Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Valeur des
temps verbaux
de l’indicatif

Les temps verbaux

Le présent

Le conditionnel, un des temps de l’indicatif

Les temps de la narration du passé

L’imparfait

Les différentes « valeurs » de l’imparfait

Les équivalents français de l’imperfekti finnois

Le plus-que-parfait, « passé composé du passé »

Le passé antérieur et le passé surcomposé

Les temps verbaux

À l’in­di­ca­tif, un cer­tain nombre des temps verbaux du fran­çais ont un équi­va­lent for­mel en fin­nois (par exem­ple le présent ou le plus-que-parfait), d’au­tres sont sans équi­va­lent (passé antérieur). Inversement, les temps verbaux du fin­nois ont tous un équi­va­lent for­mel en fran­çais, mais les temps ne cor­res­pondent pas tou­jours par leur fonc­tion ou leur em­ploi à leur équi­va­lent fran­çais (par ex­em­ple l’im­per­fek­ti).

Le futur, le sub­jonc­tif et le le passif sont décrits dans des sections séparées.

Le présent

Valeurs tem­po­rel­les du présent

Le présent de l’in­di­ca­tif s’uti­li­se de façon similaire en fin­nois et en fran­çais. On peut ainsi dis­tin­guer les valeurs sui­vantes :

a) aspect momentané : l’énon­cia­tion se situe au mê­me moment que l’ac­tion décrite par le ver­be :

Le chien aboie, quel­qu’un est la porte. Il com­mence à pleuvoir. Les enfants jouent dans la cour.

b) aspect perfectif : l’ac­tion s’étend dans le futur au-delà de l’énon­cia­tion (ce que le fin­nois mar­que sou­vent par un par­ti­tii­vi si le ver­be a un com­plé­ment direct)  :

Ne me dérange pas, je répare le grille-pain. Qu’est-ce que tu fais ? – Je lis un roman.

c) état de fait (asiaintila) : on retrouve ce présent avec des ver­bes qui in­di­quent un état de fait sans au­cu­ne con­si­dé­ra­tion tem­po­rel­le :

J’ignore complètement son nom. Ils habitent à Lyon.

Valeurs non tem­po­rel­les

a) le présent gé­né­ri­que s’uti­li­se pour ex­pri­mer les vérités gé­né­rales, les ma­xi­mes (elä­män­oh­je, mietelause), les théorèmes, les faits d’expérience :

Le Soleil fait le tour complet de la Galaxie en environ 225 millions d’années. Le kangourou fait par­tie des marsupiaux. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

b) présent d’ha­bi­tu­de :

 Elle ne boit pas d’alcool. Il porte des lunettes.

c) le présent prescriptif s’uti­li­se pour ex­pri­mer des règles, des prescriptions de tou­te sorte :

Les enfants ne parlent pas à table, se borna-t-il à dire. Le champagne se boit frappé. Ce médicament se prend à jeun (syömättä).

Toutes ces valeurs se retrouvent dans le présent en fin­nois.

Le présent ex­pri­mé par un au­tre temps verbal

Certains temps verbaux au­tres que le présent peu­vent parfois servir à ex­pri­mer un véritable présent (l’énon­cia­tion et l’action sont concomitantes). Ces dif­fé­rents temps sont sou­vent un moyen d’atté­nuer une affirmation. En mettant une distance fictive entre le moment de l’énonciation et le temps in­di­qué par le verbe, le lo­cu­teur se dé­ta­che de son affirmation et la rend moins directe. Ces temps sont :

– le futur « de politesse » ; il a sou­vent com­me équi­va­lent en fin­nois le konditionaali :

 Je vous ferai remar­quer que ces exem­ples sont tous originaux. Haluaisin korostaa, että kaikki esimerkit ovat uusia. À cela, je répondrai que vous n’avez pas tout à fait tort. Siihen vastaisin, että ette ole aivan väärässä.

– l’im­par­fait « de politesse » ; il se rend en fin­nois par le konditionaali :

Je voulais vous demander quelle date vous conviendrait pour l’examen. Bonjour Madame, je voulais savoir si je peux réserver des billets par téléphone.

– le passé com­po­sé peut éga­le­ment avoir cette valeur de présent atténué :

Je suis venu vous dire que je prendrai mes vacances du 12 au 28 juillet.

Cet emploi du passé com­po­sé n’a pas d’équi­va­lent direct en fin­nois.

Le présent historique

Inversement, la for­me verbale du présent peut aus­si « cacher » un au­tre temps. Sou­vent, il n’y a pas d’é­quiva­lents directs en fin­nois, il faut donc savoir interpréter le présent correctement, pour le traduire par le temps adéquat en fin­nois.

Avec le présent historique, on présente un évè­ne­ment passé com­me s’il se déroulait au moment de l’é­non­cia­tion. Cet emploi exis­te en fin­nois aus­si (dramaattinen preesens ou historiallinen preesens), mais il est net­te­ment moins fré­quent qu’en fran­çais. Dans cet extrait du roman Zadig de Voltaire, les passés simples) alternent avec les présents historiques qui décrivent le combat entre l’Égyptien et Zadig. Cette alternance de passés simple et de présents historiques peut être comparée à une prise de vue cinématogra­phi­que  : les passés simples énumèrent (luetteloivat) des évè­ne­ments qui se suivent, le présent historique présente en quel­que sor­te une vue (otos) de la situation, com­me si le lecteur assistait à ces scènes :

À ces cris, Zadig courut se jeter entre elle et ce barbare. Il avait quel­que connaissance de la langue égyptienne. Il lui dit en cette langue : « Si vous avez quel­que humanité, je vous conjure de respecter la beauté et la faiblesse. Pouvez-vous outrager ainsi un chef-d’œuvre de la nature, qui est à vos pieds, et qui n’a pour sa défense que des larmes? – Ah ! ah ! lui dit cet emporté, tu l’aimes donc aus­si ; et c’est de toi qu’il faut que je me venge. » En disant ces paroles, il laisse la dame qu’il tenait d’une main par les cheveux, et, prenant sa lance, il veut en percer l’étranger. Celui-ci, qui était de sang-froid, évita aisément le coup d’un furieux. Il se saisit de la lance près du fer dont elle est armée. L’un veut la retirer, l’au­tre l’arracher. Elle se brise entre leurs mains. L’Égyptien tire son épée ; Zadig s’arme de la sienne. Ils s’attaquent l’un l’au­tre. Celui-ci porte cent coups précipités ; celui-là les pare avec adresse. La dame, assise sur un gazon, rajuste sa coiffure et les regarde.

Autres aspects ex­pri­més par le présent

Le présent s’uti­li­se aus­si à propos d’évè­ne­ments ayant com­mencé et qui durent en­co­re, après la pré­po­si­tion depuis ou la cons­truc­tion cela fait… que. En fin­nois, le temps correspondant est le perfekti :

 Ce personnage à la destinée extraordinaire inspire depuis trois siècles à ceux qui ont hérité de son nom de sin­gu­liers comportements. Ça fait trois jours qu’il neige. Cet employé n’est plus chez nous depuis l’an dernier, il a trouvé un poste mieux payé en Angleterre. Cela fait plus de trente ans que la maison n’a pas été repeinte.

Le présent peut être étendu sur le passé et associé aux conséquences d’un passé. Dans ce cas, en fin­nois on uti­li­se gé­né­ralement le prétérit (im­per­fek­ti) :

Figure-toi que Jean m’apprend à l’instant qu’il s’est marié samedi. Qui est-ce qui t’envoie ?

Le conditionnel, un des temps de l’in­di­ca­tif

Le con­di­tion­nel était au­trefois con­si­dé­ré com­me un mode verbal distinct de l’in­di­ca­tif, mais il est au­jour­d’hui classé parmi les temps de l’in­di­ca­tif. Il ne présente pas de dif­fi­cul­tés par­ti­cu­lières pour les finno­pho­nes, car le fin­nois connait éga­le­ment un con­di­tion­nel présent et passé (en fin­nois, le konditionaali est con­si­dé­ré com­me un mode verbal), qui s’em­ploient de la mê­me ma­niè­re et en gé­né­ral dans les mê­mes conditions qu’en fran­çais. L’ex­cep­­tion notable est qu’en fin­nois uti­li­se le kon­di­tio­naa­li à la fois dans la sub­or­don­née con­di­tion­nel­le introduite par jos et dans la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le, alors qu’en le fran­çais n’uti­li­se pas le condi­tion­nel dans la sub­or­don­née in­tro­duite par si (mais cette règle n’est pas tou­jours observée) :

Jos olisin tiennyt, en olisi tullut. Si j’avais su, je ne serais pas venu.

Morphologiquement, le con­di­tion­nel compte trois temps :

Expression de l’hypothèse

Le con­di­tion­nel présent ex­pri­me l’éventuel, le potentiel et l’irréel du présent ; le con­di­tion­nel passé 1e for­me ex­pri­me l’irréel du passé. Ces temps ne s’uti­li­sent pas seu­le­ment dans des prin­ci­pa­les en rela­tion avec des pro­po­si­tions con­di­tion­nel­les in­tro­dui­tes par la conjonc­­tion si, mais dans une grande variété de con­tex­tes, com­me en fin­nois :

Pourquoi je peins ? Si je trouvais la ré­pon­se à cette question, je poserais à jamais mes pinceaux. Si j’avais plus de temps je ferais un blog parce que j’ai deux trois bricoles à dire. Supposons qu’à tel match, nous ayons pris les trois points, peut-être que nous aurions été un peu plus déconcentrés au match sui­vant à l’extérieur.

Concordance des temps

Le con­di­tion­nel présent et le con­di­tion­nel passé 1e for­me s’uti­li­sent aus­si com­me for­mes ver­ba­les de la concordance des temps et cor­res­pondent à un futur simple ou un futur antérieur dans une proposi­tion dé­pen­dant d’une prin­ci­pa­le avec ver­be au passé :

Personne ne pouvait dire à ce moment-là si l’opéra­tion réussirait. Julien nous avait promis qu’il nous téléphonerait dès qu’il serait rentré.

Affirma­tion hypothétique

Le con­di­tion­nel présent et le con­di­tion­nel passé (1e for­me) ex­pri­ment aus­si une af­fir­ma­tion hy­po­thé­ti­que et équi­va­lant pour le sens à il parait que, on prétend que, on a annoncé que, des rumeurs disent que. En fin­nois on uti­li­se diverses cons­truc­tions (hu­hu­taan että, eräiden lähteiden mu­kaan, kuulem­ma, ou le konditionaali etc.) :

Des débris de l’appareil auraient été retrouvés flottant au large des côtes bré­si­lien­nes. Il s’agirait d’un conflit familial d’ordre financier et la victime serait le frère de l’artiste. Selon les premiers élé­ments de l’enquête, ce médecin de 64 ans aurait dé­tour­né d’im­por­tan­tes sommes d’argent au préjudice de ses patients.

Forme de politesse

Le con­di­tion­nel présent et le con­di­tion­nel passé (1e for­me) servent aus­si à suggérer une hypothèse, une possibilité, de façon atténuée et polie ; en fin­nois, on uti­li­se éga­le­ment le con­di­tion­nel dans ce cas :

Tu n’aurais pas fait une petite er­reur dans cette phra­se ? Je trouve la valise bien légère. On n’aurait pas oublié d’emporter quel­que chose ?

De mê­me, le con­di­tion­nel présent sert couramment, com­me en fin­nois, à for­mu­ler une demande polie :

Pardon Madame, est-ce que vous sauriez où se trouve le service de la scolarité ? Je voudrais deux bottes d’asperges et un kilo de cerises. Est-ce que vous auriez de la monnaie de 50 euros ? Pourriez-vous me dire com­ment aller au Champ de Mars ? Est-ce qu’on pourrait fermer la fenêtre ? Il y a un cou­rant d’air.

Le con­di­tion­nel passé 2e for­me

Le con­di­tion­nel passé 2e for­me est mor­pho­lo­gi­que­ment iden­ti­que au plus-que-parfait du sub­jonc­tif. Cer­tai­nes gram­mai­res considèrent d’ailleurs qu’il s’agit d’un seul et mê­me temps, au­tre­ment dit que le sub­jonctif plus-que-parfait supplée cer­tai­nes for­mes du con­di­tion­nel (un peu com­me le sub­jonc­tif présent peut servir à ex­pri­mer l’im­pé­ra­tif aux per­son­nes 3/6).

Le con­di­tion­nel passé 2e for­me s’uti­li­se dans le récit, au­tre­ment dit dans un texte au passé simple. Il ex­pri­me l’irréel du passé, c’est-à-dire une condi­tion hypothétique qui ne s’est pas réalisée. Le con­di­tion­nel passé 2e for­me a ceci de par­ti­cu­lier qu’il peut s’uti­li­ser à la fois dans la sub­or­don­née et dans la prin­ci­pa­le, alors que le con­di­tion­nel passé 1e for­me (la for­me nor­ma­le du con­di­tion­nel passé, for­mée avec le con­di­tion­nel présent de l’auxiliaire au­rait/se­rait et le par­ti­ci­pe passé) ne peut nor­ma­le­ment pas s’employer dans la sub­or­don­née intro­dui­te par si.

a) dans le code écrit, on l’uti­li­se (re­la­ti­ve­ment) couramment pour mar­quer l’an­té­rio­ri­té par rap­port à une proposi­tion prin­ci­pa­le au con­di­tion­nel passé 1e for­me :

Eh bien, que lui serait-il donc arrivé s’il eût accepté la clémence du roi au lieu d’une justifica­tion juridique ? S’il eût accepté cette dignité, le chan­ge­ment de la république en une monarchie despotique aurait été trop sensible. Il pendait aux murs de grands rideaux, qui se seraient déchirés si on eût voulu les faire glisser sur leurs tringles dé­vo­rées de rouille.

b)  dans un style littéraire soutenu (et légèrement archaïsant), on uti­li­se le con­di­tion­nel passé 2e for­me dans la proposi­tion subordonnée et dans la proposi­tion prin­ci­pa­le :

S’il eût fallu nommer un professeur de gymnastique pour les singes du Zoological Garden, qui sont bien dégourdis ce­pen­dant, Joe aurait cer­tai­nement obtenu cette pla­ce. S’il eût reçu du ciel un cœur sec, froid, raisonnable, avec tous les au­tres avan­ta­ges qu’il réunissait d’ailleurs, il eût pu être fort heureux. S’il eût accepté cette pro­po­si­tion de loi, le Sénat eût déclenché des réactions violentes.

Dans le code écrit, on trouve éga­le­ment des propositions juxtaposées avec le con­di­tion­nel passé 2e for­me :

Eussent-ils été plus prévoyants, ils n’eussent point réussi à éviter la bataille. = Même s’ils avaient été plus prévoyants, ils n’auraient pas réussi à éviter la bataille.

Remar­que : on trouve éga­le­ment une for­me non com­po­sée du con­di­tion­nel 2e for­me, iden­ti­que à l’im­par­fait du sub­jonc­tif et qu’on pourrait appeler « con­di­tion­nel présent 2e for­me », dans les ex­pres­sions dussè-je, ne fût-ce.

Une for­me devenue obscure pour les usagers

Le con­di­tion­nel passé 2e for­me doit en principe être ancré dans une énon­cia­tion de récit au passé simple, ce qui le réserve au code écrit, et mê­me là, plutôt au style sou­te­nu. En fran­çais moderne, mê­me à l’écrit, il peut tou­jours être remplacé par un con­di­tion­nel passé 1e for­me, et l’usage trop fré­quen­t du con­di­tion­nel passé 2e for­me dans un roman moderne paraitrait affecté. C’est pourtant cette ca­rac­té­ris­ti­que de temps typique du « beau langage » qui explique que le con­di­tion­nel passé 2e for­me soit d’un em­ploi re­la­ti­ve­ment fré­quen­t mê­me dans la langue cou­rante : des usagers de la langue s’en servent, cons­ciem­ment ou incons­ciem­ment, par recherche d’« élé­gan­ce ». Ce phénomène res­sor­tit aux mécanismes de l’hypercor­rec­tisme, car pour la majorité des fran­co­pho­nes, les règles d’em­ploi du con­di­tion­nel passé 2e for­me sont de­ve­nues opa­ques. On trouve ainsi de nom­breu­ses occurrences de ce temps, là où un con­di­tion­nel passé nor­mal aurait suffi :

Cinq millions d’euros qu’on eût pu dépenser au­tre­ment [titre d’ar­ti­cle de blog]. Le secrétaire d’État juge que c’est une « mauvaise nouvelle évi­dem­ment, car on eût pré­fé­ré que cela vienne de l’avion et qu’on ait des informations ».

Les temps de la narra­tion du passé

Les temps de la nar­ration (kerronta) du passé sont des temps qui indiquent une suc­ces­sion d’évè­ne­ments --E1--E2--E3--E4--E5--E6 etc. Les évè­ne­ments E1, E2 sont racontés de ma­niè­re séquentielle. L’ordre dans lequel les évè­ne­ments sont pré­sen­tés ne cor­res­pond pas forcément à l’ordre réel dans lequel ils se sont produits. Les temps verbaux avec lesquels on re­pré­sente cette succession d’évè­ne­ments dans la narra­tion sont le passé com­po­sé et le passé simple.

Tableau com­pa­ra­tif des temps verbaux du passé


dis­cours récit
évè­ne­mentiel
passé com­po­sé passé simple
antériorité passé surcom­po­sé passé antérieur
état de fait
im­par­fait im­par­fait
antériorité plus-que-parfait plus-que-parfait
Le passé com­po­sé

Le passé com­po­sé est le temps de la narra­tion des évè­ne­ments passés dans le dis­cours, en situa­tion de deixis. Quand on rapporte une succession d’évè­ne­ments dans le fran­çais parlé, dans la presse, dans une lettre, dans un courriel etc., on uti­li­se le passé com­po­sé, et, en fin­nois, le prétérit (im­per­fek­ti) :

De bon matin, nous sommes partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avons découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous sommes allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avons été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’est terminée sur un bon repas offert par l’association. [adapté d’un blog suisse]

Le passé com­po­sé est for­mé avec le présent de l’auxiliaire et le par­ti­ci­pe passé. Il est tou­jours rattaché d’une ma­niè­re ou d’une au­tre au présent de l’énonciation. Il peut aus­si décrire le fait qu’un évè­ne­ment passé a des conséquences qui durent en­co­re dans le présent. Dans ce cas, en fin­nois on uti­li­se le parfait (perfekti) :

L’Union européenne a établi une nouvelle stabilité en Europe. La découverte de ce médicament a permis de prolonger notablement la vie des patients.

Le passé simple

Le passé simple est utilisé com­me temps de la narra­tion dans l’énoncia­tion de récit, en dehors de la situa­tion de deixis. C’est typi­quement le passé de la narra­tion écrite romanesque ou du récit historique. En fran­çais moderne, le passé simple s’uti­li­se ex­clu­si­ve­ment à l’écrit (en dehors des em­plois comme temps solennel). Exem­ple de nar­ra­tion écrite au passé simple :

Le maitre d’hôtel vint apporter à Ursule une feuille de papier qu’elle déplia et lut en pâlissant. Michel la vit jeter des regards affolés derrière lui. Elle se pencha : « Il faut qu’on s’en aille tout de suite ! » […] Elle sortit de son sac deux billets qu’elle laissa sur la table. Elle prit Michel par la main et l’entraina dans la salle. Quelqu’un cria « Marie ! » Michel sentit la pression de la main d’Ursule. Il se retourna. Un homme les rattrapa. Ursule s’arrêta net. (F. Weyergans, Rire et pleurer)

Le mê­me récit raconté à l’oral serait au passé com­po­sé :

Le maitre d’hôtel est venu apporter à Ursule une feuille de papier qu’elle a dépliée et lue en pâlissant. Michel l’a vue jeter des regards affolés derrière lui. Elle s’est penchée : « Il faut qu’on s’en aille tout de suite ! Je t’expliquerai après. Dépêche-toi ! Suis-moi ! » Elle a sorti de son sac deux billets qu’elle a laissés sur la table. Elle a pris Michel par la main et l’a entrainé dans la salle…

Dans les deux cas (écrit ou oral), pour raconter des évè­ne­ments, en fin­nois on uti­li­se l’im­per­fek­ti (prétérit).

À noter  : con­trai­re­ment à l’espagnol ou à l’italien, en fran­çais il est impos­si­ble d’uti­li­ser le passé simple, qui est un temps du récit, avec des déic­ti­ques com­me hier, il y a deux jours etc., qui sont des mar­ques de l’énoncia­tion de dis­cours. Une phra­se com­me *il le fit hier est agram­ma­ti­cale en fran­çais moderne.

Remar­que  : on en trouve pourtant trouve fré­quem­ment des exem­ples dans la presse écrite.

Le passé com­po­sé dans un récit au passé simple

Dans un roman, la narra­tion se déroule au passé simple, mais quand des personnages parlent dans les dialogues, ils uti­li­sent le passé com­po­sé pour raconter un évè­nement passé, comme ils le feraient si c’était des personnages réels. Pour cette raison, les for­mes des personnes 1 et 2 du passé simple sont très rarement utilisées dans les dialogues des romans modernes, puis­que je et tu sont déic­ti­ques par dé­fi­nition. Les personnages diront donc :

Elle se tourna lentement vers lui et lui demanda : – Pourquoi est-ce que tu es parti  ? Il leva vers elle un regard attristé et murmura : J’ai compris que tu ne m’aimais plus.

Les dialogues au passé simple sont ce­pen­dant ha­bi­tu­els dans la littérature plus an­cien­ne, et confor­mes aux conventions stylistiques de celle-ci. Les personnes 1 et 4 (je et nous) s’uti­li­sent aus­si tout à fait nor­ma­le­ment dans un récit écrit à la première personne , mê­me dans un roman moderne :

Ce jour-là, je devais faire ma première plongée en-dessous de 18 mètres. Je me levai de bonne heure et depuis Lombok, je louai un canot qui m’amena en vingt minutes au Blue Marlin de Gili Air. Mon instructeur, une Hollandaise très sympathique, m’at­ten­dait déjà. Nous nous équipâmes et partîmes avec deux au­tres plongeurs vers la falaise sous-marine où nous avions été l’au­tre jour.

L’im­par­fait

Un temps relatif qui sert de présent du passé

L’im­par­fait est un temps qui ex­pri­me un présent qui se situe dans l’époque d’une narra­tion au passé (passé com­po­sé ou au passé simple), une sorte de « présent du passé » (cela se voit par exem­ple dans la mor­pho­lo­gie : l’im­par­fait est for­mé sur la ba­se du pré­sent).

L’im­par­fait est un temps relatif, qui dépend tou­jours d’un temps nar­ratif (passé com­po­sé ou au passé simple), mê­me si ce temps nar­ratif n’est pas ex­pri­mé. Ainsi, un roman peut très bien com­mencer par une longue série d’im­par­faits, ces im­par­faits an­non­cent un temps nar­ratif (qui peut venir seu­le­ment beau­coup plus tard). Voir par ex­em­ple le début du roman Salammbô de Flaubert.

L’im­par­fait indique que l’ac­tion du ver­be n’est pas envisagée com­me un processus fermé (d’où le terme d’« im­par­fait », « non achevé ») : c’est une tranche de temps dont on ne précise ni le début ni la fin et qui coexis­te avec un ou plu­sieurs évè­ne­ments passés qu’on raconte. Ces évè­ne­ments for­ment l’arrière-plan (tausta) de la nar­ration, com­me un « décor » tem­po­rel.


       

L’im­par­fait permet de rattacher des éléments de ce décor à la nar­ration. Il peut se produire en mê­me temps des milliers d’au­tres évè­ne­ments, mais on en mentionne seu­le­ment l’un ou l’au­tre. Dans le schéma ci-dessus, on voit qu’au moment où se situent les deux évè­ne­ments de la narra­tion (E1 je suis rentré, E2 j’ai fermé la fenêtre), d’au­tres actions se déroulaient en mê­me temps. On en mentionne trois (la pluie tombe, le vent souffle, la radio joue), les au­tres ne sont pas prises en compte .

Un temps paradigmatique

L’im­par­fait est donc un temps paradigmatique sur l’axe syntagmatique de la nar­ration, un temps « ver­ti­cal » opposé à un temps « horizontal ». Dans l’extrait sui­vant, on voit bien l’opposi­tion entre le présent qui était et le présent d’aujourd’hui :

Voilà peu en­co­re, les iles du Cap Vert étaient plus fré­quentées par les services secrets russes et américains que par les touristes. L’aéroport de Sal était le théâtre d’un étrange ballet aérien : les avions militaires russes et cubains ravitaillant le front angolais, croisaient ceux de la compagnie nationale sud-africaine qui avait trouvé là son unique escale pos­si­ble pour ses vols vers l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, les hommes de l’ombre ont laissé la place aux hommes du vent. Car l’une des séductions de ces iles, très déshéritées par la nature, est le vent. On y rencontre les meilleurs alizés du monde qui font de la plage de Santa Marta un paradis très recherché des fanatiques de planche à voile.

L’im­par­fait ne se situe donc pas sur la ligne horizontale et séquentielle des évè­ne­ments de la narra­tion. Il sert à ex­pri­mer ce qui se passe en mê­me temps que les évè­ne­ments énon­cés. Il ajoute dans la narra­tion des « tranches de présent » (des actions qui se déroulent en mê­me temps) de façon verticale, qui sont com­me des pauses dans la nar­ration, pour décrire ce qui se passe au mê­me moment (au­tre­ment dit dans le présent de la nar­ration). L’im­par­fait rattache donc un état de fait (asiantila) à des évè­ne­ments de la nar­ration. Exem­ple de « descrip­tion » :

Ursule était une grande nerveuse qui avait un goût pro­non­cé pour l’excessif, et Michel l’aimait bien. Elle avait l’air de voyager sans au­tres bagages que ses sacs en plastique, à moins qu’elle n’ait laissé une valise dans la soute. Michel n’en savait rien. Quand il reconnaissait de loin sa silhouette dans les superstructures du na­vi­re, elle évoquait pour lui une de ces amoureuses de légende que Sophie lui avait si sou­vent montrées dans un album de miniatures du Moyen Âge. (F. Weyer­gans, Rire et pleurer.)

Cet état de fait peut s’inter­pré­ter par ex­em­ple com­me une cause, une circonstance quel­conque ou une simple description, une précision, un com­men­tai­re etc., mais la « va­leur » qu’on peut donner à l’im­par­fait n’est pas fixe  : elle dépend du texte, du con­te­nu, du sens. Voir point sui­vant.

L’im­par­fait dépend tou­jours d’un temps nar­ratif

L’im­par­fait est un temps relatif, qui dépend tou­jours d’un temps nar­ratif (passé com­po­sé ou au passé simple), mê­me si ce temps nar­ratif n’est pas ex­pri­mé. Un roman peut très bien com­mencer par une longue série d’im­par­faits, ces im­par­faits an­non­cent un temps nar­ratif (qui peut venir seu­le­ment beau­coup plus tard) avec lequel cet im­par­fait est automa­ti­que­ment en relation, com­me dans l’exem­ple sui­vant (Flaubert, début de Salammbô) : 

C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.
Les soldats qu’il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d’Eryx, et com­me le maître était absent et qu’ils se trouvaient nom­breux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté. Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s’étaient placés dans le chemin du milieu sous un voile de pourpre à franges d’or, qui s’étendait depuis le mur des écu­ries jusqu’à la première terrasse du palais ; le commun des soldats était ré­pan­du sous les arbres, où l’on dis­tin­guait quan­ti­té de bâtiments à toit plat, pressoirs, celliers, magasins, boulangeries et arsenaux, avec une cour pour les éléphants, des fosses pour les bêtes féroces, une prison pour les esclaves.

Des figuiers entouraient les cuisines ; un bois de sycomores se prolongeait jusqu’à des masses de verdure, où des grenades resplendissaient parmi les touffes blan­ches des cotonniers ; des vignes, chargées de grappes, montaient dans le bran­cha­ge des pins ; un champ de roses s’épanouissait sous des platanes ; de place en place sur des gazons, se balançaient des lis ; un sable noir, mêlé à de la poudre de corail, parsemait les sentiers, et, au milieu, l’avenue de cyprès faisait d’un bout à l’au­tre com­me une double colonnade d’obélisques verts.

Emplois divers de l’im­par­fait

L’im­par­fait flash

La valeur de l’im­par­fait de présent dans le passé explique un em­ploi par­ti­cu­lier qu’on appelle « im­par­fait flash ». Dans cet em­ploi, l’im­par­fait ex­pri­me un procès limité ne se produisant qu’une fois, mais il le montre en train de se produire. L’im­par­fait flash est quasiment tou­jours relié à une date (ou l’indica­­tion d’une épo­que ou un ad­ver­be de temps) ex­pri­mée dans le con­tex­te. Cet im­par­fait est fré­quent dans les récits de style journalis­ti­que :

Le 9 février, l’armée entrait à Rome, et Berthier, assisté de Murat, proclamait la République romaine le 15 ; le pape quitta ses États et fut emprisonné. Le 1er sep­tem­bre s’ouvraient des négociations qui allaient changer la face de l’Europe. Placée en soins intensifs, la patiente décédait peu après.

Dans ces exem­ples, on aurait pu uti­li­ser le passé simple entra, proclama, s’ouvrirent ou le passé com­po­sé est décédée.

Par le mê­me processus que l’im­par­fait flash, au XXe siècle surtout, s’est ainsi dé­ve­lop­pé un impar­fait nar­ratif rappelant le présent historique, appelé aus­si « im­par­fait pit­to­res­que », qu’on rencontre par exem­ple assez fré­quem­ment dans les romans policiers.

Dans le récit de type historique

Les informations de la presse écrite ou audiovisuelle uti­li­sent gé­né­ra­le­ment le pas­sé com­po­sé. À la télévision c’est évident, puis­que les nouvelles sont dites par une per­son­ne qui parle en situa­tion de deixis ; dans la presse quotidienne écrite, qui, par dé­fi­ni­tion, « raconte » des nouvelles fraiches, c’est-à-dire ré­cen­tes, on est éga­le­ment en situa­tion de dis­cours, mê­me par exem­ple dans des annonces mortuaires, qui sont ré­di­gées au passé com­po­sé. Dans la presse écrite, rien n’empêche ce­pen­dant qu’on uti­li­se éga­le­ment le passé simple, car on peut facilement passer de la narra­tion de faits récents vers une narra­tion de type historique ou romanesque (par exem­ple dans une nécrologie). L’exem­ple sui­vant illustre l’em­ploi en alter­nance d’un récit historique :

Il y a vingt ans, le Capitole allait de Paris à Toulouse en roulant à 200 km/h. Des ingénieurs démontrèrent, calculs en main, qu’au­cun train com­mercial normal, avec des roues sur des rails ne pourrait dépasser cette vitesse, et qu’il fallait passer au coussin d’air ou à la sustenta­tion magnétique. Les spécialistes de la SNCF, qui dessinaient déjà le futur TGV, affichèrent un cer­tain sourire.

Il y a trois mois, lors d’un symposium international en Corée, d’au­tres ingénieurs prouvèrent, équa­tion en main et ordinateur en poche, que le captage du cou­rant par pantographe et caténaire ne permettrait jamais de dépasser 450 km/h. Les Français présents ce jour-là baissèrent la tête : ils allaient faire mieux.

De fait, la SNCF a réussi son pari par un glacial matin d’hiver, très exac­te­ment le 5 décembre dernier : à midi moins le quart, la rame TGV 325 est passée à 513,4 km/h au point kilométrique 166, entre Courtalain et Château-Renault. (Science et Vie, fév. 1990)

Il y a vingt ans est une ex­pres­sion déic­ti­que, mais elle est pos­si­ble grâce à l’im­par­fait allait (qu’est-ce qui se passait il y a vingt ans ? Le Capitole allait …), véritable présent du passé. Une fois que le cadre passé est posé, le temps de l’évè­ne­mentiel est le passé simple (démontrèrent E1, affichèrent E2).

–  Il y a trois mois est un déic­ti­que qui n’empêche pas l’uti­li­sa­tion du passé simple, car il équivaut ici à une date (par exem­ple « en octobre »), qui s’inscrit dans la séquence nar­rative posée par démontrèrent E1, affichèrent E2, prouvèrent E3. Sorti de ce con­tex­te, une phra­se com­me *Ils le prouvèrent il y a trois mois serait très étrange.

– dans le troisième paragraphe, on uti­li­se le passé com­po­sé, amené obli­ga­toi­rement par le déic­ti­que le 5 décembre dernier, qui ancre l’évè­ne­ment dans le présent du nar­rateur.

Les dif­fé­ren­tes « valeurs » de l’im­par­fait

Toutes les ca­rac­té­ris­ti­ques (les aspects ou les valeurs) qu’on attribue gé­né­ra­le­ment à l’im­par­fait (cau­se, description, volonté, répétition, ha­bi­tu­de, durée etc.) découlent du chan­ge­ment de pers­pec­tive dans la nar­ration (voir ci-dessus). L’im­par­fait n’ex­pri­me pas en lui-mê­me des valeurs.

L’im­par­fait n’est pas duratif par nature

En par­ti­cu­lier, l’im­par­fait n’ex­pri­me pas une durée : au contraire, la « durée » dé­li­mite sou­vent une ac­tion avec un début et une fin (donc un évè­ne­ment clos), et le temps uti­li­sé est ha­bi­tu­el­le­ment un temps évè­ne­men­tiel, passé com­po­sé ou passé simple :

Le film a duré trois heures. J’ai habité huit mois au Luxembourg. J’ai étudié deux ans à Paris. Ils passèrent plu­sieurs semaines à étudier le manuscrit, mais ils durent finalement abandonner les recherches.

Le fait qu’on dise sou­vent que l’im­par­fait ex­pri­me une durée repose sans doute sur une con­fu­sion entre durée (« laps de temps » aikajana) et duratif : l’im­par­fait est effectivement un temps qui mar­que une ac­tion qui dure, mais durer signifie être en cours « olla me­neil­lään » et non pas « kestää (niin ja niin kauan) ». Le mot durée signifie donc dans ce cas « con­ti­nui­té », et ne dé­si­gne pas un nombre de mi­nu­tes, com­me la du­rée de cuisson d’un plat ou la durée d’un voyage.

L’im­par­fait n’est pas spécialisé dans telle ou telle valeur, on peut tou­jours l’uti­li­ser com­me temps re­la­tif, mê­me avec des ver­bes indiquant… une durée :

Hier soir j’ai revu ce film à la télévision. Il a duré seu­le­ment deux heures et demie. Or je me rappelle parfaitement qu’à l’époque où je l’ai vu au cinéma, il durait près de trois heures. La chaine a donc dû couper des morceaux pour pouvoir caser les pubs !

Dans l’exem­ple ci-dessus, l’im­par­fait décrit un état de fait : j’ai vu le film (par exem­ple en 2017) ; à ce moment-là (dans le « présent » de 2017), il durait près de 3 heures. Entre­temps, il s’est produit un évè­ne­ment : le film a été édité et raccourci. Donc « hier soir », le film a duré seu­le­ment 2 h 30. C’est ce mê­me phé­no­mè­ne (évè­ne­ment passé, et cadre tem­po­rel présent qui y est rattaché) qui explique pourquoi on uti­li­se en général l’im­par­fait avec des ver­bes com­me vou­loir, être. L’im­par­fait s’ex­pli­que par l’exis­tence d’un temps nar­ratif (non exprimé ou implicite) auquel il est relié :

Quand j’étais petit, je voulais devenir aviateur.

Le temps nar­ratif non exprimé pourrait être par exem­ple mais j’ai changé d’avis, mais je ne suis pas devenu avia­teur ou mais maintenant j’ai grandi etc. C’est de cette façon que cer­tains ver­bes changent de sens (ou sem­blent changer de sens) selon le temps uti­li­sé :

Quand j’avais dix ans (kun olin kymmenvuotias), je suis parti faire un voyage en Italie.
Quand j’ai eu dix ans (kun täytin kymmenen), je suis parti faire un voyage en Italie. 

Elle a refusé de manger, elle voulait partir aus­sitôt (hän halusin lähteä heti).
Elle a refusé de manger, elle a voulu partir aus­sitôt (hän ilmoitti lähtevänsä heti).

Je savais pourquoi il voulait le faire (tiesin, miksi hän halusin tehdä sen).
J’ai su pourquoi il voulait le faire (sain tietää, miksi hän halusin tehdä sen).

La répétition

De mê­me, la répétition n’est pas une valeur intrinsèque (ominainen) de l’im­par­fait. Elle n’est qu’une for­me de descrip­tion d’un état de fait qui se répète ou d’un évè­ne­ment répété qui se passe en mê­me temps qu’un évè­ne­ment de la nar­ration.

En fran­çais et en finnois, on uti­li­se le présent de l’in­di­ca­tif pour ex­pri­mer le fait que quel­que chose se produit plu­sieurs fois ou se répète régulièrement (le lundi et le jeudi, elle va à la piscine maanataisin ja torstaisin hän käy uimassa), tout sim­ple­ment parce qu’il n’exis­te pas d’au­tre temps « spécial(isé) » en fran­çais ni en fin­nois pour mar­quer cette « valeur » de répétition. L’im­par­fait est le présent du pas­sé et il donc logique qu’on l’uti­li­se de la mê­me ma­niè­re que le présent, non pas parce que l’im­par­fait est spécialisé dans l’ex­pres­sion de la répétition, mais tout sim­ple­ment parce qu’il n’y a pas d’au­tre temps utilisable pour cela en fran­çais. L’im­par­fait est donc la conséquence de l’ex­pres­sion de l’idée d’ha­bi­tu­de ou de répétition, et non pas la cause de celles-ci.

Dans l’extrait sui­vant, une femme raconte sa scolarité dans une école libre. L’im­par­fait sous-entend un évè­ne­ment non exprimé (elle a quitté cette école / elle est devenue adulte / elle a déménagé etc.) et décrit des états de fait dans le présent de l’enfance de la nar­ratrice, dans un présent du passé :

Le fait pour moi de fré­quenter l’école libre me rendait intéressante, mais d’une ma­niè­re ambigüe. Mon école était plus lointaine, plus contraignante : je devais aller à la messe, aux vêpres, au patronage. Je ne rejoignais les jeux qu’à la sortie et à une heure et demie. C’était le côté né­ga­ti­f de l’intérêt que suscitait cette école spéciale. Il y en avait d’au­tres, malheureusement pour moi. Les Maurel étaient communistes et disaient du mal des curés, leurs filles n’allaient pas au « catéch » et elles ne firent pas leur communion.

Dans la suite, l’im­par­fait ex­pri­me une répétition, mais celle-ci est seu­le­ment un effet (seuraus) par­ti­cu­lier de la des­crip­tion (des faits qui se répètent), qui continue sans au­cu­ne mo­di­fi­ca­tion de per­spec­ti­ve :

Alors, parfois, on se moquait de moi. On trouvait dans ma fré­quenta­tion de l’école une raison pour m’isoler, pour se glorifier loin de moi, hors de moi. « Le timbre an­ti­tu­ber­cu­leux ? disait Lucienne, ce n’est pas la peine que tu en parles, tu ne sais pas. » Elles avaient des secrets qu’elles justifiaient par le fait que de tou­te façon « je ne connaissais pas ». Elles parlaient ostensiblement des maitresses, des lieux, des arbres de leur cour. (Lire, juil. 1990)

Ainsi, dans l’ex­em­ple sui­vant, l’im­par­fait s’explique pour les mê­mes raisons que dans la phra­se Quand j’étais petit, je voulais devenir aviateur (voir ci-dessus) :

Tous les étés, j’allais chez ma grand-mère à la campagne.

Cette phra­se se situe forcément dans un contexte où on évoque le passé (pen­dant mon enfance / quand nous habitions à Paris / quand mes parents vivaient à l’étranger etc.). L’im­par­fait ne mar­que pas la répétition, il signifie sim­ple­ment qu’il y a quel­que part un évè­ne­ment qui s’est produit, qui n’est pas exprimé ou qui est implicite, par ex­em­ple mais plus tard ma grand-mère est morte, ou un jour, ma grand-mère a vendu sa maison ou bien en­co­re maintenant ma grand mère habite en ville [= elle a déménagé]. Autrement dit, en­co­re une fois, l’im­par­fait est un temps relatif relié automatiquement à un temps évè­ne­mentiel (est morte, a vendu, a déménagé).

Remar­que : le fran­çais ne connait pas d’im­par­fait d’exhorta­tion (kehotus) com­me le passiivi fin­nois à l’im­par­fait : Nyt lähdettiin. On uti­li­se dans ce cas-là le présent : Bon, on part !

Les équi­va­lents fran­çais de l’im­per­fek­ti fin­nois

Le fran­çais uti­li­se pour la narra­tion du passé deux temps dif­férents (passé com­po­sé et passé simple), alors que le fin­nois n’en a qu’un seul, l’im­per­fek­ti. Le prétérit fin­nois (im­per­fek­ti) ex­pri­me éga­le­ment le passé non achevé, l’équi­va­lent de l’im­par­fait fran­çais. L’im­per­fek­ti fin­nois peut ainsi cor­res­pondre à trois temps dif­fé­rents en fran­çais :

im­per­fek­ti = passé com­po­sé, passé simple, im­par­fait

a. le passé com­po­sé s’uti­li­se pour la nar­ration dans le fran­çais parlé (oral ou écrit). C’est aus­si le temps qu’on uti­li­se dans un rapport, une dissertation (essee), un ar­ti­cle scien­ti­fi­que, un mémoire (de licence ou de master), une thèse, un manuel de langue ec.

b. le passé simple s’uti­li­se en fran­çais moderne cou­rant exclusivement dans le code écrit strict. L’étudiant de fran­çais fin­no­pho­ne a besoin du passé simple seu­le­ment s’il dé­ci­de d’écrire un roman en fran­çais.

Remar­que  : on uti­li­se parfois le passé simple dans le fran­çais parlé, com­me temps « so­len­nel » (juhlallinen, mahtiponttinen)) pour imiter (ironiquement ou comiquement) le code écrit et le « beau langage », par exem­ple Que décidâtes-vous ? Cet em­ploi du passé simple se retrouve dans cer­tai­nes ex­pres­sions ironiques fré­quentes mê­me dans le fran­çais par­lé, Ce fut dur ! Olipa homma!, ou Ce fut long ! Kylläpä kesti!

c) il est impos­si­ble d’uti­li­ser le passé simple, qui est un temps du récit, avec des ex­pres­sions déic­ti­ques com­me hier, il y a deux jours etc., qui sont des mar­ques de l’é­non­cia­tion de dis­cours. Une phra­se com­me *il le fit hier est agram­ma­ti­cale en fran­çais mo­der­ne. Malgré cela, on en trouve fré­quem­ment des exem­ples dans la pres­se écri­te.

d) l’im­par­fait fran­çais décrit un état de fait, comme un présent du passé. Il est tou­jours en rapport avec un verbe « évè­ne­mentiel » passé. Com­pa­rer  :

Demain, je serais (j’irai) à Paris.
Aujourd’hui, je suis (je vais) à Paris.
Hier, j’ai été (je suis allé) à Paris.

Demain, je ne viendrai pas à la réunion parce que je serai à Paris [au moment où je devrais aller à la réunion].
Aujourd’hui, je ne viens pas à la réunion parce que je suis à Paris [au moment où je dois aller à la réunion].
Hier, je ne suis pas venu à la réunion, parce que j’étais à Paris [au moment où je devais aller à la réunion].

Le plus-que-parfait, « passé com­po­sé du passé »

Le plus-que-parfait est for­mé de l’im­par­fait de l’auxiliaire et du par­ti­ci­pe passé. Le plus-que-parfait fran­çais cor­res­pond en gros à son équi­va­lent fin­nois. Tout com­me l’im­par­fait est le présent du passé, le plus-que-parfait, qui est for­mé avec l’im­par­fait de l’auxiliaire et du par­ti­ci­pe passé, peut être décrit com­me un passé com­po­sé (exprimant l’achevé) dans le récit au passé.

On peut com­pa­rer d’abord ces deux phra­ses :

Quand je ne comprends pas quel­que chose, je vais voir Jean.
Quand je n’ai pas compris quel­que chose, je vais voir Jean.

Dans la première phra­se, le présent ex­pri­me un processus en cours : le lo­cu­teur se rend compte qu’il est train de ne plus com­pren­dre, et va s’infor­mer. Mais cette phra­se ex­pri­me aus­si implicitement une ha­bi­tu­de  : « Chaque fois je ne comprends pas quel­que chose, je vais voir Jean ». Dans la deuxième phra­se, le passé com­po­sé in­tro­duit une nu­an­ce d’achevé : une fois que le lo­cu­teur, mal­gré ses efforts, se rend compte qu’il n’a pas compris (ou ne pourra pas com­pren­dre), il va s’infor­mer. Là aus­si, cette phra­se ex­pri­me éga­le­ment et implicitement l’ha­bi­tu­de (chaque fois que le lo­cu­teur n’a pas réussi à com­pren­dre, il va voir Jean).

Transposés dans un récit au passé, le présent comprends et le présent de l’auxiliaire (du passé com­po­sé) ai deviennent des im­par­faits :

Quand je ne comprenais pas quel­que chose, j’allais voir Jean.
Quand je n’avais pas compris quel­que chose, j’allais voir Jean.

Temps relatif du passé

Le plus-que-parfait mar­que ainsi l’antériorité d’un état de fait par rapport à un évè­ne­ment passé ou à un état de fait passé. Les ver­bes utilisés dans l’exem­ple ci-des­sus transposés au plus-que-parfait établissent un arrière-plan tem­po­rel à une ac­tion passée. Les ver­bes à caractère évè­ne­mentiel sont pré­sen­tés com­me réalisés et dé­cri­vent ainsi des états de faits antérieurs à l’évè­ne­ment qui est pré­sen­té (annonça, qui ne figure pas dans l’extrait au passé com­po­sé, mais a été rajouté dans le récit pour les besoins de la dé­mons­tra­tion) :

De bon matin, nous sommes partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avons découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous sommes allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avons été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’est terminée sur un bon repas offert par l’association. [adapté d’un blog suisse]

De bon matin, nous étions partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avions découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous étions allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avions été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’était terminée sur un bon repas offert par l’association. Et soudain, la radio annonça que la voie de chemin de fer avait été coupée par un im­por­tant éboulement de pierres, ce qui rendait notre retour impos­si­ble.

Exactement com­me l’im­par­fait, dont il est la for­me com­po­sée, le plus-que-parfait est un temps relatif : il implique obli­ga­toi­rement l’exis­tence (mê­me implicite) d’un ver­be nar­ratif au passé. Dans le deuxième grou­pe d’exem­ples ci-des­sus, les actions passées transposées au plus-que-parfait sont pré­sen­tées com­me un état de fait antérieur à une ac­tion qui s’est pro­dui­te :

L’Union européenne a établi une nouvelle stabilité en Europe.
L’union européenne avait établi une nouvelle stabilité en Europe.
[sous-entendu par exem­ple : puis il y a eu un chan­ge­ment].

La découverte de ce médicament a permis de prolonger la vie des patients.
La découverte de ce médicament avait permis de prolonger la vie des patients.
[sous-entendu par exem­ple : puis on a découvert quel­que chose de plus efficace en­co­re].

Usage plus fré­quent en fran­çais qu’en fin­nois

En fran­çais, le plus-que-parfait s’uti­li­se net­te­ment plus fré­quem­ment à l’oral qu’en fin­nois. En relatant un petit évè­ne­ment, on place « le décor » avec des plus-que-parfaits :

Hier, j’étais allé faire des courses et il m’avait semblé avoir emporté la liste des trucs à acheter, mais finalement je l’avais oubliée, alors j’ai dû retourner en cata pour la chercher parce qu’elle était longue et je me serais de nouveau fait enguirlander pour avoir oublié la moitié. Ce matin j’avais commencé un billet sur le sujet que tu dé­ve­lop­pes. Je ne l’ai pas envoyé finalisé. Tout à l’heure tu m’avais dit que tu devais aller chez le dentiste. T’es pas en­co­re parti ?

Dans le mê­me contexte, les plus-que-parfaits en italique dans les exem­ples seraient en fin­nois plus na­tu­rellement des prétérits kävin ostoksilla, olin melko varma, otin sen mukaan, aloitin, sanoit etc.

Le passé antérieur et le passé surcom­po­sé

Le passé antérieur

Le passé antérieur est for­mé du passé simple de l’au­xi­liai­re et du par­ti­ci­pe passé. De nom­breux fran­co­pho­nes confondent ce temps avec l’im­par­fait du sub­jonc­tif, et on trouve de très nom­breuses occurrences de for­mes de passé antérieur erronés avec accent circonflexe à la per­son­ne 3, par exem­ple quand il *eût vu s’éloigner le cor­tè­ge

Le passé antérieur mar­que l’antériorité d’une ac­tion ponctuelle (aspect évè­ne­mentiel) par rapport à une ac­tion au passé simple. Il s’uti­li­se donc dans le con­tex­te du récit au passé simple et il est tou­jours en rela­tion avec un passé simple. Il s’em­ploie pra­ti­que­ment tou­jours dans une pro­po­si­tion sub­or­don­née tem­po­rel­le in­tro­duite par quand, lorsque, après que, dès que, aus­sitôt que ou des conjonctions de sens équi­va­lent :

Quand il eut compris que Deneulin s’était barricadé dans la chambre des porions, il répondit : – Après ? Est-ce que ce serait de notre faute ? Les sherpas burent l’eau tou­te la soirée et, une fois qu’ils furent partis, le yéti, doué d’un sens profond de l’imitation, but la bassine d’alcool. Aussitôt qu’ils furent sortis de la ville, un lion les vit, rugit et courut vers eux. J’étais consul, et, sur mon rapport, le nombre de jours décernés d’ha­bi­tu­de aux consulaires fut doublé, après que vous eûtes entendu la lettre de Pompée.

Le passé antérieur est donc un temps uti­li­sé en principe uni­que­ment dans le récit, dans le code écrit. Cepen­dant, à cause des oukases des puristes proscrivant l’uti­li­sa­tion du sub­jonc­tif passé dans les tem­po­rel­les in­tro­duites par après que, le passé antérieur est de nouveau fré­quem­ment (et indument) uti­li­sé, par exem­ple dans la presse écrite, dans un con­tex­te de dis­cours (narra­tion au passé com­po­sé).

Le passé surcom­po­sé

Le passé surcom­po­sé est for­mé du passé com­po­sé de l’au­xi­liai­re et du par­ti­ci­pe passé. Les ver­bes in­transi­tifs conjugués avec l’au­xi­liai­re être et les ver­bes à pro­nom réfléchi n’ont pas de for­me sur­com­po­sée, mais le passif surcom­po­sé est pos­si­ble : quand il a eu été libéré. Le passé surcom­po­sé sert prin­ci­pa­le­ment à ex­pri­mer dans le dis­cours la valeur d’antériorité ex­pri­mée dans le récit par le passé antérieur :

Quand il eut mangé, il sortit se promener.
Quand il a eu mangé, il est sorti se promener.

Le passé surcom­po­sé sert en principe à mar­quer l’antériorité d’un évè­ne­ment par rap­port à un au­tre dans un récit au passé com­po­sé,  es­sen­tiel­le­ment à l’oral. Il est d’un em­ploi re­la­ti­ve­ment limité en fran­çais standard moderne et ne s’uti­li­se guère qu’après les conjonctions dès que, quand, une fois que. De plus, il s’uti­li­se es­sen­tiel­le­ment avec des ver­bes décrivant l’achèvement d’un processus (manger, finir de faire qch, terminer etc.).

À l’oral, le passé surcom­po­sé peut tou­jours se remplacer par un passé com­po­sé et, à l’écrit, la valeur du pas­sé surcom­po­sé peut être rendue par le pas­sé antérieur. Pour tou­tes ces raisons, les occurrences pos­sibles sont re­la­ti­ve­ment peu nom­breuses :

Et quand ils ont eu fini de discuter, ils sont repartis tranquillement. Après que les chevaux ont eu mangé, il n’est pas resté un brin de foin dans la crèche.

Dans le fran­çais standard du nord, on peut dire que le cas le plus fré­quent d’em­ploi du passé sur­com­po­sé est avec le ver­be finir de : quand on a eu fini de + in­fi­ni­tif. En effet, à cause du sens d’achèvement du ver­be finir, la for­me quand on a fini de peut ren­voy­er à un présent (d’ha­bi­tu­de, par exemple), com­me dans l’ex­em­ple (a) ; si on veut ex­pri­mer de façon claire que le ver­be a une valeur passée, le passé surcom­po­sé permet de lever l’am­bi­güi­té :

(a) Le dimanche, quand on a fini de manger, on va faire une petite pro­me­na­de.
(b) Le dimanche, quand on a eu fini de manger, on est allés faire une petite pro­me­na­de.

On a trouvé plus de 30 000 occurrences des for­mes ai eu fini /as eu fini /a eu fini /ont eu fini de + in­fi­ni­tif sur Internet (mars 2021). Le passé surcom­po­sé s’uti­li­se plus fré­quem­ment dans le fran­çais du Sud (voir ALPF p. 43), où il a une valeur spé­ci­fi­que : il in­di­que une ac­tion qui a eu lieu dans un passé indé­ter­mi­né coupé du présent du lo­cu­teur (un peu com­me l’anglais used to + infinitif). Exem­ple de ce type trouvé sur Internet :

Je connais des gens qui ont eu mangé du chat pen­dant la seconde guerre, quand il y avait des restrictions et que la viande était rare.

En outre, le passé surcom­po­sé est bien attesté dans la langue ancienne :

« Aussitôt qu’elle a eu connu nos projets, sa Sainteté a voulu l’encourager »… et c’est du Bossuet, alors oui, cela se dit ! [sur un site Internet, à propos de l’em­ploi du passé surcom­po­sé]

Passé simple et déic­ti­ques

Il est en principe impos­si­ble d’uti­li­ser le passé simple, qui est un temps du récit, avec des déic­ti­ques com­me hier, il y a deux jours etc., qui sont des mar­ques de l’énon­cia­tion de dis­cours. Une phra­se com­me *il le fit hier est agram­ma­ti­cale en fran­çais moderne. Il n’em­pê­che qu’on en trouve fré­quem­ment des exem­ples dans la presse écrite, par hy­per­cor­rec­tis­me. On assiste mê­me à une sorte de re­nou­veau du passé simple.

Même les journaux réputés sérieux ou prestigieux, com­me Le Monde, donnent dans ce tra­vers et mêlent de façon tout à fait incohérente passé com­po­sé et passé simple dans un mê­me niveau d’énon­cia­tion [ar­ti­cle paru le 28.4.2017] :

Com­me tou­tes les nations, l’Allemagne a ses icônes qu’elle aime à la fois vénérer et déprécier. C’est le cas de Konrad Adendauer, dont il a beau­coup été ques­tion ces jours-ci pour la simple raison qu’il est mort il y a tout juste cinquante ans, le 19 avril 1967.

Mardi 25 avril, sous la splendide verrière du Deutsches Historisches Museum de Berlin, il y avait du beau monde pour célébrer celui qui fut, de 1949 à 1963, le premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA).

Au premier rang, entourée de quel­ques-uns de ses ministres et secrétaires d’Etat, Angela Merkel a d’abord sagement écouté la leçon d’histoire du vieux diplomate Henry Kissinger – ancien secrétaire d’État américain (1973-1977). Invité à la cérémonie, il avait dû renoncer à être présent pour des raisons de santé, mais il rendit un hommage appuyé dans un message diffusé sur un écran : « En une décennie, il a sorti son pays de son statut de paria à celui de partenaire essentiel sur le plan politique et géostratégique », expliqua Kissinger.

Avec Angela Merkel, ce­pen­dant, le présent prit vite le pas sur le passé, et, à travers l’hommage rendu à Adenauer, la chancelière allemande a pro­non­cé un dis­cours aux résonances très actuelles. Par ex­em­ple quand elle salua le choix fait par son prédécesseur d’arrimer solidement la RFA à l’OTAN afin d’en faire un partenaire de premier plan des Etats-Unis.

À cinq mois pres­que jour pour jour des élections législatives du 24 septembre, la chancelière allemande n’a pas non plus résisté à la tenta­tion de puiser dans la biographie d’Adenauer quel­ques élé­ments pouvant servir de leçon pour aujourd’hui. En célébrant le chancelier du « consensus », chacun comprit ainsi qu’elle brossait éga­le­ment une sorte d’autoportrait subliminal.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 42. Valeur des temps verbaux de l’in­di­ca­tif. Dernière mise à jour : 1.8.2021