Guide de grammaire fran­çaise
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Les com­plé­ments du verbe

Les com­plé­ments du verbe

Complément de verbe et com­plé­ment de phrase

Place et mobilité des com­plé­ments

La com­plé­mentation verbale, une question de lexique

S’intéresser / être intéressé…

Prendre à quelqu’un,
demander à quelqu’un

Reprocher à quelqu’un et reprocher quelque chose

Raconter et crier

Les com­plé­ments du ver­be

Le ver­be est l’élément central du grou­pe ver­bal. Il peut être  dé­ve­lop­pé (laa­jen­net­tu) ou « com­plé­té » (täydennetty) par un ou plu­sieurs éléments, qu’on appelle des com­plé­ments (täydennys).

Le verbe peut avoir un ou plusieurs compléments (complémentation multiple). Dans la phra­se (a), le ver­be n’a pas de com­plé­ment, dans la phra­se (b), il a un com­plé­ment, en (c) il en a deux, et en (d) il en a trois :

(a) Les enfants se chamaillent. 
(b) Les étudiantes ont posé des questionsC1.
(c) Les enfants ont posé des ques­tionsC1   à leur actrice favoriteC2.
(d) L’éditeur a déjà prévu de traduire le livreC1 du finnoisC2 en françaisC3.

Certains ver­bes peuvent recevoir dif­fé­rents des types de com­plé­ments, qui dé­pen­dent souvent des différents sens possibles du verbe (voir jouer ci-dessous). Il y a aus­si des ver­bes qui ne peuvent pas recevoir de com­plé­ment (éternuer, vaciller…), et d’au­tres qui ne peuvent pas être utilisés sans com­plé­ment (habiter, succéder à…).

Verbes transitifs et intransitifs

On distingue gé­né­ra­le­ment deux types de ver­bes :

a) les ver­bes transitifs (tran­si­tii­vi­nen, voir aus­si VISK §461), qui peuvent avoir un ou plu­sieurs com­plé­ments;

b) les ver­bes in­tran­si­tifs (in­tran­si­tii­vi­nen), qui ne peuvent pas avoir de com­plé­ment. Ex­em­ples de ver­bes intransitifs :

Le chien aboie. Koira haukkuu. La fillette sursauta. Tyttö säpsähti. Le vent souffle. Tuuli pu­hal­taa.

Ces termes sont utiles à connaitre, parce qu’on les trouve sou­vent dans les gram­mai­res, et ils permettent de distinguer les ver­bes qui peuvent avoir un com­plé­ment et ceux qui ne peuvent pas en recevoir.

Le com­plé­ment peut indiquer des rapports sé­man­ti­ques très divers, par ex­em­ple que l’ac­tion a un effet sur (vaikuttaa) le com­plé­ment (le voisin tond le gazon), mais aus­si des rap­ports de localisa­tion ou au­tres :

Le château domine le village. = Au-dessus du village, il y a un château.
De grands ta­bleaux dé­co­raient les murs. = Sur les murs / Aux murs, il y avait de grands ta­bleaux.

Verbes employés absolument

Un ver­be sans com­plé­ment n’est pas forcément un ver­be intransitif ; il peut aus­si y avoir des ver­bes transitifs sans com­plé­ment, parce que :

a. le com­plé­ment est sous-entendu ou implicite :

Le garçon mange. [il mange quel­que chose, sinon il ne mangerait pas] Les enfants jouent. [à quel­que chose] Je vois. Je sais. Répète !  Dis-moi … Écoute ! C’est un prix imbattable, achè­te !

Si le ver­be est un ver­be transitif, mais qu’on n’ex­pri­me pas le com­plé­ment, on dit qu’il est employé absolument (le fin­nois n’a pas d’équi­va­lent pour ce terme, voir visk §460, yksipaikkaisen intransitiivilauseen muotti). On parle aus­si d’« em­ploi absolu » du ver­be.

Un ver­be peut avoir des constructions dif­fé­ren­tes (avec com­plé­ment, sans com­plé­ment, etc.), com­me le ver­be jouer. Il y un ver­be jouer intransitif (a) et un ver­be jouer transitif, qu’on peut par ex­em­ple em­ploy­er absolument (b) :

(a) La vis joue. Ruuvi on löysällä.
(b) Qu’est-ce que tu fais ? – Je joue.

Dans (b), le com­plé­ment non exprimé peut être aux cartes, à la marelle etc.

b. le com­plé­ment n’est pas exprimé, soit pour donner au ver­be une valeur gé­né­ra­le, soit pour jouer sur (vaikuttaa) le sens du ver­be :

Il lit et il n’écoute pas. Qui cherche trouve. Il n’aime pas obéir. Elle n’entend pas bien. Il boit, mais ne joue pas.

Ce n’est donc pas la présence ou l’absence du com­plé­ment du ver­be qui rend le ver­be transitif ou intransitif, c’est la possibilité pour ce ver­be de recevoir un com­plé­ment ou non. Un ver­be est intransitif quand il ne peut pas recevoir de com­plé­ment.

Complément de ver­be et com­plé­ment de phra­se

Résumé des termes utilisés
com­plé­ment de ver­be :
dépend du ver­be et le complète
direct relié au ver­be di­rec­te­ment, sans pré­po­si­tion Elle regarde le film.
pré­po­si­tion­nel relié au ver­be
par une pré­po­si­tion
Je réfléchis à un pro­blè­me.
com­plé­ment de phra­se un élément qui ne dépend pas du ver­be,
mais apporte une in­for­ma­tion concernant la phra­se (temps, cause etc.) 
Dans ce jardin, il y a beau­coup de fleurs.
L’an dernier, nous sommes allées dans les Alpes.
com­plé­ment
pré­po­si­tion­nel 
un com­plé­ment
pré­cé­dé d’une
pré­po­si­tion
com­plé­ment de ver­be Je réfléchis à un pro­blè­me.
com­plé­ment de phra­se Dans ce jardin, il y a beau­coup de fleurs.

Les termes sont expliqués en détail après le résumé.

Le com­plé­ment du ver­be (direct et pré­po­si­tion­nel)

Les com­plé­ments qui sont contenus dans la structure sé­man­ti­que du ver­be et qui dépendent syntaxiquement d’un ver­be sont les com­plé­ments du ver­be. Le com­plé­ment peut être rattaché au ver­be di­rec­tement, sans au­cun intermédiaire ; c’est alors un com­plé­ment de ver­be di­rect (CVD), ex­em­ple (a). Il peut aus­si être relié au ver­be par l’inter­mé­diai­re d’une prépo­si­tion (ex­em­ples b, c, d) ; le com­plé­ment est alors un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) :

(a) Je voudrais un nouvel appartement. com­plé­ment direct
(b) Je me souviens de ce nouvel appartement. com­plé­ment pré­po­si­tion­nel.
(c) Je pense sou­vent à ce nouvel appartement. com­plé­ment pré­po­si­tion­nel.
(d) Je compte sur toi. com­plé­ment pré­po­si­tion­nel

Dans la ter­mi­no­lo­gie grammaticale ha­bi­tu­el­le, on dé­si­gne aus­si le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel com­me un com­plé­ment de ver­be in­di­rect.

La construction du ver­be

Pour indiquer le rapport entre le ver­be et son com­plé­ment, quand le ver­be a un com­plé­ment direct on dit aus­si qu’il se construit (en fin­nois järjestyy) directement  ; quand il a un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, il se construit avec une pré­po­si­tion, par ex­em­ple avec la pré­po­si­tion à/sur/de etc. Par ex­em­ple, le ver­be rêver peut se construire avec la pré­po­si­tion à ou de.

Dans la ter­mi­no­lo­gie ha­bi­tu­el­le, quand le ver­be se construit avec une pré­po­si­tion, on dit aus­si qu’il se construit in­di­rectement, mais il est plus simple et plus clair de dire qu’il se construit avec une pré­po­si­tion. Dans la perspective de l’apprentissage du fran­çais lan­gue étran­gè­re, la dif­fé­ren­ce entre les deux types de com­plé­ment (direct et pré­po­si­tion­nel) est purement for­melle. Pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, il s’agit de savoir :

  1. 1) si le com­plé­ment se rattache au ver­be di­rec­tement ou non, au­tre­ment dit s’il faut met­tre une pré­po­si­tion entre le ver­be et le com­plé­ment, ou non  ;
  2. 2) s’il faut une pré­po­si­tion, il faut savoir quelle est cette pré­po­si­tion. Il s’agit donc d’une ques­tion de lexique et de mémorisa­tion pure, voir ci-des­sous.
Le com­plé­ment de phra­se

Certains com­plé­ments du ver­be sont donc reliés au ver­be par une pré­po­si­tion. Mais, dans une phra­se, il peut aus­si y avoir des grou­pes no­mi­naux (GN) introduits par une pré­po­si­tion qui ne se sont pas des com­plé­ments du ver­be. Ces grou­pes no­mi­naux apportent une in­for­ma­tion concernant l’ensemble de la phra­se, par ex­em­ple sur le moment, la ma­niè­re, la cause etc. de l’action exprimée par le ver­be (en finnois predikaatti) ou sur la ma­niè­re dont le lo­cu­teur présente son énon­cé. Dans une mê­me phra­se, il peut y avoir plu­sieurs com­plé­ments de phra­se :

Sur la table, il y avait un livre.
Avant le voyage, j’ai montré l’itinéraire à mes amis sur Google Maps.
Derrière leur maison, ils ont fait construire un joli petit chalet pour les visiteurs.
En tou­te honnêteté, je dois avouer que je n’ai jamais lu un seul roman de ce grand auteur classique pen­dant mes études.

Inversement, il y a aus­si des com­plé­ments de phra­se qui ne sont pas introduits par une pré­po­si­tion :

Quelques minutes plus tard, on a entendu la sirène d’une ambulance.
Nous, on était rentrés il y a dix jours déjà, donc la semaine dernière, mais nos amis sont rentrés seu­le­ment trois jours plus tard.

Le com­plé­ment de phra­se cor­res­pond au fin­nois adverbiaali. Ce com­plé­ment ex­té­rieur au grou­pe ver­bal peut se placer assez librement dans la phra­se, con­trai­re­ment au com­plé­ment du ver­be, qui (en fran­çais, du moins) a une place sou­vent fixe après le ver­be (voir ci-des­sous).

Complément pré­po­si­tion­nel

Il peut donc y avoir deux types de com­plé­ments introduits par une pré­po­si­tion :

  1. 1) le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel: Je pense à mon ami. Je vais à un concert.
  2. 2) le com­plé­ment de phrase : À Paris, nous aurons le temps d’aller à un concert.

Ces com­plé­ments pré­po­si­tion­nels n’ont pas la mê­me fonc­tion dans la phra­se, mais ils ont sou­vent des ca­rac­té­ris­ti­ques communes, par ex­em­ple la for­me du pronom qui les remplace.

Il est sou­vent difficile pour les fran­co­pho­nes (et en­co­re plus pour les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re) de distinguer entre un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel de ver­be et un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel de phra­se. L’une des ca­rac­té­ris­ti­ques du com­plé­ment de ver­be in­tro­duit par une pré­po­si­tion, c’est que cette pré­po­si­tion est dé­fi­nie de façon fixe par le ver­be : on dit obli­ga­toi­rement penser à qqn et non pas pen­ser *sur qqn. En revanche, le com­plé­ment de phra­se peut être in­tro­duit par des pré­po­si­tions diverses, qui dé­fi­nissent par ex­em­ple un rapport spatial :

Le garçon marchait devant / près de / à côté de / derrière la poussette.

Place et mobilité des com­plé­ments

Place du com­plé­ment de phra­se

Le com­plé­ment de phra­se (CdP) peut en principe se placer li­bre­ment dans la phra­se. Il se place no­tam­ment assez sou­vent en tête de phra­se :

Dans notre maison, il y a deux étages. Avec tout leur équipement, ils sont partis pour la montagne. J’ai fait le trajet de nuit Paris-Vienne en train. Dans le wa­gon-lit, il y avait mê­me une douche, quel luxe !

Mais il peut se placer pra­ti­que­ment n’importe où dans la phra­se :

(a) Au début de la séance, le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours aux étudiants. 
(b) Le professeur, au début de la séance, avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours aux étudiants.
(c) Le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours aux étudiants au début de la séance.

On voit dans l’ex­em­ple (b) qu’on peut mê­me met­tre le com­plé­ment de phra­se entre le su­jet et le ver­be (ce n’est ce­pen­dant pas pos­si­ble quand le su­jet est un pro­nom faible). On pourrait aus­si très facilement placer le com­plé­ment de phra­se entre l’au­xi­liai­re et le par­ti­ci­pe : le professeur avait, au début de la séance, pré­sen­té….

Le fait de changer la place du com­plé­ment de phra­se ne se fait ce­pen­dant pas selon l’humeur du lo­cu­teur : la posi­tion du com­plé­ment de phra­se a une influence sur le sens de la phra­se, en fran­çais com­me en fin­nois. La place du com­plé­ment de phra­se dépend sou­vent de l’informa­tion qu’on veut don­ner. Com­pa­rer :

Nous partons en voyage dans deux semaines. Dans deux semaines, nous par­tons en voyage.

La première phra­se répond à la ques­tion Quand partez-vous en voyage ?, tandis que la deuxième répond à la ques­tion Qu’est-ce que vous faites dans deux semaines ? Si la phra­se compte plu­sieurs com­plé­ments de phra­se, leur place respective (keskinäinen paik­ka) dépend du sens (com­me en finnois), mais n’a sou­vent pas de grande in­flu­en­ce sur le sens géné­ral de la phra­se :

Il y avait très peu de familles avec des enfants sur le bateau avant-hier.
Avant-hier, sur le bateau, il y avait très peu de familles avec des enfants.
Sur le bateau, avant-hier, il y avait très peu de familles avec des enfants.

L’information prin­ci­pa­le (le propos) reste de tou­te façon : il y avait très peu de familles avec des enfants.

Si on traduit la phra­se « Makuuvaunussa oli jopa suihku » (ex­em­ple tiré d’exercices de tra­duc­tion-gram­maire) en disant « Il y avait mê­me une douche dans le wagon-lit », on focalise le com­plé­ment de phra­se dans le wagon-lit, ce qui peut s’interpréter assez comiquement : il y avait des douches dans les voitures nor­ma­les, dans le wagon-restaurant, dans la lo­co­mo­tive, et mê­me dans le wagon-lit. En plaçant le com­plé­ment de phra­se en tête de phra­se Dans le wagon-lit, il y avait mê­me une douche, on rend l’idée de départ : en plus des lavabos et coins-toilettes qu’on trouve en gé­né­ral dans un compartiment de wagon-lit, il y avait mê­me une douche.
 

Mobilité du com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel

Le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) est éga­le­ment assez mobile. Pour reprendre les ex­em­ples du paragraphe pré­cé­dent, on pourrait placer le CVP aux étudiants à dif­fé­rents endroits :

(a) Au début de la séance, le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours aux étudiants.
(b) Aux étudiants, le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours au début de la séance. 
(c) Au début de la séance, le professeur, avait pré­sen­té, aux étudiants, le con­te­nu de son cours.

Le sens de la phra­se change éga­le­ment dans ce cas. Dans la phra­se (a), on dit ce que le professeur avait fait au début de la séance. Dans la phra­se (b), on dit que le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours aux étudiants au début de la séance (alors que, par ex­em­ple, quand il avait réuni ses chercheurs, il avait pré­sen­té le con­te­nu seu­le­ment en fin de séance). Dans la phra­se (c), on insère une précision sur le destinataire : le professeur avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours, es­sen­tiel­le­ment à l’inten­tion des étudiants présents dans la salle (mais le reste du public : personnel, chercheurs etc., n’était pas forcément concerné).

On obtient donc cer­tai­nes variations de point de vue re­la­ti­ve­ment importantes en changeant la place du com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel. Mais, objectivement, le résultat reste le mê­me : il y a une salle, des étudiants, un professeur, et ce professeur présente le con­te­nu de son cours, au début de la séance. Le fait de changer la place du com­plé­ment de phra­se ne change pas tou­jours le sens de la phra­se de façon si­gni­fi­ca­ti­ve, surtout s’il y a plu­sieurs com­plé­ments de phra­se dans la mê­me phra­se.

Cepen­dant, le CVP n’est pas aus­si mobile que le CdP et ne peut pas se placer aus­si librement dans la phra­se. On peut difficilement placer le CVP entre le su­jet et le ver­be si le ver­be a déjà un CVD ( ?Le professeur, aux étudiants, avait pré­sen­té le con­te­nu de son cours…), à l’ex­cep­­tion du cas par­ti­cu­lier de la poésie, où l’ordre des mots est plus libre .

Mobilité du CVD

Le com­plé­ment de ver­be direct est nor­ma­le­ment placé directement après le ver­be  et le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) se place nor­ma­le­ment après le CVD (a), sauf si le CVD est net­te­ment plus long que le CVP (b) ou s’il est dé­ve­lop­pé par une au­tre pro­po­si­tion (c) :

(a) Le professeur a pré­sen­té son cours aux étudiants (et non pas *Le professeur a pré­sen­té aux étudiants son cours). (b) Le professeur avait pré­sen­té aux étudiants son cours sur la théorie des algorithmes génétiques. (c) Le professeur a pré­sen­té aux étudiants son cours auquel il avait travaillé tout l’été.

À l’inverse du CVP, on ne peut pas placer le CVD en tête de phra­se : *Le cours le professeur avait pré­sen­té aux étudiants, sauf en posi­tion détachée (lohkeama) ; dans ce cas, il doit être repris par un pro­nom :

Le cours, le professeur l’avait pré­sen­té aux étudiants.

La com­plé­menta­tion ver­bale, une ques­tion de lexique

Les ap­pre­nants d’une langue étrangère com­me le fran­çais, le fin­nois, l’allemand, l’an­glais, l’ita­lien, le russe etc. ont tou­jours des dif­fi­cul­tés pour choisir le com­plé­ment du ver­be  : est-ce que le ver­be se construit avec une pré­po­si­tion ou non ? Si c’est une langue à déclinaison comme l’allemand ou le russe, quel cas (si­ja­muo­to) demande-t-il ? S’il se construit avec une pré­po­si­tion ou à un cas par­ti­cu­lier, quelle est cette pré­po­si­tion ou quel est ce cas ? Quelle dif­fé­ren­ce de sens y a-t-il quand on uti­li­se telle pré­po­si­tion ou tel cas plutôt que d’au­tres ?

Les ré­pon­ses à ces ques­tions sont dif­fé­ren­tes dans chaque langue et il faut les ap­pren­dre pro­gres­si­ve­ment quand on apprend la langue en ques­tion. Pour l’ap­pre­nant d’une langue étrangère, la construction ver­bale est un pro­blè­me de lexique (sanasto), de vocabulaire  : exac­te­ment com­me il faut apprendre que le fran­çais éven­tu­el­le­ment si­gni­fie en fin­nois mahdollisesti mais l’anglais eventually si­gni­fie lopulta, il faut apprendre que le fin­nois muistuttaa jotakin (avec com­plé­ment direct) cor­res­pond à l’anglais to resemble sth (avec com­plé­ment direct) et au fran­çais ressembler à quel­que chose (avec com­plé­ment pré­po­si­tion­nel).

La construction des ver­bes varie donc d’une langue à l’au­tre, et elle varie mê­me dans le temps. Par exemple, au­trefois on disait obéir quel­qu’un ou pardonner quel­qu’un, aujourd’hui on dit obéir/pardonner à quel­qu’un (cette construction est conservée au passif). On trouve encore chez Montaigne (XVIe siècle) ressembler quelqu’un, construction qui s’est conservée dans le verbe anglais emprunté au français to resemble sb, mais est devenue en français moderne ressembler à quelqu’un.

Divergences entre le fran­çais et le fin­nois

La construc­tion des ver­bes varie d’une langue à l’au­tre. C’est pres­que une évidence, et pourtant beau­coup d’ap­pre­nants de langues étrangères l’oublient trop sou­vent dans la pra­ti­que. C’est ainsi qu’en fran­çais, cer­tains com­plé­ments de ver­be pré­po­si­tion­nels (CVP) cor­res­pondent à des com­plé­ments de ver­be directs (CVD) en fin­nois (voir tableau), et vice-versa. Du point de vue de l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, la dif­fé­ren­ce entre CVD et CVP est purement for­melle. Exemples de ver­bes fran­çais à com­plé­ment pré­po­si­tion­nel :

Com­pa­rai­son com­plé­ment et objekti/adverbiaali
à penser à l’avenir
obéir à la loi
appartenir à un grou­pe
aller à l’école
habiter à la campagne
parler à un ami
jouer à la poupée
ajatella tulevaisuutta
noudattaa lakia
kuulua ryhmään
käydä koulua
asua maalla
puhua ystävälle
leikkiä nukella
de profiter de l’occasion
tenir de son père
sortir de l’eau
changer de pneus
provenir du froid
parler de ses vacances
käyttää tilaisuutta hyväkseen
olla isänsä kaltainen
tulla ulos vedestä
vaihtaa renkaita
johtua pakkasesta
kertoa lomastaan
avec jouer avec le feu leikkiä tulella
après courir après les honneurs tavoitella kunniaa
autour tourner autour d’un arbre
s’enrouler autour du bras
kiertää puun ympäri
kietoutua käsivarren ympäri
chez habiter chez ses parents
loger chez des amis
asua kotona
majoittua ystävien luona
contre protester contre une décision
s’écraser contre un arbre
lutter contre la violence
buter contre un obstacle
protestoida päätöstä
törmätä puuhun
taistella väkivaltaa vastaan
törmätä esteeseen
en partir en vacances
vivre en Finlande
lähteä lomalle
asua Suomessa
par passer par un raccourci mennä oikotietä
pour voter pour un parti
lutter pour une juste cause
partir pour la Suisse
äänestää puoluetta
taistella hyvän asian puolesta
lähteä Sveitsiin
sur compter sur la chance
sauter sur une occasion
tomber sur une connaissance
luottaa onneen
tarttua tilaisuuteen
törmätä tuttavaan
vers aller vers la réussite
se diriger vers de grandes difficultés
kulkea kohti menestystä
ajautua suuriin vaikeuksiin
La construc­tion des ver­bes varie d’une langue à l’au­tre

La ma­niè­re de rattacher le com­plé­ment au ver­be varie d’une langue à l’au­tre : un CVD en fin­nois peut cor­res­pondre en fran­çais à une construc­tion avec la pré­po­si­tion à ; une construc­tion avec illatiivi en fin­nois peut cor­res­pondre en fran­çais à un CVD etc. Il suffit de com­pa­rer les quel­ques exemples de ver­bes sui­vants pour constater que tel ver­be fin­nois avec un com­plé­ment direct peut avoir com­me équi­va­lent un ver­be fran­çais avec un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, et vice-versa :

Com­pa­rai­son de la construc­tion de quel­ques ver­bes fin­nois et fran­çais
fin­noisfran­çaisfin­noisfran­çais
muistuttaa jtakressembler à qqchmuistaa jtakse souvenir de qqch
ajatella jtakpenser à qqchkoskea jtakporter sur qch
kiinnostua jstaks’intéresser à qqchpitää jstaktenir à qqch
tarvita jtakavoir besoin detyytyä jhkse satisfaire de qqch
äänestää jtkavoter pour qqnmennä jtak tietäpasser par quel­que part
epäillä jtakdouter de qqchkuolla jhkmourir de qqch
vastata jtak cor­res­pondre à qchluottaa jhkcompter sur qqch

La construc­tion des ver­bes est en soi un pro­blè­me morphosyntaxique, mais c’est aus­si et surtout une ques­tion de lexique : très sou­vent, la pré­po­si­tion utilisée s’est fixée avec l’usage et le temps et elle semble parfaitement arbitraire à l’ap­pre­nant allophone — c’est vrai pour tou­tes les langues où de telles structures exis­tent.

La seule solution, c’est d’apprendre le ver­be avec sa construc­tion (voir par exemple s’intéresser à qch ci-des­sous). De tou­te façon, de nom­breux ver­bes ne si­gni­fient rien sans « leur » pré­po­si­tion. Ainsi, miellyttää est en fran­çais plaire à, et non pas sim­ple­ment *plaire. Il faudrait donc tou­jours apprendre un ver­be avec « ses » pré­po­si­tions ou au moins une par­tie d’entre elles : jouer, jouer de, jouer sur etc.

Rem. Quand le ver­be est utilisé absolument, on n’ex­pri­me pas la préposition :

Le but est de savoir si l’offre plait (ou pas).
J’ai retrouvé les chiffres et je les ai comparés à nos résultats. Ça cor­res­pon­d !
 

Exemple  : constructions et sens du ver­be jouer

Le ver­be jouer en est un bon exemple de ver­be qui peut avoir des sens très variés, qui dépendent des com­plé­ments.

1) intransitif = sans com­plé­ment
  (olla väljä, lonksua) cette vis joue ;

2) transitif avec com­plé­ment direct (sans pré­po­si­tion)
  (pelata, panna peliin) jouer un as ;
  (panna likoon) jouer tou­te sa fortune ;
  (panna alttiiksi) jouer sa réputation ;
  (näytellä) jouer un rôle, jouer Othello ;
  (teeskennellä) jouer les grands seigneurs ;

3) transitif, avec com­plé­ment pré­po­si­tionnel :

– avec pré­po­si­tion à :
  (leikkiä jotakin) jouer au papa et à la maman   (leikkiä kotia) ;
  (leikkiä jollakin) jouer à la poupée ;
  (pelata) jouer au football ;
  (esittää) jouer au héros ;

– avec pré­po­si­tion avec :
  (leikkiä jollakin) jouer avec le feu, jouer avec sa santé ;

– avec pré­po­si­tion de :
  (soittaa) jouer du piano ;
  (käyttää) jouer des coudes, jouer du couteau,
  jouer de ses relations, jouer de son charme ;
  (saada osakseen) jouer de malchance ;

– avec pré­po­si­tion sur :
  (vaikuttaa, leikitellä) jouer sur le sens.

Il s’agit donc à chaque fois en quel­que sorte d’un ver­be dif­fé­rent : jouer [sans com­plé­ment], jouer qch, jouer sur qch, jouer de qch, etc.

Verbes à surveiller par les fin­no­pho­nes

Parmi les ver­bes dont la construc­tion est à surveiller par­ti­cu­lièrement par les ap­pre­nants fin­no­pho­nes, on peut mentionner :

fran­çais fin­nois com­men­tai­re
plaire à qqn miellyttää jtak avec CVP en fran­çais, mais avec CVD en fin­nois ; en anglais to please est aus­si construit avec CVD, comme en fin­nois
ressembler à qch/qqn  muistuttaa jtak anglais to resemble sth/sb, avec CVD en fin­nois et en anglais, mais avec CVP en fran­çais
succéder à qch/qqn seurata jtak avec CVP en fran­çais, mais avec CVD en fin­nois ; en anglais to succeed a un sens totalement dif­fé­rent
La construc­tion des ver­bes change avec le temps

La construc­tion des ver­bes évolue constamment avec le temps (voir ci-dessus). Le ver­be exploser (räjähtää), utilisé encore au milieu du XXe siècle uni­que­ment in­tran­si­ti­ve­ment, se rencontre aujourd’hui régulièrement avec un CVD :

Le film a explosé les records d’entrée. Ce clip a explosé les vues sur Youtube. Alpha­bet, la maison-mère de Google, a explosé les attentes avec un bénéfice net en hausse de 50%.

Inversement, un ver­be com­me assurer (varmistaa), qui demandait au­trefois un com­plé­ment, s’uti­li­se main­te­nant aus­si intransitivement :

Avec ce nouveau déodorant, j’assure. Tämän uuden deodorantin avulla tunnen oloani varmaksi. Quand tu prends 40 ans dans le buffet, il faut vraiment assurer ! Kun iskee 40 plakkariin, on siinä kestämistä!

Se rappeler

D’après la norme du code écrit strict, le ver­be se rappeler se construit avec un com­plé­ment de ver­be direct : Tu te rappelles cette soirée ? Oui, je me la rappelle très bien. Mais depuis longtemps, dans la langue cou­ran­te la construction de se rappeler s’est alignée sur celle de se souvenir, qui est construit avec de :

Tu te souviens de cette soirée ? Oui, je m’en souviens très bien.
Tu te rappelles de cette soirée ? Oui, je m’en rappelle très bien. (fran­çais parlé)
Tu te rappelles cette soirée ? Oui, je me la rappelle très bien. (code écrit strict)

Cet usage est très fré­quen­t en fran­çais. Beaucoup de lo­cu­teurs francophones ne savent mê­me pas (ou ont oublié) que l’utilisation de je m’en rappelle est contraire aux normes du code écrit strict, et disent par exemple je ne m’en rappelle plus sans y voir quelque chose de fautif (voir se souvenir).

Il y a des hésitations sur d’au­tres ver­bes : pallier (paikata, parantaa) est un ver­be avec CVD (pallier un manque), mais beau­coup l’uti­li­sent de façon erronée avec à, *pallier à qch, sur le mo­dè­le de remédier à qch, qui a le mê­me sens. Voir aus­si le ver­be jouer avec un com­plé­ment dé­si­gnant un instrument de musique. C’est la mê­me chose en fin­nois, où il y a hésita­tion sur alkaa tehdä ou alkaa tekemään etc. La construc­tion des ver­bes est donc en perpétuelle évolution.

S’intéresser / être intéressé…

La construc­tion du ver­be s’intéresser illustre très bien le caractère « arbitraire » ou « im­pré­vi­si­ble » de l’utilisa­tion des pré­po­si­tions du point de vue de l’ap­pre­nant d’une langue étrangère. Elle oc­ca­sion­ne de nom­breu­ses difficultés pour les fin­no­pho­nes, qui sont en­co­re aggravées par l’in­flu­en­ce de l’anglais. De plus, la cons­truc­tion du ver­be s’intéresser est sou­vent confondue avec celle de l’ad­jectif intéressé. Les er­reurs les plus fré­quentes consistent à dire je m’in­té­res­se *de la musique/ je suis in­té­res­sé *de la musique, sous l’influence du fin­nois olla kiinnostunut jostakin, ou bien je suis in­té­ressé *dans la musique (sous l’influence de l’anglais to be interested in sth).

S’intéresser à qch

Cette construc­tion s’uti­li­se pour dire qu’on éprouve un intérêt « actif » ou une cu­rio­si­té pour quel­que cho­se et qu’on y consacre par exemple un cer­tain temps. Elle peut avoir en fin­nois le sens de « kiinnostua jstak, har­ras­taa jtak » et aus­si de « ottaa selvää, tutustua » :

Ma fille s’intéresse beau­coup à la musique. Vous devriez vous intéresser à ce pro­blè­me. Ayant eu l’occasion de visiter le CERN, il com­mença à s’intéresser à la physique nucléaire. Je me suis intéressé à la culture de ce pays. Les chercheurs ne se sont pas beau­coup intéressés à ce pro­blè­me.

En fin­nois, le ver­be s’intéresser à peut sou­vent se rendre par kiinnostaa :

En gé­né­ral, les politiques ne s’intéressent pas à ces con­si­dé­rations. Yleensä tällaiset seikat eivät kiinnosta poliitikkoja.

S’intéresser à a aus­si sou­vent le sens de « keskittyä johonkin » (lire) :

Dans cette étude, nous nous intéresserons es­sen­tiel­le­ment à la ques­tion de l’as­pect ver­bal.

Être intéressé par qch

Cette construc­tion est la for­me pas­si­ve du ver­be intéresser (kiinnostaa). Elle si­gni­fie qu’on éprou­ve un in­té­rêt plus « passif », qui n’implique pas forcément une « activité » concrète :

Je suis très intéressé par les langues anciennes, malheureusement je n’ai jamais eu l’occasion de les étudier. Nous avons été très intéressés par cette conférence. Je suis très intéressée par votre proposi­tion et je vais y réfléchir. Autrefois, il était très intéressé par les maths, mais maintenant il s’intéresse à d’au­tres choses.

Comme en fin­nois, on peut aus­si uti­li­ser la for­me active du ver­be, intéresser + CVD, mais le sens et l’em­ploi dé­pen­dent du sens gé­né­ral et aus­si du temps du ver­be :

Cette conférence m’intéresse. Se luento kiinnostaa minua. Cette conférence m’in­té­res­sait, mais je n’ai pas pu y aller. Se luento kiinnosti minua, mutten päässyt sinne. Cette conférence m’a beau­coup intéressé. Se luento oli minusta hyvin kiinnostava.

Dans cer­tains cas (qui dépendent du su­jet de l’intérêt), la voix active et la voix pas­si­ve sont équi­va­len­tes :

Votre proposi­tion m’intéresse beau­coup/grandement. Ehdotuksenne kiinnostaa minua kovasti. = Je suis très intéressée par votre pro­po­si­tion. Ehdotuksenne kiinnostaa minua kovasti.

Remar­quer aus­si que être intéressé par et s’in­té­resser à sont assez proches l’un de l’au­tre, et que les deux constructions peuvent s’uti­li­ser l’une à la place de l’au­tre :

a) Je m’intéresse beau­coup à la musique baroque.
b) Je suis très intéressé par la musique baroque.

La phra­se (a) mar­que un intérêt « actif », la phra­se (b) un intérêt plus « théorique ». Mais cet intérêt théo­ri­que peut aus­si implicitement si­gni­fier un intérêt actif :

Autrefois, il était très intéressé par l’astronomie. [peut si­gni­fier aus­si qu’il s’y in­té­res­sait activement et qu’il observait le ciel, par exemple.]

Distinguer les for­mes de temps

Comme mentionné ci-dessus, le sens du ver­be dépend aus­si du temps. Il peut y avoir ainsi une dif­fé­ren­ce entre les temps com­po­sés (par exemple le pas­sif) du ver­be s’in­té­res­ser et la construc­tion être + ad­jec­tif intéressé. Com­pa­rer :

Je m’intéresse à la culture fran­çaise.
Olen kiinnostunut ranskalaisesta kulttuurista.

Je suis intéressé par la culture fran­çaise. [présent de être + ad­jec­tif]
Olen kiin­nos­tu­nut ranskalaisesta kulttuurista. / Ranskalainen kulttuuri kiinnostaa minua.

Je me suis intéressé à la culture fran­çaise. [passé com­po­sé de s’intéresser]
Kiinnostuin/Tutustuin ranskalaiseen kulttuuriin.

J’ai été très intéressé par cette conférence. Luento oli minusta hyvin kiinnostava.
Je me suis intéressé à cette conférence. Menin ottamaan selvää siitä luennosta.

Mais dans au­cun de ces cas, on n’em­ploie ni la pré­po­si­tion dans ni la pré­po­si­tion de.

Uni­que­ment un com­plé­ment grou­pe no­mi­nal

Le ver­be s’intéresser à ne peut pas se construire avec un infinitif ni une pro­po­si­tion com­plé­ti­ve in­ter­ro­ga­tive in­di­rec­te :

Je m’intéresse à la ma­niè­re dont ces prévisions sont élaborées. [et non pas: **je m’intéresse à com­ment, agram­ma­ti­cal] Il s’intéresse à l’étude des nanocristaux. [et non pas **il s’intéresse à étudier…, agram­ma­ti­cal]. Nous nous intéresserons es­sen­tiel­le­ment à la ques­tion de savoir si les illustrations sont pédagogiquement per­ti­nen­tes. Keskitymme siihen, onko kuvitus pedagogisesti relevanttia. [*nous nous in­té­res­se­rons si les illustrations sont… serait impos­si­ble et agram­ma­ti­cal.]

Intéresser à/dans

Il exis­te un ver­be intéresser construit avec la pré­po­si­tion à ou dans, qui a un sens très spé­ci­fi­que, « im­pli­quer dans », « faire par­ti­ci­per à », « concerner » :

Il faudrait intéresser les salariés aux bénéfices de l’entreprise. Pitäisi päästää työn­te­ki­jät osallistumaan yhtiön voitonjakoon. Il n’était pas intéressé dans cette affaire. Hänellä ei ollut osuutta/intressiä siinä kaupassa.

La for­me pas­si­ve de cette construction d’intéresser est être intéressé dans qch, et c’est celle que les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re uti­li­sent sou­vent de façon er­ro­née (sous l’influence de l’anglais to be interested in sth) à la place de être intéressé par qch. Com­pa­rer :

Il n’était pas intéressé dans cette affaire.
Hänellä ei ollut osuutta/intressiä siinä kaupassa.

Il n’était pas intéressé par cette affaire.
Se juttu/Se kauppa ei häntä kiinnostanut.

Prendre à quelqu’un, demander à quelqu’un

Ci-dessous figurent quel­ques exemples de ver­bes dont la construc­tion diffère no­ta­blement ou de façon trompeuse de leurs équi­va­lents fin­nois et qui pro­vo­quent constamment des er­reurs ou au moins des incertitudes chez les finnophones. Ils il­lustrent le fait que la construc­tion des ver­bes est avant tout une affaire de lexique, et illustrent peut-être aus­si une vision dif­fé­ren­te du réel.

Prendre à

En fin­nois, on prend quel­que chose « de » quelqu’un, avec un mouvement « d’é­loi­gnement » de la per­son­ne à qui on prend vers soi-mê­me, ex­pri­mé par le cas ablatiivi (-ltA), ce qui est une ma­niè­re logique d’envisager l’acte de « prendre » (com­me en anglais to take from sb.).

En fran­çais, la pré­po­si­tion à s’uti­li­se, en gé­né­ral, avec des ver­bes in­di­quant un mou­ve­ment vers quel­que chose, com­me par exemple le fait de donner à quelqu’un (mouvement inverse de de). Les fin­no­pho­nes ont donc ten­dan­ce à penser (lo­gi­que­ment) que tout mouvement si­gni­fiant un « éloignement » depuis le lo­cu­teur vers quelqu’un d’au­tre se traduit par à et tout mouvement si­gni­fiant un éloignement de quelqu’un vers le lo­cu­teur se traduit par de. Ils sont alors très embarrassés par le fait qu’on puisse dire à la fois donner à (mouvement du su­jet vers le bénéficiaire) et prendre à (mouvement vers le su­jet), com­me on le voit dans les paires ci-dessous :

antaa jollekulle donner à quelqu’un
ottaa joltakulta prendre / enlever à quelqu’un
lainata jollekulleprêter à quelqu’un
lainata joltakulta emprunter à quelqu’un
vuokrata jollekulle louer à quelqu’un
vuokrata joltakulta louer à quelqu’un
ostaa jollekulle acheter à quelqu’un
ostaa joltakulta acheter à quelqu’un

Cela peut être déroutant : J’ai acheté le livre à mon frère peut effectivement si­gni­fier « j’ai acheté le livre pour le donner à mon frère » ou « mon frère m’a vendu le livre ». En gé­né­ral, c’est le con­tex­te qui in­di­que le sens, mais parfois on doit uti­li­ser d’au­tres tournures, par exemple la pré­po­si­tion pour pour supprimer l’ambigüité (acheter pour quelqu’un). Ce qui est sûr, c’est que cette ma­niè­re de penser parait illogique aux fin­no­pho­nes (et aux anglophones aus­si, d’ailleurs).

Autres ver­bes utilisant la pré­po­si­tion à pour in­di­quer des CVP ex­pri­més en fin­nois par l’ablatiivi, et qui pro­vo­quent de constantes er­reurs :

kysyä joltakultademander à quelqu’un
pyytää joltakulta demander à quelqu’un
ttastaa joltakulta voler à quelqu’un
evätä joltakulta refuser à quelqu’un
takattikoida jklta confisquer à quelqu’un
salata joltakulta cacher à quelqu’un
ottaa joltakulta retirer à quelqu’un
puijata joltakulta soutirer à quelqu’un
repiä joltakulta arracher à quelqu’un

Reprocher à quelqu’un et reprocher quel­que chose

La construc­tion du ver­be reprocher est un au­tre exemple des pro­blè­mes que peuvent poser les dif­fé­ren­ces entre le fin­nois et le fran­çais. L’équi­va­lent fin­nois de reprocher, le ver­be moittia, envisage en effet les actants sous un au­tre angle que le fran­çais :

fr. reprocher une négligence à un employé
fi. moittia työntekijää huolimattomuudesta

En fran­çais, le com­plé­ment de ver­be direct est la chose qu’on reproche, tandis qu’en fin­nois le com­plé­ment de ver­be direct est la per­son­ne à qui on fait le reproche ou qu’on critique. Le ver­be moittia se construit donc de la mê­me ma­niè­re que critiquer en fran­çais et son équi­va­lent fin­nois arvostella.

fr. critiquer un employé pour une négligence
fi. moittia työntekijää huolimattomuudesta

On peut reprocher à quelqu’un d’avoir fait quel­que chose (CVD in­tro­duit par la con­jonc­tion de), on dira donc :

Je lui ai reproché de ne pas avoir réagi plus énergiquement
Je le lui ai reproché.

Cette dif­fé­ren­ce entraine de nom­breu­ses con­fu­sions chez les fin­no­pho­nes, qui, au lieu de je le lui ai reproché, diront facilement *je lui en ai reproché ou *je l’en ai reproché (traduc­tion calque de moitin häntä siitä). Il exis­te un moyen de se rappeler com­ment construire reprocher, c’est de faire le parallèle avec pardonner et d’uti­li­ser une traduc­tion « intermédiaire » :

pardonner qch à qqn antaa anteeksi jklee
reprocher qch à qqn ”esittää moitteeksi” jklle

L’im­por­tant est de se souvenir qu’en fran­çais c’est une chose qu’on reproche à une per­son­ne, exac­te­ment com­me on pardonne une chose à une per­son­ne. En utilisant le parallèle avec antaa anteeksi (ou avec arvostella), il est facile de se rappeler qu’on ne peut pas *reprocher quelqu’un com­me en fin­nois.

Raconter et crier

Raconter a un com­plé­ment direct

Le ver­be raconter a plu­sieurs constructions et plu­sieurs sens, qui posent de nom­breux pro­blè­mes aux fin­no­pho­nes.

Une er­reur par­ti­cu­lièrement fré­quente chez les fin­no­pho­nes est de construire le ver­be raconter avec un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel in­tro­duit par la pré­po­si­tion de :

*Ce livre raconte de la France. *Le film racontait de la jeunesse de Mozart.

Cette er­reur est due au fait qu’en fin­nois le ver­be kertoa peut s’uti­li­ser de deux façons :

(a) avec com­plé­ment direct : kertoa tarina raconter une histoire
(b) avec com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (paikallissija) : kertoa aiheesta parler d’un thème, kertoa peheeestään par­ler de sa famille

Le ver­be kertoa jostakin cor­res­pond en fran­çais à parler de qch, et non pas ra­con­ter.

En fran­çais, le ver­be raconter a tou­jours un com­plé­ment direct ; on raconte une his­toire ou tout au­tre « processus » assimilable à une narration :

Je vais maintenant vous raconter une histoire très amusante. Un de ces jours, je te raconterai mon voyage au Ladakh. Il nous a raconté ses mésaventures lors de son séjour à Paris. Vous en avez assez de raconter de belles histoires à vos en­fants ? Un bon podcast, et on n’en parle plus !

On peut trouver des occurrences de raconter de, mais cela peut être par exemple le ver­be raconter suivi d’un grou­pe no­mi­nal avec l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni de com­plé­ment direct d’une phrase né­ga­ti­ve, ou un ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant un ad­jec­tif antéposé :

Raconter de belles histoires aux enfants sages (ou non) est une des activités pré­fé­rées du Père Noël. Guy ne ra­con­tait pas de mensonges. C’était un gars normal. Ne raconte pas d’histoires !

Deuxième com­plé­ment pos­si­ble, in­tro­duit par de

Mais on peut aus­si trouver des cas dans lesquels de (dans raconter de) est bien une pré­po­si­tion. En effet, le ver­be peut avoir un deuxième un com­plé­ment, pré­po­si­tion­nel (in­tro­duit par de), et qui est tou­jours utilisé en liaison avec un com­plé­ment di­rect :

raconter qch de qqn/de qch = raconter qch au su­jet de qqn/qch = kertoa jtak jstak

Alors, qu’est-ce qu’il t’a raconté de moi ? L’auteur raconte de son enfance qu’elle lui a paru le moment le plus sombre de sa vie. Son épouse a éga­le­ment lu le livre et a retrouvé ce que son époux lui racontait de cet épisode de sa vie.

Si en fin­nois kertoa jostakin n’a pas d’au­tre com­plé­ment que jostakin, il se traduit donc en gé­né­ral par parler de :

Ce film parle de la France. Elokuva kertoo Ranskasta. Jean a raconté de drôles d’anec­dotes et il a parlé de cer­tai­nes difficultés rencontrées dans son voyage.

Autres sens de raconter

Le ver­be kertoa jstak peut aus­si avoir d’au­tres sens, olla merkki jstak, kieliä jstak (être le signe de qch, être révélateur de qch) ou bien ilmoittaa jstak (annoncer qch, faire état de qch) :

Viimeinen tapaus kertoo tuomioistuinten kuormittamisesta. La récente affaire est ré­vé­la­tri­ce de la surcharge de travail de la justice. Uudistusten hidas käyttöön ot­ta­mi­nen kerto asenneongelmista. La lenteur de l’adop­tion des réfor­mes est ré­vé­la­tri­ce d’un pro­blè­me de mentalités. Suorassa televisiolähetyksessä uutisreportterit ker­toi­vat lu­kui­sis­ta muista räjähdyksistä rakennuksessa. Dans l’émission télévisée en di­rect, les reporters ont fait état de nom­breu­ses au­tres explosions dans le bâtiment. Vi­ran­omai­set kertoivat kahdesta uudesta lin­tu­in­flu­ens­sa­ta­pauk­ses­ta. Les autorités ont fait état de deux nouveaux cas de grippe aviaire.

Crier

Quand le ver­be a deux com­plé­ments, on les dé­si­gne parfois dans les gram­mai­res fran­çaises (scolaires ou sur Internet) avec les termes de com­plé­ment premier et com­plé­ment second :

Elle a donné des instructions [compl. premier] aux élèves [compl. second].

Comme expliqué ci-dessus, pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, cette distinction est sou­vent purement for­melle et peu uti­le (puis­que dans sa langue la construction du ver­be équivalent peut être tout à fait dif­fé­ren­te), mais elle peut présenter un intérêt dans la mémorisa­tion de cer­tains ver­bes problématiques pour les fin­no­pho­nes, comme le ver­be crier.

En fin­nois, un grou­pe no­mi­nal (GN) com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) avec par exemple le sens de « donner qch à qqn » cor­res­pond sou­vent à un GN au cas allatiivi,  :

Elle a donné des instructions aux élèves. Hän antoi ohjeita oppilaille.

Mais il y a aus­si d’au­tres ver­bes se construisant avec un allatiivi, qui n’ex­pri­ment pas forcément le sens de « donner ». En fin­nois on peut uti­li­ser le ver­be huutaa (crier) avec un com­plé­ment unique au cas allatiivi (huutaa jklle). Dans cet em­ploi, huutaa est une va­rian­te « plus forte » de puhua, « parler » (korottaa ääntään). La version en­co­re plus forte serait karjua (hurler). Mais en fran­çais, le ver­be crier ne peut pas être employé com­me parler, avec seu­le­ment un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel :

Hän puhui lapsille. Elle a parlé aux enfants.
Hän huusi lapsille. *Elle a crié aux enfants.

Le ver­be huutaa jollekulle (korottaa ääntään puhutessaan jklle) cor­res­pond au fran­çais « crier avec quelqu’un » :

Hän huusi lapsille. Elle a crié avec les enfants.
Älä huuda minulle! Ne crie avec avec moi ! [et non : *Ne me crie pas !]
Älä huuda hänelle! Ne crie pas avec lui ! [et non : *Ne lui crie pas !]

Mais on uti­li­se à devant le CVP quand le ver­be crier a deux com­plé­ments (un CVD et un CVP) :

Elle a crié des mots d’adieux à sa fille. Les supporteurs criaient des paroles d’en­cou­ra­ge­ment aux coureurs épuisés. Nous lui avons crié de revenir. [de = con­jonc­tion in­tro­duisant l’infinitif CVD]

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020-2022
Page 6. Les com­plé­ments . Dernière mise à jour : 4.4.2022
Mises à jour après le 15.8.2022