Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Les propositions
subordonnées
complétives

Formes et structure

La complétive sujet du verbe

Complément direct du verbe

Complétive après préposition

Attribut du sujet

Complément d’adjectif

Complément du nom

Inversion du sujet

L’attribut de la complétive sujet antéposée  : au­tres cas

La conjonction devant l’infinitif CVD

Infinitives CVD de verbes déclaratifs

Infinitives com­plé­ments de verbes de perception

La complétive détachée et dans des phrases pseudo-clivées

Comparaison avec d’au­tres langues

Difficultés typiques

Formes et structure

Formes

Les pro­po­si­tions com­plé­tives sont des pro­po­si­tions subordonnées qui peu­vent avoir les mê­mes fonctions que le grou­pe no­mi­nal : su­jet, com­plé­ment de ver­be, at­tri­but, agent etc.

Ces variations peu­vent dépendre du type de ver­be, du type de com­plé­ment (c’est-à-dire de la fonction grammaticale de la com­plé­ti­ve) ou du type de pré­po­si­tion.

Quand la com­plé­ti­ve est introduite par la con­jonc­tion que, le ver­be peut être à l’in­di­ca­tif ou au sub­jonc­tif. Voir Le mode du ver­be dans la com­plé­ti­ve.

Coréférence du su­jet dans les com­plé­ti­ves in­fi­ni­ti­ves

On peut uti­li­ser une com­plé­ti­ve in­fi­ni­ti­ve si le su­jet de la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le est le mê­me que celui de la com­plé­ti­ve (a) (les su­jets ont le mê­me ré­fé­rent (tarkoite), on dit qu’ils sont coré­fé­rents), ou si le su­jet est identifiable sous une for­me quel­con­que dans la prin­ci­pa­le (b), ou bien si la com­plé­ti­ve est elle-mê­me le su­jet de la prin­ci­pa­le (c) :

(a) Elle a reconnu avoir menti. = A a reconnu que A a menti.
(b) Je lui ai demandé de revenir. = J’ai demandé à A que A revienne.
(c) Accepter cette offre serait une bonne idée / Ce serait une bonne idée d’accepter cette offre.

Structure de base

Une proposition com­plé­ti­ve peut avoir les mê­mes fonctions grammaticales que le groupe nominal :

La com­plé­tive su­jet du ver­be, for­me simple

La com­plé­tive en fonction de su­jet du ver­be de la prin­ci­pa­le peut occuper la place nor­ma­le du su­jet con­for­me à l’ordre SVC, c’est-à-dire se placer avant le ver­be. Cet emploi est plus fré­quent dans le code écrit que dans le fran­çais parlé. Il y a trois va­rian­tes :

En fin­nois, on uti­li­se dans ce cas des com­plé­ti­ves introduites par se, että… ou bien des noms (epäröiminen, epäröinti) en fonction de su­jet du ver­be.

Forme simple, sujet antéposé

La ma­niè­re la plus simple d’em­ploy­er une pro­po­si­tion com­plé­tive en fonc­tion de su­jet est de la placer à la place nor­ma­le du su­jet, avant le ver­be (elle est alors an­té­po­sée). Quand la com­plé­ti­ve est à l’in­fi­ni­tif et qu’elle est placée avant le ver­be, elle n’est pas pré­cé­dée de la con­jonc­tion de :

Qu’il soit si fatigué me parait bizarre. Qu’elle ait des hésitations ne m’étonne pas. Qu’il n’ait pas remar­qué une faute pareille est étrange. Voir cette maison dans un état pareil m’attriste profondément. Refuser serait difficile. Accepter une telle pro­po­si­tion aurait été scandaleux. Faire ce voyage est une chance extraordinaire. Se fatiguer si vite n’est pas normal. Que ses étudiants ne sachent pas cela est surprenant. Que tout fût réglé d’avance ne plaisait pas à cette nature de combattant. Fumer dans les lieux publics est interdit. Obtenir des renseignements sur la situation politique de ce pays semble difficile.

Remar­que : dans le fran­çais classique (XVIIe siècle, voir historique), on em­ploy­ait ré­gu­liè­re­ment la con­jonc­tion de devant l’in­fi­ni­tif dans cette position, mais cet emploi est devenu rare dans la langue moderne. On peut le trouver parfois dans le style soutenu : De prétendre résoudre ce pro­blè­me tout seul me parait présomptueux. / De penser que Martine avait quel­qu’un d’au­tre le rendait malade.

Inversion simple

Dans le code écrit, dans les constructions exclama­tives ou in­ter­ro­ga­tives, quand la com­plé­ti­ve est su­jet de ver­bes impersonnels ou au passif, elle peut être placée après le ver­be quend elle est utilisée dans cer­tai­nes ex­pres­sions figées (peu importe…), avec des ver­bes à pro­nom réfléchi ou des ver­bes passifs à sens impersonnel :

D’où vient que personne ne m’en ait parlé ? Mistä johtuu, että kukaan ei ole siitä kertonut minulle? Qu’importe qu’il ne soit pas d’ac­cor­d, nous le ferons sans lui ! Quelle chance que nous nous soyons rencontrés  ! [= Que nous nous soyons rencontrés est vraiment une chance] Peu importe qu’il ne vienne pas ! Nulle part (il) n’est dit dans le texte que le personnage soit un homme. 

Com­plé­tive su­jet in­tro­duite par le fait que / le fait de

Dans le style cou­rant, la com­plé­tive su­jet placée avant le ver­be est le plus sou­vent in­tro­duite par le fait que…, ou par le fait de si le ver­be est à l’in­fi­ni­tif :

Le fait qu’il ait laissé passer cette er­reur est étrange. Le fait d’avoir attendu trop longtemps avant le confinement a été catastrophique. Le fait qu’elle soit si fati­guée me parait inquiétant. Le fait que les droits de l’homme se soient vu ac­cor­der une place centrale dans le rapport est, à notre avis, une bonne chose.

En fin­nois, on ne peut pas com­mencer la phra­se par että. La com­plé­ti­ve su­jet devant le ver­be est tou­jours pré­cé­dée par le pro­nom se qu’elle complète : Se, että hän ei pääse tulemaan, on harmillista . On ne peut pas non plus com­mencer la phra­se par un in­fi­ni­tif en -A (A infinitiivi, ou ”1. infinitiivi” traditionnel). En fran­çais, en revanche, on peut commencer la phrase par que ou par un in­fi­ni­tif, ou par le fait que/de :

Qu’il ne puisse pas venir est regrettable.
Le fait qu’il ne puisse pas venir est regrettable.

Accepter sans discussion aurait pu être une mauvaise stratégie.
Le fait d’accepter sans décision aurait pu être une mauvaise stratégie.

Il n’y a pas de réelle dif­fé­ren­ce de sens entre les deux constructions. On peut dire ce­pen­dant que quand la com­plé­tive est à la for­me né­ga­ti­ve, on emploie plus sou­vent la construction avec le fait que / le fait de.

La forme le fait que est cependant obli­ga­toi­re dans les constructions com­pa­ra­ti­ves, pour éviter la rencontre de deux que  ; quand l’in­fi­ni­tif est com­plé­ment d’un com­pa­ra­tif, on uti­li­se la con­jonc­tion de (voir Le com­pa­ra­tif).

Complétive su­jet post­po­sée et pro­nom conjugateur

Dans le style cou­rant (code écrit et fran­çais parlé), la com­plé­tive su­jet d’un ver­be est placée après le ver­be, et le ver­be est pré­cé­dé d’un pro­nom conjugateur. Le pro­nom conjugateur gé­né­ri­que est ÇA (allomorphes ça cela ce), mais dans cer­tains cas on uti­li­se aus­si le pro­nom conjugateur invariable il.

Quand le ver­be de la pro­po­si­tion com­plé­ti­ve est un ver­be conjugué, la con­jonc­tion qui introduit la com­plé­ti­ve est que; si le ver­be est à l’in­fi­ni­tif, la con­jonc­tion est de.

Verbe être

a. Attribut adjectif ou ad­ver­be. Les adjectifs qui peu­vent être attributs de la com­plé­ti­ve sont des adjectifs qui ne se rapportent pas à des animés : indispensable, sou­hai­table, essentiel, obli­ga­toi­re, facile etc., voir L’adjectif complété par une com­plé­ti­ve. Quand la com­plé­ti­ve est le su­jet du ver­be être (ou un ver­be d’état com­me devenir, rester) et que l’attribut est un adjectif, dans le code écrit et dans le style cou­rant, on uti­li­se le pro­nom conjugateur il :

Il est naturel que vous ayez des appréhensions. Il est naturel d’avoir cer­tai­nes ap­pré­hen­sions. Il est impos­si­ble que je réponde maintenant. Il m’est impos­si­ble de répondre maintenant. Il est essentiel que tous les réglages soient faits avec minutie. Il n’est pas rare que des Finlandais fassent l’acquisition de pro­priétés en France. Il est normal que tu sois dérouté. Il est pos­si­ble que je parte dès demain. Il devient de plus en plus difficile de trouver un appartement à Paris.

Remarque : les conjonctions que et de sont marquées en couleur.

Dans le fran­çais parlé, on uti­li­se le pro­nom conjugateur ÇA (à la for­me ce ou ça, voir comment choisir les formes) et on peut aus­si uti­li­ser un ad­ver­be en fonction d’ad­jec­tif :

C’est pas normal qu’il soit pas en­co­re arrivé. C’est difficile à admet­tre que ce soit lui le coupable. Ce/Ça serait sympa que vous veniez avec nous pour notre excursion dans les Vosges. Ça doit être assez cool qu’on te dise que t’as gagné un voyage de 10 000 euros. C’est pas impos­si­ble que je parte dès demain. C’est bizarre d’affirmer un truc pareil. Ce/Ça serait bien de prendre une semaine de vacances. C’est bien que tu ne sois pas venu, le concert a été annulé. C’est déjà beau­coup qu’on nous ait laissé entrer. C’est trop qu’on doive rester si longtemps debout. Com­me si c’était déjà pas assez de devoir le promener en voiture à tout bout de champ ! C’est déjà pas mal qu’on se soit pas fait trop mouiller. Ce/Ça serait bien que tu me donnes enfin l’adresse de ta copine. Ce/Ça serait sympa de sortir ensemble un de ces soirs.

b. Verbe non exprimé. L’in­fi­ni­tif peut être le su­jet d’un ver­be être non exprimé, no­tam­ment dans les écriteaux ou affiches diverses :

Interdit de stationner [= Il est interdit de stationner]. Interdit de parler au conducteur [= Il est interdit de parler au conducteur]. Interdit de déposer des ordures [= Il est interdit de déposer des ordures].

La com­plé­tive peut éga­le­ment at­tri­but du com­plé­ment (objektipredikatiivi) :

Nous estimons d’ailleurs probable qu’une réac­tion se produise [= Nous estimons d’ailleurs qu’il est probable qu’une réac­tion se produise]. Elle trouvait étrange qu’on la croie si jeune [Elle trouvait qu’il était étrange qu’on la croie si jeune]. Je trouve inattendu de voir le mont St Michel sans voir l’océan autour, mê­me à marée basse [= Je trouve qu’il est inattendu de voir le mont St Michel sans voir l’océan autour].

c. Attribut GN. Quand l’attribut est un groupe nominal, on uti­li­se les for­mes du pro­nom conjugateur ÇA ce ça cela :

C’est une chance extraordinaire de faire ce voyage. À mon humble avis, c’est un mérite d’avoir pris cette modeste part dans la ges­tion de la crise. C’est une chance que je t’aie rencontré. C’est un miracle que nous soyons en­co­re vivants. Ça n’est pas un hasard que vous vous soyez rencontrés ici.

Verbe intransitif

Quand le ver­be est intransitif, com­me advenir, falloir, arriver, convenir, suf­fi­re, sembler, pouvoir, valoir mieux etc., ou un ver­be intransitif avec pro­nom réfléchi com­me se faire, se passer, on uti­li­se le pro­nom conjugateur invariable il (jamais ce ou ça). Si le ver­be est à l’in­fi­ni­tif, il est gé­né­ra­le­ment pré­cé­dé de la con­jonc­tion de (il y a quel­ques exceptions) :

Il importe que vous soyez tous actifs. Il importe de prendre des précautions. Il parait que ce produit se vend très bien. Il faut que tu viennes. Il convenait que le con­te­nu des dis­cours fût neu­tre. Il suffit que vous ajoutiez un s et la phra­se est juste. Il se trouve que nous avons justement un expert sous la main. Meillä sattuu juuri olemaan asiantuntija käytössämme. Inutile de réserver, il suffit de venir à l’heure. Il se peut qu’il faille refaire la toi­tu­re.

Dans l’in­ter­ro­ga­tion, le pro­nom conjugateur se place après le ver­be, et la com­plé­tive ne change pas de place :

Se peut-il qu’il ait agi aus­si lâchement ? Com­ment se fait-il que ce rapport ne soit pas en­co­re prêt ? Ne conviendrait-il pas plutôt de maintenir les terrains non construits en renonçant à les urbaniser ?

Cas par­ti­cu­liers / dif­fi­cul­tés
Verbe transitif

Quand la com­plé­ti­ve post­po­sée est le su­jet d’un ver­be transitif, on ne peut pas uti­li­ser le pro­nom conjugateur il, car celui-ci pourrait être interprété com­me le pro­nom anaphorique IL (*il m’énerve que = *hän ärsyttää minua että). On uti­li­se dans ce cas le pro­nom ÇA  :

Ça me parait bizarre qu’elle n’ait rien dit. Ça ne m’amuse pas du tout de devoir recom­mencer. Minua ei huvita ollenkaan aloittaa alusta. Cela me désole que vous ne lisiez pas les instructions. Ça me réjouit de te voir en si bonne for­me après ta maladie. Cela l’agaçait qu’on lui dise « Monsieur le professeur ». Cela m’arrangerait de pouvoir faire cette conférence plus tard. Cela t’ennuie qu’il parte ? Ça m’ennuie de devoir partir si tôt le matin. Cela m’étonne qu’il n’ait rien dit. Cela m’attriste de voir cette maison dans un état pareil. Ça m’énerve prodigieusement que quel­qu’un tricote pen­dant les cours. Ça m’énerve de de­voir rappeler sans arrêt pour prendre rendez-vous. Cela m’arrangerait que vous vous asseyiez à l’avant de la salle.

La com­plé­ti­ve com­plément direct du ver­be (CVD)

Forme cou­ran­te

La com­plé­tive com­plé­ment de ver­be direct (CVD) suit di­rec­tement le ver­be dont elle dépend, sans l’intermédiaire d’une pré­po­si­tion. Dans ce cas, elle est introduite par la con­jonc­tion que (+ ver­be conjugué) ou la con­jonc­tion de (+ in­fi­ni­tif). Les ex­em­ples sui­vants montrent la similitude de construction avec CVD nominal, com­plé­ti­ve introduite par que et com­plé­ti­ve in­fi­ni­ti­ve introduite par de :

La commune a décidé la fermeture du parc.
La commune a décidé que le parc serait fermé.
La commune a décidé de fermer le parc.
Il a oublié son rendez-vous.
Il a oublié qu’il avait un rendez-vous.
Il a oublié d’aller à son rendez-vous.
Il m’a demandé de la discrétion.
Il a demandé que je ne leur en parle pas.
Il m’a demandé de ne pas leur en parler.
Nous craignons un échec.
Nous craignons que cela échoue.
Nous craignons d’échouer.

La com­plé­tive est donc dans ce cas reprise par le pro­nom ÇA à la for­me CVD le :

Elle a promis qu’elle reviendrait. / Elle a promis de revenir. → Elle l’a promis.

La con­jonc­tion devant l’in­fi­ni­tif est en gé­né­ral de, mais parfois aus­si à  ; dans cer­tains cas on n’emploie pas de con­jonc­tion (con­jonc­tion Ø), ou bien la con­jonc­tion est flottante, voir ci-des­sous.

Verbes déclaratifs

Quand la com­plé­ti­ve est CVD d’un cer­tain nombre de ver­bes déclaratifs et in­tro­duite par que, elle peut, en cas de co­ré­fé­ren­ce du su­jet, être remplacée par une com­plé­tive avec un ver­be à l’in­fi­ni­tif. Dans ces pro­po­si­tions, l’in­fi­ni­tif n’a pas de su­jet exprimé, le su­jet est tou­jours le mê­me que celui de la prin­ci­pale. Dans ce cas-là, on n’uti­li­se pas la con­jonc­tion de devant l’in­fi­ni­tif :

Le maire affirme qu’il n’a jamais reçu de subventions du département.
Le maire affirme qu’il n’avoir jamais reçu de subventions du département.

La com­plé­tive est reprise par le pro­nom ÇA à la for­me CVD le : Le maire l’affirme.

La transformation in­fi­ni­ti­ve d’une com­plé­ti­ve CVD d’un ver­be déclaratif est utilisée es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit (elle est fré­quente dans la presse). Elle n’est ja­mais obli­ga­toi­re. On peut tou­jours uti­li­ser la for­me nor­ma­le avec la con­jonc­tion que et un ver­be conjugué.

Ver­bes de perception

Quand elle est CVD des ver­bes de perception voir regarder entendre écouter sentir, la com­plé­ti­ve peut se met­tre à l’in­fi­ni­tif. Elle peut avoir un su­jet dif­fé­rent de celui de la prin­ci­pa­le. Elle n’est pas introduite par la con­jonc­tion de :

J’ai vu que les enfants couraient dans le parc.
J’ai vu        les enfants courir dans le parc.

Dans ce cas, la com­plé­ti­ve ne peut gé­né­ra­le­ment pas être reprise par un pro­nom (voir ci-des­sous).

 La com­plé­ti­ve à l’in­fi­ni­tif après des ver­bes déclaratifs et des ver­bes de perception correspond assez bien par sa structure aux referatiivirakenteet (qu’on appelle aus­si lauseenvastikkeet dans la ter­mi­no­lo­gie scolaire fin­lan­dai­se traditionnelle) construites avec un par­ti­ci­pe (il y a ce­pen­dant quel­ques dif­fé­ren­ces) :

Elle a déclaré accepter le contrat. Hän ilmoitti hyväksyvänsä sopimuksen.
J’ai vu les enfants courir dans le parc. Näin lasten juoksevan puistossa.

Complétive après pré­po­si­tion

La com­plé­tive peut aus­si être un com­plé­ment pré­po­si­tionnel, c’est-à-dire dépendre d’une pré­po­si­tion, par ex­em­ple quand elle est en fonc­tion de com­plé­ment de ver­be (se réjouir de) ou qu’elle est com­plé­ment d’un ad­jec­tif (heu­reux de, disposé à). Dans ces cas-là, il y a plu­sieurs possibilités :

Complétive avec que, préposition exprimée

Quand la pré­po­si­tion est exprimée, on ne peut pas rattacher di­rec­tement la con­jonc­tion que à la pré­po­si­tion. Il faut ajouter après la pré­po­si­tion le pro­nom faible ce, qui est ensuite dé­ve­lop­pé par la com­plé­ti­ve, exac­te­ment com­me c’est le cas en fin­nois :

Iloitsen siitä, että päätös oli yksimielinen.
Je me réjouis de ce que la décision ait été unanime.

La com­plé­tive est dans ce cas reprise par une for­me du pro­nom ÇA qui dépend de la pré­po­si­tion :

Je me réjouis de ce que la décision ait été unanime. → Je m’en réjouis. Il faudra veiller à ce que tout le monde ait une place assise. → Il faudra y veiller.

Suppression de la pré­po­si­tion de

Quand la pré­po­si­tion est de ou à, il est fré­quent qu’on n’ex­pri­me pas le grou­pe de ce ou (moins fré­quem­ment) à ce, et qu’on relie la com­plé­tive di­rec­tement au ver­be :

Nous nous réjouissons de ce que vous ayez accepté. = Nous nous réjouissons que vous ayez accepté. Je suis heureux de ce que vous soyez venus si nom­breux. = Je suis heureux que vous soyez si nom­breux. Il faudra veiller à ce que tout le monde ait une place. = Il faudra veiller que tout le monde ait une place.

C’est éga­le­ment le cas en fin­nois dans cer­tai­nes constructions :

Olemme yllättyneitä siitä, että sopimus saatiin aikaan. =
Olemme yllättyneitä, että sopimus saatiin aikaan.

Cette suppression n’est ce­pen­dant pas obli­ga­toi­re (en fin­nois non plus), ni dans le code écrit ni dans le fran­çais parlé. Dans le fran­çais parlé ou le style cou­rant, on a ten­dan­ce à maintenir le groupe de ce ou à ce devant la con­jonc­tion que. Quand on supprime de ce ou à ce, la com­plé­ti­ve semble être le CVD de la prin­ci­pa­le, mais elle est bien un com­plé­ment pré­po­si­tionnel, com­me le montre la for­me du pro­nom qui la remplace :

Nous nous réjouissons que vous ayez accepté.  → Nous nous en réjouissons.
Il faut faire attention que la voyelle soit bien arrondie. → Il faut y faire attention.

Complétive in­fi­ni­ti­ve

Quand le ver­be de la com­plé­ti­ve com­plé­ment pré­po­si­tion­nel est à l’in­fi­ni­tif, on n’u­ti­li­se jamais la con­jonc­tion de (ou à) après la pré­po­si­tion :

Il rêve de [préposition] partir. et non pas :
Il rêve de [préposition] *de [conjonction] partir.

*Il rêve de de partir serait une suite pré­po­si­tion de + con­jonc­tion de. Un peu com­me dans le cas de la règle d’effacement de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel, cette suite de de n’est pas employée :

rêver de qqch → Je rêve de vacances.  / Je rêve de partir. Haaveilen lomasta. / Haaveilen lähteväni. se plaindre de qqch → Il se plaint de ses collègues.  / Il se plaint d’avoir trop de travail. Hän valittaa työkavereistaan. Hän valittaa sitä, että on liikaa työtä.

Mais on « retrouve » la pré­po­si­tion dans la for­me du pro­nom qui remplacerait la com­plé­ti­ve :

Il faut veiller à ce que vous vous inscriviez à temps. / Il faut veiller à s’inscrire à temps. → Il faut y veiller. Elles se réjouissaient de ce qu’elles pourraient passer des vacances ensemble. / Elles se réjouissaient de pouvoir passer des vacances ensemble. → Elles s’en réjouissaient.

Dans cer­tains cas, le mot de devant in­fi­ni­tif peut donc être la con­jonc­tion de ou la pré­po­si­tion de après laquelle la con­jonc­tion de est effacée.

Après d’au­tres pré­po­si­tions ou des locutions ver­bales

Après les au­tres pré­po­si­tions que de ou à, la com­plé­ti­ve est tou­jours introduite par la lo­cu­tion le fait que ou le fait de :

Il faut insister sur le fait que cette solution est seu­le­ment provisoire. L’allocation dépend du fait que vous viviez seul ou en couple. Elle ressentait une légère inquiétude à propos du fait de s’installer dans cette grande ville.

Il y a aus­si des ver­bes avec lesquels on ne peut pas uti­li­ser de com­plé­ti­ve introduite directement par que, le plus fré­quent étant tenir compte de qch. Ce qui peut paraitre surprenant, c’est qu’on peut dire se rendre compte que, mais pas *tenir compte que ni (dans le code écrit strict, au moins) *prendre en compte que :

Après relecture du texte révisé, nous nous sommes rendu compte que cer­tai­nes corrections avaient été négligées. Il faut tenir compte du fait que les actions de prévention peu­vent parfois avoir des effets indésirables. Il faut prendre en compte le fait que de nom­breux médicaments ou substances peu­vent additionner leurs effets dépresseurs du système nerveux central.

La com­plétive at­tri­but du su­jet

La com­plé­tive peut être l’at­tri­but d’un su­jet groupe nominal ou d’une com­plé­ti­ve :

L’essentiel est que le client soit satisfait. L’essentiel est de satisfaire le client. L’essentiel n’est pas de gagner, c’est de par­ti­ci­per. La ques­tion est de savoir pourquoi les fabricants de tabac ajoutent de l’ammoniaque dans les cigarettes. Le miracle est qu’il ait réussi à s’en sortir sans l’aide de personne. Notre objectif est que le détecteur soit installé avant la fin du mois. Notre objectif est de faire installer le détecteur avant la fin du mois. Le plus difficile a été de prendre la décision de se lancer. L’essentiel semblait de contenter les militants du parti.

Sou­vent, le nom ou la com­plé­ti­ve su­jet sont détachés en prolepse :

Ce qui compte, c’est que tu prennes ton médicament régulièrement. L’essentiel, c’est que le vin soit bon. Ce qui importe, c’est de bien savoir identifier les dif­fé­ren­tes fonctions du mot de Notre chance, c’est que tout se soit passé si vite. Le miracle, c’est que nous soyons en­co­re vivants. La vérité, c’est que tu n’as pas envie de partir. Le pro­blè­me, c’est que je n’ai plus d’argent. L’ennui, c’est que j’ai oublié mes clés. Valitettavasti unohdin avaimeni.

Si le su­jet du ver­be être est un in­fi­ni­tif, l’in­fi­ni­tif attribut du su­jet n’est pas non plus pré­cé­dé de la con­jonc­tion de (voir ci-des­sus) :

Partir, c’est mourir un peu. Tout com­pren­dre, c’est tout pardonner.

La com­plé­ti­ve com­plément d’ad­jec­tif et d’ad­ver­be

Quand le com­plé­ment de l’ad­jec­tif est un nom, il est relié à l’ad­jec­tif par une pré­po­si­tion :

Je suis heureux de ta venue.   Elle était déçue de son voyage.

De la mê­me ma­niè­re, la pro­po­si­tion com­plé­tive peut être reliée à l’ad­jec­tif par une pré­po­si­tion. Dans ce cas :

Elles étaient ravies de ce que vous ayez accepté leur invitation. Nous sommes très heureux de vous accueillir parmi nous. Je suis désolé de ce que tu n’aies pas pu venir à notre fête. Il n’était pas disposé à ce qu’on vienne met­tre le nez dans ses affaires. Hän ei aikonut antaa muiden penkoa yksityisasioitaan. Il est soulagé d’avoir réussi son permis du premier coup. Elle était très contente de partir en voyage avec le Transsibérien.

Suppression de de ce

Dans le code écrit et le style cou­rant, on supprime gé­né­ra­le­ment le groupe de ce devant que, com­me en fin­nois on supprime sou­vent siitä devant että ; avec les ad­jec­tifs être disposé à ce que olla valmis siihen, että et être habitué à ce que olla tot­tu­nut siihen, että, l’ex­pres­sion de la pré­po­si­­tion à et de ce (à ce que) est ce­pen­dant obli­ga­toi­re :

Je suis heureux que tu viennes. Elle était déçue que le voyage ait été si court. Je suis désolé que tu n’aies pas pu venir à notre fête. Elle était fière qu’on l’ait nommée à ce poste après seu­le­ment trois mois. [fier de qch] Elle en était très fière Ce dont elle était très fière, c’est qu’on l’ait nommée à ce poste après seu­le­ment trois mois.  Ils étaient étonnés que personne n’ait réagi. [étonné de qch] Ils en étaient étonnés Ce dont ils étaient étonnés, c’est que personne n’ait réagi.

Pronominalisation

Com­me dans le cas des ver­bes com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel, il faut donc savoir rétablir la pré­po­si­tion « cachée », car cette pré­po­si­tion détermine la for­me du pro­nom qui reprend la com­plé­ti­ve :

Nous sommes désolés que vous n’ayez pas pu nous accompagner. → Nous en sommes désolés. Mes amis étaient tout surpris qu’il y ait tant de cygnes sur le lac. → Mes amis en étaient tout surpris.

De mê­me, com­me la pré­po­si­tion (de/à) est tou­jours maintenue devant in­fi­ni­tif et que la con­jonc­tion de n’est pas utilisée (voir ex­em­ples ci-dessus), il faut éga­le­ment savoir distinguer entre la pré­po­si­tion et la conjonction :

Il était très content de partir en voyage.
Le mot de est une pré­po­si­­tion reliant l’in­fi­ni­tif partir à l’ad­jec­tif content. →
Il en était très content.>

Il était normal de prendre des précautions.
Le mot de est une con­jonc­tion qui in­tro­duit la com­plé­tive su­jet du ver­be était. →
C’était normal.

Remar­que : ne pas confondre les cons­truc­tions qui se ressemblent :

Je suis désolé de ce que tu dis.
Olen pahoillani siitä, mitä sanot. [re­la­ti­ve]

Je suis désolé de ce que tu dises de telles choses.
Olen pahoillani siitä, että sanot tällaista. [com­plé­tive]

Complément d’ad­ver­be

Certains ad­ver­bes ou cons­truc­tions assimilables à des ad­ver­bes placés en tête de phra­se sont fré­quem­ment développés par une com­plé­ti­ve (il n’y a pas de cons­truc­tion équi­va­lente en fin­nois). Ce type de cons­truc­tion est très fré­quent dans la langue parlée, en par­ti­cu­lier peut-être que, mais ne s’uti­li­se pas dans le code écrit strict :

Évi­dem­ment que nous irons en France en été ! Tietenkin käymme kesällä Ranskassa. Heureusement que nous avions acheté le billet à l’avance. Onneksi olimme ostaneet lipun etukäteen. Peut-être que nous irons en Laponie pour Pâques. Lähdemme ehkä Lappiin pääsiäiseksi. Sans doute que les taux d’intérêt vont en­co­re baisser. Korot laskevat varmaan vielä. Probablement qu’ils ont raté l’avion. He ovat luultavasti myöhästyneet koneesta. Certainement qu’il aura de bons résultats. Hän saa varmaan hyviä tuloksia. Bien sûr que tu peux rester ! Totta kai voit jäädä meille.

Attention au sens de bien sûr que en début de phra­se : il équivaut à totta kai!, no mutta tietysti!, avec une touche légèrement familière ou affective. Si on veut dire de façon neutre tietenkin voit jäädä meille, on peut di­re : Tu peux bien sûr rester chez nous. / Bien sûr, tu peux rester chez nous.

La com­plétive com­plé­ment du nom

La com­plé­ti­ve peut être com­plé­ment du nom sur le mo­dè­le N de N (N de ce que, en fin­nois siitä, että. Dans ce cas, le groupe de ce n’est gé­né­ra­le­ment pas exprimé  :

C’est la preuve[de ce] qu’il n’est pas en­co­re au cou­rant. C’est le signe [de ce] qu’il va bientôt y avoir des chan­ge­ments. Avez-vous besoin [de ce] que nous vous aidions ? L’idée [de ce] que tu aurais pu y laisser ta peau me fait dresser les cheveux sur la tête. J’ai peur [de ce] que mon ami ne vienne pas. Avez-vous besoin [de ce] que nous vous aidions ?

Le mode du ver­be (sub­jonc­tif ou in­di­ca­tif) dans la com­plé­ti­ve dépend du sens du nom.

Dans cer­tains cas, le nom qui est développé par la com­plé­ti­ve correspond à la for­me nominale d’une pro­po­si­tion qui demanderait le sub­jonc­tif. Dans ce cas-là, le ver­be de la com­plé­ti­ve se met au sub­jonc­tif :

Il exis­te tou­jours la possibilité qu’ils aient raté l’avion. [il est tou­jours pos­si­ble que…] Ainahan on mahdollista, että he ovat jääneet koneesta. Est-ce qu’il y a moyen que tu me rendes le livre avant demain ? [est-ce qu’il est pos­si­ble que…] Onko mahdollista, että palautat kirjan ennen huomista? Il a eu de la chance qu’on ne l’ait pas fait redoubler. [= il peut être heureux de ce que…] Hänellä oli onnea, ettei häntä vaadittu jäämään luokalle.

Après cer­tai­nes locutions ver­bales, il faut uti­li­ser la con­jonc­tion le fait que. La plus fré­quente est tenir compte de (et aus­si pren­dre en comp­te)  :

Il faut tenir compte du fait qu’il y a plu­sieurs aspects dif­fé­rents qui ont un effet sur le résultat du travail. Si nous prenons en compte le fait que nos clients suis­ses exportent éga­le­ment hors des frontières helvétiques, le pourcentage de notre chiffre d’affaires à l’étranger finalement 100%.

Remar­que  : en fin­nois, l’ex­pres­sion équi­va­lente ot­taa huomioon se construit avec un com­plé­ment direct (ottaa jk huomioon), ce qui pro­vo­que sou­vent des er­reurs dans l’ex­pres­sion écrite :

*Il faut tenir compte qu’il y a plu­sieurs aspects dif­fé­rents qui ont un effet sur le résultat du travail. [exem­ple relevé dans un écrit d’étudiant]. → Forme correcte : Il faut tenir compte du fait qu’il y a plu­sieurs aspects dif­fé­rents qui ont un effet sur le résultat du travail.

Voir aus­si Dif­fi­cul­tés diverses pour les fin­no­pho­nes.

L’in­ver­sion du su­jet dans la com­plé­tive
su­jet du ver­be an­té­po­sée

Inversion simple dans l’exclama­tion ou l’in­ter­ro­ga­tion

Dans l’in­ter­ro­ga­tion ou l’exclamation, la com­plé­tive se trouve placée après la prin­ci­pa­le, mais elle est le su­jet de celle-ci. Cet usage est réservé au code écrit :

Et que me fait que vous échouiez ? Ja miten se minua liikuttaa, että epäonnistutte? D’où vient que personne ne m’en ait parlé ? Mistä johtuu, että kukaan ei ole siitä kertonut minulle? Qu’importe qu’il ne soit pas d’ac­cor­d, nous le ferons sans lui ! Sillä ei ole väliä, että hän ei ole samaa mieltä, teemme sen ilman häntä. Passe en­co­re que son pays lui fasse de grandioses funérailles nationales, mais notre grande presse était-elle tenue de lui emboiter le pas ? Peu s’en fallut que la Chambre des séan­ces ne devînt le théâtre d’une affreuse mêlée.

Remar­que : dans les cons­truc­tions exclamatives, mal­gré les apparences, la pro­po­si­tion com­plé­tive n’est pas le« com­plé­ment du nom », mais le su­jet du ver­be être sous-entendu :

Quelle chance que nous nous soyons rencontrés  ! [= Que nous nous soyons rencontrés est vraiment une chance] Quel dommage que tu ne puisses pas rester ! [= Que tu ne puisses rester est vraiment dommage », se dirait plutôt le fait que tu ne puisses pas rester…, ou bien c’est vraiment dommage que tu ne puisses pas rester…].

L’in­ver­sion simple se fait éga­le­ment dans cer­tai­nes ex­pres­sions figées avec in­ver­sion dont la plus cou­ran­te est peu importe :

Peu importe qu’il ne vienne pas ! Ei ole väliä vaikka hän ei tule. Peu importe de gagner ou de perdre.

Verbes impersonnels ou au passif

L’in­ver­sion est éga­le­ment pos­si­ble avec les ver­bes à pro­nom réfléchi et les ver­bes pas­sifs à sens impersonnel qui équi­va­lent à un ver­be actif avec su­jet on, avec les­quels l’uti­li­sa­tion d’un pro­nom conjugateur il devant le ver­be est facultative. Cet em­ploi est pos­si­ble à condi­tion que le ver­be ne se trouve pas seul en début de phra­se, c’est-à-dire à condi­tion que la phra­se com­mence par un com­plé­ment de phra­se ou un ad­ver­be :

Nulle part (il) n’est dit dans le texte que le personnage soit un homme. Ainsi se justifie que les films soient doublés. Com­ment s’explique qu’il n’ait pas écrit de romans depuis dix ans ? Miten selittyy, että hän ei ole kirjoittanut romaania kymmeneen vuoteen?

Ces phra­ses cor­res­pondraient aux cons­truc­tions actives sui­vantes, dans lesquelles la com­plé­tive est en fonc­tion de CVD :

On ne dit nulle part dans le texte que le personnage est un homme. On peut justifier ainsi que les films sont doublés. Com­ment peut-on expliquer qu’il n’ait pas écrit de romans depuis dix ans ? Miten selittyy, että hän ei ole kirjoittanut romaania kymmeneen vuoteen?

Il vaut mieux

Quand le su­jet du ver­be est un in­fi­ni­tif dans la cons­truc­­tion il vaut mieux, on n’uti­li­se pas la con­jonc­tion de :

En ce moment, il vaut mieux acheter ses vêtements sur Internet. Il aurait mieux valu ne rien dire. Il vaut mieux perdre un bon mot qu’un ami. Il vaut mieux avoir des remords que des regrets. En prévision de l’augmenta­tion des prix, il vaudrait mieux réserver ses billets dès maintenant.

Mais quand le ver­be a un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, la con­jonc­tion de est con­ser­vée :

Il vaut mieux pour toi de partir le plus vite pos­si­ble. Il vaudrait mieux pour vous de peser le pour et le contre. Il aurait mieux valu pour nous de choisir d’au­tres partenaires.

Il n’est donc pas étonnant que l’uti­li­sa­tion de la con­jonc­tion de avec il vaut mieux soit source de nom­breuses er­reurs et incertitudes pour les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re, qui ont sou­vent ten­dan­ce à uti­li­ser de quand il n’y a pas de CVP : *Il vaut mieux de téléphoner (au lieu de Il vaut mieux téléphoner). Mais la construction il vaut mieux + in­fi­ni­tif est très fré­quente, et il faut savoir l’uti­li­ser correctement.

L’attribut de la com­plé­ti­ve su­jet an­té­po­sée  : au­tres cas

Attribut ad­ver­be

Dans le fran­çais parlé, la com­plé­tive peut être l’attribut d’un ad­ver­be ou d’une locution adverbiale qui remplace une construction ver­bale. En fin­nois, on uti­li­se dans ce cas-là un ad­ver­be simple Ce type de cons­truc­­tion est très fré­quent dans le fran­çais parlé familier, en par­ti­cu­lier peut-être que, mais il est à éviter dans le code écrit soigné :

Évi­dem­ment que nous irons en France en été ! Tietenkin käymme kesällä Ranskassa. Heureusement que nous avions acheté le billet à l’avance. Onneksi olimme ostaneet lipun etukäteen. Peut-être que nous irons en Laponie pour Pâques. Lähdemme ehkä Lappiin pääsiäiseksi. Sans doute que les taux d’intérêt vont en­co­re baisser. Korot laskevat varmaan vielä. Probablement qu’ils ont raté l’avion. He ovat luultavasti myöhästyneet koneesta. Certainement qu’il aura de bons résultats. Hän saa varmaan hyviä tuloksia. Bien sûr que tu peux rester ! Totta kai voit jäädä meille.

Atten­tion au sens de bien sûr que en début de phra­se : il équivaut à totta kai!, no mutta tietysti!, avec une touche légèrement fa­mi­liè­re ou affective. Si on veut dire de façon neu­tre tietenkin voit jäädä meille, on peut di­re : Tu peux bien sûr rester chez nous. / Bien sûr, tu peux rester chez nous.

Attribut GN

Quand l’attribut est un groupe nominal, on uti­li­se les for­mes du pro­nom conjugateur ÇA ce ça cela :

C’est une chance extraordinaire de faire ce voyage À mon humble avis, c’est un mérite d’avoir pris cette modeste part dans la ges­tion de la crise. C’est une chance que je t’aie rencontré. C’est un miracle que nous soyons en­co­re vivants. Ça n’est pas un hasard que vous vous soyez rencontrés ici.

Conjonc­tion que explétive dans le code écrit : quand l’at­tri­but du su­jet est un GN, dans le code écrit il est sou­vent pré­cé­dé de la con­jonc­tion que. Cette con­jonc­­tion est explétive, au­tre­ment dit elle n’ajoute au­cu­ne informa­tion et peut théoriquement être supprimée sans que le sens de la phra­se ne change (dans tous les exemples sui­vants, on pourrait supprimer que) :

C’est un cliché que de dire que tous les fran­çais mangent des croissants au petit-déjeuner. C’est une grande satisfac­tion que d’avoir pu réussir à réunir près de quatre cents chirurgiens de 27 nationalités dif­fé­ren­tes lors de ce congrès. Avec la poudrière qu’est le monde actuellement, c’est un comportement bien étrange que de prendre le pari de mourir. C’est une grande satisfac­tion que d’avoir pu assister à ce congrès.

Le ver­be, donc tout le grou­pe c’est disparait dans cer­tai­nes tour­nures exclamatives :

Quelle coïncidence que nous nous rencontrions ici  Quelle chance que ça ait marché ! Quelle chance d’avoir pu obtenir les deux derniers billets !

Expression figées avec ar­ti­cle zéro

Quand le nom at­tri­but de la com­plé­tive se trouve dans des ex­pres­sions figées avec ar­ti­cle zéro, on uti­li­se le pro­nom conjugateur il. Ces ex­pres­sions sont par exem­ple :

il est d’usage que, il est de règle que, il est de fait que, il est temps que, il est grand temps que, il est ques­tion que, il est dommage que, il est justice que / il n’est que justice que etc.

Il est grand temps que tu partes. Il aurait été dommage que le texte ne fût pas édité. Il était ques­tion que l’État verse des aides au logement pour les pro­fes­seurs des écoles vivant dans des régions rurales. Il est justice que ce texte ma­jeur soit enfin traduit intégralement en fran­çais. Il est de fait que nos amis an­glais ont vu, cette dernière décennie, se multiplier les exploitations vinicoles dans le Kent, l’Essex.

La con­jonc­tion devant l’in­fi­ni­tif com­plé­ment de ver­be direct

Un cer­tain nombre de ver­bes transitifs directs peu­vent recevoir com­me com­plé­ment direct (CVD) un groupe nominal ou une pro­po­si­tion com­plé­ti­ve. La com­plé­ti­ve est introduite par que et contient un ver­be conjugué  ; en cas de co­ré­fé­ren­ce du su­jet, la com­plé­ti­ve peut avoir un ver­be à l’in­fi­ni­tif, et elle est gé­né­ra­le­ment in­tro­dui­te par la con­jonc­tion de, plus rarement à ou au­cu­ne con­jonc­tion. Parfois la con­jonc­tion est flottante.

La plupart des ver­bes peu­vent avoir com­me CVD une com­plé­ti­ve introduite par que avec un ver­be conjugué aus­si bien qu’une com­plé­ti­ve introduite par de avec un in­fi­ni­tif, mais cer­tains ne peu­vent recevoir que l’un ou l’au­tre type de com­plé­ti­ve.

Verbes avec CVD in­fi­ni­tif introduit par la con­jonc­tion de

Le plus fréquemment, les verbes qui peuvent avoir comme com­plé­ment direct une complétive avec verbe conjugué introduite par que peuvent également, en cas de co­ré­fé­ren­ce du su­jet, avoir comme com­plé­ment une com­plé­ti­ve avec un verbe à l’in­fi­ni­tif, introduite par la conjonction de :

accepter qch hyväksyä accepter suostua que / de faire qch
attendre qch odottaa attendre que / de faire qch
choisir qch valita choisir de faire qch
conseiller qch suositella conseiller de faire qch
continuer qch jatkaa continuer de faire qch
craindre qch pelätä jtak craindre que / de faire qch
décider qch päättää décider que / de faire qch
déconseiller qch ei suositella déconseiller de faire qch
déplorer qch valitella déplorer que / de faire qch
dire qch sanoa dire que / de faire qch
demander qch pyytää demander que / de faire qch
envisager qch suunnitella envisager de faire qch aikoa tehdä
essayer qch kokeilla essayer que / de faire qch
exiger qch vaatia exiger que / que / de faire qch
feindre qch teeskennellä feindre que / de faire qch
jurer qch vannoa jurer que / de faire qch
mériter qch ansaita mériter que / de faire qch
nécessiter qch edellyttää nécessiter que / de faire qch
négliger qch jättää tekemättä négliger que / de faire qch
offrir qch tarjota offrir de faire qch
omet­tre qch unohtaa omet­tre de faire qch
ordonner qch määrätä ordonner que / de faire qch
oublier qch unohtaa oublier que / de faire qch
permet­tre qch sallia permet­tre que / de faire qch
préconiser qch suositella préconiser que / de faire qch
prévoir qch suunnitella prévoir que / de faire qch
promet­tre qch luvata promet­tre que / de faire qch
proposer qch tarjota proposer que / de faire qch
rappeler qch muistuttaa rappeler que / de faire qch
redouter qch pelätä redouter que / de faire qch
refuser qch hylätä refuser que / de faire qch
regretter qch katua regretter que / de faire qch
reprocher qch à qqn moittia reprocher à qqn de faire qch
se rappeler qch muistaa se rappeler que / de faire qch
souhaiter qch à qqn toivottaa souhaiter que / à qqn de faire qch
suggérer qch ehdotta jtak suggérer que / de faire qch
supporter qch sietää jtak supporter que / de faire qch
tenter qch yrittää tenter de faire qch

Verbes avec CVD in­fi­ni­tif introduits par la con­jonc­tion à

Les ver­bes dont le CVD in­fi­ni­tif est introduit par la con­jonc­tion à n’ont pas de va­rian­te avec que + ver­be conjugué, sauf dans un sens dif­fé­rent, apprendre « saada kuulla » ou dans une construction dif­fé­ren­te (demander que à la voix active)  :

apprendre qch oppia apprendre à faire qch
com­mencer qch aloittaa com­mencer à faire qch
chercher qch etsiä chercher à faire qch
continuer qch jatkaa continuer à faire qch
réussir qch saada aikaan  réussir à faire qch
demander qch pyytää (saada) + in­fi­ni­tif passif demander à être + par­ti­ci­pe passé (demander à être reçu, demander à être reçu dispensé etc.)

Il com­mence son travail.
Il com­mence à travailler.
L’enfant apprend le piano.
L’enfant apprend à marcher.

Verbes avec CVD in­fi­ni­tif sui­vant le ver­be prin­ci­pa­l sans con­jonc­tion

Certains ver­bes transitifs (exprimant en gé­né­ral une volonté ou une intention) peu­vent être suivis d’un in­fi­ni­tif, mais devant cet in­fi­ni­tif on n’uti­li­se pas (ou on n’u­ti­li­se plus, voir historique) de con­jonc­tion.

aimer qch pitää jstak aimer que / aimer faire qch
adorer qch pitää kovasti jstak adorer que / adorer faire qch
préférer qch pitää enemmän jstak préférer que / préférer faire qch
détester qch inhota jtak détester que / faire qch
désirer qch pitää enemmän jstak désirer que / détester faire qch
souhaiter qch toivoa souhaiter que / souhaiter faire qch
penser à qch penser faire qch (aikoa)
compter (sur) qch compter faire qch (aikoa )

Com­pa­rer  :

J’aime les promenades le soir dans la forêt.
J’aime me promener le soir dans la forêt.
J’aime qu’on se promène le soir ensemble.

Autres ex­em­ples  :

Claire n’aime pas faire ses devoirs. Je déteste me lever si tôt pour prendre le train. Je désirais me faire un cadeau pour mon anniversaire. Le Canada, l’UE et la Norvège souhaitèrent avoir des éclaircissements sur l’élection des membres remplaçants du Comité Directeur. Elle avait préféré passer par ce chemin qui rejoignait la mer en passant par les montagnes.

L’in­fi­ni­tif CVD  : con­jonc­tion variable

Quand l’in­fi­ni­tif est com­plé­ment direct du ver­be (CVD) de la prin­ci­pa­le, il est gé­né­ra­le­ment pré­cé­dé de la con­jonc­tion de. Mais dans le cas de cer­tains ver­bes, la con­jonc­tion peut varier :

Souhaiter

Devant l’in­fi­ni­tif CVD du ver­be souhaiter, on n’uti­li­se plus de une con­jonc­tion (voir ci-dessus), mais quand le ver­be souhaiter a un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel exprimé (cons­truc­tion souhaiter qch à qqn), la con­jonc­tion de s’uti­li­se en­co­re ré­gu­liè­re­ment devant l’in­fi­ni­tif :

Il a souhaité tenir sa conférence un jour de semaine. Les participants ont sou­hai­té faire une pause d’une heure. Mais : Nous lui avons souhaité de réussir dans son nouvel em­ploi. Je te souhaite de parvenir au but que tu t’es fixé. Elle a souhaité aux étudiants de poursuivre dans la voie qu’ils avaient choisie.

Demander

L’in­fi­ni­tif CVD du ver­be demander est nor­ma­le­ment introduit par la con­jonc­tion de, mais quand l’in­fi­ni­tif CVD est au passif, on uti­li­se la con­jonc­tion à :

Le préfet a demandé à être reçu par le ministre de l’Intérieur. Un détenu de­man­de à être libéré en invoquant la loi Perben 2. Le comité demande à être tenu infor­mé de l’évolu­tion de la situa­tion à cet égard. Socrate demanda à être nourri au Prytanée, com­me les vainqueurs olympiques.

Continuer, com­mencer

Pour cer­tains ver­bes, l’usage ne s’est pas fixé : on peut dire continuer à faire ou con­ti­nuer de faire. On peut éga­le­ment trouver des cas où com­mencer est construit avec de (habituellement on dit commencer à faire qch), mais c’est un em­ploi littéraire et vieilli en fran­çais moderne.

Aimer, aimer de, aimer à

Aimer est un exem­ple intéressant de l’évolu­tion de l’em­ploi de la con­jonc­tion devant l’in­fi­ni­tif, puis­que trois va­rian­tes sont pos­si­bles en fran­çais.

Au xviie siècle, la com­plé­ti­ve in­fi­ni­ti­ve CVD d’aimer était régulièrement introduite par de, com­me on peut le voir en lisant des textes des auteurs classiques (Corneille, Racine, Sévigné etc.). Dans la langue moderne, la con­jonc­tion a disparu, mais elle s’est conservée par­tiellement dans le fran­çais de Belgique (voir ci-dessous).

Au xviiie siècle, la con­jonc­tion à a pro­gres­si­ve­ment remplacé de devant l’in­fi­ni­tif et on trouve de nom­breux exem­ples avec aimer à + in­fi­ni­tif dans les textes du xviiie siècle (Voltaire, Beaumarchais etc.). Puis à a disparu éga­le­ment, sauf après quel­ques ver­bes (par ex­em­ple com­mencer). Dans le style soutenu, on continue d’uti­li­ser à après aimer (Il aimait à lire jusque tard dans la nuit).

Emploi maintenu par­tiellement dans le fran­çais de Belgique

Hormis un em­ploi très archaïque, la con­jonc­tion de n’est donc plus employée devant un ver­be com­plé­ment di­rect d’aimer. Ce­pen­dant, elle s’est par­tiellement conservée dans le fran­çais de Belgique, où elle est en­co­re cou­ram­ment uti­li­sée après le ver­be aimer bien (mais pas après aimer utilisé sans ad­ver­be ou avec un au­tre ad­ver­be) :

J’aime bien de me dépasser un peu. Dites-moi si je dois le dire à la banque avant, merci, c’est peut-être con de penser ça mais j’aime bien de savoir au cas où, merci. Tu devrais trouver qqch, un sport ou qqch, que tu aimes bien de faire. J’aime bien de pouvoir fumer dans le logement, mê­me si je ne suis pas un vrai fumeur. Même si mes idées sont claires, j’aime bien de connaitre le pro­gram­me de tous les partis. [exem­ples tirés de sites Internet belges divers]

Il y a donc trois possibilités :

Vouloir, devoir et au­tres ver­bes

Les in­fi­ni­tifs utilisés après les ver­bes vouloir, devoir, pouvoir se construisent di­rec­te­ment, sans conjonction ; ces ver­bes sont con­si­dé­rés com­me des semi-au­xi­liai­res et l’in­fi­ni­tif n’est en gé­né­ral pas con­si­dé­ré com­me leur com­plé­ment di­rect.

Le ver­be espérer se construit sans de (voir ci-des­sus), mais dé­ses­pé­rer se construit avec de : je ne désespère pas d’y parvenir. Mais de est dans ce cas une pré­po­si­tion, car dé­ses­pé­rer est ha­bi­tu­el­le­ment uti­li­sé com­me ver­be transitif cons­truit avec de : c’est à dé­ses­pé­rer de l’espèce humaine !

Historique

Jusqu’à une date re­la­ti­ve­ment récente, les ver­bes souhaiter, espérer, désirer, aimer s’uti­li­saient avec la con­jonc­tion de. Elle est fré­quente en­co­re à la fin du xviiie siècle ou au début du xixe siècle (Voir Haase, Gram­maire du fran­çais classique, §112, p. 295 sq.), et mê­me en­co­re chez Jules Verne :

Je ne le connaissais que de réputation, et elle me faisait peu désirer de le connaître davantage [Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Lettre VIII, 1782] Sans doute il suffit de vous voir, pour désirer de vous plaire » [Id. Lettre LXXXIII] Mais je souhaitais de voyager avant de m’engager dans l’ armée [Mme de Staël, Corinne ou l’Italie, 1807] Mais, hélas ! elle était loin, ma pauvre Gräuben, et pouvais-je espérer de la revoir jamais ? [Voyage au centre de la Terre, 1864].

Les pro­po­si­tions in­fi­ni­tives CVD de ver­bes déclaratifs

Verbes admettant une com­plé­tive in­fi­ni­tive

Les com­plé­tives in­fi­ni­tives après les ver­bes déclaratifs peu­vent s’em­ploy­er après un nombre limité de ver­bes :

admet­tre qch myöntää admet­tre faire (avoir fait) qch
affirmer qch väittää affirmer faire qch
annoncer* qch väittää annoncer avoir fait qch
avouer qch myöntää avouer faire (avoir fait) qch
croire qch luulla, arvioida croire faire (avoir fait) qch
déclarer qch ilmoittaa déclarer faire qch
démentir* qch kiistää démentir faire (avoir fait) qch
dire qch ilmoittaa dire faire (avoir fait) qch
espérer qch toivoa espérer faire (avoir fait) qch
estimer qch arvioida estimer faire (avoir fait) qch
jurer qch vannoa jurer faire (avoir fait) qch
nier qch kiistää nier faire (avoir fait) qch
mentionner* qch mainita mentionner (avoir fait) qch
penser qch arvella penser faire (avoir fait) qch (arvella)
prétendre qch väittää prétendre faire qch (väittää/vaatia)
reconnaitre qch myöntää reconnaitre faire qch
se souvenir qch muistaa se souvenir avoir fait
se rappeler qch muistaa se rappeler avoir fait
s’imaginer qch kuvitella s’imaginer faire (avoir fait)
souhaiter qch toivoa souhaiter faire qch

*Les ver­bes signalés d’un astérisque (*) ne peu­vent nor­ma­le­ment pas se construire avec une com­plé­ti­ve in­fi­ni­ti­ve, mais on les rencontre fré­quem­ment par ex­em­ple dans la presse écrite, et beau­coup de fran­co­pho­nes ne sentent probablement cet usage com­me «fautif».

À cette liste, on peut ajouter le ver­be sembler, qui n’est pas à proprement parler un ver­be d’opinion (déclaratif), mais qu’on em­ploie de la mê­me ma­niè­re (il peut être suivi d’une for­me in­fi­ni­ti­ve conjuguée).

Nous pensons pouvoir accepter votre pro­po­si­tion.
Le comité espère pouvoir remet­tre son rapport demain.
Ils semblent avoir des dif­fi­cul­tés à com­pren­dre.

On peut uti­li­ser un in­fi­ni­tif né­ga­ti­f, ou un in­fi­ni­tif passé, qui peut avoir un com­plé­ment, ou un in­fi­ni­tif passé né­ga­ti­f ou passé passif né­ga­ti­f  :

Elle m’a dit ne pas souffrir Je crois ne pas avoir été obéi. Il prétend ne pas aimer la musique de Bach. J’avoue ne pas com­pren­dre cette affaire. Tu sem­bles ne pas avoir bien compris l’importance de cette décision. J’estime ne pas avoir à vous répondre. Elle ne pensait pas s’être trompée à ce point sur son compte. Je crois vous avoir dit des choses utiles. Je crois vous l’avoir déjà dit. Mes parents pensent les avoir vus hier. Il se souvient être allé en Espagne à cette époque. L’escroc pensait ne pas avoir été découvert. J’espère ne pas vous avoir trop dérangé. Vous semblez avoir été influencés par des personnes extérieures.

Selon les cas et le sens de la phra­se, c’est le ver­be de la prin­ci­pa­le qui se met à la for­me né­ga­ti­ve :

Je ne crois pas vous avoir donné mon ac­cor­d [et non pas: *Je crois ne pas vous avoir donné mon ac­cor­d]. En muista antaneeni suostumustani.

On trouve éga­le­ment des cons­truc­tions avec in­fi­ni­tives après des ver­bes déclaratifs passifs, dont le plus cou­rant est être censé.

Utilisation non obli­ga­toi­re

Les pro­po­si­tions in­fi­ni­tives dépen­dant des ver­bes d’opinion sont équi­va­lentes à une pro­po­si­­tion com­plé­tive conjonctive in­tro­duite par que. L’em­ploi d’une in­fi­ni­tive après les ver­bes déclaratifs est libre et facultatif. Autrement dit, on peut tou­jours remplacer la complétive avec in­fi­ni­tif par une com­plétive avec un verbe conjugué introduite par que :

Je crois vous avoir dit des choses intéressantes. = Je crois que je vous ai dit des choses intéressantes. Il se rappelle être allé en Espagne à cette époque. = Il se rappelle qu’il est allé en Espagne à cette époque. Tu sembles t’être trompé. = Il semble que tu te sois trompé. Il se souvient avoir sou­vent fait le voyage. = Il se souvient qu’il a sou­vent fait le voyage. Je crois vous l’avoir déjà dit. = Je crois que je vous l’ai déjà dit. Elle m’a dit ne pas souffrir. = Elle m’a dit qu’elle ne souffrait pas. J’estime ne pas avoir à vous répondre. = J’estime que je n’ai pas à vous répondre. Elle prétend ne pas aimer Mozart. = Elle prétend qu’elle n’aime pas Mozart. J’avoue ne pas com­pren­dre cette affaire. = J’avoue que je ne comprends pas cette affaire. Mes parents pensent les avoir vus hier. = Mes parents pensent qu’ils les ont vus hier.

Ces constructions sont uti­li­sées cou­ram­ment à l’écrit (code écrit strict et cou­rant). On en uti­li­se cer­tai­nes à l’oral aus­si, no­tam­ment la va­rian­te avec in­fi­ni­tif je crois vous l’avoir déjà dit, qui est très employée.

Coréférence du su­jet obli­ga­toi­re

La com­plé­tive in­fi­ni­tive ne peut s’em­ploy­er que si le su­jet logique de l’in­fi­ni­tif est le mê­me que celui de la « prin­ci­pa­le », c’est-à-dire du ver­be dont l’in­fi­ni­tif est le CVD. C’est pourquoi on ne peut pas dire, com­me en fin­nois Hän luuli minun tulevan : *Il me pensait venir (me dif­fé­rent de il), on peut dire seu­le­ment il pen­sait que je viendrais. L’in­fi­ni­tif peut lui-mê­me avoir un com­plé­ment  :

Il a déclaré accepter le contrat. = Il a déclaré qu’il acceptait le contrat. Je pense pouvoir venir. = Je pense que je pourrai venir. Jean a reconnu s’être trompé. = Jean a reconnu qu’il s’était trompé. Crois-tu arriver à l’heure ? = Crois-tu que tu arriveras à l’heure  Je m’imaginais pouvoir tout lui dire. = Je m’imaginais que je pouvais tout lui dire. Je n’ai jamais nié avoir participé à une des 13 émissions mais je nie avoir participé à celle où il était ques­tion d’un « junkie ».

Com­me le par­ti­ci­pe, l’in­fi­ni­tif n’a que deux temps, présent et passé. Pour mar­quer la simul­ta­néi­té dans le passé (concordance des temps : il a déclaré qu’il acceptait le contrat), on uti­li­se l’in­fi­ni­tif présent (il a déclaré accepter le contrat). Ne pas met­tre le passé ! Il a déclaré avoir accepté le contrat corres­pon­drait à la com­plé­tive conjonctive Il a déclaré qu’il avait accepté le contrat. Quand les su­jets sont dif­fé­rents, l’em­ploi d’une com­plé­tive avec que est obli­ga­toi­re :

Hän ilmoitti hyväksyvänsä sopimuksen (A sanoi A:n hyväksyneen).
Il a déclaré accepter le contrat.

Hän sanoi hänen hyväksyneen sopimuksen (A sanoi B:n hyväksyneen).
Il a déclaré qu’il a accepté le contrat.

Bon à savoir : au­tres ver­bes fré­quem­ment employés

Plus en­co­re que dans le cas des ver­bes de perception, on trouve de nom­breux cas dans lesquels on em­ploie cette cons­truc­­tion après des ver­bes qui en principe (d’a­près les gram­mai­res) l’admet­tent pas, no­tam­ment mentionner et annoncer, proches de déclarer, ou bien démentir, proche de nier

Nicolas Hulot dément aller à l’ONU [titre dans le Figaro en ligne 28.8.2011]

Mais la norme n’admet en principe pas que ces ver­bes soient suivis d’une in­fi­ni­tive. Dans le cas d’an­noncer, ce­pen­dant, on peut dire que de nom­breux usagers ne sen­tent pas, ou ne sentent plus, cet em­ploi com­me fau­tif (par exemple plus de 400 oc­cur­rences de la suite annoncer avoir + par­ti­ci­pe passé sur Internet en juin 2021, ainsi que d’au­tres, dont par exem­ple mentionner) :

Shell a annoncé avoir arrêté la fuite de pétrole en Mer du Nord. [site belge, aout 2019] Toutefois, il [le premier ministre] a mentionné être conscient que la décision finale serait prise par la commission indépen­dante. [site québécois mai 2020]

L’étu­diant de FLE ne doit donc pas s’étonner de trouver assez fré­quem­ment des em­plois qui contredisent la règle, surtout dans la presse (cet usage est un type d’hy­per­cor­rec­tis­me, car les com­plé­tives in­fi­ni­tives com­plé­ment d’un ver­be d’opinion sont typiques du code écrit). Dans le fran­çais parlé, ce type de cons­truc­­tion est de tou­te façon très rarement utilisé.

Les pro­po­si­tions in­fi­ni­ti­ves com­plé­ments de ver­bes de perception

Les ver­bes de perception peu­vent recevoir com­me com­plé­ment une pro­po­si­tion com­plé­ti­ve in­fi­ni­tive. Dans ce cas, la pro­po­si­tion in­fi­ni­ti­ve n’est pas introduite par la con­jonc­tion de. L’in­fi­ni­tif a un su­jet, qui est perçu pour beau­coup d’usagers de la langue com­me le com­plé­ment direct du ver­be prin­ci­pa­l (impression renforcée par le pro­cé­dé de pro­nominalisation, voir ci-des­sous), mais le com­plé­ment direct est en réalité tou­te la phra­se in­fi­ni­ti­ve :

Les parents entendaient [les enfants rire aux éclats].

On peut ajouter aux ver­bes de perception qui peu­vent recevoir com­me com­plé­ment une pro­po­si­tion in­fi­ni­tive (voir, regarder, ima­gi­ner, entendre, écouter, sentir) les ver­bes faire et laisser, qui ne sont pas des ver­bes de per­cep­tion, mais peu­vent induire des pro­po­si­tions in­fi­ni­tives ayant extérieurement la mê­me struc­ture :

On sentait l’hiver venir. J’entends quel­qu’un rire. Il n’imaginait pas son grand-père faire du VTT. Nous regardions les enfants faire des dessins dans le sable. Il a laissé son jeune fils conduire la voiture. J’ai envoyé les enfants chercher des glaces.

Remar­que FLE : par analogie et hypercorrectisme, on trouve aus­si, par ex­em­ple dans la presse, des cas où ces constructions sont employées avec d’au­tres ver­bes de perception (ex­em­ples relevés en ligne fin avril 2021) :

Des témoins l’avaient *aperçu remet­tre des colis suspects à un habitant de Servian de 66 ans. Marga l’*ob­ser­ve déposer un nombre pair de rondelles de carottes dans son assiette.

Ces constructions sont ce­pen­dant senties comme fautives dans le code écrit strict. Elles seraient grammaticales avec par ex­em­ple un par­ti­ci­pe :

Des témoins l’avaient aperçu remettant des colis suspects à un habitant de Servian de 66 ans. Marga l’observe déposant un nombre pair de rondelles de ca­rottes dans son assiette.

Ordre des mots

En gé­né­ral, dans les pro­po­si­tions in­fi­ni­tives dépen­dant d’un ver­be de perception, on observe l’ordre normal SVC. Dans le cas de cer­tains ver­bes intransitifs ou si le su­jet est développé par une pro­po­si­tion, il peut y avoir in­ver­sion du sujet :

Nous regardions tomber la pluie. J’ai vu bouger tous ceux qui n’étaient pas d’ac­cor­d. Laissez partir les gens qui ont fini.

Si le ver­be a un com­plé­ment ou est accompagné d’un ad­ver­be, l’in­ver­sion est im­pos­si­ble :

Nous écoutions la pluie tomber sur le toit. Nous regardions la pluie tomber vio­lem­ment. J’ai entendu quel­qu’un crier mon nom. Nous avons regardé Jacques changer la roue de la voiture.

Inversion après faire

Après le ver­be faire, le su­jet de l’in­fi­ni­tif est tou­jours inversé :

On a fait sortir les spectateurs de la salle. La violence du choc avait fait s’éva­nouir le joueur. Le personnage burlesque qu’il incarnait travesti en femme et avec force mimiques faisait se tordre de rire les téléspectateurs.

L’in­ver­sion est obli­ga­toi­re mê­me si le ver­be qui dépend de faire a un com­plé­ment. Le su­jet du ver­be qui dépend de fai­re est alors pré­cé­dé de la pré­po­si­tion à (dans les exemples ci-dessous, elle est parfois contractée avec l’article défini, aux) :

J’ai fait écouter à des élèves une chanson de Souchon. Vous ferez apprendre ce poème aux enfants. Cette for­me peut faire croire aux ap­pre­nants que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité. Cette identité de for­me a vrai­sem­bla­ble­ment fait penser à ces auteurs que des ex­pli­ca­tions sup­plé­men­tai­res n’é­taient pas né­ces­sai­res.

Dans ces exem­ples, les mots élèves, enfants, ap­pre­nants sont les su­jets logiques des ver­bes écouter, ap­pren­dre, croire.

Cet emploi systématique de à devant le su­jet de l’in­fi­ni­tif dépen­dant de faire est tout à fait régulier et pour­tant il est en gé­né­ral très mal connu des ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. On a ainsi relevé les cons­truc­tions erronées sui­vantes (com­pa­rer avec les exem­ples ci-dessus), dans lesquelles l’in­fi­ni­tive est construite sur le mo­dè­le des in­fi­ni­tives dépen­dant d’un ver­bes de perception :

Cette for­me peut faire *les ap­pre­nants croire que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité. [for­me correcte : peut faire croire aux ap­pre­nants que…] Cette for­me iden­ti­que a vraisemblablement fait *les auteurs penser que des ex­pli­ca­tions sup­plé­men­tai­res ne sont pas né­ces­sai­res. [for­me correcte : a vraisemblablement fait penser aux auteurs que …]

Complétives in­fi­ni­ti­ves du fran­çais vs participiales du fin­nois

La com­plé­ti­ve à l’in­fi­ni­tif après des ver­bes déclaratifs et des ver­bes de perception en fran­çais a un équi­va­lent assez proche en fin­nois sous la for­me des referatiivirakenteet (les lauseenvastikkeet de la ter­mi­no­lo­gie scolaire finlandaise traditionnelle), où le ver­be est non pas à l’in­fi­ni­tif, mais au par­ti­ci­pe. La personne (ver­bale) du par­ti­ci­pe est exprimée par un pro­nom ou un suffixe possessif, et le su­jet du par­ti­ci­pe peut ainsi être dif­fé­rent du su­jet du ver­be prin­ci­pa­l :

Haluan, että tulet. → Haluan sinun tulevan. Uskomme, että voimme tehdä sen. → Uskomme voivamme tehdä sen. Oletan, että hän on erehtynyt. → Oletan hänen erehtyneen. Näin, kun he suuttuivat. → Näin heidän suuttuvan.

Il y a ce­pen­dant quel­ques dif­fé­ren­ces à noter  : en fran­çais, l’uti­li­sa­tion des in­fi­ni­tives est limitée à cer­tains types de ver­bes et elle n’est pos­si­ble que si le su­jet de l’in­fi­ni­tif est le mê­me que celui du ver­be prin­ci­pa­l (co­ré­fé­ren­ce du su­jet). Com­me CVD d’au­tres ver­bes que les verbes de perception voir regarder entendre écouter sentir, on ne peut pas uti­li­ser une com­plé­ti­ves in­fi­ni­ti­ve si le su­jet n’est pas coré­fé­rent, con­trai­re­ment au fin­nois.

Ainsi, on peut uti­li­ser com­me com­plé­ment d’entendre une in­fi­ni­tive avec su­jet non coré­fé­rent, mais on ne peut pas faire la mê­me transforma­tion avec par exem­ple croire, alors qu’en fin­nois c’est pos­si­ble :

Kuulin lasten leikkivän pihalla. → J’entendais les enfants jouer dans la cour.
Luulin lasten leikkivän pihalla. → Je croyais que les enfants jouaient dans la cour.

Les pro­noms dans les in­fi­ni­tives com­plé­ments de ver­bes de perception

Le su­jet ou le com­plé­ment du ver­be de l’in­fi­ni­tive peu­vent être des pro­noms per­son­nels. Si le su­jet du ver­be prin­ci­pal est le mê­me que celui de l’in­fi­ni­tif, on uti­li­se des for­mes réfléchies. Quel­ques rè­gles par­ti­cu­liè­res sont à observer.

Pronom personnel su­jet

Le pro­nom su­jet d’un in­fi­ni­tif intransitif se place devant le ver­be prin­ci­pa­l et non pas, com­me c’est le cas dans les com­plé­tives participiales en fin­nois, devant l’in­fi­ni­tif dont il est su­jet. En outre, bien qu’il soit syntaxiquement le su­jet de l’in­fi­ni­tif, il est à la for­me com­plé­ment direct. Si le su­jet de l’in­fi­ni­tif ren­voie au mê­me ré­fé­rent que le su­jet du ver­be prin­ci­pa­l, le pro­nom est à la for­me réfléchie :

Je l’ai vu courir. [le est le su­jet de courir] Ils nous écoutent parler. [nous est le su­jet de parler] Je ne t’imaginais pas réagir de la sorte. [te est le su­jet de réagir] Elle s’est enfin sentie devenir adulte. [se est le su­jet de devenir]

S le ver­be a un com­plé­ment GN, le pro­nom personnel su­jet de l’in­fi­ni­tif est à la for­me me, te, le/la/les, mais à la troisième personne on peut aus­si em­ploy­er, lui/leur surtout avec le ver­be faire :

Je ne les ai jamais vus acheter de cadeaux à leurs parents. Ils l’ont laissé conduire la voiture. Je ne lui ai jamais vu avoir cet air. / Je ne l’ai jamais vu avoir cet air. Je lui ai déjà entendu dire ce gen­re de choses. / Je l’ai déjà entendu dire ce gen­re de choses. Je lui ai laissé faire son devoir. / Je l’ai laissé faire son devoir. Il faut que tu lui fasses apprendre ses leçons. Je vais leur faire acheter le livre, c’est plus simple que de l’emprunter sans arrêt à la bibliothèque. Cette for­me peut leur faire croire que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité.

L’uti­li­sa­tion de lui / leur n’est pas pos­si­ble dans des in­fi­ni­tives CVD des ver­bes regarder et écouter. Atten­tion à bien interpréter le pro­nom lui selon les cas :

Je lui ferai jouer du piano. ”Yritän saada hänet soittamaan pianoa.”
Je lui ferai acheter une nouvelle veste. Pyydän häntä ostamaan uuden takin. / Pyydän, että hänelle ostetaan uusi takki.

Le pro­nom personnel com­plé­ment

Le pro­nom personnel com­plé­ment du ver­be in­fi­ni­tif se place devant l’in­fi­ni­tif (ce qui permet de le dis­tin­guer du pro­nom à for­me de com­plé­ment qui est le su­jet de l’in­fi­ni­tif) :

Michel lave la voiture. → Michel la lave.
Je vois Michel la laver. → Je le vois la laver.
Il nous a entendus le leur dire.
Je te vois en­co­re le porter.
Tu te vois lui dire une énormité pareille 
Je le laisserai leur raconter ça plus tard. Hän saa kertoa sen heille myöhemmin.

Quand le ver­be prin­ci­pa­l est faire et laisser, on place tous les pro­noms devant le ver­be prin­ci­pa­l :

Il nous l’a fait acheter. Je ne vous le fais pas dire. Sanokaa muuta! [Mot à mot : En minä saanut teitä sanomaan sitä.]

Dans ce cas, pour dif­fé­ren­cier les pro­noms de personne 3, le pro­nom su­jet est à la for­me lui / leur :

Il faudra le lui faire apprendre par cœur. La méthode dans un ouvrage est l’art de disposer ses pensées dans un ordre propre à les prouver aux au­tres, ou à les leur faire com­pren­dre.

Dans cer­tai­nes cons­truc­tions du style soutenu, on peut avoir un pro­nom CVD de­vant le ver­be prin­ci­pa­l ; si on ajoute un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP), il faut maintenir l’ordre normal :

Je me l’entends en­co­re dire. Je le lui entends en­co­re chanter. [J’entends en­co­re Jean (= lui) chanter cet air (= le).] Je le lui ai déjà entendu dire. Je m’entends en­co­re le lui dire.

Remar­que : observer la dif­fé­ren­ce entre les deux phra­ses pré­cé­dentes :

Je le lui ai déjà entendu dire. [lui est le su­jet de dire]
Je m’entends en­co­re le lui dire. [lui est le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel de dire, le su­jet dire est je, à la for­me réfléchie me]

Sujet on et cons­truc­tions pas­si­ves

Si le su­jet de l’in­fi­ni­tive est impersonnel, il n’est pas exprimé :

J’ai entendu frapper à la porte, va voir qui c’est. Je n’ai jamais entendu jouer cette symphonie aus­si vite. Cette ex­pres­sion est assez rare, mais on l’entend dire dans des contextes solennels.

Si le su­jet du ver­be prin­ci­pa­l ren­voie au mê­me ré­fé­rent que le com­plé­ment de l’in­fi­ni­tif (dont le su­jet est im­per­son­nel), on uti­li­se une for­me réfléchie du pro­nom :

Elle a senti que quel­qu’un la poussait dans le dos. → Elle s’est senti pousser dans le dos. J’ai entendu que quel­qu’un/on m’appelait. → Je me suis entendu appeler.

Au passif, on uti­li­se le ver­be à l’in­fi­ni­tif simple (sans être) :

Les skis ont été fartés par un spécialiste. → Ils ont laissé farter les skis par un spécialiste. Cette symphonie était dirigée par Giulini. → Je l’ai entendu diriger par Giulini. Elle a senti qu’elle était gagnée par l’angoisse. → Elle s’est senti gagner par l’angoisse. [Sur l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe dans ces cons­truc­tions lire]

On pourrait aus­si formuler cette phra­se avec un par­ti­ci­pe passé :

J’ai entendu cette symphonie dirigée par Giulini. → Je l’ai entendue dirigée par Giulini.

Solutions de remplacement  : pro­po­si­tion re­la­ti­ve ou ad­ver­bia­le

En cas de doute sur la place des pro­noms, on peut la plupart du temps remplacer une in­fi­ni­tive com­plé­ment d’un ver­be de percep­tion par une re­la­ti­ve ou une pro­po­si­tion ad­ver­bia­le, qui sont sou­vent plus sim­ples à construire :

J’ai entendu quel­qu’un crier mon nom. = J’ai entendu quel­qu’un qui criait mon nom. Je l’ai vue sortir. = Je l’ai vue qui sortait. Elle ne nous a pas entendus entrer. = Elle n’a pas entendu quand nous sommes entrés. Je m’entends en­co­re le lui dire. = Je m’entends en­co­re quand je le lui ai dit.

Cepen­dant, ces cons­truc­tions avec re­la­ti­ves ou au­tres pro­po­si­tions sub­or­don­nées ne sont pas tou­jours exac­te­ment équi­va­lentes à la pro­po­si­tion in­fi­ni­tive ; la pa­ra­phra­se ou l’équi­va­lent sé­man­ti­que de Je m’en­tends en­co­re le lui dire serait « J’ai en­co­re en mémoire la ma­niè­re dont je lui ai dit ces paroles / la situa­tion où je lui ai dit ces paroles ». On ne peut pas non plus di­rec­te­ment trans­for­mer ces in­fi­ni­tives en com­plé­tives conjonctives in­tro­duites par que, soit parce que le ver­be ne peut pas recevoir une com­plé­ti­ve con­jonc­tive, com­me regarder ou écouter, exem­ples (a) et (b), soit parce que la com­plé­tive a un sens dif­fé­rent, et n’est donc plus l’équi­va­lent de l’in­fi­ni­tive, exem­ples (c) et (d) :

(a)  Ils regardaient les bateaux passer dans le canal. [transforma­tion impos­si­ble, *regarder que serait agram­ma­ti­cal]
(b)  Nous écoutions la pluie tomber sur le toit. [transforma­tion impos­si­ble, *écouter que serait agram­ma­ti­cal]
(c)  Je voyais les enfants jouer.
(c’) Je voyais que les enfants jouaient. [si­gni­fie plutôt : je pouvais constater que…]
(d)  Elle entendit le train arriver.
(d’) Elle entendit que le train arrivait. [Elle l’a remar­qué par exem­ple au coup de sifflet du chef de gare, mais pas forcément au bruit du train].

La com­plé­ti­ve détachée et dans des phra­ses pseudo-cli­vées

Com­me de nom­breux au­tres éléments de la phra­se, dans le style cou­rant et le fran­çais parlé la complétive (avec ver­be conjugué ou in­fi­ni­tif) peut être détachée en prolepse ou en rappel. Dans ce cas, la com­plé­ti­ve détachée avant la prin­ci­pa­le ou après la prin­ci­pa­le n’a pas de fonction grammaticale propre. Cette fonction (su­jet ou com­plé­ment ) est indiquée par un pro­nom dans la prin­ci­pa­le.

En prolepse

Dans la com­plé­ti­ve détachée en tête de phra­se (prolepse), si le ver­be de la com­plé­ti­ve est à l’in­fi­ni­tif, on n’uti­li­se pas la con­jonc­tion de :

Qu’elle n’ait rien dit, ça me parait vraiment surprenant. Se casser le bras un jour et se fouler la cheville le lendemain, c’est vraiment de la malchance ! Que tu ne sois pas d’ac­cor­d, je le comprends, mais c’est pas la peine de te met­tre en rogne com­me ça.  M’être retrouvé à Oslo alors que l’avion devait aller à Vienne, c’est débile ! Qu’on n’aime pas le chocolat, c’est quand mê­me pas très fré­quent.  Se tromper deux fois de direction, quand on est en retard, faut le faire ! Qu’il faille attendre des heures au téléphone pour avoir un simple rendez-vous, je trouve ça absolument inacceptable ! Donner un avis « très bon » pour un baladeur qui arrive 4e niveau qualité sonore, eh ben ça, il faut le faire. Qu’ils ne t’aient pas attendue à l’arrivée, je trouve ça pas sympa.

En rappel

Contrairement au cas de la prolepse, quand l’in­fi­ni­tif est uti­li­sé en rappel, il est sys­té­ma­ti­que­ment pré­cé­dé de la con­jonc­tion de :

Ça serait pas une mauvaise idée, que tu viennes passer le confinement chez nous. Ça lui ferait le plus grand bien, lui, de prendre deux semaines de vacances. Ça vous dirait rien, d’aller faire une balade en voiture ? Je trouve ça quand mê­me inquiétant, qu’elle ait pas en­co­re téléphoné. Ça ne me déplairait pas, moi, de gagner un million au loto  C’est pas une si mauvaise idée, finalement, de rester en­co­re une semaine de plus. Si tu crois que ça m’amuse, de devoir répéter tout le temps la mê­me chose  En fin de compte, ça aurait peut-être valu mieux, de ne rien lui dire. Qui sait si ça ne vaudrait pas mieux, que vous ne veniez pas ?  Non mais franchement, c’est d’un dégueulasse, de faire ça à un chien.

Phrases pseudo-cli­vées

En fran­çais com­me en fin­nois, dans les phra­ses pseudo-cli­vées, la com­plé­ti­ve est for­mellement l’attribut du su­jet c’ (en finnois se) qui reprend la re­la­ti­ve extraite en tête de phra­se :

Ce qui me parait inquiétant, c’est qu’on n’ait pas en­co­re reçu de ré­pon­se au bout de trois mois. Ce que nous essayons d’obtenir c’est que le débat parlementaire soit reporté. Ce à quoi personne ne s’attendait, c’est que la pandémie pro­gres­se­rait aus­si vite.

Dans les cons­truc­tions pseudo-cli­vées avec un ver­be à l’in­fi­ni­tif, on uti­li­se en gé­né­ral la con­jonc­tion de de la mê­me ma­niè­re que si c’était une construction non cli­vée :

J’avais décidé de ne plus jamais le revoir → Ce que j’avais décidé, c’était de ne plus jamais le revoir. Ça m’énerve de devoir lui rappeler sans cesse l’horaire des réunions. → Ce qui m’énerve, c’est de devoir lui prêter sans arrêt l’horaire des réunions.  Je n’ai jamais regretté d’être allé m’installer à la campagne. → Ce que je n’ai jamais regretté, c’est d’être allé m’installer à la campagne. Chez les hommes, ce que tout le monde redoutait, c’était de voir Novak Djokovic et Rafael Nadal dans le mê­me huitième de tableau. Sur le plan personnel, tout ce à quoi il aspirait vraiment, c’était d’avoir la meilleure famille et le meilleur mariage au mon­de.

Mais com­me la disloca­tion détache l’in­fi­ni­tif de son ver­be de départ, elle peut faire apparaitre une con­jonc­tion devant un in­fi­ni­tif qui nor­ma­le­ment n’en a pas. En effet, l’in­fi­ni­tive est alors for­mel­le­ment en fonc­­tion d’at­tri­but du pro­nom ce, et dans ce cas il est tout normal qu’on uti­li­se la con­jonc­tion de ; dans la phra­se non cli­vée, il n’y aurait pas de de :

Ce que je désirais, c’était de présenter et de faire connaitre cet auteur. Com­pa­rer :
Je désirais présenter cet auteur. Je désirais faire connaitre cet auteur.

Ce que je n’aimerais pas, ce serait de de devoir prendre le bus tard le soir pour rentrer. Com­pa­rer :
Je n’aimerais pas devoir prendre le bus tard le soir pour rentrer.

La con­jonc­tion devant in­fi­ni­tif : com­pa­rai­son avec d’au­tres langues

Italien et espagnol

L’italien et l’espagnol n’uti­li­sent pas de con­jonc­tions devant un in­fi­ni­tif. Il faut donc éviter d’uti­li­ser un di ou de inu­ti­le en italien ou en espagnol (une er­reur que font sou­vent les fran­co­pho­nes en italien ou en espagnol) :

fran­çaisIl est facile de lire ce livre en un jour.
italien È facile leggere questo libro in un giorno.
espagnol Es fácil leer este libro en un día.

La com­pa­rai­son des trois panonceaux sui­vants en espagnol, italien et fran­çais montre que seul le fran­çais uti­li­se une conjonction :

Autres langues
Complétive su­jet post­po­sé

Le fran­çais, qui est pourtant une langue romane, se comporte com­me les langues germaniques, tandis que l’espagnol et l’italien fonc­tion­nent sur ce point com­me le fin­nois et le russe : le fin­nois, l’es­pa­gnol et l’italien n’uti­li­sent pas de pro­nom con­ju­ga­teur devant le ver­be être (le russe se passe mê­me com­plè­tement du ver­be être) et n’uti­li­sent pas non plus de con­jonc­tion devant l’in­fi­ni­tif. En fran­çais et dans les lan­gues ger­ma­niques, il y a à la fois un pro­nom conjugateur et une conjonction :

russe  Легко прочитать эту книгу за один день.
fin­noisOnhelppolukea tämä kirja yhdessä päivässä.
espagnolEsfácilleer este libro en un día.
italienÈfacileleggere questo libro in un giorno.
portugaisÉfáciller este livro em um dia.
roumainEsteuşorciteşti această carte într-o zi.
fran­çaisIlestfaciledelire ce livre en un jour.
anglaisItiseasytoread this book in one day.
danoisDeterletatlæse denne bog på en dag.
suédoisDetärlättattläsa den här boken på en dag.
islandaisÞaðerauðvelt lesa þessa bók á einum degi.
allemandEsistleicht,dieses Buch an einem Tag zu lesen.
néerlandaisHetisgemakkelijkom dit boek in één dag te lezen.
Complétive com­plé­ment direct du ver­be (CVD)

On retrouve plus ou moins la mê­me répartition de l’utilisation d’une con­jonc­tion quand l’in­fi­ni­tif est com­plé­ment du ver­be (en italien, on peut en principe omet­tre di devant l’in­fi­ni­tif, mais dans l’usage cou­rant il est employé systématiquement)  :

fin­noisHän päätti  lähteä.
espagnolDecidió  irse.
portugaisDecidiu  ir.
italienHa decisodiandare via.
roumainA decis plece.
fran­çaisElle a décidéde  partir.
anglaisShe decidedto leave.
danoisHun besluttedeat forlade.
suédoisHon bestämde sigatt lämna.
islandaisHún ákvað að fara.
allemandEr beschlosszu gehen.
néerlandaisZe beslootte vertrekken.
Des similitudes trompeuses

En anglais, la con­jonc­tion to se confond avec la pré­po­si­­tion in­tro­duisant un in­fi­ni­tif com­plé­ment d’ad­jec­tif :

It is easy to read this book in one day. [con­jonc­tion]
This book is easy to read in one day. [pré­po­si­­tion in­tro­duisant un in­fi­ni­tif com­plé­ment d’ad­jec­tif]

Selon le contexte, la phra­se anglaise It is impos­si­ble to accept peut avoir deux tra­duc­tions en fran­çais (et en fin­nois). Dans la phra­se (1), it est un pro­nom conjugateur et, dans les trois langues (anglais, français, finnois), la phra­se si­gni­fie « accepter est im­pos­si­ble » :

(1) It is impos­si­ble to accept. Il est impos­si­ble d’accepter. On mahdotonta suostua.

Dans la phra­se (2), it est un pro­nom anaphorique et la phra­se si­gni­fie par exem­ple « la décision est im­pos­si­ble à ac­cep­ter », ou bien « cette chose/tou­te cette histoire/ce comportement est im­pos­si­ble à accepter ».

(2) It is impos­si­ble to accept. C’est / Elle est impos­si­ble à accepter. Se on mahdoton hyväksyä.

Pour compliquer les choses, en espagnol et en italien, la pré­po­si­tion qui in­tro­duit un in­fi­ni­tif com­plé­ment d’ad­jec­tif est dif­fé­ren­te celle utilisée en fran­çais (à), et elle ressemble à la pré­po­si­tion fran­çaise de :

fran­çais Ce livre est facile à lire.
italien Questo libro è facile da leggere.
espagnol Este libro es fácil de leer.

On constate qu’en espagnol (la seconde langue romane la plus étudiée par les étu­diants fin­no­pho­nes de fran­çais), on uti­li­se de là où en fran­çais on uti­li­se à. Il faut donc éviter les con­fu­sions  :

Es fácil criticar. Il est facile de critiquer. On helppo arvostella.
Es fácil de criticar. Il/elle/c’est facile à critiquer. Se on helppo arvostella/ helppo ar­vos­te­lun­kohde.

La con­jonc­tion de, un pro­blè­me de didactique du FLE

Dans les manuels finlandais com­me dans de nom­breux manuels de français langue étrangère, la ma­niè­re ha­bi­tu­el­le de présenter l’« opposition » entre demander qch et demander de faire qch est trompeuse. Dans les manuels, on découpe la cons­truc­tion de telle façon que cela suggère que demander a un com­plé­ment de verbe direct quand ce com­plé­ment est un nom, mais que, quand le com­plé­ment est un in­fi­ni­tif, on «ajoute» la «pré­po­si­tion» ou (plus vaguement) le «mot» de . Même quand, dans les manuels, de n’est pas pré­sen­té directement com­me une pré­po­si­tion, la disposi­tion gra­phi­que des exemples sug­gè­re souvent que la cons­truc­­tion du verbe est dif­fé­ren­te selon que le com­plé­ment est un nom ou un in­fi­ni­tif :

demander       quel­que chose
demander de faire quel­que chose

L’ap­pre­nant de français s’imagine alors facilement que la cons­truc­­tion du ver­be change en fonc­tion du com­plé­ment  : le ver­be a un com­plé­ment direct devant un nom, mais un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel devant un in­fi­ni­tif, ce qui n’est ab­so­lu­ment pas le cas. Cette ma­niè­re de présenter les « dif­fé­ren­tes » cons­truc­tions de de­man­der a com­me conséquence que de nom­breux ap­pre­nants en déduisent que l’in­fi­ni­tif est en fonc­tion de com­plé­ment pré­po­sit­ion­nel in­tro­duit par la pré­po­si­tion de, et, en bonne logique, ils opèrent la pro­no­mi­nalisa­tion de l’in­fi­ni­tif avec en :

Il a demandé de partir. → *Il en a demandé.

qui est une er­reur fré­quem­ment constatée. Autrement dit, les gram­mai­res donnent l’impression que devant un CVD in­fi­ni­tif on « ajouterait » la « pré­po­si­tion » de. Alors que si on considère de com­me une con­jonc­tion, il est facile de com­pren­dre la struc­ture réelle :

demander quel­que chose
demander de faire quel­que chose

Autrement dit, on comprend facilement que la cons­truc­­tion du ver­be demander ne change pas, et aus­si pourquoi le grou­pe de faire quel­que chose est repris par le pro­nom le et non pas par en.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 52. Les pro­po­si­tions com­plé­tives. Dernière mise à jour : 1.8.2021