Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

L’article défini

Formes

Formes identiques,
mots différents !

L’opposition article défini/
article indéfini

Référence spécifique

Référence générique

Ne pas se laisser influencer
par le finnois

Équivalents possibles en finnois
de l’article défini français

Formes

Formes de base

Les for­mes de base de l’ar­ti­cle dé­fi­ni sont pré­sen­tées dans le tableau qui suit. Il n’y a qu’une seule for­me au pluriel :

singulierpluriel
mas­cu­linle les
fé­mi­ninla
devant voyelle (mas­cu­lin et fé­mi­nin)l’

La voyelle e et a de l’ar­ti­cle dé­fi­ni s’élide (heittyy) devant une voyelle et un h non dis­jonc­tif, mais ne s’élide pas de­vant h dis­jonc­tif :

l’avion, l’hiver, l’assurance, l’au­tre côté, l’intense lumière
le haricot, le hongrois, la hauteur, le héros.

Rem. La lettre h de héros (mas­cu­lin) indique un h dis­jonc­tif, le héros, mais celui de héroine (fé­mi­nin) n’est pas un h disjonctif : l’héroïne.

Formes contractes

Pour des raisons phonétiques, au cours de l’histoire du fran­çais, cer­tai­nes for­mes de l’ar­ti­cle dé­fi­ni se sont « fondues » (sulautuneet), avec les pré­po­si­tions à et de. C’est un phénomène qu’on retrouve dans d’au­tres langues romanes (par exemple italien in ilnel, a ilal). On appelle en général ces for­mes des for­mes « contractes » (on trouve parfois aus­si le terme de for­mes contractées). Les pré­po­si­tions à et de se con­trac­tent avec l’ar­ti­cle dé­fi­ni au mas­cu­lin singulier et au pluriel ; avec la for­me la et la for­me élidée l’, il n’y a pas de contraction :

à + le   → au : je vais au garage
de + ledu : l’ami du garçon
à + la   → à la : je vais à la bibliothèque
de + la → de la : l’ami de la fille
à + l’    → à l’ : je pense à l’avenir
de + l’  → de l’ : l’arrière de l’avion
à + lesaux : je pense aux vacances
de + lesdes : les jouets des enfants

Rem. Dans les for­mes au, aux, du, la lettre u est le résultat de la vocalisation de l en ancien fran­çais (com­me dans cheval > chevaux). On peut donc dire que dans ces for­mes, le l de le est en­co­re présent, mais sous la for­me d’un u.

Les for­me du ou des sont donc des for­mes contractes, mais les for­mes de la, à la, de l’, à l’ ne sont pas des for­mes contractes, puis­qu’il ne s’y produit au­cu­ne contraction. L’ar­ti­cle se contracte éga­le­ment avec les pré­po­si­tions de ou à quand elles sont un élément d’une pré­po­si­tion com­po­sée, ou avec de qui est le dernier élément d’un dé­ter­mi­nant com­po­sé :

à cause de+le → à cause du froid, à cause de+les → à cause des pro­blè­mes
grâce à+le → grâce au service palvelun ansiosta, grâce à+les → grâce aux informations
beau­coup de+le → Tu n’as pas laissé beau­coup du gâteau que j’ai apporté ce matin. Et jättänyt paljoakaan jäljelle kakusta, jonka toin aamulla.
beau­coup de+les → Beaucoup des gens que j’ai rencontrés m’ont dit la mê­me chose. Monet tapaamistani ihmisistä kertoivat minulle saman asian. (voir beau­coup du/des).

L’ar­ti­cle dé­fi­ni ne change pas à la for­me né­ga­ti­ve

La règle de la transforma­tion de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant un com­plé­ment direct dans une phra­se né­ga­ti­ve ne concerne pas l’ar­ti­cle dé­fi­ni (er­reurs fré­quen­tes chez les fin­no­pho­nes) ! L’ar­ti­cle dé­fi­ni ne change pas de for­me quand il dé­ter­mi­ne un groupe nominal com­plé­ment direct d’une phra­se né­ga­ti­ve :

J’ai pris le livre → je n’ai pas pris le livre. Il a mangé le chocolat → Il n’a pas mangé le chocolat. Elle a compris la règle → Elle n’a pas compris la règle. Les enfants ont pris les gâteaux → Les enfants n’ont pas pris les gâteaux.

En fin­nois, pres­que tous les com­plé­ments directs (objekti) d’un ver­be à la for­me né­ga­ti­ve sont au par­ti­tii­vi (en nähnyt lamppua, hän ei löytanyt avaintaan etc.). En fran­çais, une telle règle générale n’exis­te pas et n’a aucun équi­va­lent. Voir Ne pas se lais­ser in­flu­en­cer par le fin­nois ci-des­sous.

Formes iden­ti­ques, mots dif­fé­rents !

La contrac­tion de la pré­po­si­tion de avec l’ar­ti­cle dé­fi­ni peut créer cer­tai­nes for­mes qui sont iden­ti­ques à celles de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni : des, du. Le mot de peut être une pré­po­si­tion, un ar­ti­cle in­dé­fi­ni ou un mor­ceau de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif de la. Mais de la peut être aussi être la préposition de + article défini la.

Toutes ces for­mes peu­vent représenter des par­ties du dis­cours dif­fé­ren­tes et l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re débutant peut facilement les con­fon­dre. Il faut donc savoir bien les interpréter :

De, du, de la, des
depréposition de On pa parlé de nos amis.
ar­ti­cle in­dé­fi­ni dans une phra­se né­ga­ti­ve On n’a plus de temps.
duar­ti­cle in­dé­fi­ni massif du Il boit du café.
for­me contracte de la pré­po­si­tion de et
de l’ar­ti­cle dé­fi­ni le
C’est au début du printemps.
de la ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif de la Elle mange de la glace.
pré­po­si­tion de + ar­ti­cle dé­fi­ni la Elle sort de la piscine
des pluriel de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni Elle avait des projets intéressants.
for­me contracte de la pré­po­si­tion de et de l’ar­ti­cle dé­fi­ni les On a discuté des projets de mon amie.

Remarque : si on écrivait l’article indéfini massif de la en un seul mot (dela), cela permettrait (en ce qui concerne le féminin, au moins) de disinguer plus facilement entre les groupes nominaux avec un article indéfini massif (j’écoute dela musique) et les groupes pré­po­si­tion­nels formés avec la préposition de, un article défini et un nom (on a parlé de la musique du film). Voir l’article indéfini.

Opposition de/des

Le maniement de ces for­mes contractes nécessite une cer­tai­ne ha­bi­tu­de et oc­ca­sion­ne sou­vent des er­reurs chez les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. Après les ver­bes construits avec la pré­po­si­tion de (parler de, avoir besoin de, se moquer de…), l’alternance de /des traduit sou­vent l’opposi­tion ar­ti­cle in­dé­fi­ni /ar­ti­cle dé­fi­ni :

Il parle de pro­blè­mes que je ne connais pas.
Hän puhuu (sellaisista) ongelmista, joita en tunne.
de problèmes < de des [règle d’effacement] Singulier :
Il parle d’un pro­blè­me que je ne connais pas.

Il parle des pro­blè­mes qu’il a eus.
Hän puhuu (niistä) ongelmista, joita hänellä on ollut.
des < de les [contraction] Singulier :
Il parle du (< de le) pro­blè­me qu’il a eu.

Pour distinguer entre une for­me d’ar­ti­cle dé­fi­ni et une for­me d’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, il faut sou­vent d’abord savoir identifier (et donc connaitre) la construction du verbe (verbe construit avec de ≠ verbe sans de). Il y a un moyen simple de faire ressortir la dif­fé­ren­ce, c’est de met­tre le com­plé­ment au sin­gu­li­er (voir ci-des­sous).

À l’oral, à cause de la règle d’effacement et de l’assimilation de sonorité qu’elle en­trai­ne parfois, l’al­ter­nan­ce de / des correspond à l’opposition /d/-/de/ ou /t/-/de/ :

/ilapaʁledeʒɑ̃kilavy/ = il a parlé des gens qu’il a vus
(préposition de + ar­ti­cle dé­fi­ni pluriel les contracté)

/ilapaʁledʒɑ̃kɶʃkonepa/ = il a parlé de gens que je connais pas
(préposition de, ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel des effacé)

/õnapaʁledefilm/ = on a parlé des films (qu’on a vus)
(préposition de + ar­ti­cle dé­fi­ni pluriel les contracté)

/õnapaʁletfilm/ = on a parlé de films (divers)
(préposition de, ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel des effacé)

Connaitre et savoir iden­ti­fier la construc­tion du ver­be

Pour distinguer entre des ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel et des for­me contracte, il y a un moyen simple, c’est de met­tre le com­plé­ment au singulier. Dans ce cas-là, la for­me d’ar­ti­cle est facile à iden­ti­fier :

com­plé­ment direct
Le gouvernement envisage des réfor­mes. →
Le gouvernement envisage une réfor­me.

Com­plément pré­po­si­tion­nel (ver­be construit avec de) :
Le gouvernement a débattu des réfor­mes. →
Le gouvernement a débattu de la réfor­me.

J’ai besoin de conseils. Tarvitsen neuvoja.
Singulier : J’ai besoin d’un conseil. [ar­ti­cle in­dé­fi­ni]

J’ai besoin des conseils de mon ami. Tarvitsen ystäväni neuvoja.
Singulier : J’ai besoin besoin du conseil de mon ami. [ar­ti­cle dé­fi­ni]

Pour cela, il faut ce­pen­dant aus­si connaitre la construc­tion du ver­be, ce qui n’est pas tou­jours aus­si sim­ple, et nécessite des connaissances en vocabulaire. Certains ver­bes peu­vent avoir deux cons­truc­tions dif­fé­rentes (com­plé­ment direct et com­plé­ment pré­po­si­tion­nel avec pré­po­si­tion de). Des for­mes iden­ti­ques peu­vent donc cacher des structures dif­fé­ren­tes :

Il s’est servi du poulet, des frites et du vin. [ver­be servir qch à qqn, com­plé­ment direct, du ar­ti­cle massif] Hän otti broileria, rankalaisia ja viiniä. Il s’est servi du vin qui restait pour faire une sauce. [ver­be se servir de qch, com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, du for­me contacte de+le] Hän käytti loput viinistä kastikkeeseen.

Le pro­blè­me pour le non francophone, c’est qu’il ne connait pas tou­jours la cons­truc­tion du ver­be : se construit-il avec com­plé­ment direct (sans pré­po­si­tion), avec de, avec à etc. ? Les ver­bes cou­rants sont faciles à mémoriser, mais devant un ver­be moins fré­quen­t (préconiser, envisager etc.), l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re n’a pas tou­jours les moyens de savoir à priori quelle est la construc­tion du ver­be. La seule solu­­tion est d’ap­pren­dre la construc­tion du ver­be par cœur (ou de consulter un dictionnaire) : la pré­po­si­tion est un élément essentiel du ver­be : rêver nähdä unta et rêver de haaveilla jstak ne sont pas la mê­me chose. C’est donc sou­vent avant tout une ques­tion de vo­ca­bu­laire.

Des chan­ge­ments complexes

La présence de la pré­po­si­tion de peut entrainer une réac­tion en chaine et faire disparaitre (ap­pa­rem­ment) les ar­ti­cles ou les « cacher » dans des for­mes contractes. Cepen­dant, le francophone les iden­ti­fie (il les « sent ») sans difficulté, alors que l’ap­pre­nant étranger doit fournir un effort d’analyse, ce qu’illustre bien la phra­se sui­van­te (tirée d’une revue du mi­nis­tère des Affaires étrangères fran­çais), dans la­quel­le se succèdent de (ar­ti­cle ou pré­po­si­tion) et des, qui ren­voient chaque fois à des grou­pes bien précis :

Des prestations sont fournies à l’assuré social sous la for­me d’un rem­bour­se­ment des soins médicaux et hospitaliers, des médicaments, d’allocations familiales, d’indemnités journalières de maladie, de maternité, de pensions ou de rentes d’ invalidité, d’accident de travail, de retraite ou de veuvage.

La structure de l’enchainement des com­plé­ments qui détermine la for­me des ar­ti­cles est expliquée ci-dessous par la répétition des groupes de mots qui déterminent les com­plé­ments :

Des prestations (etuuksia) sont fournies à l’assuré social sous la for­me d’un rem­boursement des soins médicaux et hospitaliers, sous la for­me d’un rem­bour­se­ment des médicaments, sous la for­me d’allocations familiales, sous la for­me d’indemnités journalières de maladie, sous la for­me d’indemnités journalières de maternité, sous la for­me de pensions (eläke) ou sous la for­me de rentes (elinkorko) d’invalidité, sous la for­me de pensions d’accident de travail, sous la for­me de pensions de retraite ou sous la for­me de pensions de veuvage.

En utilisant des ver­bes à la place des noms prestations (etuudet, maksut) et rem­bour­se­ment (pa­lau­tus[mak­su]), et en rétablissant les noms sous-entendus, on  retrouve les ar­ti­cles :

Quelles sont les prestations ? On rembourse les soins médicaux et hospitaliers, les médicaments, on paie des allocations familiales, des indemnités journalières de maladie, des indemnités journalières de maternité, on paie des pensions ou des rentes d’invalidité, des pensions d’accident de travail, des pensions de retraite ou des pensions de veuvage. 

L’opposition ar­ti­cle dé­fi­ni/ar­ti­cle in­dé­fi­ni

Du point de vue de l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re dans la langue ma­ter­nelle duquel il n’y a pas d’ar­ti­cle, l’ar­ti­cle dé­fi­ni s’utilise en opposi­tion à l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni. Il faut « choisir » entre l’un ou l’au­tre (par­fois on peut aus­si utiliser un ar­ti­cle zéro). L’opposi­tion ar­ti­cle dé­fi­ni / ar­ti­cle in­dé­fi­ni per­met d’ex­pri­mer des nu­an­ces par­fois très subtiles (hiuksenhieno). Ce sont des nuances que les francophones com­pren­nent (en général et au moins in­tui­ti­ve­ment), mais que les lo­cu­teurs d’au­tres lan­gues ne comprennent pas tou­jours.

Dans de nom­breu­ses langues où il n’y a pas d’ar­ti­cle, ces nuances sont sou­vent ex­pri­mées avec d’au­tres moyens ou, tout sim­ple­ment, ne sont pas exprimées du tout (et pourtant, les lo­cu­teurs se comprennent). Et mê­me dans les langues où il y a des ar­ti­cles, les nuances ne sont pas forcément exprimées de la mê­me ma­niè­re. Il y a par exemple de nom­breu­ses dif­fé­ren­ces entre l’anglais et le fran­çais, langues dans lesquelles il y a pourtant un ar­ti­cle dé­fi­ni et un ar­ti­cle in­dé­fi­ni, et le fonctionement de l’ar­ti­cle en anglais ne donne pas tou­jours des mo­dè­les fiables pour l’utilisation de l’ar­ti­cle en fran­çais par les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. De tou­te façon, pour les fin­no­pho­nes, le fonctionnement de l’ar­ti­cle en anglais est aus­si di­fi­ci­le à mai­tri­ser que celui du fran­çais.

Le fin­nois n’a pas d’ar­ti­cle et en règle générale, la for­me des noms en fin­nois n’aide pas à choisir l’ar­ti­cle en fran­çais (contrairement à ce qu’enseigne la tradi­tion gram­ma­ti­cale du fran­çais lan­gue étran­gè­re en Finlande). Mais, heureusement, il y a plu­sieurs au­tres indices qui permettent, dans de nom­breux cas, de choisir de façon pres­que cer­tai­ne entre l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni et l’ar­ti­cle dé­fi­ni.

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni renseigne en général sur le contenu sé­man­ti­que du nom (j’ai ache­té un livre, ceci est un poisson, nous sommes sur une belle route etc.), mais sans préciser l’« identité » exacte du contenu du nom : j’ai acheté un livre signifie que je a acheté un objet qu’on peut dé­fi­nir com­me « livre » (un support en papier ou élec­tro­ni­que qui contient des pages de texte), mais on ne précise pas de quel livre il s’agit.

L’ar­ti­cle dé­fi­ni signifie que ce que le nom dé­si­gne peut être identifié de façon pré­ci­se : si on dit à quelqu’un j’ai acheté le livre, cela signifie que la personne à qui on le dit sait exac­te­ment de quel livre il s’agit (ou on suppose qu’elle le sait). L’ar­ti­cle dé­fi­ni indique que le grou­pe no­mi­nal ren­voie à une entité qui est iden­ti­fiable de façon uni­vo­que (yk­si­selitteisesti). parce qu’il n’y a pas d’au­tre(s) ré­fé­rent(s) qui cor­res­pon­d(ent) à ce qui est décrit par le grou­pe no­mi­nal.

En simplifiant beau­coup, on peut donc dire que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni renseigne seu­le­ment sur la nature (luonne, olemus) et le nombre du ré­fé­rent du nom, alors que l’ar­ti­cle dé­fi­ni renseigne sur la nature, le nombre et l’identité du ré­fé­rent du nom.

Référence spécifique

Référence spécifique explicite

L’ar­ti­cle dé­fi­ni peut ren­voy­er à un ré­fé­rent iden­ti­fiable. Le cas le plus fré­quem­ment cité dans les gram­mai­res est celui où l’ar­ti­cle dé­fi­ni ren­voie à un GN qui a été mentionné de façon ex­pli­ci­te antérieurement dans la situa­tion d’énonciation, dans le texte, ou dans une situation passée etc. La référence est alors ex­pli­ci­te. Dans ce cas, l’ar­ti­cle dé­fi­ni ressemble à un dé­mons­tra­tif à valeur anaphorique (c’est là que se voit le plus clairement l’origine de le/la, qui vient du latin illu(m)/illa(m), en fin­nois tuo) :

J’ai pris mon nouveau vélo pour aller poster une lettre avant la levée du courrier, et une fois arrivé je me suis rendu compte que j’avais oublié la lettre au moment où j’avais cherché les clés du vélo. Menin uudella pyörälläni jättämään kirjeen laatikkoon ennen kuin se tyhjennetään, ja kun saavuin paikalle huomasin, että olin unohtanut sen kirjen, kun etsin sen pyörän avaimia. J’ai acheté un livre de cuisine la semaine dernière. Et maintenant, le livre est déjà tout abimé, parce que je l’ai tellement utilisé. Ostin keittokirjan viime viikolla. Je nyt se kirja on jo ihan kulunut, kun olen niin paljon käyttänyt sitä. Au fait, où est-ce que tu as mis la caisse de bière ? Hei mihin sä laitoit sen kal­ja­ko­rin?

En fin­nois  : com­me on le voit dans les exemples, dans ce cas, en fin­nois, on peut em­ploy­er le dé­ter­mi­nant démonstratif à valeur anaphorique se, qui fonc­tion­ne alors ex­ac­te­ment com­me le/la en fran­çais. Cet emploi n’est pas obli­ga­toi­re, mais il est fré­quen­t dans la langue parlée. Si en fin­nois, devant un nom, on peut utiliser se sans valeur démonstrative (déictique), en fran­çais il y a de très fortes chances qu’on uti­li­se un ar­ti­cle dé­fi­ni.

Référence spécifique implicite

L’ar­ti­cle dé­fi­ni peut aus­si ren­voy­er à un ré­fé­rent connu, mais qui n’a pas été ex­pres­sé­ment (nimenomaisesti) men­tion­né dans une situation d’énonciation. On peut l’i­den­tifier parce qu’il est connu pour d’au­tres raisons, grâce à un savoir commun partagé par le lo­cu­teur et le des­ti­na­tai­re du message. Ce savoir commun signifie que le contenu du nom a bien sûr été mentionné un jour, mais pas dans une si­tua­tion qu’on peut im­mé­diatment restituer. La ré­fé­ren­ce est alors implicite :

Le réveil sonne. Herätyskello soi.[On sait que dans la maison il n’y a qu’un seul réveil, qui est logiquement dans la chambre à coucher.] Tu as rentré la voiture ? Ajoitko auton talliin? [On sait de quelle voiture on parle, parce qu’il n’y en qu’une dans la famille.] Les parents de cet élève sont très satisfaits de notre école. [le mot parents avec ar­ti­cle dé­fi­ni signifie implicitement « vahemmat ».]  Aujourd’hui, le journal est venu en retard . [On sait qu’il n’y a qu’un seul journal qui vient tous les jours et quel est ce journal.] La Lune tourne autour de la Terre en 28 jours. [On sait que dans notre système solaire il exis­te une seule planète nommée « Terre », qui a un seul satellite nommé « Lune ».] La Finlande a beau­coup de lacs. [On sait qu’il exis­te un pays nommé « Finlande » et qu’il n’y en a pas d’au­tre de ce nom.] Ce soir, le Premier ministre s’adressera à la nation. [On sait qu’il exis­te un seul Premier ministre, et qui est cette personne au moment où on dit cette phra­se.]

Si on dit à quelqu’un qui part en voyage dans une ville « Juste en face de la gare il y a un petit res­tau­rant très sympathique », cela signifie que dans cette ville il n’y a qu’une seule gare, iden­ti­fia­ble sans équivoque. Ce ne serait pas pos­si­ble dans une ville com­me Paris, où il faudrait préciser jus­te en face de la gare de l’Est /du Nord/ Montparnasse etc. Si la référence implicite n’est pas univoque (yksiselitteinen), des expansions (määritteet) du nom permettent d’iden­ti­fier le ré­fé­rent :

Le radio-réveil de la chambre à coucher sonne. Aujourd’hui, le journal local est venu en retard. Tänään paikallislehti tuli myöhässä.[signifie qu’on reçoit deux journaux, un journal local et un journal national.] Je n’ai pas eu le temps de regarder les informations de 20h. En ehtinyt katsoa kahdeksan uutisia.! Dans la classe de mon frère, il y a 35 élèves  La personne qui était au téléphone n’a pas dit son nom. Je pense sou­vent aux [aux = à +les] vacances que nous avons passées au Pays basque Les baies les plus consommées en Finlande sont les myrtilles et les airelles.

En fin­nois  : le fin­nois ne mar­que pas la référence implicite. Dans les équi­va­lents fin­nois des phra­ses ci-dessus, on ne peut pas employer le déterminant se. Comment savoir dans ce cas si on peut employer un ar­ti­cle dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni ? Il suffit de faire le test de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni : si on ne peut pas employer yksi/eräs/joku, il est très pro­ba­ble qu’on utilise l’ar­ti­cle dé­fi­ni.

Autre ar­ti­cle pos­si­ble

Mais mê­me quand le ré­fé­rent est « unique » à un moment précis, on peut utiliser l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, pour dé­si­gner une ou plu­sieurs au­tres occurrences (esiintymä) de ce ré­fé­rent, qui ne ren­voient pas au mê­me ré­fé­rent implicite. En fin­nois, dans les ex­em­ples sui­vants, on pour­rait utiliser des équivalents de un/des tels que joitain ou sellainen :

Au moyen âge, il y a eu des papes en France. Keskiajalla oli paaveja Ranskassa. Cette année, nous avons eu un printemps pluvieux. Il parle un fran­çais soigné. Hän puhuu huoliteltua ranskaa. Des Premiers ministres se sont succédé sans réussir à redresser la situa­tion économique. Pääministereitä valittiin toinen toisen jälkeen ilman, että he kykenivät kohentamaan maan taloustilannetta. C’était un Noël très sympathique. Se oli hyvin hauska joulu. Ce matin, il y avait un ciel d’un bleu très profond et un soleil tout rouge. La France de 1918 était une France démoralisée. Vuoden 1918 Ranska oli lyöty Ranska. Je vais vous parler ce soir d’une Finlande que vous ne connaissez pas. Kerron teille tänä iltana sellaisesta Suomesta, jota ette tunne. Les Américains laissent un Irak en pleine tourmente. [titre dans la presse] Les chauds rayons d’un soleil brillant illuminent un ciel limpide [Astérix et la serpe d’or]

On peut ren­voy­er à ces grou­pes en utilisant aus­si l’ar­ti­cle dé­fi­ni, qui mar­que dans ce cas la réfé­ren­ce spé­ci­fique à quel­que chose de connu par le contexte :

Cette année, nous avons eu un printemps pluvieux. Le printemps pluvieux a été suivi par une période de sécheresse. Ce matin, il y avait un ciel d’un bleu très profond et un soleil tout rouge. Le soleil rouge était magnifique.

L’ar­ti­cle dé­fi­ni signifie ici que ces GN ont été mentionnés antérieurement. Mais Le soleil rouge en de­hors de tout contexte et de tou­te référence signifierait im­pli­ci­te­ment qu’il exis­te par exemple un so­leil rouge et un soleil blanc (ce qui n’est pas le cas sur la Terre, mais serait pos­si­ble dans un au­tre système solaire).

Fonction cataphorique de l’ar­ti­cle dé­fi­ni

En fin­nois, il est fré­quen­t d’annoncer une une proposi­tion re­la­ti­ve par un dé­ter­mi­nant à fonction cataphorique, se ou sellainen : se poika, joka …, sellainen rakenne, joka … En fran­çais, dans ce cas, se se traduit par l’ar­ti­cle dé­fi­ni le/la/les et sellainen par l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni :

se poika, joka … = le garçon qui…
sellainen rakenne, joka … = une construction qui….

L’er­reur fré­quen­te que font les finnophones dans l’ex­pres­sion écrite est de traduire se par ce/cette, ce qui change le sens de la phra­se, et sellainen par tel, cequi est agram­ma­ti­cal. Voir la cataphore.

La référence gé­né­ri­que

Désignation d’une classe d’objets

L’ar­ti­cle dé­fi­ni peut s’employer en dehors de tou­te référence spécifique. Il indique alors que le nom dé­si­gne tous les éléments de la classe des objets concernés, et non pas un exemplaire par­ti­cu­lier. Il prend alors une valeur gé­né­ri­que (en fin­nois ge­nee­ri­nen, voir aussi VISK §1407 et sui­vant). Si on dit  La baleine est un mammifère (Valas on nisäkäs), le grou­pe nominal la baleine dé­si­gne vir­tu­el­le­ment tou­tes les baleines. De mê­me, dans la phra­se La ville est un environnement stressant, le nom ville dé­si­gne tou­tes les villes pos­si­bles. Cette propriété se vérifie au singulier et au pluriel :

Le merle est un oiseau. Moi, j’aime la ville, je ne pourrais pas vivre à la cam­pa­gne. Le cochon est un animal sympathique. Les myrtilles sont bleues, les airelles rouges. Mustikat ovat sinisiä, puolukat punaisia. On dit que le rouge est une couleur agressive et que le vert est re­po­sant pour les yeux.

Inversement, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (comptable ou massif) isole une occurrence (esiin­tymä, tapaus) concrète de cette catégo­rie :

Le merle est un oiseau. ↔ J’ai vu un beau merle dans le jardin.
L’argent est utile. ↔ Il demande de l’argent.
Ma couleur préférée est le bleu. ↔ Mets du bleu sur le mur.

En fin­nois  : contrairement à la référence spécifique explicite qui peut se mar­quer en finnois avec le déterminant se, en fin­nois on n’ex­pri­me jamais la valeur gé­né­ri­que par un dé­ter­mi­nant. Dans les exemples ci-dessus, il est impos­si­ble de traduire l’ar­ti­cle dé­fi­ni en fin­nois. La valeur gé­né­ri­que peut être exprimée en fin­nois par le lexique, mais sou­vent elle n’est pas exprimée de façon par­ti­cu­liè­re et se déduit du sens ou de la structure de la phra­se ou du contexte, ou bien elle est évidente.

Désigna­tion d’un grou­pe

Le nom avec ar­ti­cle dé­fi­ni peut donc dé­si­gner un grou­pe :

Les fran­çais seraient individualistes. Ranskalaiset ovat muka individualisteja. De nos jours, on dirait que les étudiants ont de moins en moins de temps pour étudier. Les Normands ont envahi l’An­gle­terre au XIe siècle. La rencontre entre les ouvriers et les patrons a été un échec. Työntekijöiden ja työnantajien välinen kokous epäonnistui.

Dans ce cas, le singulier suffit à dé­si­gner tout les éléments du gen­re ou du grou­pe, mais ce moyen d’ex­pri­mer la gé­né­ri­cité est moins fré­quen­t que le pluriel, car il a une valeur gé­né­ra­li­san­te très forte :

Le fran­çais serait individualiste. De nos jours, l’étudiant est sou­vent obligé de faire des petits boulots pour vivre convenablement.

Par opposition, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (comptable ou massif) dé­si­gne un ou des élé­ment(s) par­ti­cu­lier(s) du groupe, et dans ce cas, on peut de nouveau utiliser en fin­nois jotkut/ joitain/ yksi :

Les Finlandais sont blonds. J’ai vu des Finlandais bruns. (des individus non dé­fi­nis) Elle aime le vin. Elle aime un vin, le bourgogne. Hän pitää yhdestä viinistä, nimittäin burgundiviinistä. Il aime les femmes. Hän on naistenmies. Il a aimé des femmes dans sa vie, mais ne s’est jamais marié. Hänellä on ollut useita rakkauksia elämässään.

Forme no­mi­nale du ver­be

L’ar­ti­cle dé­fi­ni ex­pri­me éga­le­ment cette valeur gé­né­ri­que quand il est employé devant un nom qui est une for­me no­mi­nale de ver­be, par exemple le mensonge (le fait de mentir → tous les men­son­ges). L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, inversement, dénote une oc­cur­ren­ce concrète :

Le mensonge est parfois utile.
Ce qu’il a dit est un mensonge.
Le divorce est sou­vent source de complications ennuyeuses.
Plus d’un tiers des mariages se terminent par un divorce, et mê­me un sur deux dans les grandes villes.

En fin­nois, on peut obtenir la mê­me opposi­tion à l’aide du lexique (mais pas tou­jours) :

le mensonge valehteleminen / un mensonge valhe le jeu leikkiminen / un jeu leikki l’achat ostaminen / un achat ostos la construc­tion rakentaminen / une construc­tion rakennus etc.

Mais tout ar­ti­cle dé­fi­ni devant un nom déverbatif (for­mé à partir d’un ver­be) n’a pas forcément une va­leur gé­né­ri­que. Il peut ren­voy­er à un GN iden­ti­fiable par le contexte (valeur ré­fé­ren­tiel­le) :

Je ne l’ai pas cru. Le mensonge était trop gros. [le mensonge : hänen valheensa oi ilmeinen] Ils n’habitent plus ensemble. Le divorce a été pro­non­cé il y a deux mois. [le divorce : heidän avioeronsa vahvistettiin kaksi kuukautta sitten.]

En fin­nois : si un infinitif en -minen à valeur gé­né­ri­que (donc qui ne ren­voie pas à une action mentionnée antérieurement) est sujet de la phra­se (et sou­vent aus­si com­plé­ment du verbe), il y a de fortes chances qu’en fran­çais on utilise un ar­ti­cle dé­fi­ni.

Expression de la généricité en fin­nois

Le fin­nois ne dispose pas de dé­ter­mi­nant spécifique permettant de mar­quer la gé­né­ri­ci­té, mais, parfois, l’opposi­tion en fran­çais entre gé­né­ri­que/non gé­né­ri­que peut correspondre en fin­nois à des noms dif­fé­rents :

une montagne vuori : Le Mont-Blanc est une montagne. 
la montagne vuoristo : L’air de la montagne est très pur. Vuoriston ilma on hyvin puh­das­ta.
une ville kaupunki : Il habite dans une ville. Hän asuu kaupungissa.
la ville kaupunkielämä : Je préfère la ville à la campagne.
un bruit ääni : J’ai entendu un bruit bizarre. Kuulin kummallisen äänen.
le bruit melu[haitat] : Le bruit est source de stress. Melu aiheuttaa stres­siä.
un avion lentokone : Un avion est passé au-dessus de la maison. Lentokone lensi talon ylitse.
l’avion lentäminen : L’avion est un moyen de transport rapide mais polluant. Lentäminen on nopea mutta saastuttava tapa matkustaa.
un bâtiment rakennus : Son bureau est dans un vieux bâtiment.
le bâtiment rakennusala : La crise du bâtiment a causé une crise du logement. Rakennusalan lama on aiheuttanut asuntopulan.
un cinéma elokuvateatteri : On a construit un nouveau cinéma dans le quartier. Kaupunginosaan on rakennettu uusi elokuvateatteri.
le cinéma elokuvataide : Le cinéma est aujourd’hui une véritable industrie. Elokuva on nykyään varsinainen teollisuuden ala.

Remar­que : dans la liste ci-dessus, les traductions en fin­nois sont des exemples de tra­duc­tions, et pas les seules traductions pos­si­bles. Quand un nom est pré­cé­dé d’un ar­ti­cle dé­fi­ni, cela ne signifie pas au­to­ma­ti­que­ment que ce nom ait une valeur gé­né­ri­que. Des mots com­me ville, bâtiment, avion (et tous les au­tres) peu­vent aus­si être dé­ter­mi­nés par un ar­ti­cle dé­fi­ni ren­voy­ant à un ré­fé­rent spécifique :

Est-ce que tu connais Bayonne ? – Oui, la ville [= Bayonne] me plait beau­coup. J’ai eu peur en voyant l’avion voler si bas. [l’avion = l’avion dans lequel j’étais] etc.

Le gé­né­ri­que massif

L’ar­ti­cle dé­fi­ni s’utilise aus­si pour mar­quer la valeur gé­né­ri­que des noms massifs (vin, chocolat, argent, amour, chance etc.), surtout quand ces noms sont employés com­me sujet du verbe :

L’argent ne fait pas le bonheur. L’alcool est mauvais pour la santé. La violence engendre la violence.

Dans ces constructions, on dit quel­que chose de général sur telle ou telle « matière » con­crè­te ou abs­trai­te, et quand le nom est en fonc­tion de sujet, il est quasiment impos­si­ble d’utiliser un ar­ti­cle in­dé­fini. En fin­nois, on ne peut pas non plus met­tre le sujet au par­ti­tii­vi dans un tel cas :

*Du vin rouge est bon pour la santé.  *Punaviiniä on terveellistä. *De la violence engendre la violence. *Väkivaltaa synnyttää väkivaltaa.

Com­pa­rer avec un em­ploi non gé­né­ri­que, où l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni est tout à fait pos­si­ble :

Du vin rouge s’était répandu sur la nappe. Punaviiniä oli läikkynyt pöytäliinalle.

Aimer + ar­ti­cle dé­fi­ni

La valeur gé­né­ri­que de l’ar­ti­cle dé­fi­ni explique pourquoi on utilise en général un ar­ti­cle dé­fi­ni après le ver­be aimer, phénomène qui est source de nom­breu­ses er­reurs et inter­rogations chez les ap­pre­nants fin­no­pho­nes :

Il aime le chocolat. = tous les chocolat. Ma femme aime le cinéma. = les films

Quand le com­plé­ment du ver­be aimer dé­si­gne une ou plu­sieurs oc­cur­ren­ces con­crètes, on utilise, lo­gi­que­ment, l’ar­ti­cle comptable. Il est ainsi parfaitement pos­si­ble (con­trai­re­ment à ce qu’en­sei­gnent cer­tai­nes gram­mai­res finlandaises) d’u­ti­li­ser l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni singulier ou pluriel devant un com­plé­ment direct du verbe aimer (ou adorer, préférer), mais l’ar­ti­cle massif est exclu, pour les raisons expliquées ci-des­sus) :

Il aime le chocolat Il mange du chocolat. (du occurrence concrète) Elle aime le vin. Elle boit du vin. Elle aime un vin, le bourgogne. Hän pitää yhdestä viinistä, nimittäin burgundiviinistä. Il aime les femmes. Hän on naistenmies. Il a aimé des femmes dans sa vie, mais ne s’est jamais marié. Hänellä on ollut useita rakkauksia elämässään.

Ne pas se laisser influencer par le fin­nois

Le choix entre ar­ti­cle in­dé­fi­ni et ar­ti­cle dé­fi­ni dépend du sens général de la phra­se ou du message, des valeurs sé­man­ti­ques des noms, du contexte, d’un ensemble par­fois très complexe de paramètres. Il ne faut pas appliquer des règles mé­ca­ni­ques.

Des modes de représenta­tion du réel dif­fé­rents

Même si en fin­nois il exis­te cer­tains moyens d’ex­pri­mer la mê­me opposi­tion entre dé­fi­ni­tion et in­dé­fi­ni­­tion que permet en fran­çais le choix entre ar­ti­cle dé­fi­ni et ar­ti­cle in­dé­fi­ni, cela se fait en général par des moyens dif­fé­rents (choix du ver­be, ordre des mots etc.). Il y a parfois des cor­res­pon­dances entre les cas (les désinences ca­su­el­les, sijapäätteet) du fin­nois et les ar­ti­cles du fran­çais, mais c’est un pur ha­sard. Pour choi­sir l’ar­ti­cle en fran­çais, il faut analyser le sens de la phra­se et non pas re­gar­der à quel cas se trouve le nom en fin­nois.

Il n’y a donc pas de cor­res­pon­dance mécanique entre telle ou telle for­me d’ar­ti­cle en fran­çais et telle ou telle désinence casuelle en fin­nois.

Sou­vent, les deux langues représentent le réel d’une ma­niè­re qui leur est propre et dont la logique est par­fois difficile à com­pren­dre par l’ap­pre­nant fin­no­pho­ne de fran­çais ou par l’ap­pre­nant francophone de fin­nois (par ex­em­ple l’usage du par­ti­tii­vi fin­nois ne peut être réellement com­pris ou maitrisé que par des lo­cu­teurs natifs). C’est le cas pour tou­tes les langues où il y a des ar­ti­cles (ou bien pas d’ar­ti­cles) et de façon plus générale pour de nombreux faits de langue. Ainsi, on dit en fin­nois hänellä on huumorintajua, où le mot huumo­rintaju est repré­sen­té com­me massif, mais en fran­çais on dit il a le sens de l’humour, avec un ar­ti­cle dé­fi­ni. Cette ex­pres­sion est un cas typique où les fin­no­pho­nes sont tentés d’appliquer à l’ar­ti­cle dé­fi­ni la règle de la trans­forma­tion de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en de :

Hänellä ei ole huumorintajua. → ? Il n’a pas de sens de l’humour (ou *Il n’a pas de sens d’humour, agram­ma­ti­cal).

La for­me mar­quée avec le signe ? n’est pas entièrement agram­ma­ti­cale, mais peu usitée, la for­me avec ar­ticle dé­fi­ni est la for­me ha­bi­tu­el­le :

Il a le sens de l’humour. Il n’a pas le sens de l’humour. Il n’a pas beau­coup le sens de l’humour. Il a très peu le sens de l’humour. Il n’ a guère le sens de l’humour.

Une équivalence inexistante

La ma­niè­re dont sont pré­sen­tées les règles concer­nant l’ar­ti­cle dans les manuels et l’enseignement du fran­çais en Finlande en général fait penser aux ap­pre­nants qu’il exis­terait une cor­res­pon­dance (quasiment) automatique entre le cas (sijamuoto) du nom en fin­nois et la for­me de l’ar­ti­cle en fran­çais :

monikon no­mi­natiivi/akkusatiivi = ar­ti­cle dé­fi­ni : kirjat = les livres
monikon par­ti­tii­vi = ar­ti­cle in­dé­fi­ni : kirjoja = des livres

Cette équivalence n’est pos­si­ble que dans un nombre de cas très limité (voir Partitif et par­ti­tii­vi) : quand le nom est com­plé­ment direct d’un ver­be perfectif à la for­me af­fir­ma­ti­ve, on peut opposer :

J’ai acheté les livres. Ostin kirjat.
J’ai acheté des livres. Ostin kirjoja.

Mais par exemple dans une phra­se né­ga­ti­ve, la dif­fé­ren­ce disparait en fin­nois :

Je n’ai pas acheté les livres. En ostanut kirjoja.
Je n’ai pas acheté de livres. En ostanut kirjoja.

Le plus sou­vent, le fin­nois ne fait pas de distinc­tion entre « dé­fi­ni » et « in­dé­fi­ni » ; le cas du com­plé­ment direct en fin­nois (akkusatiiviou par­ti­tiivi) dépend de l’aspect verbal. Les deux phra­ses (a) et (b) se traduisent en fin­nois de la mê­me ma­niè­re (c) :

(a) Le com­merçant attendait des clients.
(b) Le com­merçant attendait les clients.
(c) Kauppias odotti asiakkaita.

Le « par­ti­tii­vi » asiakkaita n’ex­pri­me pas la quan­ti­té in­dé­fi­nie, il mar­que l’aspect non ré­sul­tatif (rajapakoinen) de odottaa.

Pas de cor­res­pon­dance « mécanique » entre fin­nois et fran­çais

Si on com­pa­re la phra­se fran­çaise sui­vante et sa traduc­tion fin­noi­se

Il entra dans la pièce de droite. De grands tableaux décoraient les murs.
Hän meni oikealla olevaan huoneeseen. Suuret taulut koristivat sein.

on constate que la « règle » implicite posée par les gram­mai­res finlandaises ou les ap­pre­nants fin­no­pho­nes monikon par­ti­tii­vi = ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel et mo­ni­kon no­mi­natiivi = ar­ti­cle dé­fi­ni pluriel ne fonctionne pas du tout, et que, au contraire, elle semble mê­me fonctionner à l’envers.

Le mot de (qui est le pluriel de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant ad­jec­tif antéposé) indique qu’au mur il y avait des objets qu’on appelle « tableaux » (catégorisation : Qu’est-ce qu’il y avait au mur ? Des tableaux). L’ar­ti­cle dé­fi­ni les dé­si­gne les murs qui im­pli­ci­te­ment com­posent la pièce (les murs de la pièce de droite, référence im­pli­ci­te). Le fin­nois ne peut pas ex­pri­mer ou n’a pas besoin d’ex­pri­mer ces nu­an­ces : suuret taulut est au no­mi­natif, car le sujet d’un ver­be ac­tif ne peut pas être un par­ti­tii­vi pluriel (il est impos­si­ble de dire : *suu­ria tauluja koristivat seiniä). De mê­me, seiniä est au par­ti­tii­vi, parce que le ver­be koristaa l’exige ici (impos­si­ble de dire *ko­ris­tivat sei­nät),  ; c’est une règle de la syntaxe du finnois qui n’a aucun équivalent en fran­çais. En fran­çais, l’ar­ti­cle dé­fi­ni et l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni ne s’utilisent donc pas pour les mê­mes raisons que celles pour lesquelles on utilise en fin­nois le no­mi­natif pluriel et le monikon par­ti­tii­vi.

Partitiivi (pres­que) « automatique »

Il y a de nom­breux ver­bes fin­nois (de sens imperfectif ou duratif) qui demandent pres­que auto­ma­ti­que­ment le par­ti­tii­vi. En fran­çais, dans le mê­me cas on utiliserait un ar­ti­cle dé­fi­ni (pour des raisons qui sont expliquées ci-dessous) ; parfois, on au­rait le choix entre un ar­ti­cle dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni, alors qu’en fin­nois la désinence (si­ja­pää­te) du nom est « automatiquement » le par­ti­tii­vi :

par­ti­tii­viar­ti­cle dé­fi­ni
Vertailin hintoja. J’ai comparé les/des prix.
Hän osaa kuunnella ihmisiä. Il sait écouter les gens.
Vuorikiipeilijä ihaili maisemaa. L’alpiniste admirait le paysage.
Autoilija piteli rattia yhdellä sormella. L’automobiliste tenait le volant d’un seul doigt.
Kävely kohentaa kuntoa. La marche améliore la for­me.
Rakastan merilomaa. J’adore les vacances au bord de la mer.
Kuluja karsitaan. On réduit les/des dépenses.
Pienenä hän inhosi koulua. Quand il était petit, il détestait l’école.
Etsin lainaamiasi kirjoja. Je cherche les/des livres que tu m’as prêtés.
Tutkijalautakunta tutkii tapaturman syitä. La commission d’enquête étudie les causes de l’accident.
Pitää arvioida onnistumismahdollisuuksia. Il faut évaluer les chances de réussite.
Odotan kesää. J’attends l’été.
Kansanedustaja moitti hallitusta. Le député a critiqué le gouvernement.
Tarkenne edeltää substantiivia. Le dé­ter­mi­nant précède le nom.
Ritari vannoi suojelevansa köyhiä. Le chevalier jurait de protéger les pauvres.
Tasavallan presidentti käyttää toimeenpanovaltaa. Le président de la république exerce le pouvoir exécutif.

Équi­va­lents pos­si­bles en fin­nois de l’ar­ti­cle dé­fi­ni

Il exis­te plu­sieurs indices en fin­nois qui permettent de décider si on emploie un ar­ti­cle dé­fi­ni en fran­çais.

le déterminant se peut exprimer une référence spécifique, comme le/la/les :

Sinunhan piti tuoda tuoleja. No toitko ne tuolit? Tu devais apporter des chaises. alors ? Est-ce qe tu as apporté les chaises  Piti mennä sisälle hakemaan autotallin avaimen, ja sitten kun tulin autotallin, huomasin, että taas ei ollut sitä avainta, kun otin väärän avaimen. J’ai dû rentrer pour chercher la clé du garage et quand je suis retourné au garage, j’ai vu que je n’avais de nouveau pas la clé, parce que j’en avais pris une mauvaise.

Si en finnois un nom singulier ou pluriel de sens gé­né­ri­que (c’est-à-dire dé­si­gnant les éléments d’un groupe, ou un en­sem­ble) ne peut pas être pré­cé­dé de yksi/jokin/jotkut/joitain, il a comme équivalent en français un nom déterminé par un article défini. C’est très souvent le cas s’il est en fonction de sujet du verbe de la phrase (mais aussi dans d’autres positions) :

La ville est un environnement stressant. En Finlande, le mois d’avril [=tous les mois d’a­vril] est très sec. En France, à une époque les magasins étaient fermés le lun­di matin. Työntekijöiden ja työnantajien välinen kokous epäonnistui. La rencontre entre les ou­vri­ers et les patrons a été un échec.

Quand un nom massif est sujet du verbe, en français il ne peut pas être déterminé par un article indéfini massif. Il est alors habituellement précédé d'un article dé­fi­ni :

Kahvi edistää ruoansulatusta. Le café a un effet bénéfique sur la digestion. Sähkö on yhä kalliimpaa. L’électricité devient de plus en plus chère.

les noms finnois en -minen ou les au­tres noms déverbatifs, avec le suffixe -ointi, -lu/ly, -ismi etc. utilisés en fonction de sujet (ou de com­plé­ment d’un verbe à la for­me affirmative) cor­res­pondent pres­que toujours à un nom avec ar­ti­cle dé­fi­ni en fran­çais :

Keskittyminen on tärkeää. La concentration est importante. Pysäköinti aiheuttaa usein haittoja asutukselle. Le stationnement est sou­vent source de nuisances dans les zones résidentielles. Kävely kohentaa kuntoa. La marche est bonne pour la for­me. Turismi tuo sekä vaurautta että ongelmia. Le tourisme est source à la fois de ri­ches­se et de nuisances.

Quand les noms sont employés com­me com­plé­ment du verbe ou com­me com­plé­ment de phra­se, ces équivalences ne sont plus aus­si nettes. On peut ce­pen­dant tou­jours utiliser le test de se ou yksi/joku : si on peut utiliser se ou on ne peut pas utiliser yksi/jokin/jotkut/joitain devant le nom en fin­nois, il y a de fortes chances qu’on utilise un ar­ti­cle dé­fi­ni en fran­çais.

En revanche, le cas (sijamuoto) du com­plé­ment du verbe en fin­nois ne permet que rarement de décider si le nom est pré­cé­dé d’un ar­ti­cle dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni en fran­çais. L’opposition monikon genetiivi-akkusatiivi / monikon par­ti­tii­vi correspond à l’opposition ar­ti­cle dé­fi­ni pluriel / ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel uni­que­ment si les trois conditions sui­vantes sont réunies :

  1. 1) le com­plé­ment est direct (en fin­nois objekti),
  2. 2) le verbe est à la for­me affirmative,
  3. 3) le verbe a un sens perfectif.

Ces conditions représentent environ seu­le­ment 5% des cas pos­si­bles.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 18. L’ar­ti­cle dé­fi­ni. Dernière mise à jour : 2.10.2021