Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Les déterminants
indéfinis

Liste des déterminants

Déterminants simples

Groupes déterminants

Les déterminants composés

Beaucoup de

Autres déterminants composés avec de

Déterminants indéfinis interrogatifs, exclamatifs et relatifs

Déterminants composés divers

Les adverbes en -ment
déterminants de quantité

Tous / tout (page extérieure)

Liste des déterminants

Les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis sont nom­breux et de for­me variée. Ils peu­vent être com­po­sés d’un seul ou plu­sieurs mots (grou­pes dé­ter­mi­nants ou dé­ter­mi­nants com­po­sés).

Les dé­ter­mi­nants for­més avec la pré­po­si­tion de peu­vent être suivis d’un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni, mais les for­mes simples (plu­sieurs, dif­fé­rents etc.) et les déterminants com­po­sés ne peu­vent être sui­vis d’au­cun au­tre dé­ter­mi­nant.

En gé­né­ral, les dé­ter­mi­nants au sin­gu­lier ex­pri­ment une nature in­dé­fi­nie (com­me l’ar­ti­cle un). Les dé­ter­mi­nants simples au pluriel et les for­mes com­po­sées de plu­sieurs élé­ments ex­pri­ment à la fois une nature in­dé­fi­nie et une quan­ti­té in­dé­fi­nie (comptable ou massive).

Certains dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis ont un sens dif­fé­rent au sin­gu­lier et au pluriel : par ex­em­ple quel­ques n’est (sé­man­ti­quement) pas le pluriel de quel­que.

Les déterminants sont pré­sen­tés ici du point de vue de l’étudiant finnophone : quel est le sens exact ou l’équivalent du déterminant en finnois, quelles sont les dif­fé­ren­ces ou limitations d’emploi par rapport à l’équivalent finnois du dé­ter­mi­nant concerné ?

Les déterminants in­dé­fi­nis
Déterminants simples
un, unejokin, joku, eräs, yksi
desjotkut, jotkin, eräät, yhdet, joitakin
au­cun ei mikään
nulei mikääncode écrit
chaque (→ tous les)jokainen
teltietty, se ja secode écrit
diverseri, erilaiset
dif­fé­rentseri, erilaiset
quel­quemuuan, jokincode écrit
quel­quesmuutama(t), hieman
cer­tainsjotkin, jotkut
plu­sieursusea(mpi), moni
maint(s)moni, monet, eräänkincode écrit
forcemelko paljon, melkoisesti, aika lailla
Groupes déterminants
n’importe quel(les)mikä tahansa…
un quelconquejokin, joku…
bien desmonikin
un cer­taineräs, muuan, tietynlainen
tel et tel (→ tel)se ja se
tous lesjoka
Déterminants com­po­sés
nombre demonet, paljon, lukuisatcode écrit
quantité demonet, paljon, lukuisatcode écrit
la plupart deuseammat
peu devähän
un peu dehieman, jonkin verran
un cer­tain nombre dejonkin verran
pas mal deaika paljon, melkoisesti, melko laillafran­çais parlé
beau­coup demoni, monet, monta, paljon
trop de (→ beau­coup de)liikaa, liian paljon
autant de (→ beau­coup de)yhtä paljon, niin paljon
tellement de, tant de (→ beau­coup de)niin paljon

Déterminants simples

Les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis de for­me simple ex­pri­ment gé­né­ra­le­ment une nature in­dé­fi­nie : on ne peut pas ou ne veut pas préciser le ré­fé­rent du nom. Certains de ces dé­ter­mi­nants ont une for­me plurielle, qui ex­pri­me les mê­mes valeurs sé­man­ti­ques que le sin­gu­lier, mais en y ajoutant l’informa­tion du nombre.

Un/une, des

Parmi ses dif­fé­ren­tes valeurs, l’ar­ti­cle un(e) peut mar­quer l’in­dé­fi­nition : la nature sé­man­ti­que du ré­fé­rent du nom est connue, par ex­em­ple j’ai acheté un livre, mais cela ne suffit pas à l’identifier de façon précise (j’ai acheté un livre / un livre sur les volcans / un livre sur les volcans d’Asie vs le livre sur les volcans dont on a parlé hier). En mê­me temps, la for­me un/une in­di­que une quan­ti­té précise. Pour plus d’ex­em­ples, voir l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni.

Aucun(e), nul(le)

Le dé­ter­mi­nant au­cun ne s’utilise que dans les phra­ses né­ga­ti­ves. Il s’ac­cor­de seu­le­ment en gen­re, il a une for­me fé­mi­nine (au­cu­ne), mais pas de pluriel :

À cause de la grève, au­cun autobus n’a circulé. Il n’y a au­cu­ne raison pour ne pas y aller.  Vous n’avez au­cu­ne chance de réussir. sans au­cun doute iman epäi­lys­tä­kään [ne pas confondre avec sans doute]

Rem. Il exis­te ce­pen­dant un pro­nom in­dé­fi­ni de for­me pluriel­le, d’au­cuns, utilisé dans le style soutenu.

Le mot nul peut s’utiliser com­me dé­ter­mi­nant ; dans ce cas, nul est synonyme d’au­cun et ne s’utilise que dans une phra­se né­ga­ti­ve, surtout dans le code écrit. Nul s’ac­cor­de en gen­re (il s’utilise tou­jours au sin­gu­lier) :

Nulle au­tre per­son­ne n’aurait pu faire cela. Sans nul doute. Siitä ei ole epäilystäkään. Il n’y a nul besoin de s’inscrire à l’avance. Ei ole mitään tarvetta ilmoittautua etukäteen. Vous n’aviez nulle raison de ne pas par­ti­ci­per à ce concours.

Remar­que : nul peut aus­si être un ad­jec­tif, qui s’ac­cor­de en gen­re et en nombre :

une valeur nulle nolla-arvo un film complètement nul aivan mitätön elokuva

Nul peut aus­si être un pro­nom in­dé­fi­ni ; dans ce cas, il est sans gen­re et in­va­ria­ble.

Tel, tel et tel

Le mot tel peut être ad­jec­tif ou dé­ter­mi­nant. Com­me ad­jec­tif, il peut faire par­tie du groupe nominal, an­té­po­sé ou post­po­sé au nom, ou être at­tri­but du su­jet. Com­me dé­ter­mi­nant, il est en tête du grou­pe no­mi­nal. Dans les deux cas, le sens de tel est parfois dif­fi­ci­le à saisir pour les fin­no­pho­nes à cause des simi­larités et aus­si des dif­fé­ren­ces de ce mot avec le fin­nois sellainen.

Tel déterminant

Tel peut dans cer­tains cas être un dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni. Dans ce cas, il n’a pas d’équi­va­lent exact en fin­nois. Cette valeur peut se rendre en finnois par la ré­pé­ti­tion d’un dé­ter­mi­nant ou d’ad­ver­be sur la base se- (se ja se, voir VISK), ou, parfois, tietty :

Tel élève préfère les maths, tel au­tre la chimie. Jotkut oppilaat pitävät mate­ma­tii­kas­ta, toiset kemiasta. Il a dit qu’il viendrait à telle heure. Hän sanoi saapuvansa silloin ja silloin. Nous nous trouvions à telle hauteur. Olimme sillä ja sillä korkeudella. Vous pouvez régler le système de telle sorte que l’alimentation électrique est coupée à telle heure chaque jour de la semaine. Voit määrittää asetuksen niin, että virta katkaistaan automaattisesti tiettyyn aikaan jokaisena viikonpäivänä.

On peut sou­vent répéter tel pour for­mer le dé­ter­mi­nant com­po­sé tel et tel, qui a le mê­me sens et qui est plus fré­quent que la for­me simple :

Nous étions à telle et telle hauteur. Olimme sillä ja sillä korkeudella dans tel et tel cas tietyissä tapauksissa Une cer­tai­ne situa­tion de départ mène avec telle et telle probabilité à l’univers actuel. Tietty alkutilanne johtaa sillä ja sillä todennäköisyydellä nykyuniversumiin. Il se contente de répéter que selon telle et telle per­son­ne il en est ainsi. Hän sanoo vain aina, että sen ja sen henkilön mukaan asia on näin.

Tel ad­jec­tif

Quand il est ad­jec­tif, tel signifie « de ce gen­re », en fin­nois sellainen, surtout dans le code écrit :

J’ai retrouvé la maison de mon enfance telle qu’elle était. dans de telles circonstances sellaisissa olosuhteissa, näin ollen de telle ma­niè­re täten, näin ollen dans un tel cas sellaisessa tapauksessa

Dans la langue cou­rante, l’ad­jec­tif tel a en gé­né­ral une valeur emphatique (« si grand », « si grave » etc.) :

As-tu déjà entendu un tel mensonge ? Oletko koskaan kuullut moista valhetta ? Je n’ai jamais vu une telle effronterie. En ole koskaan nähnyt noin röyhkeää ihmistä. Les dégâts étaient tels qu’il a fallu refaire tou­te la cave. Vahingot olivat niin vakavia, että kellari oli remontoitava täysin.

Pour cette raison, si on veut éviter la valeur emphatique, il vaut mieux utiliser de ce gen­re ou pareil (post­po­sés). Com­pa­rer :

Je n’ai jamais vu une voiture de ce gen­re/une voiture pareille. En ole koskaan nähnyt tällaista autoa. vs. Je n’ai jamais vu une telle voiture. En ole koskaan nähnyt noin mahtavaa autoa.

Avec cer­tains noms ou dans cer­tains con­tex­tes, tel n’a pas de valeur emphatique :

dans un tel cas dans de telles circonstances Nouvelles aires protégées : de telles annonces doivent se multiplier ! Avec de telles directives, com­ment réconcilier les citoyens avec l’Europe ? Nous resterons attentifs à de telles situations.

Com­me ça va­rian­te le fran­çais parlé de tel ad­jec­tif

Dans le fran­çais parlé, à la place de tel, on utilise en gé­né­ral com­me ça, de valeur plus neu­tre (pas for­cé­ment emphatique) :

Je n’ai jamais vu une voiture com­me ça. On ne trouve pas des lacs com­me ça en France. Il préfèrerait une cravate com­me ça. Tiens, où est-ce que tu as trouvé ce bracelet ? J’en ai jamais vu un com­me ça. Qu’est-ce que tu veux com­me pommes ? Des com­me ça, ou des com­me ça ?

Mais com­me ça est trop fa­mi­li­er pour pouvoir être utilisé par ex­em­ple dans une lettre officielle.

Sellainen… joka

La structure sellainen… joka cor­res­pond en fran­çais à un … qui. Quand sellainen a cette valeur ca­ta­pho­ri­que, il est impos­si­ble de le traduire par tel :

Etsin sellaista kirjaa, joka sopisi hyvin aloittelijoille.  Je cherche un livre qui convienne bien aux débutants.

Ne pas dire je cherche un *tel livre qui convienne, qui est agram­ma­ti­cal. 

Divers, dif­fé­rents

Ces deux dé­ter­mi­nants sont des ad­jec­tifs équivalant au fin­nois eri, erilainen, mais ils peu­vent aus­si être utilisés comme dé­ter­mi­nants, qui s’ac­cor­dent en gen­re et en nombre :

Lors de sa visite, le président a rencontré dif­fé­ren­tes personnalités politiques.  Divers pro­blè­mes se posent à nous.  Mon oncle m’a offert dif­fé­rents jeux vidéo.

Divers / dif­fé­rents : limitations et er­reurs fré­quen­tes

Com­me divers et diffé­rents sont des dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis, ils ne peu­vent pas être pré­cé­dés d’un au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fini. C’est pourquoi on ne peut pas les em­ploy­er après de (for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni plu­riel devant un ad­jec­tif an­té­po­sé), ni après plu­sieurs, cer­tains, quelques etc. :

Antoine a acheté dif­fé­rents/ divers vins. [et non : *de dif­fé­rents ou *de divers] Le reporter a interviewé dif­fé­rents spécialistes. [et non : *de dif­fé­rents ou *de divers]

Éviter l’er­reur fré­quente qui consiste à dire j’ai vu *de dif­fé­rents films, ou il a parlé avec *de diffé­ren­tes per­son­nes ou nous sommes allés dans *plu­sieurs dif­fé­rents pays etc. Ainsi cet ex­em­ple authenti­que :

Le caractère d’un manuel scolaire est pédagogique, mais en réalité sa naissance est le résultat de *plu­sieurs dif­fé­rents facteurs. [for­me correcte : est le résultat de plu­sieurs facteurs dif­fé­rents.]

De mê­me, on ne peut pas utiliser de dé­ter­mi­nant numéral (in­dé­fi­ni par nature) devant dif­fé­rent : *trois dif­fé­rents films, il faut dire trois films dif­fé­rents. Ou, dans la ré­dac­­tion scientifique :

Nous avons trouvé des mentions de cette règle dans quatre manuels dif­fé­rents. [et non : *quatre dif­fé­rents manuels].

En revanche, devant divers et dif­fé­rents, on peut utiliser des dé­ter­mi­nants dé­fi­nis (dif­fé­rents et di­vers redeviennent alors de simples ad­jec­tifs) :

dans ces dif­fé­rents cas näissä erilaisissa tapauksissa les dif­fé­ren­tes per­son­nes que j’ai vues ne eri ihmiset, joita tapasin ses diverses connaissances hänen eri tuttavansa

Quand il est post­po­sé, dif­fé­rent prend sa pleine valeur d’ad­jec­tif, qui signifie « pas le mê­me que » :

Il a lu dif­fé­rents livres sur l’environnement. Hän luki eri kirjoja ympäristöstä. Moi j’ai lu des livres dif­fé­rents. Minä en lukenut samoja kirjoja.

Quel­ques, quel­que, quel­que chose

Quel­ques n’est pas le pluriel de quel­que

Morphologiquement, quel­ques est la for­me du pluriel de quel­que. Mais le sens et l’utilisa­tion de la for­me plurielle sont très dif­fé­rents. mal­gré les apparences et mal­gré ce qui exis­te en fin­nois (joku/ jotkut/ jokin), en fran­çais moderne quel­ques n’est pas le pluriel de quel­que, et quel­que n’est pas le sin­gu­lier de quel­ques. Le tableau sui­vant résume les équivalences entre le fran­çais et le fin­nois :

joku/jokin/jotkut/joitakin en fran­çais
pro­nommas­cu­linfé­mi­nin
joku sanoiquel­qu’un a dit [pro­nom sans genre, pas de fé­mi­nin ! ]
jotkut sanovatcer­tains disent
il y en a qui disent
cer­tai­nes disent
il y en a qui disent
jokin putosi
jotain on tapahtunut
söin jotain
quel­que chose est tombé [pro­nom sans genre, pas de fé­mi­nin !]
quel­que chose est arrivé
j’ai mangé quel­que chose
dé­ter­mi­nantmas­cu­linfé­mi­nin
joku mies / nainenun hommeune femme
jokin ongelma / syyun pro­blè­meune cause
jotkut miehet / naisetdes hommesdes femmes
jotkut kirjat / kupitdes livresdes tasses
joitain kirjoja / kuppejades livresdes tasses
Limitations sé­man­ti­ques

À cause de la ressemblance phonétique, cer­tains mots com­mençant par quel­que ne peu­vent pas s’utiliser pour ex­pri­mer une faible quan­ti­té :

a) la suite phonique /kɛlkɶʃoz/ s’interprète automatiquement com­me le pro­nom in­dé­fi­ni quel­que cho­se, et jamais com­me « quel­ques choses ». Même à l’écrit, quel­ques choses ne s’utilise guère. Si on veut ex­pri­mer l’idée du fin­nois muutama asia (quel­ques + choses), il faut dire :

muutama asia
cer­tai­nes choses, un cer­tain nombre de choses, deux ou trois choses (ou éven­tu­el­le­ment plu­sieurs choses) [mais pas *quel­ques choses]
Hän kertoi meille muutaman asian.
Il nous a révélé cer­tai­nes choses / un cer­tain nombre de choses / deux ou trois choses. [mais pas : Il nous a révélé *quel­ques choses.]

b) quel­quefois signifie « de temps en temps », « à cer­tai­nes occasions » (joskus, silloin tällöin). Si on veut rendre l’idée du fin­nois muutaman kerran, il faut dire :

muutaman kerran un cer­tain nombre de fois
(ou éven­tu­el­le­ment plu­sieurs fois, ou en quel­ques occasions). [et non pas : *quel­ques fois]

On peut utiliser la combinaison cer­tai­nes fois, mais ce grou­pe in­di­que une indé­ter­mi­na­tion de la date des évè­nements (joillakin kerroilla, silloin tällöin), plutôt qu’une quan­ti­té (muu­ta­man ker­ran).

Quel­ques

Morphologiquement, quel­ques est la for­me du pluriel de quel­que. Mais le sens et l’utilisa­tion de la for­me plurielle sont très dif­fé­rents, si bien qu’on peut dire qu’il s’agit de deux mots dif­fé­rents. De plus, devant cer­tains mots, quel­ques ne peut pas s’employer com­me dé­ter­mi­nant de quan­ti­té.

a) quel­ques (au pluriel) in­di­que une faible quan­ti­té :

Dans la salle, il n’y avait que quel­ques spectateurs.  J’ai vu quel­ques skieurs et deux motoneiges. Näin muutaman hiihtäjän ja kaksi moottorikelkkaa. dans quel­ques instants muutaman hetken kuluttua

b) quel­ques est plus précis que joitakin (vain joitain). Il ne faut donc pas traduire joi­ta­kin par quel­ques, mais par des :

J’ai acheté des livres. Ostin (joitakin) kirjoja. [quan­ti­té in­dé­fi­nie]
J’ai acheté quel­ques livres. Ostin muutaman kirjan. [petite quan­ti­té]
Je n’ai acheté que des livres. Ostin vain kirjoja. [enkä mitään muutas]
Je n’ai acheté que quel­ques livres. Ostin vain muutaman kirjan. [enkä paljon]

Quel­ques peut se combiner avec des dé­ter­mi­nants dé­fi­nis :

Je vous ai apporté ces quel­ques fleurs.  Les quel­ques per­son­nes que j’ai vues avaient tou­tes l’air pressées.

Règle à retenir  : mal­gré les apparences et mal­gré les formes qui exis­tent en fin­nois (joku, jotkut, jokin, jotkin), en fran­çais moderne quel­ques n’est pas le pluriel de quel­que, et, in­ver­se­ment, quel­que n’est pas le sin­gu­lier de quel­ques. De plus, on ne peut pas uti­li­ser quel­ques au pluriel devant les noms choses et fois (voir ci-des­sus).

Certains

Quand il est ad­jec­tif, cer­tain signifie « sûr, incontestable » (varma, taattu, kiistämätön) :

Le résultat n’est pas en­co­re cer­tain. Elles ne sont pas cer­tai­nes de partir.

L’ad­jec­tif cer­tain peut être employé com­me dé­ter­mi­nant au pluriel. Certain(e)s peut alors se traduire en fin­nois eräät ou tietyt/tietynlaiset. Mais sou­vent il ex­pri­me aus­si sim­ple­ment une quan­ti­té in­dé­fi­nie et correspond à jotkin/jotkut/joitakin : 

Il me faut cer­tains renseignements. Tarvitsen eräitä/joitain tietoja. J’ai décelé cer­tai­nes er­reurs. Löysin eräitä / tiettyjä / joitain virheitä. Les pro­cé­dés présentent cer­tai­nes similitudes. Me­ne­tel­mis­sä on tietynlaisia saman­kal­tai­suuk­sia. Certains jours, on n’a pas envie de tra­vail­ler. Joskus työnteko ei maistu.

Plusieurs

Plusieurs ex­pri­me aus­si une assez faible quan­ti­té. En fin­nois, il a plu­sieurs équi­va­lents, dont le meilleur se­rait monikin (ex­pri­mé en gé­né­ral par usea(mpi) ou moni). Plusieurs est tou­jours in­va­ria­ble :

La voiture restera plu­sieurs jours chez le garagiste.  Le mot plu­sieurs a plu­sieurs équi­va­lents en fin­nois. Sanalla plu­sieurs on suomessa useampi vastine / monta vas­ti­net­ta.

Anciennement, plu­sieurs s’ac­cor­dait en gen­re (plusieures heures), mais dans le fran­çais moderne, la for­me *plusieures que les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re créent parfois est agram­ma­ti­cale. Dans le fran­çais du Québec, plu­sieurs est aus­si fré­quem­ment employé dans le sens de « beau­coup de », « de nom­breux » : Plu­sieurs con­som­ma­teurs ont protesté contre cette tarification. = de nom­breux consommateurs.

Maint(s), force

Le dé­ter­mi­nant maint s’utilise es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit et il cor­res­pond au fin­nois moni ou monikin. Dans la langue cou­rante, son équi­va­lent est bien des. On l’u­ti­lise ce­pen-dant aus­si dans la langue cou­rante dans des ex­pres­sions figées, par ex­em­ple en maint endroit.

Particularité : on peut l’utiliser au pluriel ou au sin­gu­lier, le sens est le mê­me. L’ex­pres­sion maintes fois est ce­pen­dant utilisée pra­ti­que­ment tou­jours au plu­riel (cette ex­pres­sion lexicalisée est aus­si re­la­ti­ve­ment fré­quen­te dans le fran­çais parlé) :

En maint endroit / en maints endroits Monessa paikassa Pendant le voyage, nous devrons affronter maint(s) danger(s). Matkan aikana joudumme kohtaamaan monia vaaroja. Je le lui ai pourtant dit maintes fois. Olen sanonut sen hänelle eräänkin kerran. L’enquête a soulevé mainte(s) question(s) restée(s) sans ré­pon­se(s). Tut­kin­nas­sa nousi esille monta vaille vas­taus­ta jäänyttä kysymystä.

Le mot force est un dé­ter­mi­nant de quan­ti­té moins fré­quen­t, mais qu’on rencontre re­la­ti­ve­ment sou­vent. On le qualifie sou­vent de « littéraire », mais en réalité il s’em­ploie aus­si dans la langue cou­rante. Il a plus ou moins le mê­me sens que maint, mais sou­vent avec une nuance descriptive un peu ironique ou comique. Il cor­res­pond au fin­nois aika lailla (on pourrait le paraphraser par la for­me ”aikamoisesti”). Il dé­ter­mi­ne nor­ma­le­ment un pluriel (comp­ta­ble) :

Pour avoir bu force verres de vin blanc avant le concert, le musicien com­mençait à avoir du mal à tenir le rythme. Autant il y a des films où il faut pincer les spec­ta­teurs pour qu’ils s’ex­pri­ment, autant celui-ci suscita force questions, com­mentaires et témoignages dans l’assistance.  Dans les bistrots à côté, on voyait des clients vidant des canettes de bière et ingurgitant force brochettes de mouton.  Surtout, la baronne de la Tronche-en-biais, personnage burlesque qu’il [Pierre Desproges] incarne travesti en femme et avec force mimiques, faisait se tordre de rire les té­lé­spec­ta­teurs.

Quel­que

Ce dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni sin­gu­lier n’est pas à confondre avec la for­me plurielle quel­ques et c’est en fait un mot dif­fé­rent de quel­ques. On l’utilise surtout dans le code écrit strict ou, dans la langue cou­ran­te, dans cer­tai­nes ex­pres­sions figées.

Code écrit

Dans le code écrit strict (style soutenu ou littéraire), on utilise parfois quel­que com­me équi­va­lent de un. Il cor­res­pond donc au fin­nois jokin, dont l’équi­va­lent est un. Dans les phra­ses sui­vantes, on pourrait le remplacer par un sans que le sens de la phra­se change :

J’ai entendu du bruit dans le jardin. Ce sera quel­que chat. Cherchons quel­que endroit pour nous reposer.

Dans le code écrit cou­rant, on utilise aus­si quel­que com­me dé­ter­mi­nant de quan­ti­té équi­va­lent de un(e) cer­tain(e), le plus sou­vent devant des noms qui ex­pri­ment une dif­fi­cul­té ou un sentiment né­ga­ti­f. Il cor­res­pond alors au fin­nois jokin verran, jonkinlainen :

Il a eu quel­que peine à com­pren­dre. La vanité fondamentale de l’homme m’inspire à ce propos quel­que scepticisme. Nous avions quel­que peine à croire que ce soit pos­si­ble. Malgré la tempête, le bateau réussit à entrer dans le port, non sans quel­que dif­fi­cul­té.

Langue cou­ran­te

Le sens originel d’in­dé­fi­ni de quel­que au sin­gu­lier cor­res­pon­dant au fin­nois jokin se retrouve dans des ex­pres­sions qui sont devenues figées et gram­ma­ti­calisées (les usagers n’ont plus conscience du sens de quel­que) :

quel­que chose jokin/jotakin quel­que part jossakin quel­quefois joskus en quel­que sorte tavallaan Il restera quel­que temps chez nous. Hän jää meille joksikin aikaa. à quel­que distance jonkin matkan päässä

Le mot quel­que a aus­si gardé ce sens quand il est utilisé com­me dé­ter­mi­nant à valeur con­ces­si­ve.

Ne pas abuser de quel­que

Le dé­ter­mi­nant sin­gu­lier quel­que s’utilise donc dans des cas re­la­ti­ve­ment limités. Il vaut mieux ne pas l’utiliser trop sou­vent (sauf dans les ex­pres­sions quel­que chose, quel­que temps etc.). Bien que le sens cor­res­ponde exac­te­ment à celui du dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni fin­nois jokin, on l’utilise, dans ce sens-là, surtout dans le code écrit strict. Dans la langue cou­rante, l’équi­va­lent de jokin est un (voir tableau). Sous l’influence du fin­nois, beau­coup de fin­no­pho­nes, qui croient bien faire, mettent la for­me quel­que (au sin­gu­lier) partout, ce qui semble très étrange à un lo­cu­teur fran­co­pho­ne dans la langue cou­rante.

Quel­que ad­ver­be

Quel­que est aus­si un ad­ver­be, qui a deux em­plois principaux :

a) devant une ex­pres­sion de quan­ti­té (nombre) il a le sens d’« environ » :

Ce guide très complet présente quel­que six mille sites touristiques.  Le zoo abrite quel­que deux cent cinquante animaux d’une cinquantaine d’espèces dif­fé­ren­tes.

b)  utilisé devant un ad­jec­tif, il ex­pri­me la concession.

Groupes dé­ter­mi­nants

N’importe quel(les)

L’élé­ment n’importe cor­res­pond au fin­nois …tahansa, …hyvänsä. N’importe est in­va­ria­ble, l’élé­ment quel s’ac­cor­de en gen­re et en nombre.

Les for­mes du dé­ter­mi­nant n’importe quel
sin­gu­lierpluriel
mas­cu­linn’importe queln’importe quels
fé­mi­ninn’importe quellen’importe quelles

Pour venir, tu peux prendre n’importe quelle ligne de bus.  Avec cette neige, on ne peut pas utiliser n’importe quel fart.Tällaisella kelillä ei voi käyttää mitä tahansa suksivoidetta. Pour une bonne tarte aux pommes, on ne peut pas prendre n’importe quelles pommes.  à n’importe quelle heure

Erreur fré­quen­te à éviter : ne pas confondre le dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni n’importe quel avec le pro­nom in­dé­fi­ni n’importe lequel et ne pas dire *n’importe lequel livre, *tu peux venir à n’importe laquelle heure etc., qui sont des for­mes tout à fait agram­ma­ti­cales.

Un(e) cer­tain(e)

Dans la langue cou­rante (code écrit et fran­çais parlé), on utilise ha­bi­tu­el­le­ment le déterminant singulier cer­tain pré­cé­dé de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, qui for­me alors grou­pe dé­ter­mi­nant un(e) cer­tain(e). Il signifie eräs, tietty. Le grou­pe s’ac­cor­de en gen­re (mais il ne s’utilise jamais au pluriel dans la langue moderne) :

J’ai rencontré une cer­tai­ne per­son­ne que tu connais aus­si. Cette informa­tion concerne un cer­tain grou­pe de per­son­nes, qui seront avisées en temps voulu. d’une cer­tai­ne ma­niè­re jollakin tavalla

Devant un nom abstrait sin­gu­lier, un cer­tain ex­pri­me une faible quan­ti­té, en fin­nois jon­kin­lai­nen, tietynlainen, jonkin verran :

Elle montrait une cer­tai­ne irritation. un homme d’un cer­tain âge vanhahko mies Ce village a un cer­tain charme. Siinä kylässä on tiettyä viehätystä. Il lui faudra un cer­tain temps. Hän tarvitsee jonkin verran aikaa.

L’ad­jec­tif cer­tain(e) peut être employé com­me dé­ter­mi­nant seul dans le style soutenu avec le sens de « eräs », « muuan », mais on dit rarement ainsi dans la langue cou­rante : J’ai rencontré cer­tai­ne per­son­ne qui m’a dit que Mathieu et Alice allaient divorcer.Tapasin erään henkilön, joka kertoi, että Mathieu ja Alice ovat eroamassa.

Chaque ou tous les

Le dé­ter­mi­nant chaque équivaut au fin­nois joka(inen) + nom. le plus sou­vent, chaque peut être remplacé par tous les :

Chaque jour, Marc se lève à 6 heures.  Chaque passager reçoit une carte d’em­bar­que­ment. Jokainen matkustaja saa maihinnousukortin. Tous les jours, Marc se lève à 6 heures. Tous les passagers reçoivent une carte d’embarque­ment.

Il exis­te ce­pen­dant des ex­pres­sions figées com­me à chaque instant, chaque fois, en chaque occa­sion, où on utilise ha­bi­tu­el­le­ment la for­me chaque. Certaines de ces ex­pres­sions ont une va­rian­te avec tout, soit au pluriel soit au sin­gu­lier, d’au­tres non :

à chaque instant / à tout instant (plutôt style soutenu)  chaque fois joka kerta / tou­tes les fois kaikilla kerroilla, aina à chaque occasion / en tou­te occasion

Com­me il exis­te en fin­nois deux mots dif­fé­rents qui peu­vent se traduire par chaque, joka et kaikki, les fin­no­pho­nes sont ten­tés d’établir la cor­res­pon­dance sui­vante : joka = chaque / kaikki = tous les.

Cette correspondance est ce­pen­dant trompeuse. tout d’abord, le grou­pe dé­ter­mi­nant tous les est net­te­ment plus fré­quen­t que chaque et peut tou­jours s’utiliser à la place de chaque. L’inverse n’est pas tou­jours vrai : on ne peut pas tou­jours utiliser chaque à la place de tous les. Il y a en effet une (légère) nuance : chaque ren­voie nor­ma­le­ment aux élé­ments d’une série (explicite ou implicite) :

Tous les étés, je vais en France, et chaque année on a un temps misérable !  Käyn Ranskassa joka kesä, ja joka ikinen vuosi on kurja sää. Quand nous étions à Paris, nous allions au restaurant chaque jour.  Kun olimme Pariisissa, kävimme ravintolassa joka päivä. [chaque jour  de notre séjour]. Il se levait chaque jour à 6 heures.  Hän nousi joka päivä kuudelta. [chaque jour de sa vie].

La cor­res­pon­dance à établir par les fin­no­pho­nes est la sui­vante :

joka = tous les (et éven­tu­el­le­ment chaque)
kaikki = tous les

Dans le doute, il vaut donc mieux tou­jours utiliser tous les, et les fin­no­pho­nes ont de tou­te façon in­té­rêt à s’habituer à utiliser tous les net­te­ment plus fré­quem­ment que chaque.

Un(e) quelconque

De nom­breuses gram­mai­res incluent quelconque (en fin­nois jokin, jonkinlainen) parmi les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis. En fran­çais moderne, quelconque n’est plus utilisé qu’en fonc­tion d’ad­jec­tif (il est impos­si­ble de dire par ex­em­ple *je cite quelconque ex­em­ple). On retrouve dans le code écrit son ancien caractère de dé­ter­mi­nant, dans une ex­pres­sion com­me dans un quelconque cas de figure jossakin muodossa, mais dans ce cas aus­si, il est pré­cé­dé d’un ar­ti­cle avec lequel il for­me un grou­pe dé­ter­mi­nant et ne peut pas être utilisé seul.

Le plus fré­quem­ment, quelconque s’utilise com­me ad­jec­tif post­po­sé ou at­tri­but du su­jet, et signifie « banal, sans grand intérêt » :

un livre quelconque ei kovin erikoinen kirja Le film était quelconque. Elokuva ei ollut kummoinenkaan.

Les déterminants com­po­sés

Les dé­ter­minants com­po­sés les plus fré­quents sont les dé­ter­minants in­dé­fi­nis for­més d’un ad­ver­be (beau­coup, peu, tellement) ou d’un nom ou grou­pe no­mi­nal auquel on ajoute le mot de :

ad­ver­be + de : beau­coup de, tant de, trop de, peu de, énormément de, plus de, moins de, guère de, infiniment plus de, pas mal de…
nom / grou­pe no­mi­nal + de : quan­ti­té de, nombre de, un cer­tain nombre de, une espèce de, une sorte de, tou­te sorte de, un tas de, un kilo de, une foule de, un paquet de, une dose de…

Combinaison avec des déterminants dé­fi­nis

Les déterminants com­po­sés in­dé­fi­nis peuvent se combiner avec un déterminant dé­fi­ni :

mes amis : beau­coup de + mes amis → beau­coup de mes amis monet ystävistäni ces ex­em­ples : nombre de + ces ex­em­ples → nombre de ces ex­em­ples monet niistä esimerkeistä la fin : beau­coup de + la fin → Je n’ai pas vu beau­coup de la fin du film. En nähnyt paljoakaan elokuvan lopusta.

Quand un dé­ter­minant in­dé­fi­ni com­po­sé avec de se combine avec l’ar­ti­cle dé­fi­ni, il peut se contracter avec l’ar­ti­cle :

les amis : beau­coup de + les amis → Beau­coup des amis que j’ai vus étaient bronzés. Monet tapaamani ystävät olivat ruskettuneita. [de + les donne la for­me contracte des]. Beaucoup du temps qu’on perd à faire la queue dans une banque pourrait être évité avec une meilleure ges­tion de l’espace. L’opinion ne perçoit pas l’utilité de beau­coup des réfor­mes entreprises, qui sont couteuses et engendrent la pagaille.

Il est donc tout à fait pos­si­ble de dire beau­coup du, beau­coup des mal­gré ce que divers ma­nuels finlandais enseignent et de nom­breux ap­pre­nants s’imaginent (voir aus­si ci-des­sous).

De nom­breux noms ou ad­ver­bes peu­vent se combiner à la pré­po­si­tion de pour for­mer des dé­ter­mi­nants com­po­sés, et on peut for­mer des dé­ter­mi­nants com­po­sés de quan­ti­té assez li­bre­ment (voir ci-dessous).

Séparation des éléments du déterminant com­po­sé

Dans les tournures exclamatives, le dé­ter­minant com­po­sé dont le dernier élément est de peut être séparé en deux par­ties. Le mot de reste à sa place normale devant le nom, mais le pre­mier élément du dé­ter­minant se place au début de la pro­po­si­tion :

On n’a pas réussi à avoir de billets, tant il y avait de monde ! (< Il y avait tant de monde.) L’inventivité des annonceurs pour drainer les foules vers leurs services parait illimitée, tant la technologie offre de possibilités nouvelles (< offre tant de possibilités). Cette rencontre avec mes anciens amis m’a déçu, si peu on a eu de temps pour se voir (< on a eu si peu de temps).

Beaucoup de

Beaucoup de est l’un des déterminants in­dé­fi­nis com­po­sés les plus fré­quen­ts et les plus utilisés. Voir ci-des­sus l’utilisation des déterminants com­po­sés et la com­bi­nai­son de ceux-ci avec des déterminants dé­fi­nis.

À l’origine, beau­coup est un grou­pe no­mi­nal : un beau coup de quel­que chose signifie « une bel­le quan­ti­té ». Il exis­te aujourd’hui en­co­re une ex­pres­sion qui y ressemble : un bon coup de quel­que chose, par ex­em­ple : J’ai bu un bon coup d’eau gazeuse et je maintenant me sens mieux. (join kunnon kulauksen vichyvettä ja nyt on parempi olo). Au cours du temps, le grou­pe beau + coup s’est gram­ma­ti­calisé, ce qui signifie qu’il n’est plus interprété com­me un grou­pe ad­jec­tif + nom, mais qu’il for­me un mot indépen­dant, avec un sens dif­fé­rent. Dans ce processus, il a perdu son ar­ti­cle et l’ad­jec­tif s’est soudé au nom pour for­mer un seul mot.

Hyvin paljon, aika paljon, niin/yhtä paljon

En fin­nois, paljon utilisé comme déterminant peut être modifié par un ad­ver­be com­me melko, hyvin, liian, niin : melko paljon, hyvin paljon, liian paljon, niin paljon. En fran­çais, beau­coup ne peut pas être pré­cé­dé par assez, très, trop, si (*trop beau­coup,*si beau­coup, *assez beau­coup de etc. sont agrammaticaux). En revanche, on peut dire as­sez de, mais cette ex­pres­sion a un sens dif­fé­rent, « suffisamment de » (tarpeeksi). Com­pa­rer :

Il y a assez de beurre. On tarpeeksi voita. Il y a une assez grande quan­ti­té de beurre. On melko paljon voita.

Pour rendre l’idée de aika paljon, melko paljon hyvin paljon, il faut utiliser en fran­çais des cons­truc­tions re­la­ti­vement compliquées (en com­pa­rai­son avec la simplicité du fin­nois). Dans les listes ci-dessous, les abré­via­tions sui­vantes ont été utilisées : CE code écrit, LC langue cou­rante, FP fran­çais parlé.

CE/LC un assez grand nombre de [comptable]
CE/LC une assez grande quan­ti­té de [comptable et massif]
LC pas mal de [comptable et massif]

suhteellisen paljon
CE/LC un nombre re­la­ti­ve­ment im­por­tant/élevé de [comptable]
CE/LC une quan­ti­té re­la­ti­ve­ment im­por­tan­te/élevée de [comptable et massif]
FP pas mal de [comptable et massif]

hyvin paljon
CE un très grand nombre de [comptable]
CE une très grande quan­ti­té de [comptable et massif]
LC énormément de [comptable et massif]
FP un tas de, une masse de, plein de [comptable et massif], une foule de [comptable]

liian paljon
CE/LC trop de [comptable et massif]
un trop grand nombre de [comptable]
une trop grande quan­ti­té de [comptable et massif]

niin paljon
CE/LC tellement de / tant de [comptable et massif]
un si grand nombre de [comptable]
une si grande quan­ti­té de [comptable et massif]

yhtä paljon
CE/LC autant de [comptable et massif]
un aus­si grand nombre de [comptable]
une aus­si grande quan­ti­té de [comptable et massif]

Il exis­te aus­si des va­rian­tes exclamatives for­mées avec que et combien (kuinka paljon).

Important et faible
Devant un GN re­pré­sentant des entités comptables

Dans le code écrit, devant un nom repré­sen­té comme comptable, à la place de beau­coup de ou peu de, on utilise assez fré­quem­ment des va­rian­tes avec les ad­jec­tifs im­por­tant ou grand et leur contraire peu élevé ou faible :

un assez grand nombre de = un nombre assez im­por­tant de/ un nombre assez élevé de
assez peu de = un assez faible nombre de / un nombre assez faible / un nombre assez peu élevé de
trop de = un trop grand nombre de / un nombre trop im­por­tant de / un nombre trop élevé de etc. un assez grand nombre de livres melko paljon kirjoja assez peu de gens ou un assez faible nombre de per­son­nes aika vähän ihmisiä un très grand nombre de pro­po­si­tions hyvin paljon ehdotuksia assez peu de graisse melko vähän rasvaa un assez faible nombre de cas melko vähän tapauksia

Devant un GN re­pré­sentant un massif abstrait

Quand en fin­nois on utilise un dé­ter­mi­nant de quan­ti­té devant un nom repré­sen­té comme massif et de sens abstrait (pas une matière concrète comme eau, sable, riz etc.), on utilise en fran­çais dans le code écrit de caractère scientifique, ad­mi­nis­tra­tif etc. de préférence une cons­truc­­tion avec un adjec­tif com­me faible, grand etc. :

une trop grande prudence liikaa varovaisuutta, liiallinen varovaisuus une trop grande bureaucratie liikaa byrokratiaa, liiallinen byrokratia une cer­tai­ne résistance jonkin verran vastustusta, jonkinlainen vastustus une recherche trop peu im­por­tan­te liian vähän tutkimusta, liian vähäinen tutkimus un très grand amour hyvin paljon rakkautta une participa­tion trop faible liian vähäinen osallistuminen

Dans le fran­çais cou­rant (écrit et parlé), on peut ce­pen­dant dire sans pro­blè­me trop de prudence, trop de bureaucratie, un peu de résistance, trop peu de recherche etc.

Savoir interpréter les suites beau­coup du / beau­coup des

Com­me il est expliqué ci-des­sus, beau­coup de peut se combiner avec un dé­ter­minant dé­fi­ni, par ex­em­ple l’ar­ti­cle dé­fi­ni, pour for­mer des suites beau­coup du / beau­coup des etc. :

Beaucoup des amies de la princesse de Parme et avec qui la duchesse de Guer­man­tes se contentait depuis des années du mê­me bonjour convenable […] s’en plaignaient discrètement à l’Altesse.  L’opinion ne perçoit pas l’utilité de beau­coup des réfor­mes entreprises, qui sont couteuses et engendrent la pagaille. Je me suis endormi et je n’ai pas vu beau­coup de la fin du film. Beaucoup des amis que j’ai vus étaient bronzés.

Mais ces for­mes ne doivent pas systématiquement être interprétées com­me un grou­pe [déter­minant in­dé­fi­ni+dé­ter­mi­nant dé­fi­ni]. On trouve aus­si des grou­pes beau­coup du / beau­coup des cor­res­pon­dant à d’au­tres structures gram­ma­ti­cales :

a.  Il peut s’agir de l’ad­ver­be beau­coup intercalé entre un ver­be construit avec de et son com­plé­ment pré­po­si­tion­nel. Dans ce cas-là, des ou du sont des for­mes con­trac­tes de la pré­po­si­tion de et de l’ar­ti­cle dé­fi­ni :

On parle des parachutes dorés. → On parle beau­coup des parachutes dorés. Le système d’Aristote diffère du système de Platon. → Le système d’Aristote diffère beau­coup du système de Platon. Durant la conférence de presse, le célèbre pianiste a éga­le­ment expliqué qu’il voyageait peu en Asie car il souffrait beau­coup du décalage horaire. Les demandeurs d’em­ploi se plaignent beau­coup des offres portant sur de petits contrats (un jour, voire quel­ques heures).

b.  Il peut s’agir de l’ad­ver­be beau­coup utilisé com­me nom (com­plé­ment de ver­be direct), no­tam­ment après des ver­bes com­me apprendre, savoir, attendre etc. Dans ce cas-là éga­le­ment, des ou du sont des for­mes contractes de la pré­po­si­tion de et de l’ar­ti­cle dé­fi­ni le / les :

On apprend beau­coup des au­tres. Muilta ihmisiltä voi oppia paljon. Les PME at­ten­dent beau­coup des banques pour leurs besoins de financement. PK-yritykset odot­tavat paljon pankeilta rahoitustarpeidensa järjestämiseen. Les soins palliatifs exi­gent beau­coup du per­son­nel soignant et du médecin. Saattohoito vaatii paljon hoi­to­hen­ki­lö­kun­nalta ja lääkäriltä.

À la for­me né­ga­ti­ve, on pourrait trouver par ex­em­ple rien :

Il n’attendait plus rien des au­tres. On ne savait en­co­re rien du tremblement de terre qui s’était produit.

c.  Il peut s’agir aus­si de l’ex­pres­sion y avoir de qch ou trouver de qch dans qch/en qqn, qui signifie que quel­que chose ou quel­qu’un est mar­qué ou caractérisé par quel­que chose (en fin­nois olla jnk ainesta jssak). Dans ce genre d’ex­pres­sion par­ti­ti­ve, on uti­li­se l’ar­ti­cle dé­fi­ni, qui peut éven­tu­el­le­ment se contracter avec la préposition de :

Il y a dans son style quelque chose du classicisme russe. Hänen tyylissään on venäläisen klassismin ainesta.  → Il y a dans son style beau­coup du classicisme russe. Hänen tyylissään on paljon venäläisen klassismin ainesta. Il y a en elle un peu de la bergère de Watteau.→ Il y a en elle beau­coup de la bergère de Watteau.

Dans le code écrit, on peut aus­si sous-entendre quelque chose et utiliser de seul +ar­ti­cle dé­fi­ni seul :

Il y a en lui du poète. Hänessä on runoilijan ainesta. → Il y a en lui beau­coup du poète. Hänessä on paljon runoilijan ainesta. Il y a en elle de la bergère de Watteau.→ Il y a en elle beau­coup de la bergère de Watteau.

Beaucoup adver­be

Quand beau­coup est utilisé comme adver­be, il ne peut pas non plus être modifié par très, assez, si, autant (comme en finnois  : melko / hyvin / liian / niin paljon). Dans ces cas éga­le­ment, les équivalents du finnois hyvin paljon et aika paljon sont variés en fran­çais :

hyvin paljon : vraiment beau­coup, énormément, en très grande quantité, en très grand nombre ; aika paljon : con­si­dé­rablement, de façon non négligeable, fran­çais parlé :pas mal

Niin paljon et yhtä paljon peuvent heureusement se traduire de façon très simple, par un seul mot : autant. Dans le code écrit, on utilise aus­si d’au­tres va­rian­tes, qui ne se sont ce­pen­dant pas obli­ga­toi­res :

niin paljon : autant, dans une telle mesure, à tel point, à un tel point (siinä määrin)
yhtä paljon : autant, dans la mê­me mesure, au mê­me point (samassa määrin)

Autres déterminants com­po­sés avec de

Peu de, un peu de, un cer­tain nombre de

Un peu de (en fin­nois jonkin verran, hieman) s’utilise pres­que exclusivement avec un nom massif (un peu de vin, un peu de monde) ; pour traduire jonkin verran dé­ter­mi­nant un nom comptable, on utilise un cer­tain nombre de. En revanche, le dé­ter­mi­nant peu de peut s’utiliser avec un nom comptable ou massif. En résumé :

+ nom massif+ nom comptable
vähänpeu depeu de
hiemanun peu de
une petite quan­ti­té de
quel­ques
un cer­tain nombre de
jonkin verranune cer­tai­ne quan­ti­té deun cer­tain nombre de

J’ai trouvé un cer­tain nombre de fautes de frappe. L’Agence utilise un cer­tain nombre de pro­gram­mes et d’outils d’évalua­tion des risques afin de vérifier les déclarations de revenus des par­ti­cu­liers. Vous reprendrez bien un peu de café ? Un cer­tain nombre de travaux économiques récents sont consacrés à l’étude de l’influence de la colonisa­tion sur le dé­ve­lop­pement des pays. J’ai trouvé peu de fautes de frappe. Il a bu peu de vin. Il y avait peu de monde et peu de voitures.

Contrairement à beau­coup, devant peu on peut utiliser les ad­ver­bes assez, très et si :

Il nous reste assez peu de temps, il va falloir se dépêcher. Grève à la Cotra : très peu de bus circuleront, ce samedi, à Angers. En, chemin, on a croisé assez peu de camions pour un jour de semaine. C’est étonnant de voir si peu de monde sur la plage par cette belle journée.

Pas mal de

Le dé­ter­mi­nant com­po­sé pas mal de est ex­trê­me­ment fré­quen­t dans le fran­çais parlé et cor­res­pond au fin­nois aika paljon [jtak] :

J’ai trouvé pas mal de fautes de frappe.  Maintenant, on ne va pas le nier, on sait qu’il nous reste pas mal de boulot pour être prêts. Depuis, ça aura été pas mal de temps passé dans ma Champagne natale.  Pour pas mal de pays d’Amérique, pour pas mal d’intellectuels, cette chose est en train de se réaliser.  L’in­tri­gue de cet épisode va être le point de départ d’une nouvelle enquête, avec pas mal de suspects potentiels.

Le fin­nois aika paljon ne peut pas se traduire *assez beau­coup de, qui est agram­ma­ti­cal (voir ci-des­sus) : l’équi­valent fran­çais de aika paljon [jtak] est, dans le code écrit, un assez grand nombre de ou une assez gran­de quan­ti­té de. Ces grou­pes sont assez longs et pas mal de est une ma­niè­re beau­coup plus simple d’expri­mer la mê­me idée. Mais, bien que très employé par tous les lo­cu­teurs, pas mal de reste du style fa­mi­li­er, et ne doit pas être utilisé dans le code écrit strict.

Nombre de et quan­ti­té de
Similarités et dif­fé­ren­ces

Les deux dé­ter­mi­nants com­po­sés nombre de et quan­ti­té de s’utilisent cou­ram­ment à l’écrit à la place de beau­coup de. Ils ne sont ce­pen­dant pas entièrement in­ter­chan­gea­bles, ce qui peut pro­vo­quer des dif­fi­cul­tés :

Malheureusement, nombre d’électeurs ont fait l’er­reur de croire ces promesses. À signaler tou­tefois que dans nombre de cas une cotisa­tion est demandée pour bénéficier des offres. Cette op­tion ayant soulevé nombre de protestations de tou­tes parts, il semble que l’opérateur fasse aujourd’hui marche arrière. Même un site moyennement fré­quenté peut tourner le dos à quan­ti­té de per­son­nes chaque jour. Toutes les initiatives de « discrimina­tion positive » soulève­ront quan­ti­té de dif­fi­cul­tés et de débats. Je peux maintenant boire n’importe quel café… en rajoutant quan­ti­té de sucre et de lait pour masquer le gout.

Des for­mes sans ar­ti­cle

Atten­tion à la for­me des dé­ter­mi­nants nombre de et quan­ti­té de : ils sont sans ar­ti­cle. Les mots nombre et quan­ti­té peu­vent s’utiliser com­me noms, avec un ar­ti­cle, mais sou­vent dans des con­tex­tes dif­fé­rents ou modifiés par un ad­jec­tif :

quan­ti­té de cas monet tapaukset /la quan­ti­té de/des cas tapausten määrä quan­ti­té de sel runsaasti suolaa / la quan­ti­té de sel suolan määrä nombre de participants monet osallistujat / le nombre des participants osallistujien määrä dans nombre de cas monissa tapauksissa / le nombre de/des cas tapausten määrä un faible nombre de participants vähäinen osallistujien määrä / un nombre limité de cas rajallinen määrä tapauksia

De mê­me, ne pas confondre nombre de (monet), tou­jours sans ar­ti­cle, avec un cer­tain nombre de (jonkin verran).

Recommandation

Nombre de et quan­ti­té de sont fré­quents dans le code écrit, mais d’un style légèrement plus soutenu et ne peu­vent pas tou­jours s’em­ploy­er librement. Le plus simple pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re est d’utiliser les for­mes sui­vantes, qui peu­vent s’utiliser sans au­cu­ne limita­tion de style :

un grand nombre de + comptable pluriel [tous ré­fé­rents]
une grande quan­ti­té de + comptable pluriel [ré­fé­rent non animé] ou massif

Pour dé­ter­mi­ner un nom à ré­fé­rent animé, on utilise de préférence un grand nombre de. Dans un style soi­gné, on réservera une grande quan­ti­té de à des non animés. Par dé­fi­nition, quan­ti­té ren­voie plutôt à quel­que chose qui peut être perçu com­me une masse :

un grand nombre de per­son­nes / candidats / cas / pro­blè­mes
une grande quan­ti­té de blé / fautes / vin / pro­blè­mes

La plupart de

Le dé­ter­mi­nant la plupart de peut dé­ter­mi­ner un nom sin­gu­lier ou pluriel.

Devant un nom sin­gu­lier

Malgré la présence de l’ar­ti­cle dé­fi­ni (contracté au mas­cu­lin la plupart du, non contracté au fé­mi­nin, la plupart de la), il ren­voie gé­né­ra­le­ment à un nom massif, envisagé com­me un en­semble continu non comptable :

La plupart du conditionnement papier est recyclable. Les catastrophes na­tu­rel­les affectent la plupart du territoire africain. Le pays exportait la plupart de sa produc­tion en France, Allemagne et Suisse. La plupart du lait consommé est du lait écrémé. Le Minnesota, le Montana, le Dakota du nord et du sud produisent la plupart du blé des États-Unis. Dans le monde, les petits agriculteurs assurent en­co­re la plupart de la produc­tion alimentaire.

Mais on dit plus dif­fi­ci­lement ?la plupart du per­son­nel (le per­son­nel n’étant pas vu com­me une masse con­tinue com­me le lait). Il règne dans ce domaine un cer­tain flottement. L’ex­pres­sion la plupart du temps (useimmiten) est figée et bien établie, mais la ten­dan­ce moderne est d’éviter l’utilisa­tion de la plupart de + sin­gu­lier quand le caractère dé­fi­ni du nom est trop évident. On préfère sou­vent dire la plus grande par­tie de la nuit plutôt que la plupart de la nuit. On constate des incertitudes chez les fran­co­pho­nes à ce su­jet et comme le montre cet ex­em­ple : Ces fréquences [acoustiques] incluent le dialogue et la plupart de la voix humaine. Il vaudrait mieux dire : la plus grande par­tie de la voix humaine.

De mê­me, si le GN est dé­ter­mi­né par une re­la­ti­ve, la valeur dé­fi­nie de l’ar­ti­cle se trouve soulignée, et on préfère utiliser la plus grande par­tie de :

La plus grande par­tie du per­son­nel a été mise au chômage par­tiel. La plus grande par­tie du seigle qu’on consomme en Finlande est importée d’Allemagne et de Pologne. [plutôt que la plupart du seigle].

C’est pour cette raison que devant un nom au sin­gu­lier, le plus simple pour l’ap­pre­nant FLE est d’utiliser systématiquement la plus grande par­tie de (ou, code écrit : la majeure par­tie de) qui peut s’em­ploy­er devant tous types de noms, sauf dans le cas d’une ex­pres­sion figée com­me la plupart du temps.

Devant un nom au pluriel

Quand la plupart de dé­ter­mi­ne un nom au pluriel, on peut utiliser tout type de noms. Si le GN dé­ter­mi­né par la plupart de est le su­jet du ver­be, le ver­be s’ac­cor­de tou­jours au pluriel. Avec des dé­ter­minants com­me la majorité de, l’usage est variable :

La plupart des étudiants étudient deux champs disciplinaires. La plupart des élèves choisissent l’anglais. La plupart des élèves de terminale passent le bac à la session de printemps. Dans la plupart des cas, la batellerie artisanale s’exerce dans le cadre d’une entreprise familiale.

Bien du/de la, bien des
Forme et fonctionnement

Le dé­ter­mi­nant bien des est ex­cep­tion­nel : le mot bien se comporte com­me un ad­ver­be in­dé­pen­dant et des com­me un ar­ti­cle in­dé­fi­ni ; c’est donc un grou­pe [bien + des], et non pas *[bien de + dé­ter­mi­nant] : la règle d’effacement ne s’applique pas dans ce cas, puis­qu’il n’y a pas de pré­po­si­tion de. En quel­que sorte, le mot bien modifie le déterminant des/de.

Le sens exact de bien des est assez malaisé à saisir pour un non fran­co­pho­ne, mais on peut dire que bien des équivaut assez bien au fin­nois monta(kin) ou jos jonkinlaista :

Avant de réussir, vous vous exposerez à bien des dif­fi­cul­tés. Bien des mariages se terminent par un divorce.  Bien des fois, il se demandait s’il aurait dû apprendre le fran­çais. Tu as bien de la chance. Olettodella onnekas. Il y a bien du monde. Onpas täällä paljon ihmisiä. Il a eu bien des pro­blè­mes. Hänellä oli jos jonkinlaisia ongelmia.

Devant ad­jec­tif an­té­po­sé, des devient de, confor­mément à la règle :

Pour les remar­ques sur tes fautes d’orthographe, je dirais que bien de grands écrivains en faisaient éga­le­ment. Nous reviendrons sur ce su­jet bien d’au­tres fois en­co­re. Palaamme tähän ongelmaan vielä erinäisenkin kerran.

Dans ce dernier ex­em­ple, le d’ devant au­tres est la for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel des (bien des) devant l’ad­jec­tif an­té­po­sé au­tres et non le résultat de la règle d’effacement.

Sens précis dif­fi­ci­le à saisir

Bien des n’est pas un simple synonyme de beau­coup de ou quan­ti­té de. L’ex­pres­sion bien des in­tro­duit une nuance subjective : « plus que vous ne croyez », « plus que vous ne pouvez imaginer », « plus que je n’aurais souhaité », « plus que ce à quoi je m’at­ten­dais » etc., que rend assez bien le fin­nois jos jonkinlaisia. Ainsi, on peut opposer :

Ils ont eu beau­coup de malheurs. [Expression de sens neu­tre] Ils ont eu bien des malheurs. [« plus qu’on ne pourrait imaginer / plus que ce qui est le lot commun etc. »] Nous avons rencontré quan­ti­té de pro­blè­mes. [Expression de sens neu­tre (mais très légèrement moins neu­tre que beau­coup de)] Nous avons rencontré bien des pro­blè­mes. [« beau­coup plus de pro­blè­mes / des pro­blè­mes bien plus graves que ce à quoi nous nous attendions etc. »]

Cette valeur « supplémentaire » dépend évi­dem­ment du con­tex­te et ne peut pas se dé­fi­nir de façon uni­que. Il faut donc manier cette ex­pres­sion avec prudence. S’il est vrai que bien des n’est pas un dé­ter­mi­nant que les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re ont ten­dan­ce à utiliser spontanément, cer­tains « l’adoptent » parfois com­me va­rian­te sys­té­ma­ti­que de beau­coup de dans le simple but d’enjoliver leur ex­pres­sion fran­çaise, ce qui est à éviter.

Dans cer­tains cas, le sens par­ti­cu­lier de bien des s’est affaibli, com­me dans la locu­tion bien des fois, qui s’utilise de façon cou­rante com­me synonyme de sou­vent, mais ce sens subsiste tou­jours. Le sens de la lo­cu­­tion bien des fois se rend assez bien en fin­nois par erinäisenkin kerran, useammankin kerran, montakin kertaa : le suffixe -kin ex­pri­me un peu de la mê­me ma­niè­re cette valeur subjective assez dif­fi­ci­le à dé­fi­nir précisément.

Le mê­me pro­blè­me concerne l’ad­ver­be bien modifiant un ad­jec­tif : bien dif­fi­ci­le, bien triste, bien com­pli­qué etc.

Dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis in­ter­ro­ga­tifs, exclamatifs et relatifs

Quel in­ter­ro­ga­ti­f / exclamatif

Les dé­ter­mi­nants in­ter­ro­ga­tifs et les dé­ter­mi­nants exclamatifs ont des for­mes iden­ti­ques :


sin­gu­lierpluriel
mas­cu­linquelquels
fé­mi­ninquellequelles

Ils s’utilisent devant des noms dans des constructions in­ter­ro­ga­tives ou ex­cla­ma­ti­ves :

Quel jour sommes-nous ? Mikä viikonpäivä tänään on? Quelle idée étrange ! Mikä kummallinen ajatus! Quelles solutions s’offrent à nous ? Mitkä ovat meidän vaihtoehtomme? Quels paysages magnifiques ! Kuinka upeita maisemia!

Ne pas confondre les dé­ter­mi­nants in­ter­ro­ga­tifs de la série quel avec les pro­noms in­ter­ro­ga­tifs, qui comportent tou­jours un élé­ment le/la- : lequel, laquelle, desquels etc. :

Quelle voiture comptent-ils acheter ? Laquelle ont-ils achetée ? Quels étudiants se sont déjà inscrits pour le stage ? /Lesquels se sont déjà inscrits ?

Le dé­ter­mi­nant relatif lequel

Le dé­ter­mi­nant relatif s’utilise es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit (style ad­mi­nis­tra­tif ou juridique), com­me c’est le cas en fin­nois. Les for­mes sont iden­ti­ques à celles des pro­noms relatifs, avec lesquels il faut se garder de les con­fon­dre. Contrairement au dé­ter­mi­nant in­ter­ro­ga­tif ou exclamatif quel, le dé­ter­mi­nant relatif comporte un élé­ment initial le-/la- ; les for­mes du mas­cu­lin sin­gu­lier (le-) et du pluriel (les-) se contractent donc avec la pré­po­si­tion à ou de :


sin­gu­lierpluriel
mas­cu­linlequellesquels
fé­mi­ninlaquellelesquelles
à + mas­cu­linauquelauxquels
à + fé­mi­ninà laquelleauxquelles
de + mas­cu­linduqueldesquels
de + fé­mi­ninde laquelledesquelles

À la dif­fé­ren­ce du pro­nom relatif, qui est su­jet ou com­plé­ment du ver­be de la re­la­ti­ve, le dé­ter­mi­nant re­la­tif précède tou­jours un nom. Les pro­po­si­tions re­la­ti­ves in­tro­dui­tes par un dé­ter­mi­nant relatif sont tou­jours des re­la­ti­ves non spé­ci­fian­tes, qui ajoutent un com­plément d’in­for­ma­tion, une sorte de parenthèse (elles sont par­fois entre parenthèses) :

Vos informations per­son­nelles pourront être transférées à un au­tre four­nis­seur, dans lequel cas vous serez, au préalable, infor­mé du transfert. La cour d’appel a débouté la de­man­de­res­se de sa demande, laquelle de­man­de­res­se s’est pourvue en cassation. Le tribunal a entendu en qualité de témoins MM. Chupin et Janauld, lesquels témoins ont déclaré qu’ils ré­si­daient dans la mê­me commune. D’après les directives d’exploita­tion qui étaient en vi­gueur à l’époque (lesquelles directives ont été déposées com­me pièce au cours de l’audience), les per­son­nes concernées devaient être avisées du chan­gement im­mé­dia­te­ment. À cause de la grève, vous aurez peut-être du re­tard, auquel cas vous me préviendrez.

Le dé­ter­mi­nant relatif lequel équivaut à un dé­ter­mi­nant dé­mons­tra­tif pré­cé­dé de et :

laquelle demanderesse = et cette demanderesse lesquelles directives = et ces directives dans lequel cas = et dans ce cas lesquels témoins = et ces témoins

On le trouve ainsi fré­quem­ment aus­si en début de phra­se. Le grou­pe no­mi­nal in­tro­duit par lequel a alors un sens équi­va­lent à ce dernier (tämä) :

Il lui aurait suffi de nommer un médecin expert. Lequel expert aurait pu alors évaluer la ques­tion de la dangerosité de la maladie. Quant aux intermittents, ils gardent espoir, apaisés sans être endormis par un ministre de la Culture aux petits soins. Lequel ministre doit attendre la fin du Festival avec impatience.

En fin­nois aus­si, le pro­nom relatif peut être utilisé com­me déterminant, com­me le montre cet ex­em­ple tiré de la base de données juridiques FINLEX

(Suomen ja Amerikan Yhdysvaltain välinen eläkesopimus - NOOTTIENVAIHTO 1. Amerikan Yhdysvaltain suurlähettiläs ulkoasiainministeri Ahti Karjalaiselle) :
Kun Teiltä on vastaanotettu vastausnootti, joka sisältää tällaisen vakuutuksen, katsotaan tämän nootin ja vastausnootin muodostavan näiden kahden hallituksen välisen sopimuksen, joka sopimus tulee voimaan sinä päivänä jona vastausnootti on päivätty.

Déterminants com­po­sés divers

On peut for­mer des dé­ter­mi­nants com­po­sés de quan­ti­té à partir de noms, d’ad­jec­tifs, d’ad­ver­bes :

énormément de touristes valtavasti matkailijoita infiniment plus de possibilités äärettömän paljon enemmän mahdollisuuksia un kilo de farine trois mètres de tissu Je voudrais deux mètres de ce tissu rouge. quatre semaines de vacances un demi-litre de jus. registre fa­mi­li­er un (sacré) paquet de une masse de/des masses de un sacré paquet d’euros kasapäin euroja une masse de pognon kasapäin rahaa une flopée de mômes laumoittain kakaroita tout plein de fautes kauheasti virheitä nombre de, quan­ti­té de monet, un cer­tain nombre de tietty määrä [jtak] un kilo de kilo [jtak], une dizaine de kymmenkunta [jtak], tou­te sorte de kaikenlaiset, la plupart de beau­coup de peu de, trop de, moins de  tant de/tellement de niin paljon [jtak], niin moni/monet, autant de yhtä paljon [jtak] guère de ei kovin[kaan] [jtak] [phrase né­ga­ti­ve] énormément de valtavasti [jtak] [style très légèrement fa­mi­li­er] pas mal de aika paljon [jtak] [très fré­quent dans le fran­çais parlé]

Le mot la plupart n’exis­te ce­pen­dant pas com­me nom indépen­dant (on ne peut pas dire *une plupart/*des pluparts), mais il exis­te com­me pro­nom in­dé­fi­ni la plupart d’entre eux, et dans l’ex­pres­sion figée pour la plupart (ennimmäkseen). De mê­me, on trouve de nom­breux dé­ter­mi­nants de quan­ti­té com­po­sés dans le le fran­çais parlé :

un tas de suurimäärä [jtak], une foule de joukko [jtak], un paquet de hirveän paljon [jtak], des masses de hirveän paljon [jtak] etc.

Ex­em­ples de dé­ter­mi­nants de quan­ti­té for­més avec de :

Il y avait plein de champignons dans la forêt. Mais il y avait moins d’airelles que l’an dernier. Cet hiver, il n’y a pas eu beau­coup de neige. Tu es sûr que tu as mis assez de fart sur les skis ? Laitoitko varmasti tarpeeksi voidetta suksiin? Beaucoup de films qui passent à la télévision sont des films tout récents. Monet televisiossa esitetyistä elokuvista ovat aivan uusia. Il y avait un tas de monde à la kermesse. Myyjäisissä oli paljon väkeä. Aujourd’hui, on ne trouve plus guère de fraises des bois. Nykyään ei löydä enää kovinkaan usein metsämansikoita. Nombre de ses livres ont été réédités. Plus tu de mets de sucre, plus le glaçage sera solide (lire). J’ai de moins en moins de temps pour faire la pâtisserie.

Dans ces dé­ter­mi­nants, de devient un élé­ment fixe et n’est plus une pré­po­si­tion indépen­dante. Le dé­ter­minant est donc par ex­em­ple beau­coup de, et non sim­ple­ment beau­coup, qui est un ad­ver­be équi­va­lent au fin­nois hyvin», sangen, paljon : il pleut beau­coup sataa paljon. Cela se voit par ex­em­ple dans le fait qu’après ce gen­re de dé­ter­mi­nant on peut met­tre un pro­nom in­ter­ro­ga­tif :

Tu as mis trop de basilic dans la vinaigrette.  Trop de quoi ? Lisäsit liikaa basilikaa salaattikastikkeeseen. – Mitä liikaa?

Expressions gram­ma­ti­calisées/non gram­ma­ti­calisées

On trouve diverses ex­pres­sions de nombre qui se sont gram­ma­ti­calisées : nombre de (nombre + de), quan­ti­té de (quan­ti­té + de), beau­coup de (beau coup + de) etc. L’absence d’ar­ti­cle montre clairement qu’il y a eu un processus de gram­ma­ti­calisation :

Il a rapporté quan­ti­té de cadeaux. Hän toi suuren määrään tuliaisia. Nombre de gens ont protesté. Monet ihmiset valittivat.

En dehors de cet em­ploi, les mots nombre et quan­ti­té sont éga­le­ment des noms ordinaires et ils peu­vent aus­si être utilisés de façon indépen­dante :

J’ai trouvé une quan­ti­té inadmissible de coquilles [typoja] dans ce livre. Löysin kirjasta luvattoman paljon painovirheitä. Il y avait un nombre énorme de participants.

Mais cela n’est plus pos­si­ble avec l’élé­ment coup (dans le sens de « määrä ») qui se trouve dans beau­coup, sauf avec des ad­jec­tifs com­me bon ou sacré, qui sont es­sen­tiel­le­ment du registre parlé : Il va falloir tra­vailler un sacré coup. (Täytyy tehdä hirveästi työtä). Certains grou­pes se sont donc gram­ma­ti­calisés for­mellement (l’ar­ti­cle a disparu), d’au­tres se sont gram­ma­ti­calisés sé­man­ti­quement : extérieurement, un tas de ressemble à un banal GN avec de, mais c’est bien un grou­pe gram­ma­ti­calisé com­me dé­ter­mi­nant, un tas de pro­blè­mes signifie kauhean paljon ongelmia et non pas keko ongelmia, cf. le fin­nois kasapäin, läjittäin.

Distinguer entre ex­pres­sion no­mi­nale et dé­ter­mi­nant com­po­sé

Cepen­dant, il ne faut pas confondre les cas où le nom est construit avec un com­plé­ment in­tro­duit par de et ceux où il est seu­le­ment un élé­ment de dé­ter­mi­nant com­po­sé :

Devant la maison, il y avait un tas de sable. Talon edessä oli hiekkakasa. J’ai un tas de sable dans les cheveux (le fran­çais parlé). Minulla on kauhean paljon hiekkaa tukassa. La foule des étudiants attendant les résultats des examens d’entrée s’étirait jusque sur le trottoir. Pääsykokeiden tuloksia odottavien opiskelijoiden joukko venyi jalkakäytävälle asti. Une foule d’étudiants étaient venus assister au dernier cours du professeur. Suuri joukko opiskelijoita oli tullut seuraamaan professorin viimeistä luentoa.

Un grand nombre de noms ex­pri­mant une quan­ti­té peu­vent, combinés à de, devenir des élé­ments d’un dé­ter­mi­nant de quan­ti­té. Cepen­dant, il y a cer­tai­nes contraintes sé­man­ti­ques : tous les noms in­di­quant un grou­pe, un ensemble, ne sont pas susceptibles de for­mer un véritable dé­ter­mi­nant. Le test per­met­tant de décider si un grou­pe de mots for­me un dé­ter­mi­nant est de remplacer le nom par le pro­nom de per­son­ne 3 en : si le nom for­me un dé­ter­mi­nant de quan­ti­té, il est ré­pé­té après le ver­be :

Il a acheté une grande quan­ti­té de bière → Il en a acheté une grande quan­ti­té.  Donnez-moi un petit sachet de thym → Donnez-m’en un petit sachet.  Achète un brick de lait UHT → Achètes-en un brick.  Il y avait une flopée de touristes (fa­mi­li­er) → Il y en avait une flopée.

Mais on dira plus dif­fi­ci­lement :

J’ai vu une équipe de hockeyeurs → ?J’en ai vu une équipe. ou Le petit musée a accueilli un autocar de touristes →  ? Le petit musée en a accueilli un autocar.

En effet, sachet et carton peu­vent for­mer un dé­ter­mi­nant de quan­ti­té, car on « me­su­re » cou­ram­ment les marchandises sous cette for­me (quand on fait des achats). En revanche, équipe et autocar sont moins perçus com­me une unité de mesure. Cepen­dant, si on ajoutait tout (kokonainen), les phra­ses seraient plus acceptables : le petit musée en a accueilli tout un autocar, le nom autocar devenant de ce fait un contenant, une unité de mesure.

Expressions no­mi­nales non gram­ma­ti­calisées

Certains noms ne se sont pas gram­ma­ti­calisés com­me dé­ter­mi­nants de quan­ti­té, mais peu­vent for­mer des ex­pres­sions qui, par leur sens, sont assimilables à des ex­pres­sions de quan­ti­té, signifiant « combien de » ou « la quan­ti­té de », par ex­em­ple degré, niveau, proportion, part etc. :

Assurer un degré de qualité constant pour nos clients exige un im­por­tant investissement en ressources humaines et en technologie. La durée de chaque segment in­di­que le degré de complexité des processus de compréhension (ou le degré de dif­fi­cul­té du texte). On part contester la décision de l’arbitre, scène usuelle du football où la part d’arbitraire est plus grande que dans d’au­tres sports. Ajoutez une part de sucre pour deux parts de beurre. Malgré un con­tex­te financier très dif­fi­ci­le en 2018, la GMF maintient un niveau de rendement de l’épargne performante. Plusieurs critères servent à dé­ter­mi­ner le niveau de complexité du cas signalé. Cette technique permet d’obtenir un niveau de réalisme inégalé. Le premier stade de dé­ve­lop­pement de la borréliose peut être stoppé par un traitement antibiotique. Le Temps nous annonce la bonne nouvelle : « La propor­tion de pauvres a diminué de moitié depuis 1981 ».

Avec un ar­ti­cle dé­fi­ni, ces mots reprennent leur sens ha­bi­tu­el, sans valeur « quan­ti­ta­tive » :

le niveau de qualité laatutaso / le niveau de la qualité laadun taso la part de réalisme totuu­den­mu­kai­suus / la part du réalisme realismin osa, realismin rooli le premier stade de dé­ve­lop­pement kehityksen ensimmäinen aste / le premier stade du dé­ve­lop­pement kehityksen ensimmäinen vaihe

Les ad­ver­bes en -ment dé­ter­mi­nants de quan­ti­té

Com­me il est expliqué ci-des­sus, un grand nombre de mots (noms, ad­ver­bes) peu­vent être utilisés pour for­mer des dé­ter­mi­nants de quan­ti­té. Cepen­dant, ceci ne concerne pas les ad­ver­bes en ‑ment (sauf deux d’entre eux, voir ci-dessous), con­trai­re­ment à l’impression que peut donner no­tam­ment le fin­nois : par ex­em­ple run­saasti osallistujia ne peut pas se traduire par *abondam­ment de participants.

Énormement de, suffisamment de

En effet, énormément de et suffisamment de sont les seuls dé­ter­mi­nants com­po­sés for­més avec un ad­ver­be en -ment. Les au­tres ad­ver­bes en -ment, à valeur quantitative ou au­tre (vraiment, rarement, ré­el­le­ment, amplement, largement etc.), ne peu­vent pas for­mer des dé­ter­mi­nants com­po­sés. Il faut donc faire atten­tion à bien interpréter le mot de après un ad­ver­be en -ment : il peut s’agir d’un simple al­lo­mor­phe de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni. Com­pa­rer :

Je n’ai pas énormément de temps. [énormément de dé­ter­mi­nant com­po­sé de quan­ti­té]
J’ai énormément de temps. [énormément de dé­ter­mi­nant com­po­sé de quan­ti­té]
Je n’ai pas vraiment de temps. [de ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant CVD de phra­se né­ga­ti­ve]
J’ai vraiment du temps. [for­me affirmative de la phra­se pré­cé­dente]

Dans la phra­se affirmative, on retrouve donc la for­me nor­ma­le du/des :

Il a rarement de bons résultats. [de ar­ti­cle in­dé­fi­ni ad­jec­tif an­té­po­sé]
Il a rarement des résultats satisfaisants. [devant ad­jec­tif post­po­sé, on retrouve la for­me nor­ma­le des]

Atten­tion aux similitudes

Contrairement à suffisamment, l’ad­ver­be amplement (qui est assez proche par le sens de suffisamment) ne peut pas se combiner à de pour for­mer un dé­ter­mi­nant com­po­sé de quan­ti­té, sur le mo­dè­le du fin­nois runsaasti. On ne peut pas dire *Vous trouverez amplement d’ex­em­ples (plutôt : vous trouverez des exem­ples en quan­ti­té /vous trouverez quan­ti­té d’ex­em­ples). De mê­me *largement de est impos­si­ble. On dit donc : vous avez lar­ge­ment de l’avance (de l’ est l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif), et non pas vous avez *lar­ge­ment d’avance. En revanche, les ad­ver­bes amplement et large­ment peu­vent modifier des dé­ter­mi­nants com­po­sés avec un ad­ver­be, par ex­em­ple assez de :

Vous avez amplement assez de temps. Vous avez largement assez de temps.

L’er­reur assez fré­quente des fin­no­pho­nes consiste donc à appliquer le mo­dè­le énor­mé­ment de/suf­fi­sa­mment de à d’au­tres ad­ver­bes et à trans­for­mer ces ad­ver­bes en élé­ments de dé­ter­mi­nants com­po­sés. Cette er­reur s’explique aus­si par l’influence du par­ti­tii­vi fin­nois, qui s’utilise dans chacun des ex­em­ples sui­vants :

1. Minulla on usein aikaa. J’ai sou­vent du temps.
2. Minulla on harvoin aikaa.J’ai rarement du temps [ou : le temps]
3. Minulla on vähän aikaa. J’ai peu de temps. [peu de dé­ter­mi­nant com­po­sé]
4. Minulla on paljon aikaa. J’ai beau­coup de temps.
5. Minulla ei ole aikaa.Je n’ai pas de temps.

Dans l’ex­em­ple 5, le par­ti­tii­vi est induit par la for­me né­ga­ti­ve (minulla ei ole aikaa). Dans les ex­em­ples 1 et 2, le par­ti­tii­vi ex­pri­me en principe le massif. Mais l’ad­ver­be harvoin « rarement » a en fin­nois un sens né­ga­tif (analogue à peu de). C’est pourquoi il est fré­quem­ment suivi du par­ti­tii­vi. Avec un nom comptable, on dit ainsi

Minulla on usein flunssa. J’ai sou­vent la grippe.

Dans ce cas-là, le mot flunssa au no­mi­natif. Le par­ti­tii­vi « minulla on usein flunssaa » est ce­pen­dant pos­si­ble.

Minulla on harvoin flunssa/flunssaa. J’ai rarement la grippe.

Flunssa est au no­mi­natif ou au par­ti­tii­vi par influence de la valeur né­ga­ti­ve de harvoin. En fran­çais,  ?j’ai rarement de la grippe serait inattendu, car grippe n’est pas nor­ma­le­ment re­pré­senté com­me massif (pas dans cette ex­pres­sion, du moins). En revanche, on peut dire j’ai rarement de la fièvre.

Au total, si on com­pa­re les dif­fé­ren­tes possibilités illustrées dans les ex­em­ples ci-dessous, on se rend compte qu’il n’est pas facile pour les fin­no­pho­nes de faire le partage entre massif et non massif, entre dé­ter­mi­nant de quan­ti­té et ad­ver­be :

Minulla on usein kuumetta. J’ai sou­vent de la fièvre [ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif fé­mi­nin] Minulla on usein flunssa. J’ai sou­vent la grippe.[ar­ti­cle dé­fi­ni fé­mi­nin] Minulla on harvoin kuumetta. J’ai rarement de la fièvre. [ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif fé­mi­nin] Minulla on harvoin flunssaa.J’ai rarement la grippe. [ar­ti­cle dé­fi­ni fé­mi­nin] Minulla ei ole kuumetta. J’ai n’ai pas de fièvre. [ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif devant CVD de phra­se né­ga­ti­ve] Minulla ei ole flunssaa. J’ai n’ai pas la grippe. [ar­ti­cle dé­fi­ni fé­mi­nin]

Le dé­ter­mi­nant dans un GN détaché

Quand un grou­pe no­mi­nal est posi­tion détachée dans les constructions disloquées du fran­çais langue parlé, c’est-à-dire en prolepse (disloca­tion à gauche) ou en rappel (disloca­tion à droite), la for­me du dé­ter­mi­nant peut varier. Le lien sé­man­ti­que entre le GN détaché et le dé­ter­minant d’origine est mar­qué par un pro­nom : le grou­pe no­mi­nal en prolepse ou en rappel avec un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni est relayé par le pro­nom le, la, les, tandis que le grou­pe no­mi­nal in­dé­fi­ni est relayé par le pro­nom en, confor­mément aux règles d’em­ploi du pro­nom com­plé­ment de ver­be direct :

Je n’ai pas en­co­re vu la nouvelle version. → La nouvelle version, je ne l’ai pas en­co­re vue. / Je ne l’ai pas en­co­re vue, la nouvelle version. Il faut classer ces photos par année. → Ces photos, il faut les classer par année. / Il faut les classer par année, ces photos. Aurélie a acheté des robes. → Des robes, Aurélie en a acheté. / Aurélie en acheté, des robes. Il restait en­co­re du vin. → Du vin, il en restait en­co­re. / Il en restait en­co­re, du vin.

Si le dé­ter­mi­nant est un dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni de for­me simple (un seul mot), le nom en prolepse ou en rappel est pré­cé­dé de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, et le dé­ter­mi­nant est repris sous for­me de pro­nom après le ver­be (quel­que devient alors quel­ques-un(e)s :

Cette année, on m’a offert carrément trois cravates. → Cette année, des cravates, on m’en a carrément offert trois. / Cette année, on m’en a carrément offert trois, des cravates. Ils ont fait quel­ques pro­po­si­tions, mais je ne sais pas si ça vous satisfera. → Des pro­po­si­tions, ils en ont fait quel­ques-unes, mais je ne sais pas si ça vous satisfera. / Ils en ont fait quel­ques-unes, Des pro­po­si­tions, mais je ne sais pas si ça vous satisfera. Deux seu­le­ment, qu’il en a mangé, des portions. (lire) Il t’en reste en­co­re plu­sieurs, des cartes, ou il faut aller en acheter d’au­tres ? Pourtant, j’avais des photos tou­tes prêtes. → Pourtant j’en avais des tou­tes prêtes, de photos ! ← [Relevé sur un forum de discussion. La for­me attendue serait des photos. Attrac­tion probable (et croisée ?) des for­mes j’en ai pas, de photos et/ou c’est des drôles de photos.]

Si le dé­ter­mi­nant est un dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni com­po­sé (for­me avec de), le nom en prolepse ou en rappel est pré­cé­dé de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, et le dé­ter­mi­nant est repris après le ver­be sans l’élément de :

On a beau­coup de temps. → Du temps, on en a beau­coup. / On en a beau­coup, du temps. Il restait en­co­re beau­coup, de vin. → Du vin, il en restait en­co­re beau­coup. → Il en restait en­co­re beau­coup, du vin. Mais il reste très peu de tarte. → Mais de la tarte, il en reste très peu. / Mais il en reste très peu, de la tarte. Ça fait beau­coup de ques­tions, ça ! → Ça en fait beau­coup, des ques­tions. / Des ques­tions, ça en fait beau­coup ! Il faudrait beau­coup de bonnes idées pour sauver la situation. → De [ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant ad­jec­tif an­té­po­sé] bonnes idées, il en faudrait beau­coup, pour sauver la situation. Vous avez en­co­re beau­coup de tartes com­me ça ? → Vous en avez en­co­re beau­coup, des com­me ça ?

Dans une phra­se né­ga­ti­ve, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni qui dé­ter­mi­ne le nom détaché peut passer à la for­me de, mais ce n’est pas systématique, parce que le rapport entre le ver­be est le CVD est moins net que dans la phase nor­ma­le et l’influenc ede la néga­tion moins forte :

Je n’ai pas constaté énormément d’er­reurs. → Des er­reurs / D’er­reurs, je n’en pas ai constaté énormément.  / J’en ai pas constaté énormément, des er­reurs. / d’er­reurs. On n’a plus beau­coup de temps. → Du temps, / de temps, on n’en a plus beau­coup. / On n’en a plus beau­coup, de temps. Il n’en restait plus beau­coup, du vin. Ou : Il n’en restait plus beau­coup, de vin.

Le maintien de la for­me nor­ma­le du / de la est ce­pen­dant majoritaire :

De l’argent, il n’y en a plus énormément. Malheureusement, on n’en a pas beau­coup, des idées, ni du temps d’ailleurs. De la soupe, il en a pas mangé des masses, vu qu’il aime pas ça du tout.

De tou­te façon, com­me dans le cas de tou­tes les constructions typiques du fran­çais parlé, l’ap­pre­nant (fin­no­pho­ne ou au­tre) de FLE n’a pas besoin de savoir reproduire ces structures, dont la maitrise nécessite une longue pra­ti­que du fran­çais. Mais il importe de savoir les identifier, pour savoir interpréter correctement le sens de de devant un GN isolé en fin de phra­se et rétablir le rapport entre le pro­nom en, le dé­ter­mi­nant et le GN:

D’argent, on n’en a plus énormément. Malheureusement, d’idées, on n’en a pas beau­coup, ni du temps d’ailleurs. De solution, je n’en ai pas trouvé.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 22. Les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis. Dernière mise à jour : 30.7.2021