pro­nom hän/se en fin­nois) :

Les for­mes faibles du pro­nom IL varient d’abord (et sont pré­sen­tées ci-dessous) d’après la fonc­tion gram­ma­ti­cale du pro­nom. Le pro­nom a ce­pen­dant rarement la mê­me fonc­tion gram­ma­ti­cale que le grou­pe no­mi­nal qui est son an­té­cé­dent, voir Phra­se in­ter­mé­diaire.

✎ Il exis­te aus­si des groupes nominaux qui ne peu­vent pas être remplacés par IL.

Un système hétéroclite

Le système du pro­nom de personne 3/6 en finnois uti­li­se deux pro­noms, hän et se, qui se dé­cli­nent (taipuvat) régulièrement et n’ont qu’une seule for­me par cas et par nombre (une pour le singulier et une pour le pluriel). Le fran­çais uti­li­se un mé­lan­ge

a) de for­mes utilisées uniquement comme pro­nom (il, elles, lui etc.) et

b) de for­mes hétéroclites (sekalainen) qui ont aus­si d’au­tres emplois : le la les sont aus­si des ar­ti­cles, leur un déterminant possessif, en une préposition, y un adver­be, celui-ci et celui-là des pro­noms démonstratifs.

Inversement, les for­me celui/celle, qui servent aus­si à for­mer les pro­noms celui-ci/celui-là, s’uti­li­sent sous la for­me simple celui, celle, ceux, celles) uniquement comme al­lo­mor­phe de IL, et dans cer­tains cas par­ti­cu­liers (ci-des­sous).

Il n’est donc pas étonnant que les finnophones (et aus­si les au­tres ap­pre­nants de fran­çais langue étrangère) aient des dif­fi­cul­tés à uti­li­ser les for­mes justes et mélangent sou­vent les dif­fé­ren­tes for­mes. Cepen­dant, on trouve le mê­me phénomène en finnois aus­si : le mot se est utilisé comme pro­nom de personne 3/6, comme déterminant démonstratif et comme pro­nom démonstratif.

Le pro­nom IL su­jet

Les for­mes du pro­nom IL su­jet
Formes faibles
 su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
Formes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.préposition + luipréposition +celui-ciluicelui-là
f.préposition + ellepréposition + celle-ciellecelle-là
pl.m.préposition + euxpréposition + ceux-cieuxceux-là
f.
préposition + ellespréposition + celles-ciellescelles-là

La for­me faible du pro­nom IL en fonc­tion de su­jet est il/elle, au pluriel ils/elles. IL peut ren­voy­er à tout grou­pe no­mi­nal identifiable ou à un pro­nom. Il n’y a pas de distinc­tion entre ré­fé­rent +humain et ré­fé­rent −humain com­me en fin­nois (ni entre +animé et −animé) :

Le petit garçon courait dans le jardin. Il est tombé en butant sur une pierre. Re­gar­de ce petit chien, il est tout excité. J’ai acheté un nouveau four à micro-on­des, il était très bon marché et il est très simple à uti­li­ser. Ne répondez pas aux deux dernières ques­tions, elles figurent par er­reur dans les su­jets d’examen.

Contrairement au fin­nois, le pro­nom su­jet il/elle peut donc ren­voyer à tout type de ré­fé­rent (animé, non animé, humain, non hu­main). C’est un point sur lequel il faut insister dans l’en­sei­gne­ment du fran­çais à des débutants fin­no­pho­nes, pour éviter qu’ils in­tro­duisent une distinc­tion inexistante entre +humain et −humain (il op­po­sé à ce) sur le mo­dè­le du fin­nois hän/se.

Dans l’in­ter­ro­ga­tion di­rec­te avec in­ver­sion, quand le pro­nom su­jet se trouve après le ver­be, on uti­li­se les mê­mes for­mes faibles que quand le pro­nom est avant le ver­be :

Depuis quand est-elle rentrée ? Vos amis ont-ils enfin vendu leur maison ? Qu’en pensent-ils ?

IL com­plé­ment de ver­be direct,
at­tri­but du su­jet et su­jet post­po­sé

Dans ces trois fonc­tions gram­ma­ti­cales, les for­mes du pro­nom IL varient de façon très si­mi­lai­re, mal­gré quel­ques dif­fé­ren­ces, ce qui permet de sim­pli­fi­er la mé­mo­ri­sa­tion des règles :

Complément de ver­be directIls font des pro­po­si­tions.→ Ils en font.
Attribut du su­jet Ce sont des pro­po­si­tions. → C’en sont.
Sujet post­po­sé Il faut des pro­po­si­tions. → Il en faut.
Les for­mes du pro­nom IL CVD, su­jet post­po­sé, attribut du su­jet
Formes faibles
 su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
Formes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
ré­fé­rentaniménon animéaniménon animé
sg.m.préposition + luipréposition +celui-ciluicelui-là
f.préposition + ellepréposition + celle-ciellecelle-là
pl.m.préposition + euxpréposition + ceux-cieuxceux-là
f.
préposition + ellespréposition + celles-ciellescelles-là

Les for­mes le, la, les, en en fonc­tion de com­plé­ment de ver­be direct (CVD), de su­jet post­posé et d’at­tri­but du su­jet dépendent du dé­ter­mi­nant qu’aurait le nom dans le grou­pe no­mi­nal au­quel il se sub­sti­tue. Il y a trois pos­sibilités :

  1. 1) des, du, de la, de + nom → pro­nom en ;
  2. 2) au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni (un, une, cer­tains, quel­ques, deux, plu­sieurs) + nom → pro­nom en + dé­ter­mi­nant après le ver­be ;
  3. 3) grou­pe no­mi­nal in­tro­duit par un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni (ou pro­nom à valeur dé­fi­nie) → pro­nom le, la, les.

Remar­que : dans le fran­çais parlé, on applique parfois ces règles dif­fé­rem­ment.

Nom dé­ter­mi­né par une for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en d-

Quand le pro­nom IL se sub­sti­tue à un grou­pe no­mi­nal pré­cé­dé d’une des for­mes de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni com­mençant par un d-, c’est-à-dire des, du, de la, de, d’, il prend la for­me in­va­ria­ble en. Ces for­mes d’ar­ti­cle en d- sont tou­tes les for­mes de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni au­tres que un/une :

Com­plément de ver­be direct
Le voisin m’a donné des pommes. → Le voisin m’en a donné.
II y a sou­vent des accidents. → Il y en a sou­vent.
Il a cueilli de beaux champignons. → Il en a cueilli.
Je n’ai plus d’allumettes. → Je n’en ai plus.
Le 1er mai, on vend partout du muguet. Vappuna myydään kaikkialla kieloja. → On en vend partout.
J’ai mangé de la glace. → J’en ai mangé.
Je n’ai plus de pain. → Je n’en ai plus.

Sujet post­po­sé
Il vient en­co­re des visiteurs. → Il en vient en­co­re.
Il ne passe plus de trains sur cette voie.→ Il n’en passe plus.
Il te faut de l’argent ? → Il t’en faut ?
Il ne manque plus de passagers. → Il n’en manque plus.

Attribut du su­jet
Ces champignons sont aus­si des giroles. → Ces champignons en sont aus­si.
Ce sont des chats. → C’en sont.
Ces pierres ne sont pas des émeraudes. → Ces pierres n’en sont pas.
Ce n’est pas de la farine sans gluten. → Ce n’en est pas. 

Dans les phra­ses sui­vantes, l’ar­ti­cle n’est pas une for­me d’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en d- (une pomme, le chocolat), mais on uti­li­se mal­gré tout le pro­nom en. L’explica­tion est que le pro­nom en ren­voie à un grou­pe no­mi­nal non ex­pri­mé dans lequel il y a la for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni de, qu’on peut rétablir par une phrase in­ter­médiaire :

Tu as un chien ? – Non, je n’ai pas de chien. → Non, je n’en ai pas. Les fruits sont bons pour la santé. Mangez des fruits tous les jours. → Mangez-en tous les jours. Tu veux une pomme ? – Non, je ne veux pas de pomme. → Je n’en veux pas. Si tu aimes tellement le chocolat, je t’achèterai du chocolat tous les jours. → Je t’en achèterai tous les jours.

Dans ces phra­ses, le pro­nom en ne reprend donc pas les grou­pes no­mi­naux une pomme, un chien, les fruits ou le cho­co­lat, mais de pomme, de chien, des fruits, du chocolat.

Nom dé­ter­mi­né par un au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni

Quand le pro­nom IL se sub­sti­tue à un grou­pe no­mi­nal pré­cé­dé par un au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni qu’une for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en d-, par ex­em­ple un, quel­ques, trois, plu­sieurs, beau­coup de etc., on remplace le grou­pe dé­ter­mi­nant+nom par le pro­nom en et on rajoute après le ver­be le pro­nom cor­res­pon­dant au dé­ter­mi­nant :

Com­plément de ver­be direct
Tu veux une pomme ? → Tu en veux une ? 
On regarde un nouvel épisode ? → On en regarde un ?
Je ne veux que trois billets. → Je n’en veux que trois.  
Nous n’avons entendu au­cu­ne protestation. → Nous n’en avons entendu au­cu­ne. 
Achète plu­sieurs magazines. → Achètes-en plu­sieurs.
J’ai reconnu cer­tains élèves. → J’en ai reconnu cer­tains.  
On a regardé seu­le­ment trois épisodes sur dix. → On en a regardé seu­le­ment trois.
Il y eu deux accidents dans l’usine en un an. → Il y en a eu deux en un an.
Nous, on a eu seu­le­ment un accident seu­le­ment. → Nous, on en a eu seu­le­ment un. casque-audio-avec-micro 12.12

Sujet post­po­sé
Il s’est produit plu­sieurs tremblements de terre.→ Il s’en produit plu­sieurs.  
Il me faut deux copies de ce texte. → Il m’en faut deux.  
Il manque en­co­re cer­tains documents. → Il en manque en­co­re cer­tains.

Attribut du su­jet
C’est une girole ? – Oui c’en est une .
C’est un chat. → C’en est un.
Est-ce que cet organisme est bien une bactérie ? – Oui, c’en est bien une.

Si le dé­ter­mi­nant est quel­ques, il est repris par quel­ques-un(e)s :

On a reconnu quel­ques actrices. → On en a reconnu quel­ques-unes.
Il s’est produit seu­le­ment quel­ques accidents sur cette route l’an dernier. → Il s’en est produit seu­le­ment quel­ques-uns.
Ce ne sont que quel­ques ex­em­ples. → Ce n’en sont que quel­ques-uns.
C’étaient quel­ques météorites de l’essaim des Perséides. → C’en étaient quel­ques-unes.

Si le dé­ter­mi­nant est un dé­ter­minant   com­po­sé for­mé avec de (beau­coup de, un peu de, un millier de etc., l’élément de n’est pas ex­pri­mé après le ver­be :

Com­plément de ver­be direct
Il y a eu des milliers de cas. → Il y en a eu des milliers
Il n’a pas beau­coup d’argent. → Il n’en a pas beau­coup.
Il a mangé tou­te une boite de chocolats. → Il en a mangé tou­te une boite.
Il y a eu des milliers de cas. → Il y en a eu des milliers.— Tu auras beau­coup de cadeaux. → Tu en auras beau­coup.— Elles ont gagné un cer­tain nombre de points. → Elles en ont gagné un cer­tain nombre.
On a cueilli tout plein de myrtilles. → On en a cueilli tout plein.

Sujet post­po­sé
Il se trouvera cer­tai­nement beau­coup de gens pour critiquer le projet. → Il s’en trouvera cer­tai­nement beau­coup.   
Il te faut beau­coup d’argent ? → Il t’en faut beau­coup ?
Il me faudrait pas mal d’argent. → Il m’en faudrait pas mal.

Attribut du su­jet
Ce sont beau­coup de de pro­blè­mes. → C’en sont beau­coup.

Le dé­ter­mi­nant nombre de ne peut pas être repris après le ver­be ( à la place, on uti­li­se par ex­em­ple un grand nombre de) ; mais quan­ti­té de peut être repris (bien que ra­re­ment) :

Nous avons trouvé nombre d’ex­em­ples. → Nous en avons trouvé un grand nom­bre. Nous avons trouvé quan­ti­té de cas. → Nous en avons trouvé quan­ti­té. ou Nous en avons trouvé une grande quan­ti­té.

Rappel : le mot en peut aus­si être 1) une for­me du pro­nom ÇA et 2) une pré­po­si­tion.

En utilisé dans la langue cou­ran­te

Le pro­nom en su­jet post­po­sé a un équivalent en finnois, sitä ou niitä, mais qui est rarement utilisé, et il faut du temps aux finnophones pour s’habituer à uti­li­ser en. Pourtant, en fran­çais, l’utilisation de en est tout à fait banale et fré­quen­te, comme le montre ce dialogue entendu sur un marché de Paris :



— Qu’est-ce qu’il vous faut, madame ? Mitä rouvalle saisi olla?
— Il me faut des asperges. Ottaisin parsaa.
— Il vous en faut combien ? Paljonko otatte?
— Il m’en faudrait deux bottes. Otan kaksi nippua.
— Il me faut aus­si des fraises. Otan myös mansikoita.
— Il m’en faudrait une barquette. Otan yhden rasian.
— Et avec ça, il vous fallait au­tre chose ? Tuliko muuta?
— Non merci, c’est tout ce qu’il me faut. Ei muuta, kiitos.

Nom dé­ter­mi­né par un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni

Quand IL se sub­sti­tue à un nom pré­cé­dé d’un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni (ar­ti­cle dé­fi­ni le la les, dé­ter­mi­nant dé­mons­tra­tif / pos­ses­sif ce, cette, ces, mon, tes, leurs, sa, nos, vo­tre…), il prend la for­me le, la ou les, et au sin­gu­lier devant voyelle l’. Le pro­nom n’a donc qu’une seule for­me devant voyelle, l’, et une seule for­me au pluriel, les :

L’été est arrivé. Tout le monde l’attendait. Essaye ce couteau, je le trouve très pra­tique. Tu peux me rendre mes livres ? – Je te les rapporte demain. Est-ce que tu connais Thomas ? – Non, je ne le connais pas. (Thomas est un nom propre, dé­fi­ni par nature) Notre maison est la seule bleue, tu la reconnaitras facilement. Ne jette pas ces tickets d’entrée, je les garde com­me souvenir. Nous avons be­soin de la voiture ce soir. – Je vous la ramène cet après-midi.

Le pro­nom peut aus­si reprendre un au­tre pro­nom per­son­nel, un pro­nom dé­mons­tra­tif ou pos­sessif (qui sont des pro­noms à ré­fé­rent dé­fi­ni) :

Elle n’est pas là et je ne l’ai pas vue de la journée. Hän ei ole kotona enkä ole nähnyt häntä koko päivänä. Est-ce qu’ils t’ont téléphoné? – Non, c’est moi qui les ai appelés. Quelles jolies jupes ! Tu ne voudrais pas essayer celle- ? Je ne la trouve pas trop chère.

Attribut du su­jet

Quand le grou­pe no­mi­nal auquel le pro­nom se sub­sti­tue est dé­ter­mi­né par un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni, on peut aus­si re­pren­dre le grou­pe no­mi­nal at­tri­but par le pro­nom le :

M. Zonk est le nouveau di­rec­teur. C’est moi qui l’étais jusqu’à présent, mais j’ai voulu me donner plus de temps libre. Il sera votre ami com­me je l’ai été.

La pro­no­mi­nalisa­tion est ce­pen­dant soumise à diverses contraintes. En principe, le pro­nom s’ac­cor­de en gen­re et en nombre (a), mais l’usage moderne a ten­dan­ce à uti­li­ser le pro­nom sans genre le (b), qui n’est donc pas une for­me de IL, mais une for­me de ÇA :

(a) Elle est votre amie, je la suis aus­si. (b) Elle est votre amie, je le suis aus­si.

Sur l’accord du pro­nom, voir le détail dans Le bon usage 2007 §673. De tou­te façon, cette cons­truc­­tion n’est pas tellement fré­quente. On dira ainsi dif­fi­ci­le­ment : Vous êtes la nou­velle directrice ? – ? Je le/la suis. Plutôt :  Vous êtes la nouvelle directrice ?  — Oui, c’est moi.

IL CVD, su­jet post­po­sé et at­tri­but du su­jet avec un ad­jec­tif

Quand IL (com­plé­ment de ver­be direct, su­jet post­po­sé et at­tri­but du su­jet) reprend un groupe nominal contenant un ad­jec­tif, on ob­ser­ve les mê­mes règles que ci-des­sus, mais il y a cer­tai­nes dif­fé­ren­ces, qui dépendent du dé­ter­mi­nant. Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se parfois d’au­tres pro­cé­dés (voir plus loin sur cette page).

GN dé­ter­mi­né par un ar­ti­cle in­dé­fi­ni

Quand le grou­pe no­mi­nal est dé­ter­mi­né par un ar­ti­cle in­dé­fi­ni (donc tou­tes les for­mes d’ar­ti­cle in­dé­fi­ni : un, une, des, du, de, de la), on reprend le nom avec le pro­nom en et on répète le dé­ter­mi­nant et l’ad­jec­tif après le ver­be, au­tre­ment dit on re­prend le grou­pe nomi­nal après le ver­be, mais en extrayant le nom sous la for­me du pro­nom en. Com­pa­rer :

Je jouerai des sonates. → J’en jouerai.
Je jouerai des sonates faciles. → J’en jouerai des faciles.
Achète des pêches au marché. → Achètes-en.
Achètes des pêches rouges au marché. → Achètes-en des rouges.
Il manque une petite cuillère. → Il en manque une petite.
On trouve des pommes pas chères en cette saison. → On en trouve des pas chères.
Achète une bouteille de coca. Je voudrais une grande bouteille. → J’en voudrais une grande.
Tu as un beau chat. → Tu en as un beau.
C’est un beau chat. → C’en est un beau.
Ils ont d’ au­tres chats. → Ils en ont d’ au­tres
Ce sont d’ au­tres chats. → C’en sont d’ au­tres.
C’est le mê­me manteau ? – Non, c’en est un au­tre.

Génial est le mot qui dé­fi­nit le mieux ce CD, mais impressionnant, puissant et en­vou­tant en sont d’au­tres. Si c’est une er­reur, c’en est une belle. Est-ce que ce sont de vraies émeraudes ou des émeraudes de synthèse ? C’en sont de vraies. Cette fois, il s’est produit un grave accident à l’usine. → Cette fois, il s’en est pro­duit un grave.

Si l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel est à la for­me de parce qu’il précède un ad­jec­tif an­té­po­sé, il reste à la for­me de quand le nom est remplacé par en (mais dans le fran­çais parlé, il repasse sou­vent à la for­me des) :

Je veux de belles pommes. → J’en veux de belles
Il voudrait d’au­tres chaussures. Hän haluaisi toiset kengät. → Il en voudrait d’au­tres.

Remar­que : dans le deuxième exem­ple, le grou­pe d’au­tres est la for­me du grou­pe no­mi­nal d’au­tres chaussures (ar­ti­cle in­dé­fi­ni + ad­jec­tif + nom) dans lequel le nom chaus­sures a été remplacé par le pro­nom en. Le grou­pe d’au­tres s’analyse donc com­me un grou­pe ar­ti­cle+ad­jec­tif (exac­te­ment com­me de belles, de bon­nes, des rouges, etc.) qui est rattaché au pro­nom en. D’au­tres n’est donc pas un pro­nom, com­me le décrivent par exem­ple cer­tai­nes gram­mai­res finlandaises (lire).

Cepen­dant, après ne … que, on uti­li­se uni­que­ment la for­me des, mê­me si l’ad­jec­tif est an­té­po­sé dans le grou­pe no­mi­nal de départ :

On nous avait dit qu’il y avait de gros cèpes dans la forêt en ce moment, mais on n’en a trouvé que des petits. Haroun Tazieff avait prévu qu’il y aurait des séismes en France avant l’an 2000. Il n’y en a eu que des petits et c’est tant mieux. Je ne me rappelle plus les bottes que j’ai achetées après, mais à partir de ce moment-là, je n’en ai acheté que des bonnes.

Les règles décrites ci-dessus s’appliquent aus­si aux cas où le mot qui ca­ra­cté­ri­se le nom n’est pas un adjectif mais un ad­ver­be, une pro­po­si­tion re­la­ti­ve ou une au­tre construc­tion similaire : on reprend le dé­ter­mi­nant, en le faisant suivre du mot ou grou­pe de mots concerné (usage fré­quent dans le fran­çais parlé) :

Tu avais déjà vu des voitures com­me celle de la collection ? – Non, je dois dire j’en ai jamais vu des com­me ça. Y’a un monsieur qui nous a donné des bonbons qui piquent, mais moi j’aime pas ça, alors tant pis. Mais ensuite, il est venu nous rat­traper dans la rue parce qu’il en avait retrouvé des qui piquent pas. C’était gentil. Bon les dauphins, c’est chaud à prendre en photos, ils apparaissent super vite, pas forcément à l’endroit où j’avais prévu, mais j’en ai des pas trop mal quand mê­me. Couper les courgettes, (moi j’en avais des tou­tes prêtes au congélateur…) Merci pour les lunettes, j’ai longtemps hésité à les prendre (avant j’en avais des tou­tes discrètes sans montures, ça change!) L’après-midi, je n’avais tou­jours pas de contractions (en fait, j’en avais des tou­tes minus). Je n’ai pas fait le bon choix, j’ai voulu met­tre la photo ambitieuse alors que j’en avais des tou­tes simples. Et les couettes… j’en avais des tou­tes pareilles !

GN dé­ter­mi­né par un au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni

Si le grou­pe no­mi­nal avec ad­jec­tif est dé­ter­mi­né par un au­tre dé­ter­mi­nant que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (plu­sieurs, beau­coup de, peu de, quel­ques, cer­tains etc.), il est re­pris sous sa for­me pro­no­mi­nale, mais on ajoute la pré­po­si­tion de devant l’ad­jec­tif. Ceci est dû à la règle selon laquelle un ad­jec­tif qua­li­fiant un pro­nom in­dé­fi­ni est pré­cé­dé de la pré­po­si­­tion de :

(a) Le collectionneur n’a pas acheté de tableaux, bien qu’on lui ait proposé cer­tains tableaux très intéressants.
(a’) Le collectionneur n’a pas acheté de tableaux, bien qu’on lui en ait proposé cer­tains de très intéressants.

(b) La bibliothèque devrait racheter de nouveaux livres, il y a beau­coup de livres abimés.
(b’) La bibliothèque devrait racheter de nouveaux livres, il y en a beau­coup d’abimés.

(c) Parmi les per­son­nes interrogées, il y avait peu de per­son­nes satisfaites.
(c’) Parmi les per­son­nes interrogées, il y en avait peu de satisfaites.

Dans la phra­se (c’), de n’est pas le mot qui sert à for­mer le dé­ter­mi­nant com­po­sé peu de, mais la pré­po­si­­tion qui re­lie le pro­nom in­dé­fi­ni peu et l’ad­jec­tif satisfaites ; c’est aus­si le cas dans beau­coup d’abimés (b’). L’usa­ge est un peu hésitant à ce su­jet, et on trouve aus­si des cas où de est omis (sauf quand il fait par­tie du dé­ter­minant complexe). Mais en gé­né­ral on ajoute de, et pres­que sys­té­ma­ti­que­ment si c’est une ex­pres­sion de quan­ti­té. L’ar­ti­cle un peut aus­si entrainer l’uti­li­sa­tion de la pré­po­si­­tion de s’il a une valeur de dé­ter­mi­nant numéral. Au­tres exem­ples avec des noms de nombre :

Combien reste-t-il de tables ? – Il n’y en a que deux de réservées. J’ai eu de la chance avec les heures de tennis, il en restait une de libre le mardi. Minulla oli onnea tennisvuorojen kanssa, oli yksi vapaa jäljellä tiistaisin. Combien de per­son­nes feront le voyage ? – Il y en a déjà cinquante d’inscrites. Montako henkilöä lähtee matkalle? – On jo viisikymmentä ilmoittautunutta.

GN avec ad­jec­tif et dé­ter­mi­nant dé­fi­ni

Quand le nom est pré­cé­dé d’un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni (le plus sou­vent le/la/les, ra­re­ment mon ou ces etc.), on ne reprend pas le nom sous for­me de pro­nom : on répète le grou­pe ad­jec­tival après le ver­be avec ellipse du nom (com­me en fin­nois) :

Tu as réparé la lampe rouge et la lampe jaune ? – Non, j’ai seu­le­ment réparé la jaune.

Dans le fran­çais parlé et le style familier, on uti­li­se aus­si d’au­tres pro­cé­dés.

IL com­plé­ment pré­po­si­tionnel

Généralités

Le pro­nom IL peut reprendre un com­plé­ment pré­po­si­tionnel en fonc­tion de com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tionnel (CVP) ou de com­plé­ment de phra­se (CdP). Dans cer­tains cas on distingue entre des for­mes à an­té­cé­dent animé et des for­mes dont l’an­té­cé­dent est non animé, ce qui n’est pas le cas quand le pro­nom est en fonc­tion de CVD ou de su­jet. Cette distinc­tion est systématique dans le code écrit strict ; elle est moins fré­quente dans le fran­çais par­lé.

IL com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel
Formes faibles
 su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
for­mes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.préposition + luipréposition + celui-ciluicelui-là
f.préposition + ellepréposition + celle-ciellecelle-là
pl.m.préposition + euxpréposition + ceux-cieuxceux-là
f.
préposition + ellespréposition +celles-ciellescelles-là

Dans la norme du code écrit, les for­mes du pro­nom com­plé­ment pré­po­si­tionnel à an­té­cé­dent grou­pe no­mi­nal s’organisent se­lon un sys­tè­me très dissymétrique :

IL com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (code écrit strict)
pré­po­si­tion for­me faible syncrétique for­me pleine après pré­po­si­tion

+animéanimé +animéanimé

à+ GN


lui
leur
y à lui
à elle
à eux
à elles
à celui-ci
à celle-ci
à ceux-ci
à celles-ci

de+ GN


en de lui
d’elle
d’eux
d’elles
de celui-ci
de celle-ci
de ceux-ci
de celles-ci
sur, avec
contre, pour
etc. + GN


sur lui
sur elle
sur eux
sur elles
sur celui-ci
sur celle-ci
sur ceux-ci
sur celles-ci

Dans le fran­çais parlé, le système est un peu plus symétrique, mais le mé­lan­ge des nor­mes du code écrit strict et du fran­çais parlé rend le système d’en­sem­ble en­co­re plus dif­fi­ci­le à com­pren­dre pour un ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re.

Préposi­tion à + grou­pe no­mi­nal

1. Antécédent à ré­fé­rent animé. Quand le pro­nom se sub­sti­tue à un grou­pe no­mi­nal in­tro­duit par la pré­po­si­­tion à, la for­me du pro­nom IL à ré­fé­rent animé est lui au sin­gu­lier et leur au pluriel. Ces for­mes sont syncrétiques : elles contiennent en mê­me temps la préposition et le pro­nom. Il n’y a pas de dif­fé­ren­ce entre le mas­culin et le fé­mi­nin :

Je donne le livre à Charlotte. → Je lui donne le livre. pour l’anniversaire de ma tante, mon oncle lui a offert un collier. [offrir à] Le contrôleur a souhaité bon voy­age aux voyageurs. [souhaiter à]. → Le contrôleur leur a souhaité un bon voy­age. [souhaiter à] Konduktööri toivotti heille hyvää matkaa. Ses enfants manquent beau­coup à ma grand-mère [manquer à]. Ses enfants lui manquent beau­coup.

2. Antécédent à ré­fé­rent non animé. Quand le nom con­te­nu dans le grou­pe no­mi­nal à + grou­pe no­mi­nal ren­voie à un non animé, le pro­nom IL prend la for­me in­va­ria­ble y :

Le président a assisté à la réunion. → Le président y a assisté. Je me suis habitué à ce pays. → Je m’y suis habitué. Nous nous intéressons à l’astronomie. → Nous nous y intéressons. Tu penses beau­coup aux vacances ? → Tu y penses beau­coup  Il faudra réfléchir à ce pro­blè­me. → Il faudra y réfléchir. Il est entré à l’uni­ver­si­té à 18 ans. → Il y est entré à 18 ans. Vous êtes restés longtemps à Monaco ? On y est restés une semaine. Est-ce que la voiture est au garage ?→ Oui, elle y est. 

Exceptions

a. Avec cer­tains ver­bes, on ne peut pas uti­li­ser la for­me syn­cré­tique lui/leur pour ren­voy­er à un animé : la for­me dissociée à + for­me pleine est obli­ga­toi­re. Le ver­be le plus fré­quent et le plus important à retenir est penser à, mais cer­tains au­tres ver­bes de la liste sui­vante sont aus­si assez fré­quents :

penser à qqnrenoncer à qqn luopua jksta
rêver à qqn ajatella jtka/haaveksia jstakrecourir à qqn turvautua jkhun
songer à qqn ajatellaavoir recours à qqn turvautua jkhun
tenir à qqn pitää tärkeänäfaire atten­tion à qqn varoa jkta
prendre garde à qqn varoa jkta

Ma fille aime bien sa maitresse et pense sou­vent à elle. Cet avocat nous a bien aidés, nous avons eu recours à lui pour faire l’inventaire de succession. Se asianajaja auttoi meitä paljon, käytimme häntä, kun teimme perunkirjoituksen. Laura et Alice resteront employées chez nous comme assistantes d’édition, parce que nous tenons trop à elles. Devenue veuve, sa mère allait enfin pouvoir épouser celui qui, cinquante ans plus tôt, avait renoncé à elle faute d’argent.

Mais si le ré­fé­rent du grou­pe no­mi­nal com­plé­ment pré­po­si­tion­nel est non animé, on peut uti­li­ser y (a) ; de plus, dans le fran­çais parlé, on uti­li­se aus­si cou­ram­ment y pour ren­voy­er à un animé (b) et (c) :

(a) Je devais faire un voyage professionnel au Mexique, mais j’ai dû y renoncer à cause de la pandémie. (b) Ma fille aime bien sa maitresse et elle y pense sou­vent. (c) Je viens de me séparer avec mon copain depuis à peine 3 jours, et j’y rêve sans arrêt.

b. On ne peut pas uti­li­ser les for­mes faibles lui/leur en mê­me temps qu’un pro­nom à valeur réfléchie. Pour cette raison, avec tous les ver­bes à pro­nom réfléchi, il faut uti­li­ser les for­mes pleines à lui/à elle/à eux/à elles (a), (b) et (c); dans le fran­çais par­lé, on uti­li­se cou­ram­ment y pour ren­voy­er aus­si à un animé, qu’on peut em­ploy­er en mê­me temps qu’un pro­nom à valeur réfléchie (d) et (e) :

(a) Il s’est adressé à eux. [et non pas : *Il se leur est adressé.]
(b) Nous nous in­té­res­sons à lui. [et non pas : *Nous nous lui in­té­res­sons].
(c) Je me suis confié (uskoutua) à elle. [et non pas : *Je me lui suis confié]

Français parlé :
(d) On s’intéresse beau­coup à lui. → On s’y intéresse beau­coup.
(e) Ce spécialiste me parait peu sérieux, je préfère ne pas m’y fier.

Autres exceptions :

c) dans cer­tains cas, on peut uti­li­ser en et y dans le code écrit pour ren­voy­er à un animé;
d) la norme du code écrit strict veut qu’on n’ex­pri­me pas y devant les for­mes du fu­tur simple et du con­di­tion­nel présent du ver­be aller.

Préposi­tion de + grou­pe no­mi­nal

1. Antécédent à ré­fé­rent animé. Au contraire de ce qui se produit dans le cas de à + GN, quand le grou­pe no­mi­nal auquel le pro­nom se subs­ti­tue est in­tro­duit par la pré­po­si­­tion de et qu’il a un ré­fé­rent animé, il n’exis­te pas de for­me de pro­nom syn­crétique faible par­ti­cu­lière : on uti­li­se la for­me pleine du pro­nom après de : de lui, d’elle, d’eux, d’elles. C’est éga­le­ment le cas dans les cons­truc­tions dis­lo­quées avec re­jet du pro­nom en tête de phra­se (ex­em­ples c et d) :

(a) Il parle sans arrêt de son frère. → Il parle sans arrêt de lui
(b) Où est donc ta sœur ? J’aurais besoin d’elle pour faire un petit travail.
(c) De lui, je me souviendrai tou­jours.
(d) D’eux tu m’avais déjà parlé la dernière fois.

Dans une phra­se com­me Vous avez en­co­re besoin d’elle ? rien ne permet donc à l’écrit de déceler s’il y a focalisation ou non (à l’oral, l’intona­tion peut mar­quer l’insistance sur elle, s’il y en a une).

2. Antécédent à ré­fé­rent non animé. Quand le nom du grou­pe no­mi­nal pré­cé­dé de la pré­po­si­tion de ren­voie à un ré­fé­rent non animé, il est repris par la for­me syn­cré­tique in­variable en :

Depuis qu’il a découvert la Chine, il en parle sans arrêt. (< il parle de la Chine) Tu as été à Luxembourg ? – J’en viens. (< je viens de Luxembourg) Oletko käynyt Luxemburgissa? – Olen sieltä tulossa. Ne range pas les skis, on peut en­co­re en avoir besoin. (< avoir besoin des skis) J’ai failli ou­bli­er le rendez-vous, heureusement je m’en suis souvenue. (< je me suis souvenue du rendez-vous) Olin unohtaa tapaamisen, onneksi muistin sen.

Autres pré­po­si­tions + grou­pe no­mi­nal

Quand le grou­pe pré­po­si­tionnel (GP) est introduit par une pré­po­si­­tion au­tre que à et de, il n’exis­te pas de système gé­né­ralisé de for­mes syncrétiques de pro­noms per­mettant de ren­voy­er à celui-ci, sauf quel­ques ex­cep­tions ponctuelles.

Référent animé

Quand le ré­fé­rent du grou­pe no­mi­nal est animé, le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel in­tro­duit par une au­tre pré­po­si­­tion que à et de est repris par les for­mes pleines lui elle eux elles placés après la pré­po­si­tion :

Tu peux compter sur mon fournisseur. → Tu peux compter sur lui. J’ai couru après les lapins. → J’ai couru après eux. Il n’est pas de force à lutter contre ces adversaires. → Il n’est pas de force à lutter contre eux. Mélanie est allée chez ses amies. → Mélanie est allée chez elles. Il faudra passer par les autorités locales. Täytyy asioida paikallisten viranomaisten kanssa. → Il faudra passer par elles. Nous avons com­mencé sans Robin. → Nous avons com­mencé sans lui. J’essaierai de discuter du prix avec les fournisseurs. → J’essaierai de discuter du prix avec eux. Après son père, per­son­ne ne s’est plus intéressé à cette collection. → Après lui, per­son­ne ne s’est plus intéressé à cette collection. Le vaccin a été découvert par ces jeunes chercheures. → Le vaccin a été découvert par elles Devant le proviseur se tenaient quel­ques élèves peu ras­surés. → Devant lui se tenaient quel­ques élèves peu rassurés.

Référent non animé, code écrit : pro­nom celui-ci

a. Quand le nom a un ré­fé­rent non animé, la for­me de IL com­plé­ment pré­po­si­tion­nel est celui-ci (ceux-ci celle-ci celles-ci). Ce pro­nom dé­mons­tra­tif perd alors sa valeur proprement déictique et devient un véritable anaphorique, qui, dans cet em­ploi, cor­res­pond régulièrement au fin­nois se (et non pas tämä). Com­pa­rer :

L’enfant tournait autour de sa mère. → L’enfant tournait autour d’elle.
Les enfants tournaient autour de l’arbre. → Les enfants tournaient autour de celui-ci.

Le pro­nom celui-ci est la seule for­me de IL uti­li­sable dans ce cas dans la norme du code écrit. Cette valeur anaphorique ressort clairement des exem­ples sui­vants :

Une corde à linge traversait la cour. Dans le vent, un drap s’était enroulé autour de celle-ci. Les méfaits sanitaires du tabac et la lutte contre celui-ci [titre de rap­port] En 1992, le Gouvernement fédéral décide de consulter les per­son­nes qui vivent dans la pauvreté dans le but de lutter plus efficacement contre celle-ci La pâte à sel s’est avérée trop liquide pour obtenir un résultat probant et les élèves ont eu ten­dan­ce à jouer avec celle-ci En fait, il s’agit moins de remet­tre en ques­tion l’autorité de Virgile que de jouer avec celle-ci, voire de la renforcer. Nous avons besoin de votre matériel et nous souhaiterions pouvoir compter sur celui-ci pour couvrir l’é­vè­ne­ment.

Remar­que : on trouve ce­pen­dant dans les textes de langue cou­rante (type Internet, blogs, forums) de nom­breuses occurrences où des fran­co­pho­nes uti­li­sent les for­mes avec lui, pour elle etc. pour ren­voyer à un non animé. Cepen­dant, cet em­ploi est à éviter dans le co­de écrit strict et ne se rencontre par exem­ple jamais dans la langue administrative, ju­ri­dique etc.

b. Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se dans ce cas fré­quem­ment l’anaphore pré­po­si­tion­nel­le. La préposition est utilisée seule, comme un pro­nom :

Une corde à linge traversait la cour. Dans le vent, un drap s’était enroulé autour La pâte à sel s’est avérée trop liquide pour obtenir un résultat probant et les élèves ont eu ten­dan­ce à jouer avec Nous avons besoin de votre matériel et nous sou­hai­te­rions pouvoir compter dessus pour couvrir l’é­vè­ne­ment.

Cette for­me de pro­nominalisation ne fonc­tionne que si la phra­se contient un ver­be et seu­le­ment avec un nombre limité de prépositions.

Le pro­nom y remplaçant d’au­tres com­plé­ment de lieu

Si la pré­po­si­­tion du grou­pe pré­po­si­tionnel (GP) est une pré­po­si­tion à sens spatial (sous, dans, derrière…), on peut reprendre le GP avec le pro­nom y. Ce pro­nom rem­pla­ce nor­ma­le­ment un grou­pe à + grou­pe no­mi­nal, mais il peut donc aus­si remplacer un grou­pe dans + grou­pe no­mi­nal, en + grou­pe no­mi­nal, sous/sur + grou­pe no­mi­nal etc. :

Est-ce que mes lunettes sont dans la voiture ? → Oui, elles y sont. Le parapluie est derrière la porte. → Non, il n’y est pas. Ne va pas en Italie en aout, il fait trop chaud. → N’y va pas en aout. Nous allons rapidement vers de graves dif­fi­cul­tés. → Nous y allons rapidement. Tu as remis le dictionnaire dans la bibliothèque ? – Oui, je l’y ai remis.

Dans ces exem­ples, les grou­pes pré­po­si­tionnels sont des com­plé­ments des ver­bes en ques­tion être quel­que part, met­tre quel­que part, aller quel­que part et la pré­po­si­­tion peut ex­pri­mer divers rap­ports spa­tiaux (sous, sur, derrière, devant, etc.). Exac­tement com­me l’ad­ver­be quel­que part, le pro­nom y peut ex­pri­mer de façon gé­né­ri­que tous ces rapports.

Le pro­nom y à valeur d’ad­ver­be

Quand le pro­nom y sert d’ad­ver­be spatial polyvalent, il se comporte com­me les adver­bes devant, derrière, en-dessous etc. (c’est le seul cas où y puisse réellement être dé­fi­ni com­me un ad­ver­be et où survive le sens du latin ibi) :

Il aimait la Laponie en hiver. Le climat y [= en Laponie] est plus sec que dans le sud J’ai rangé le fouillis derrière la remise. J’y [= derrière la remise] ai trouvé une vieille canne de mon grand-père Nous allons régulièrement en Vendée en été. Nous y [= en Vendée] avons des amis Je connais un peu Monaco, nous y [= à Mo­naco] avons visité le musée océanogra­phi­que.

Le pro­nom en, con­trai­re­ment à y, ne peut pas se sub­sti­tuer à un nom en fonc­tion de com­plé­ment de phra­se (CdP). Le CdP doit être repris par un ad­ver­be, com­pa­rer :

Il est rentré de la montagne hier. → Il en est rentré hier. (en = CVP) mais :
De la montagne, on voyait bien la ville. → De là-bas, on voyait bien la ville.

La raison pour laquelle en ne peut pas fonc­tion­ner com­me pro­nom-ad­ver­be à valeur spa­tiale, c’est qu’il s’uti­li­se aus­si, entre au­tres, en fonc­tion de com­plé­ment du nom, pour mar­quer le possesseur non animé. Si on faisait la transforma­tion de la montagne, on voy­ait bien le porton en voy­ait bien le port, le pro­nom en renverrait au grou­pe no­mi­nal com­plé­ment de port (?le port de la montagne), com­me dans l’exem­ple sui­vant :

Nous avons survolé Rotterdam en avion. On en voyait bien le port. Lensimme Rotter­damin ylitse. Sen satama erottui selvästi. [en ren­voie de façon univoque à Rotterdam, et non pas à de l’avion.]

Autres pro­cé­dés anaphoriques : pro­noms et adver­bes

Pour reprendre un com­plé­ment pré­po­si­tionnel à ré­fé­rent non animé, on uti­li­se en général celui-ci :

Devant la maison poussait un beau bouleau. Devant celle-ci poussait un beau bouleau. La voiture a été complètement recouverte par la neige qui est tombée du toit La voiture a été complètement recouverte par celle-ci.

Cepen­dant, le pro­nom celui-ci ne s’uti­li­se en gé­né­ral qu’avec un grou­pe no­mi­nal dé­si­gnant un objet concret ou une no­tion abs­trai­te, mais pas si le grou­pe no­mi­nal est par exem­ple une for­me no­mi­nale de ver­be (qui cor­res­pond à une pro­po­si­tion) ; dans ce cas-là, on uti­li­se cela :

Après le départ de ses amis, il se sentit soudain très seul Après cela, il se sentit soudain très seul On n’avait pas été très étonnés par sa décision de divorcer. On n’avait pas été très étonnés par ça.

En fonc­tion du sens de la phra­se, on peut aus­si uti­li­ser un ad­ver­be (, là-bas, ensuite, etc.) ou un nom :

Après le départ de ses amis, il se sentit soudain très seul Ensuite, il se sentit très seul Après leur départ, il se sentit très seul Après cela, il se sentit très seul Derrière la maison, il y avait un petit jardin Derrière, il y avait un petit jardin.

Répétition du groupe nominal

On peut aus­si ren­voy­er au groupe nominal en le répétant tel quel :

Depuis les manifestations qui ont suivi le lancement de la guerre contre l’Af­gha­nistan au début du mois d’octobre, peu de gens ont protesté contre la guer­re en France. [exem­ple tiré d’Internet]

Dans cette phra­se, on ne pourrait pas dire *ont protesté contre elle. Mais on pour­rait dire ont pro­tes­té con­tre celle-ci. Éventuellement, l’impression de répéti­tion peut être atténuée par l’uti­li­sa­tion d’un dé­ter­mi­nant dé­mons­tra­tif :

Un an après le 11 septembre, le monde se trouve face à une nouvelle guerre. Le chancelier allemand, le président fran­çais et d’au­tres re­pré­sentants européens se sont pro­non­cés contre cette guerre. [exem­ple tiré d’Internet]

Il est éga­le­ment pos­si­ble de construire la phra­se en changeant de ver­be, pour que le ver­be puisse re­ce­voir un com­plé­ment sous for­me de pro­nom. On pourrait trans­for­mer l’exem­ple pré­cé­dent ainsi :

3

Un an après le 11 septembre, le monde se trouve face à une nouvelle guerre. Le chancelier allemand, le président fran­çais et d’au­tres re­pré­sentants européens s’y sont opposés / l’ont condamnée.

IL com­plé­ment de l’ad­jec­tif et du nom

Le pro­nom IL peut aus­si reprendre un grou­pe no­mi­nal (GN) en fonc­tion de com­plé­ment du nom et de com­plé­ment de l’ad­jec­tif sur le mo­dè­le :

GN de GN : le livre d’Antoine / la poignée de la valise
Adjectif de GN : Je suis très satisfait de cet élève / de cette voiture.

Référent animé

Quand le grou­pe no­mi­nal à ré­fé­rent animé est en fonc­tion de com­plé­ment du nom, on ne peut pas uti­li­ser une for­me de IL com­me com­plé­ment. La rela­tion anaphorique est ex­pri­mée par le dé­ter­mi­nant possessif son sa ses leur etc. :

la valise de Bernardsa valise le chalet des parents de Mélanieleur chalet.
 Avec for­me focalisée : sa valise à lui – leur chalet à eux

Quand IL ren­voie à un ré­fé­rent animé en fonc­tion de com­plé­ment d’un ad­jec­tif, dans le code écrit strict, on uti­li­se la for­me pleine ha­bi­tu­el­le après pré­po­si­tion, de lui, d’elle, d’eux, d’elles :

Ses élèves avaient bien travaillé et elle était très satisfaite d’eux Les élèves aimaient bien leur prof, elles étaient super-contentes d’elle. Dites à vos élèves que je suis très content d’eux.

Dans ce cas, dans le fran­çais parlé, on uti­li­se éga­le­ment sou­vent en, voir ci-dessous.

Référent non animé

Quand IL reprend un grou­pe no­mi­nal com­plé­ment de l’ad­jec­tif à ré­fé­rent non animé, la for­me du pro­nom est en (comme siitä en finnois). Bien que ce pro­nom en ne soit pas le com­plé­ment du ver­be mais de l’adjectif, le pro­nom en se pla­ce devant le ver­be (s’il y en a un) :

Tu devrais essayer cette voiture, j’en suis très satisfait [je suis très satisfait de cette voiture]. Son cadeau lui a beau­coup plu, elle en était absolument ravie [elle était absolument ravie de son cadeau]. Le garçon montrait son nouveau vélo à tout le monde, il en était tout fier [il était tout fier de son nouveau vélo].

Cet em­ploi est théoriquement limité aux cas où l’an­té­cé­dent est à ré­fé­rent non animé, mais dans le fran­çais parlé on l’uti­li­se aus­si pour les animés :

J’ai trouvé un nouveau dentiste, j’en suis très satisfait. [code écrit strict : je suis très satisfait de lui] Tout le monde aimait Agnès. Même sa voisine en était un peu amoureuse. [code écrit strict : était un peu amoureuse de d’elle]

Le pro­nom en peut aus­si se sub­sti­tuer à un grou­pe pré­po­si­tionnel de + grou­pe no­mi­nal à la place du dé­ter­mi­nant possessif pour ex­pri­mer un rapport de possession ou d’ap­partenance, quand le possesseur est non animé (quand le possesseur est animé, on uti­li­se le déterminant possessif mon ton son, voir ci-des­sus). Le pro­nom en est dans ce cas en fonc­tion de com­plé­ment du nom, et se place devant le ver­be. Com­pa­rer :

La vieille valise de Bernard est cassée. → Sa vieille valise est cassée. vs
La poignée de la valise est cassée. → La poignée en est cassée.

Cette robe est belle, j’en aime la couleur. Ils étaient dans un petit hôtel sym­pa­thique, il faudra que je leur en demande l’adresse. Je ne me rappelle plus le film, est-ce que tu pourrais m’en raconter le début ? La crise a duré long­temps. Pour en chiffrer le cout, il faudra des années. Micro-crédit : quatre nou­velles mesures pour en favoriser le dé­ve­lop­pement.

Remar­que : dans le style cou­rant, on trouve aus­si des déterminants possessifs dans ce cas  : Micro-crédit…: quatre nouvelles mesures pour favoriser son dé­ve­lop­pement.. Dans le code écrit srtict, on dirait plutôt  : quatre nouvelles mesures pour en favoriser le dé­ve­lop­pement. Dans le fran­çais parlé, on n’ex­pri­me gé­né­ra­le­ment pas le com­plé­ment du nom (le « pos­ses­seur ») non animé. On uti­li­se une sorte d’anaphore zéro, au­tre­ment dit on n’ex­pri­me pas du tout en : Je ne me rappelle plus le film. Est-ce que tu pourrais me ra­con­ter le début ? ou Ne prends pas cette valise, la poignée est cassée.

Limitations

Pour les étu­diants fin­no­pho­nes, cette uti­li­sa­tion de en pour ex­pri­mer la possession n’est pas surprenante, puis­qu’en fin­nois le génitif du pro­nom se remplit exac­te­ment la mê­me fonc­tion : Tämä mekko on upea, pidän sen väristä. Cette robe est ma­gni­fique, j’en aime la couleur. L’uti­li­sa­tion de en est ce­pen­dant soumise à plu­sieurs limitations :

 Le pro­nom en ne s’uti­li­se que si le grou­pe no­mi­nal dont le grou­pe de + GN est le com­plé­ment est en fonc­tion de com­plé­ment de ver­be direct.

Si le nom dont dépend le groupe [de + GN] est un com­plé­ment pré­po­si­tionnel, on ne peut pas le reprendre par en, il faut uti­li­ser la for­me pleine :

Je n’ai pas en­co­re pensé à la répara­tion de la chaudière. → *Je n’en ai pas en­co­re pensé à la réparation. [cons­truc­tion impos­si­ble et incompréhensible] → Je n’ai pas en­co­re pensé à la réparation de celle-ci.

Si le grou­pe no­mi­nal est le su­jet du ver­be, on ex­pri­me la rela­tion ana­pho­ri­que par un dé­ter­mi­nant possessif :

Le palais a été rouvert au public. Sa restaura­tion aura duré trois ans. Cette tour a été construite à une vitesse record. Sa cons­truc­­tion a débuté en 2019 et s’est ache­vée mi 2021.

Il resterait ce­pen­dant pos­si­ble d’uti­li­ser de + celui-ci dans ces exem­ples (mais pas en) :

Le palais a été rouvert au public. La restaura­tion de celui-ci aura duré trois ans. etc.

Formes faibles devant pro­nom relatif

En fran­çais, le pro­nom IL a une for­me faible par­ti­cu­lière quand il est devant un pro­nom relatif :

Formes faibles de IL devant pro­nom relatif
Formes faibles
 su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
for­mes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.luicelui-ciluicelui-là
f.ellecelle-ciellecelle-là
pl.m.euxceux-cieuxceux-là
f.
ellescelles-ciellescelles-là

En finnois, la for­me des pro­noms hän et se (= en fran­çais IL) ne change pas devant re­la­ti­ve (ex­em­ples relevés sur Internet) :

Jokainen meistä on tunteidensa vanki. Erityisesti he, jotka väittävät toimivansa järjellä ja järkevästi. Jos et tiedä paljon hänestä, jolle lahjaa olet hankkimassa, voit valita neutraalin ratkaisun antamalla avoimen lahjakortin. Muistikortteja ei kuitenkaan tarvitse tehdä kaikista korteista, vaan vain niistä, joita et jo val­miik­si osaa. Kun valmistuin opettajaksi, hain töitä eri paikoista ja päätin ottaa sen, josta ensimmäiseksi soitetaan.

Com­pa­rer avec les mê­mes phra­ses traduites en fran­çais :

Chacun de nous est prisonnier de ses sentiments. En par­ti­cu­lier ceux qui pré­ten­dent agir rationnellement et raisonnablement. Si vous ne connaissez pas bien cel­le/celui à qui vous voulez acheter un cadeau, vous pouvez choisir la solution neutre du chèque-cadeau. Tu n’as pas besoin de faire de fiche de tou­tes les cartes, seu­le­ment de celles que tu ne connais pas en­co­re. Quand j’ai eu mon diplôme de prof, j’ai cherché des postes à dif­fé­rents endroits et j’ai décidé de prendre celui d’où on me téléphonerait en premier.

Cet emploi du pro­nom IL et ces for­mes sont tout à fait cou­rants dans le fran­çais de tous les jours, écrit et parlé, et font par­tie des connaissances de base du fran­çais qu’il faut maitriser dès le niveau intermédiaire B1. Par malchance, en finnois le mot se peut aus­si cor­res­pon­dre à :

et pour cette raison les finnophones ont sou­vent ten­dan­ce à confondre ces dif­fé­rents emplois. Voir Le pro­nom faible celui/ce, et Erreurs à éviter.

Ces for­mes s’uti­li­sent aus­si devant un par­ti­ci­pe (ceux ayant accepté), ou un groupe pré­po­si­tion­nel (celui du bas, celles à talons hauts). En finnois, il n’y a pas de cons­truc­tions équivalentes.

Exceptions dans le code écrit

Les pro­noms en et y ren­voy­ant à un animé dans le code écrit
GN à valeur gé­né­ri­que

Dans le code écrit, les pro­noms y et en remplacent en principe un groupe nominal à ré­fé­rent non animé. Mais on peut aus­si les uti­li­ser pour ren­voy­er à un grou­pe no­mi­nal à ré­fé­rent animé quand celui-ci a une valeur gé­né­ri­que et ne dé­si­gne pas un animé ou un grou­pe d’animés en par­ti­cu­lier, mais un ensemble virtuel d’ani­més. C’est no­tam­ment le cas quand le grou­pe no­mi­nal est détaché en tête de phra­se (ce qui souligne la généricité) :

Les enfants, on n’y pense pas tou­jours assez. Les amis, on en a sou­vent besoin.

Cons­truc­tions disloquées

On uti­li­se éga­le­ment les for­mes y et en pour ren­voy­er à un animé dans les cons­truc­tions dis­lo­quées, pour éviter la répéti­tion des pré­po­si­tions à et de :

*À Charlotte, je pense à elle. → À Charlotte, j’y pense. *Je pense à elle, à Mélanie. → J’y pense, à Mélanie. *D’Aurélie, il parle sou­vent d’elle.→ D’Aurélie, il en parle sou­vent. *Il rêve sou­vent d’elle, de Mylène. → Il en rêve sou­vent, de My­lène.

Lui et leur ren­voy­ant à un non animé : ver­bes d’évaluation

Il exis­te aus­si un cer­tain nombre de ver­bes avec lesquels il est pos­si­ble d’uti­li­ser les for­mes du pro­nom faible il (lui/leur) ren­voy­ant à un non animé mê­me dans la norme de l’écrit soigné :

Aimer la vie, lui trouver un sens. Pendant des années, les professeurs ont ré­cla­mé un nouveau laboratoire. Depuis qu’il est là, on lui trouve tous les défauts. Ce médicament est connu depuis l’Antiquité, on lui prête des vertus miraculeuses. La CNIL déplore que le paramétrage ne puisse être effectué depuis un smartphone et lui reproche sa complexité. Si le diner assis reste un mo­dè­le largement do­mi­nant, 3 personnes sur 10 tendraient à lui préférer l’apéritif, qui requiert net­te­ment moins de travail et d’expertise. Actuellement dans le JT de votre chaine pré­fé­rée, les faits divers sont surre­pré­sentés […]. Vous con­si­dé­rez que c’est trop, qu’on ne devrait pas leur donner autant d’importance ?

Ces ver­bes ex­pri­ment sou­vent un jugement, une opinion, et équi­va­lent à une cons­truc­tion com­plé­tive :

On lui trouve tous les défauts. = On trouve qu’il a tous les défauts. On lui prête des vertus miraculeuses. = On pense/On croit qu’il a des vertus miraculeuses. Les gens lui préfèrent l’apéritif. = Les gens trouvent que l’apéritif est plus faci­le/ plus sim­ple etc.

Suppression de y devant les for­mes d’aller en ir-

La norme du code écrit strict veut qu’on n’ex­pri­me pas y devant les for­mes du fu­tur simple et du con­di­tion­nel présent du ver­be aller ; ces for­mes com­mencent par i et on ainsi évite la ré­pé­ti­tion de /i/ : Vous allez en Finlande ? Oui, nous irons en juin [et non pas : nous y irons].

Beaucoup d’usagers de la langue ignorent qu’une telle règle exis­te et les exem­ples avec y irons ou y ira, y irais, etc. sont très nom­breux sur Internet. On peut con­si­dé­rer cette rè­gle comme assez arbitraire ou artificielle, ou au moins peu observée.

De tou­te façon, elle n’a pas une grande importance dans le fran­çais par­lé, car on omet assez sou­vent y devant aller (mê­me devant des for­mes ne com­mençant pas par i ) : Tu vas quand chez le dentiste ? – Je vais demain. Mais dans le code écrit strict, on ex­pri­me ha­bi­tu­el­le­ment le pro­nom y devant le ver­be, et il faudrait donc veiller à ne pas l’uti­li­ser de­vant les for­mes en i- du ver­be aller.

Les pro­noms y et en dans le fran­çais parlé

Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se fré­quem­ment la for­me y à la place de à lui, à elle etc. dans le cas des ver­bes après lesquels on devrait nor­ma­le­ment uti­li­ser une for­me pleine (penser à, rêver à etc.) :

Vous croyez à ce jeune artiste ? – Oui, j’y crois vraiment. [= Je crois à lui.] Maryse a eu des pro­blè­mes avec ses nouveaux camarades de classe et semble avoir eu des dif­fi­cul­tés à s’y adapter. [= s’adapter à eux]

De mê­me, on uti­li­se cou­ram­ment en au lieu de de lui, d’elle etc., avec tous ty­pes de ver­bes :

Il parle beau­coup de ses enfants ? Oui, il en parle beau­coup. [code écrit strict : Il parle beau­coup d’eux.] C’est mon acteur préféré, j’en rêve la nuit ! [Je rêve de lui la nuit !] J’étais si jeune quand mon grand-père est mort que je ne m’en souviens plus vraiment. [= Je ne me souviens plus de lui.] Depuis les dernières dé­cla­ra­tions qu’a faites cet homme politique, je m’en méfie grandement. [= Je me méfie grandement de lui.]

Les occurrences sont très nom­breuses dans la langue de tous les jours, sur In­ter­net et mê­me dans la presse quotidienne ou la littérature. Il est mê­me probable qu’une grande par­tie des usagers ignore qu’il est en principe « incorrect » d’uti­li­ser y ou en pour ren­voy­er à un animé. Cela s’explique facilement : la langue cou­rante ne fait rien d’au­tre que de sup­pri­mer l’ir­ré­gu­la­ri­té que constitue l’em­ploi d’une for­me pleine, et aligne la cons­truc­­tion sur le mo­dè­le ca­no­ni­que su­jet - com­plé­ment - ver­be :

Il te voit. Tu me connais. On en vient. Vous en parlez.

FLE :  le tableau ci-dessous illustre les dif­fi­cul­tés auxquelles sont confrontés les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re dans le ma­nie­ment du pro­nom IL. La variété des options reflète éga­le­ment l’évolu­tion de la langue moderne par rapport à la nor­me codifiée de l’é­crit. Celle-ci doit ce­pen­dant être respectée dans l’ex­pres­sion écrite soignée (style sou­te­nu, rédac­tion scien­ti­fi­que, etc.) : l’uti­li­sa­tion de y ou en pour ren­voy­er à un animé n’est pas la nor­me (sauf dans les cas mentionnés ci-dessus).

IL CVP sub­sti­tut de à/de + GN, com­pa­rai­son code écrit/fran­çais parlé
pré­po­si­tionfor­me faiblefor­me pleine après pré­po­si­tion
Code écrit +animéanimé +animé
à GNlui
leur
yà lui, à elle
à eux, à elles
de GNende lui, d’elle
d’eux, d’elles
Français parlé +animéanimé +animé
à GNlui / y
leur / y
y à lui, à elle
à eux, à elles
de GNen en de lui, d’elle
d’eux, d’elles
IL com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (code écrit strict)
pré­po­si­tion for­me faible syncrétique for­me pleine après pré­po­si­tion

+animéanimé +animéanimé

à+ GN


lui
leur
y à lui
à elle
à eux
à elles
à celui-ci
à celle-ci
à ceux-ci
à celles-ci

de+ GN


en de lui
d’elle
d’eux
d’elles
de celui-ci
de celle-ci
de ceux-ci
de celles-ci
sur, avec
contre, pour
etc. + GN


sur lui
sur elle
sur eux
sur elles
sur celui-ci
sur celle-ci
sur ceux-ci
sur celles-ci

IL avec un ad­jec­tif , fran­çais parlé et style familier

Dans le fran­çais parlé, la règle de la transforma­tion de des en de devant adjectif an­té­po­sé est sou­vent né­gli­gée. Soit les deux phra­ses sui­vantes et leur va­rian­te avec un ad­jec­tif an­té­po­sé devant le nom :

(a) Quand tu iras au marché, achète des pommes. / (a’) Achète de belles pommes. (b) Il faudrait des fraises. /(b’) Prends de gros­ses fraises pour décorer le gâteau.

Dans les phra­ses trans­for­mées (a’) et (b’), l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni des passe à la for­me de devant ad­jec­tif an­té­po­sé. Cepen­dant, quand on reprend le nom par le pro­nom en, l’ad­jec­tif n’est plus à proprement parler an­té­po­sé, puis­que le nom a disparu de sa place d’origine. C’est pourquoi dans ce cas, dans le fran­çais parlé surtout, il est fré­quent que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni reprenne sa for­me nor­ma­le des. Dans les phra­ses sui­vantes, (c’) et (d’) sont des phra­ses intermédiaires qui permettent de com­pren­dre la trans­for­ma­tion :

(c) Quand tu iras au marché, achète des pommes. (c’) Je veux de belles pommes. (c’’) J’en veux de belles / des belles. (d) Il faudrait des fraises. (d’) Prends de grosses fraises pour décorer le gâteau. (d’’) Prends-en de grosses / des grosses pour décorer le gâteau.

Cepen­dant, dans le code écrit soigné, on applique régulièrement la transforma­tion de → des mê­me quand le nom a été remplacé par le pro­nom en.

Com­me dans le cas du CVD, dans le grou­pe dé­ter­mi­nant + ad­jec­tif + nom, le lien entre l’ad­jec­tif an­té­posé et le nom devient plus lâche et la règle de la trans­for­ma­tion de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel de­vant ad­jec­tif an­té­posé s’applique en­co­re moins systématiquement que d’ha­bi­tu­de dans le fran­çais parlé. Ainsi, on dira :

code écrit : C’en sont de vraies. / Ce n’en sont pas de vraies.
fran­çais parlé : C’en est des vraies. / C’en est pas des vraies.

Dans le style fa­mi­lier

Dans le fran­çais parlé fa­mi­liè­re, on a ten­dan­ce à ne pas ex­pri­mer le pro­nom en en fonc­tion. La for­me du code écrit C’en sont de vraies. peut donc devenir au final C’est des vraies. Cepen­dant, l’uti­li­sa­tion de en est tout à fait fré­quente dans le fran­çais parlé cou­rant. Cepen­dant, dans le style fa­mi­lier, on peut supprimer en dans cer­tains cas :

Il t’en faut combien ? – Il me faut seu­le­ment un peu. Qu’est-ce que tu as pris com­me pêches ? – J’ai pris des grandes, etc.

Cette suppression de en est à interpréter com­me une tournure elliptique (Il me faut seu­le­ment un peu [de vin], j’ai pris des grandes [pommes]) et non pas com­me une pro­no­mi­nalisa­tion à pro­pre­ment parler (on puisse envisager cette ellipse com­me un mode de pro­no­mi­nalisa­tion pro­pre à l’oral, com­me l’anaphore pré­po­si­tionnelle).

Cepen­dant, il vaut mieux uti­li­ser en, car on ne peut pas le supprimer dans tous les cas, par ex­em­ple quand le dé­ter­mi­nant est numéral : Tu en as acheté combien ? → *J’ai acheté trois (for­me attendue : J’en ai acheté trois). Il est très difficile pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re de savoir quand on peut omet­tre en dans le fran­çais parlé, et il vaut mieux s’entrainer à l’uti­li­ser systématiquement.

Une ha­bi­tu­de difficile à prendre

C’est justement une des plus grandes dif­fi­cul­tés de l’apprentissage du fran­çais pour les fin­no­pho­nes. En effet, en fin­nois, en cor­res­pond à sitä ou niitä. Le fin­nois uti­li­se éga­le­ment un pro­nom exac­te­ment équi­va­lent à en, le par­ti­tii­vi de se (sitä ou niitä). Il est obli­ga­toi­re quand il est en fonc­tion de su­jet de ver­be intransitif (« su­jet réel » en fran­çais) :

Tulee vieraita. → Niitä/Heitä tulee vielä Tällä radalla kulkee harvoin junia. → Niitä kulkee harvoin.

Mais, dans la plupart des fonc­tions (com­plé­ment de ver­be, at­tri­but), ce pro­nom est facultatif ou inexistant et on ne l’ex­pri­me pas :

J’en ai en­co­re d’au­tres. Minulla on [niitä] lisää. Il m’en faut seu­le­ment un peu. Tarvitsen [siitä] vain vähän. Il en a acheté trois. Hän osti [niitä] kolme. Achètes-en plu­sieurs. Osta monta.

En fran­çais, l’uti­li­sa­tion de en est très fré­quente. La plupart des exem­ples con­cer­nant en at­tri­but du su­jet ont été trouvés en quel­ques minutes sur Internet, avec plus de 50 occurrences pour c’en est une belle, plus de 100 occurrences pour c’en est aus­si une, et plus de 400 pour ce n’en sont pas. Même avec l’accord au pluriel (c’en sont), c’est donc loin d’être une for­me marginale de la pro­no­mi­nalisation.

Les fin­no­pho­nes ont donc intérêt à d’apprendre à la reconnaitre et à l’uti­li­ser, puis­que dans un tel cas, le fin­nois n’uti­li­se strictement au­cun pro­nom et se con­ten­te de répéter éven­tu­el­le­ment l’ad­jec­tif. Une des grandes dif­fi­cul­tés de l’ap­pren­tis­sage du fran­çais pour les fin­no­pho­nes est de penser à s’ha­bituer à rajouter un élément « sup­plé­men­tai­re » auquel on ne pense pas tou­jours. Ce n’est sou­vent qu’a­vec de lon­gues années de pra­ti­que du fran­çais que cet en est produit au­to­ma­ti­quement.

Un premier niveau de dif­fi­cul­té se trouve dans le fait que le fin­nois n’ex­pri­me sou­vent pas le pro­nom com­plé­ment d’com­plé­ment de ver­be direct in­dé­fi­ni (par exem­ple dans des ré­pon­ses à une ques­tion). Le fran­çais ex­pri­me pra­ti­que­ment tou­jours le pro­nom en, et le premier pro­blè­me pour les fin­no­pho­nes est de pen­ser à le « ra­jou­ter » :

Otatko kakkua? Kyllä, ottaisin mielelläni. Tu prends du gâteau ? Oui, j’en prendrais volontiers. Ei ole paprikaa, kun en muistanut ostaa. Il n’y a pas de poivrons, vu que j’ai oublié d’en acheter. Onko vielä paikkoja? – Ei ole enää. Il reste des places ? – Non, il n’y en a plus.

Le deuxième niveau de dif­fi­cul­té se trouve dans le fait que si le dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni du grou­pe no­mi­nal est un au­tre dé­ter­mi­nant qu’une for­me d’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en d-, ou si le grou­pe no­mi­nal contient un ad­jec­tif, il faut non seu­le­ment ex­pri­mer en mais aus­si reprendre le dé­ter­mi­nant à la for­me pro­no­mi­nale ou le conserver de­vant l’ad­jec­tif :

Montako kappaletta haluat? – Tarvitsen muutaman. Combien d’exemplaires veux-tu ? – Il m’en faut quel­ques-uns. Paljonko banaaneja ostan? – Osta viisi. Ei, osta kaksi kiloa. Combien de bananes est-ce que j’achète ? Achètes-en cinq. Non, achè­tes-en deux kilos. Osta päärynöitä. Haluan isoja. Achète des poires. J’en veux de grandes. Se kahvi teki hyvää, haluan toisen. Ce café m’a fait du bien, j’en veux un au­tre. [et pas seu­le­ment *je veux un au­tre Tämä hame ei sovi toppisi kanssa, vaihda toiseen. Cette jupe ne va pas avec ton bustier, mets-en une au­tre. [et pas seu­le­ment *mets une au­tre]

Le fait de penser à uti­li­ser en est en­co­re plus difficile dans le cas de l’at­tri­but. Pour un fin­no­pho­ne, pour apprendre à répondre de la façon sui­vante à la ques­tion po­sée :

C’est le mê­me manteau  – Non, c’en est un au­tre

et non pas en disant sim­ple­ment *C’est un au­tre, il faut incontestablement une cer­tai­ne pra­ti­que du fran­çais.

L’uti­li­sa­tion de en dans ces cas-là est le signe d’une bonne maitrise de la cons­truc­tion. À cause de l’in­flu­ence du fin­nois, on a trop sou­vent ten­dan­ce à l’oublier.

L’anaphore pré­po­si­tionnelle

Dans le fran­çais parlé, quand le ré­fé­rent du grou­pe no­mi­nal est non animé, au lieu de re­pren­dre le grou­pe pré­po­si­tion­nel par un un pro­nom syncrétique ou un grou­pe pré­po­si­­tion + for­me pleine, on le reprend en ex­pri­mant uni­quement la pré­po­si­tion, qui sert ainsi de support anaphorique. C’est ce qu’on peut appeler l’ana­phore pré­po­si­tionnelle :

Il tourne autour de l’arbre → Il tourne autour. Il ne faut pas courir après les honneurs. → Il ne faut pas courir après. Elle a longtemps joué avec sa poupée. → Elle a longtemps joué avec.

L’anaphore pré­po­si­tionnelle repose fondamentalement sur une ellipse du com­plé­ment. Dans la phra­se sui­vante, qui est tout à fait confor­me aux normes du code écrit, donc non fa­mi­liè­re, il y a ellipse du grou­pe no­mi­nal après la pré­posi­tion sans :

Dans notre corpus, nous avons trouvé seu­le­ment deux occurrences d’un in­fi­ni­tif CVD après le ver­be détester : une avec le subordonnant de et une au­tre sans.

Cette ellipse est donc for­mellement tout à fait comparable aux cons­truc­tions avec anaphore pré­po­si­tionnelle com­me je suis parti avec, il faut lutter contre. Ce qui dis­tin­gue l’ellipse de l’anaphore pré­po­si­tionnelle, c’est que l’ellipse n’est pas un processus de pro­no­mi­nalisation, on veut sim­ple­ment éviter de répéter un terme qui est im­mé­dia­te­ment identifiable parce qu’il fait par­tie d’une suite logique.

Prépositions uti­li­sables

Le pro­cé­dé de l’anaphore pré­po­si­tionnelle ne fonc­tion­ne qu’avec un cer­tain nom­bre de pré­po­si­tions et de façon légè­rement dif­fé­ren­te selon la pré­po­si­­tion uti­li­sée :

a. Les prin­ci­pa­les pré­po­si­tions qui in­tro­duisent des grou­pes pré­po­si­tionnels com­plé­ments de ver­be pré­po­si­tion­nels pou­vant être repris avec anaphore pré­po­si­tion­nel­le sont après, autour, avec, contre, dans, pour et sur. Des pré­po­si­tions com­me de­vant, durant, entre et sous ne peu­vent pas in­tro­duire des CVP (mais elles peu­vent in­tro­duire des com­plé­ments de phra­se, avec lesquels l’anaphore pré­po­si­tionnelle est pos­si­ble aus­si, voir ci-des­sous).

Les riverains ont protesté contre la décision. → Les riverains ont protesté contre. La voiture est allée s’écraser contre l’arbre. → La voiture est allée s’écraser contre. Cette ONG lutte pour l’a­mé­lio­ra­tion des conditions de vie. → Cette ONG lutte pour. Mais en tout cas, la pilule faut pas jouer avec, si ça donne des effets secondaires c’est pas bon et il faut en changer vite fait. Dérivé de l’acupuncture, ce bandeau permet une diffusion con­tinue de mélatonine, l’hormone du sommeil. Évitez de sortir avec si vous ne vou­lez pas qu’on vous enrôle chez les Raéliens. L’entraineur menace : « Si une com­binaison est meilleure qu’une au­tre, alors on nagera avec.  Ce gadget qui res­sem­ble de prime abord à un téléphone ordinaire se trans­for­me en montre re­char­gea­ble au soleil lorsque vous ne téléphonez pas avec. Une fois que vous aurez voyagé avec votre iTRAVL, vous ne quitterez plus jamais la maison sans Je suis perdu, je trouve plus mes lunettes, et je vois quasiment rien sans ! [exemples divers recueillis sur Internet]

b.  Les pré­po­si­tions sur, sous et dans prennent la for­me dessus, dessous et dedans. ; l’anaphore est donc dans ce cas mar­quée par un ad­ver­be :

Je ne compterais pas sur cette promesse. → Je ne compterais pas dessus. Il au­rait dû sauter sur l’occasion. → Il aurait dû sauter dessus. Il risque de tomber sur ces papiers. → Il risque de tomber dessus. Tu l’as mis dans la boite ? - Oui, je l’ai mis dedans.

Ces adver­bes sont donc des sortes d’adver­bes anaphoriques de for­me spécifique (comme y l’était à l’origine). Pour ex­pri­mer l’anaphore, on peut aus­si uti­li­ser de véritables adver­bes dans le code écrit, mais ils ont une for­me dif­fé­ren­tes :

Code écrit Français parlé
On trouve de bonnes recettes
dans ce livre.
On y trouve de bonnes recettes. On trouve de bonnes recettes dedans.
Il y avait un vase sur la table. Il y avait un vase sur celle-ci.
Il y avait un vase au-dessus.
Il y avait un vase dessus.
Sous la table, il y avait un tapis. Il y avait un tapis en-dessous. Il y avait un tapis dessous.

Remar­quer que la for­me anaphorique dessus n’est pas la mê­me chose que là-des­sus :

Anaphore pré­po­si­tionnelle impos­si­ble

Cer­taines pré­po­si­tions ne peu­vent jamais être uti­li­sées en posi­tion vide com­me anaphorique de grou­pe no­mi­nal, par exem­ple par :

(a) Est-ce qu’ils sont passés par le chemin ? → **Oui, ils sont passés par. [ana­pho­re pré­po­si­tionnelle inusitée avec par] (b) Vous vous dirigez vers de grandes dif­fi­cul­tés → **Vous vous dirigez vers. [anaphore pré­po­si­tionnelle inusitée avec vers] (c) Il a voté pour ce parti. → ? Il a voté pour.

Dans l’exem­ple (c), la for­me avec anaphore pré­po­si­tionnelle est gram­ma­ti­cale, mais elle n’est pas la reprise ana­pho­ri­que de la phra­se de départ, car voter pour s’est lexicalisé dans un sens dif­fé­rent, « voter oui » (äänestää puolesta, äänestää kyllä). Elle pourrait servir de ré­pon­se à une ques­tion dif­fé­ren­te :

Com­ment a-t-il voté ? → Il a voté pour.

De mê­me, chez s’em­ploie tou­jours devant un grou­pe no­mi­nal à référent animé et ne peut donc pas être uti­li­sé com­me support anaphorique d’un grou­pe pré­po­si­tionnel à ré­fé­rent non animé. Les cas d’em­ploi de l’anaphore pré­po­si­tionnelle sont donc re­la­ti­ve­ment li­mi­tés.

Quand la reprise est impos­si­ble (pour ou par + CVP), on procède com­me dans le code écrit (lire) ; on re­prend purement et sim­ple­ment le nom (sans au­cu­ne sub­sti­tution) ou on uti­li­se une phra­se à pro­ver­be fai­re :

Est-il passé par le raccourci ? → Oui, il est passé par le raccourci / il est passé par là / Oui, c’est ce qu’il a fait.

Anaphore pré­po­si­tionnelle
avec des animés dans la langue fa­mi­liè­re

Cette uti­li­sa­tion de la pré­po­si­­tion com­me sub­sti­tut de GP est typique du fran­çais parlé, où elle est très fré­quente. La langue fa­mi­liè­re l’étend mê­me aux GP à ré­fé­rent +animé, mais dans ce cas, on ex­pri­me gé­né­ra­le­ment en mê­me temps la for­me fai­ble lui leur (ou un pro­nom de personne 1-2-4-5 me te nous vous) devant le ver­be, avec une valeur de datif éthique :

J’ai couru après les lapins → Je leur ai couru après. Elle a couru après lui. → Elle lui a couru après.

On trouve mê­me de ces cons­struc­tions dans la presse [accroche d’ar­ti­cle, Le Figaro en ligne] :

Les gendarmes ont abattu jeudi un septuagénaire qui leur tirait dessus après avoir braqué le casino de Trouville. [La for­me for­me standard serait qui tirait sur eux.]

Voir aus­si GMF p. 401. Cepen­dant, la plupart du temps dans les cons­truc­tions de ce type, le ver­be a pris un sens par­ti­cu­lier, et ces cons­truc­tions ne sont pas tou­jours sé­man­ti­quement équi­va­lentes à la cons­truc­­tion nor­ma­le pré­po­si­­tion + pro­nom. Ainsi, la phra­se (a) ci-dessous ne peut pas se trans­for­mer en phra­se (b), l’équi­va­lent de (a) dans le code écrit de serait plutôt une phra­se com­me la phra­se (c) :

(a) Un chauffard lui est rentré dedans. Kaahari tör­mä­si häneen. (b) ?Un chauffard est rentré dans lui. (c) Il a été heurté par un chauffard.

Com­pa­rer éga­le­ment les dif­fé­ren­ces de sens entre les phra­ses sui­vantes :

Il m’est tombé dessus. Hän kävi käsiksi [minuun]. Il est tombé sur moi. Hän tör­mä­si minuun [tapasi sattumalta]. Elle lui tourne autour. Hän ahdistelee häntä. Elle tourne autour de lui. Hän pyörii hänen ympärillään.

En outre, cet em­ploi est limité à cer­tai­nes pré­po­si­tions (contre et avec, no­tam­ment, sont exclus) et, pour des raisons syntaxiques, il est impos­si­ble dans le cas des ver­bes à pro­nom réfléchi.

Si une pré­po­si­­tion peut aus­si être uti­li­sée com­me ad­ver­be (par exem­ple devant, derrière), il n’y a donc pas tou­jours de grande dif­fé­ren­ce avec le code écrit :

Après le film, on est allés boire un coup. → Après, on est allés boire un coup. Derrière la forêt, il y avait un petit lac. → Derrière, il y avait un petit lac.

Dans la phra­se Derrière, il y avait un petit lac, le mot derrière s’analyse com­me un ad­ver­be, tournure par­fai­tement admissible dans le code écrit aus­si. Ce n’est donc pas forcément une anaphore pré­po­si­tionnelle avec pré­po­si­tion.

Il y a éga­le­ment des pré­po­si­tions qu’on ne peut pas uti­li­ser telles quelles com­me mar­que d’anaphore pré­po­si­tionnelle, mê­me dans le code écrit. Dans ce cas, il faut em­ploy­er un ad­ver­be ou une au­tre cons­truc­tion :

Contre le mur, il y avait un vélo. → *Contre, il y avait un vélo. → Là, il y avait un vélo ou À cet endroit, il y avait un vélo.

L’em­ploi de l’anaphore pré­po­si­tionnelle est donc relativement difficile et demande une certaine pra­ti­que du fran­çais. Elle doit être uti­li­sée avec prudence par l’ap­pre­nant allophone, mais des formes comme je l’ai mis dedans ou elle est partie avec sont du français parlé très courant très idiomatique et peuvent être utilisées dans la conversation.

Français parlé : pro­nom ça

Le fran­çais parlé uti­li­se abondamment le pro­nom ça com­me pro­nom anaphorique passepartout pouvant ren­voy­er à n’importe quel an­té­cé­dent (propriété pro­po­si­tion­nel­le de la référence par ça). On peut ainsi facilement uti­li­ser ce pro­nom en fonc­tion de com­plé­ment de phra­se :

Après le film, on est allés boire un coup. → Après ça, on est allés boire un coup. Derrière la forêt, il y avait un petit lac. → Derrière ça, il y avait un petit lac. Con­tre le mur, il y avait un vélo. → Contre ça, il y avait un vélo. Après cette pé­rio­de,… → Après ça,… Dans ce livre, on trouve… → Dans ça, on trouve… Sur ce livre, on a dit … → Sur ça, on a dit Pour cette recette, il faut du beurre. → Pour ça, il faut du beurre.

Il faut ce­pen­dant se rappeler que cet em­ploi typique du fran­çais parlé n’est pas la norme dans le code écrit et doit être évité dans la rédac­tion de textes scientifiques, administratifs etc.

Formes focalisées de IL

Les for­mes focalisées (voir dé­fi­nition) sont utilisées quand on place le focus sur le pro­nom. En finnois, il n’y a pas d’équivalent for­mel, puis­que les pro­noms n’ont qu’une seule for­me pour chaque cas (sijamuoto) : ils n’ont pas de for­mes pleines ou focalisées opposées à une for­me faible.

Formes focalisées de IL
Formes faibles
 su­jetcom­plé­ment direct
attribut, su­jet post­po­sé
com­plé­ment pré­po­si­tionnel (syncrétique)antécédent
de re­la­ti­ve
dé­fi­niin­dé­fi­ninon animéanimé
sg.m.illeenluiy / encelui
f.ellelacelle
pl.m.ilslesleurceux
f.ellescelles
for­mes pleines
pré­po­si­tionnellesfocalisées
animénon animéaniménon animé
sg.m.luicelui-ciluicelui-là
f.ellecelle-ciellecelle-là
pl.m.euxceux-cieuxceux-là
f.
ellescelles-ciellescelles-là

Les for­mes focalisées ren­voy­ant à un ré­fé­rent animé sont les mê­mes que les for­mes pleines après préposition (lui elle eux elles), mais pour ren­voy­er à un ré­fé­rent non animé, on uti­li­se les pro­noms de la série celui-là.

Les pro­noms démonstratifs celui-ci et celui-là sont donc utilisés aus­si comme des allomorphes du pro­nom IL (recyclage grammatical) : tous deux ren­voient à un ré­fé­rent non animé, mais les for­mes de la série celui-ci sont utilisées (dans le code écrit) comme com­plé­ment pré­po­si­tion­nel de IL (voir ci-des­sus), tandis que les for­mes de la série celui-là sont utilisé comme for­mes focalisées.

Les for­mes focalisées du pro­nom IL (commes celles de je tu on nous vous et du pro­nom ÇA) peut être utilisées dans trois types de focalisation :

Pour l’étudiant finnophone de niveau B2+, il n’est pas né­ces­sai­re de savoir uti­li­ser ces for­mes focalisées. Mais il est utile de savoir les reconnaitre et les interpréter, parce qu’elles sont fré­quen­tes dans le fran­çais parlé. Dans l’ex­pres­sion écrite de ni­veau C1, il est parfois aus­si né­ces­sai­re de savoir uti­li­ser les phrases cli­vées, qui con­tien­nent des for­mes focalisées (par exemple dans le cas du superlatif).

Ordre des mots / intonation

On peut placer le focus sur le pro­nom en déplaçant un pro­nom après le ver­be. Le pro­nom peut alors passer à la for­me pleine pré­cé­dée d’une préposition :

Je lui ai parlé. → J’ai parlé à lui / J’ai parlé à elle. (ré­fé­rent animé)

J’y ai pensé. → J’ai pensé à celui-là / à celle-là / à ceux-là /à celles-là. (ré­fé­rent non animé, par ex­em­ple le livre la couleur/les gants/les assiettes)

Elle en a parlé. → Elle a parlé de celui-là/de celle-là/de ceux-là/de celles-là. (ré­fé­rent non animé, par ex­em­ple du livre/de la couleur/des gants/des assiettes)

Mon père me l’a donné. → Mon père l’a donné à moi, pas à toi.

Cette focalisation se remar­que seu­le­ment si le pro­nom a une for­me pleine dif­fé­ren­te d’une for­me faible. Si le pro­nom n’a qu’une seule for­me, la focalisation n’est pas visible à l’écrit. À l’oral, on peut appuyer sur (painottaa) le pro­nom. À l’écrit, on mar­que parfois cette focalisation en utilisant des CAPITALES ou des italiques (com­me dans les ex­em­ples sui­vants), mais si on n’uti­li­se pas de moyen gra­phi­que par­ti­cu­lier, on ne voit pas de dif­fé­ren­ce avec une for­me non focalisée :

J’ai parlé de lui. → J’ai parlé de LUI ! J’ai pensé à elle. → J’ai pensé à elle. On a parlé d’eux. → Elle a parlé d’eux.

On peut aus­si focaliser de cette ma­niè­re les for­mes com­plé­ment de ver­be direct, mais cer­tai­nes transformations s’uti­li­sent seu­le­ment dans le fran­çais parlé :

Je les ai vus. → J’ai vu EUX ! (ré­fé­rent animé amis, uniquement langue parlée) Je les ai vus. → J’ai vu ceux-là. (ré­fé­rent non animé, par ex. les outils que tu cher­ches).

À l’écrit, la focalisation avec ordre des mots est donc pos­si­ble seu­le­ment avec cer­taines for­mes, et elle est difficile à uti­li­ser par des ap­pre­nants allophones. À l’oral, en re­van­che, on pourrait facilement appuyer sur n’importe quel pro­nom, ou uti­li­ser la dis­location (voir point sui­vant).

Langue parlée : dislocation

Dans le fran­çais parlé, la dislocation à gauche ou à droite permet de focaliser net­te­ment n’importe quel pro­nom :

Je lui ai parlé. → Lui, je lui ai parlé. / Je lui ai parlé, (à) lui.
J’y ai pensé. → Celle-là, j’y ai pensé./ J’y ai pensé, (à) celle-là.
J’ai parlé de lui. → Lui, j’en ai parlé./ J’en ai parlé, de lui. [dans le fran­çais parlé on peut uti­li­ser en pour ren­voy­er à un animé aus­si]
J’en ai parlé. → (De) celles-là, j’en ai parlé. / J’en ai parlé, de celles-là. (non animé)
Il m’a pas plu. → Lui, il m’a pas plu./ Il m’a pas plu, lui.
Elle m’a pas plu. → Celle-là, elle m’a pas plu. /Elle m’a pas plu, celle-là. (non animé)
Je les ai vus. → Eux, je les ai vus. / Je les ai vus, eux.
Je les (non animé) ai vus. → Ceux-là, je les ai vus. / Je les ai vus, ceux-là.

Dans la dislocation à droite, on ex­pri­me parfois la préposition qui précèderait le pro­nom dans une phra­se normale, mais ce n’est pas systématique. Le maniement de ces for­mes nécessite une longue pra­ti­que du fran­çais parlé.

Contrairement aux au­tres pro­noms per­son­nels, les for­mes pleines du mas­cu­lin lui/eux peu­vent être utilisées seules com­me su­jet focalisé détaché (dans le cas des pro­noms moi toi, il faut répéter la for­me faible après la for­me pleine focalisée) :

Nous, nous partons demain. Lui restera en­co­re deux jours. Moi, j’ai beau­coup aimé le film. Eux l’ont trouvé trop long. Elle, elle est tou­jours ouverte aux idées nouvelles. Lui est plus conservateur.

On peut aus­si uti­li­ser les pro­noms elle/elles (et nous/vous) seuls sans que cela de­vienne agram­ma­ti­cal, mais dans ce cas, il n’y a pas de focalisation, ou cette fo­ca­li­sa­tion n’est pas assez nette.

Phrases cli­vées

Les phra­ses cli­vées permettent éga­le­ment de focaliser net­te­ment tout élément (voir le principe de fonc­tionnement dans Les phra­ses cli­vées) :

Je lui ai parlé. → C’est à lui que j’ai parlé J’y ai pensé. → C’est à celle-là que j’ai pensé [ré­fé­rent non animé] J’ai parlé de lui. → C’est à lui que j’ai parlé. J’en ai parlé. → C’est de celles-là que j’ai parlé. [ré­fé­rent non animé]. Il m’a dérangé. → C’est lui qui m’a dérangé. Elle m’a dérangé. → C’est celle-là qui m’a dérangé.[ré­fé­rent non animé] Je les ai vus. → C’est eux que j’ai vus. Je les ai vus. → C’est ceux-là que j’ai vus. [ré­fé­rent non animé]

✎ On uti­li­se qui après une for­me su­jet et que après tou­tes les au­tres :

C’est lui qui l’a dit. C’est lui que j’ai vu. C’est à elle que j’ai parlé. C’est avec eux que je suis venu.

Différences de sens

Les for­mes focalisées du pro­nom IL (et celles de je tu on nous vous et du pro­nom ÇA) peuvent donc utilisées dans dif­fé­rents pro­cé­dés de focalisation (ordre des mots, dislocation, phra­ses cli­vées). Mais ces dif­fé­ren­tes cons­truc­tions n’ont pas exac­te­ment le mê­me sens et ne s’emploient pas dans les mê­mes contextes ou si­tu­a­tions :

J’ai déjà dit ça à lui.
Signifie : mais pas (en­co­re) à quelqu’un d’au­tre, ou à personne d’au­tre.

Lui, je lui ai déjà dit ça.
Signifie : lui fait par­tie des gens à qui je sais que j’ai dit ou j’ai l’intention de dire ça.

C’est à lui que j’ai déjà dit ça.
Signifie : je l’ai dit à lui, et non pas à son frère/sa cousine/quelqu’un d’au­tre.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 31. Le pro­nom IL. Dernière mise à jour : 15.8.2021