Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

L’article
indéfini

Formes

L’article indéfini pluriel de
devant adjectif antéposé

Modifications dans une phrase négative

Exceptions

Locutions avec le verbe faire

La règle d’effacement

Emploi de l’article indéfini

Équivalents possibles en finnois de l’article indéfini français

Attribut du sujet et négation en finnois

Négation et présupposé

Formes

Critères de variation

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni est l’un des deux déterminants appelés « ar­ti­cles » dans la ter­mi­no­lo­gie grammaticale fran­çai­se. La for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni peut varier selon les cri­tères sui­vants :

  1. 1) gen­re (mas­cu­lin/fé­mi­nin) et/ou nombre (singulier/pluriel) du nom,
  2. 2) mode de représenta­tion du ré­fé­rent du nom (comptable ou massif),
  3. 3) structure de la phra­se (ad­jec­tif an­té­po­sé, phra­se né­ga­ti­ve, pré­po­si­tion de).

Ce sont gé­né­ra­le­ment des critères syn­ta­xiques assez faciles à iden­ti­fier. Dans cer­tains cas, la for­me de l’ar­ti­cle dépend aus­si du sens (par ex­em­ple néga­tion totale vs né­ga­tion par­tielle). Il faut parfois aus­si savoir iden­ti­fier avec certitude la construc­tion du ver­be, ce qui est une ques­tion de connaissance du vocabulaire.

Toutes les for­mes qui se trouvent dans le tableau ci-dessus sont les allomorphes (les dif­fé­ren­tes for­mes d’un mê­me mot) de l’ar­ti­cle in­dé­fini un, com­me en finnois niistä, ne, niihin, sille, siitä sont des allomorphes de se.

Formes de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni.
Les for­mes élidées entre parenthèses (d’/de l’) s’utilisent devant voyelle.
singulierpluriel
Mode de représentationcomptablemassifcomptable 
Forme nor­ma­lemas­cu­lin un du, de l’ des
fé­mi­nin une de la, de l’
Devant ad­jec­tif an­té­po­sémas­cu­lin undu, de l’de, d’
fé­mi­ninunede la, de l’
Déterminant de CVD/su­jet post­po­sé dans phra­se né­ga­ti­vemas­cu­linde, d’
fé­mi­nin
Après pré­po­si­tion de mas­cu­linun
fé­mi­ninune

Devant voyelle ou h non disjonctif, les for­mes du/de la deviennent de l’ et la for­me de devient d’ (a), mais ces for­mes ne changent pas devant devant h disjonctif (b) :

(a) Il me faut de l’argent. Il y a de l’espoir. C’est de l’huile d’olive. Elle a de l’humour. On n’a plus d’argent.

(b) Il mange du homard. Dans ma jeunesse, j’ai fait du hongrois. Il ressent pour lui de la haine. La source de la rivière se trouve dans de hautes mon­ta­gnes.

L’ar­ti­cle massif du/de la, entité monobloc

Étymologiquement, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif est for­mé de la pré­po­si­tion de et de l’ar­ti­cle dé­fi­ni (le, la, les). Le grou­pe de + le est devenu du, mais de + la ne s’est pas amal­ga­mé et est resté de la. Cepen­dant, en fran­çais moderne, quand ils sont employés com­me ar­ti­cle ex­pri­mant la représenta­tion massive, les mots du, de la, de l’ for­ment chacun un grou­pe monobloc (yhtenäinen), dans lequel de n’est plus une pré­po­si­tion, mais un simple élé­ment de construc­tion de l’ar­ti­cle. Les for­mes du, de la, de l’ de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif sont des entités dont les élé­ments sont indissociables (erot­ta­ma­ton).

On voit que de n’est plus une pré­po­si­tion parce que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif peut s’utiliser après une véritable pré­po­si­tion. En effet, normalement, on ne peut pas utiliser une préposition après une au­tre : *avec pour un ami, *chez de lui etc., comme en finnois on ne peut pas dire par exemple *ystävän kanssa varten.

Il existe quelques prépositions composées formées de deux prépositions (de chez, d’entre etc.), mais il n’existe aucune préposition composée formée de deux prépositions dont la deuxième serait de.

L’article indéfini massif « dela »

Il serait beaucoup plus facile pour les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re de comprendre le fonctionnement de l’article indéfini massif (et pour les en­sei­gnants de fran­çais lan­gue étran­gè­re de l’expliquer et de l’enseigner) si on écrivait la forme du féminin en un seul mot : dela. Cette graphie n’aurait rien d’exceptionnel, puis­qu’on écrit en un seul mot cela, qui est formé à l’origine de ce + , ou bien delà (dans au-delà) formé de de + , ou encore voilà formé de vois + .

Ceci aurait plusieurs conséquences bénéfiques :

a. Il serait plus facile de comprendre que dela s’inscrit dans une série ré­gu­lière de dé­ter­minants :

Elle achète une glace.
Elle achète un gâteau.
Elle achète des glaces.
Elle achète des gâteaux.
Elle achète dela glace.
Elle achète du gâteau.

La forme en deux mots de la se prononce de tou­te façon couramment /dla/ (comme ce se­rait évidemment aussi le cas de la forme dela), tous ces dé­ter­mi­nants sont donc mo­no­syl­la­bi­ques à l’oral.

b. Il serait plus simple de comprendre le fonctionnement de la règle d’effacement : après la préposition de, les formes d’article indéfini commençant par d- sont ef­fa­cées (comparer avec le tableau précédent) :

Elle a envie d’ une glace.
Elle a envie d’ un gâteau.
Elle a envie de glaces.
Elle a envie de gâteaux.
Elle a envie de glace.
Elle a envie de gâteau.

On ne serait alors pas tenté d’inventer (comme c’est le cas dans certains manuels fin­lan­dais) des explications compliquées selon lesquelles « l’article défini le ou la tombe », à propos de la modification elle mange de la glace / elle ne mange pas de glace, puisque dans les séries d’exemples des deux tableaux ci-dessus il n’y nulle part un article défini.

c. Cela permettrait de distinguer plus facilement, au moins en ce qui concerne le fé­mi­nin, les groupes nominaux avec un article indéfini massif et les groupes pré­po­si­tion­nels formés avec la préposition de, un article défini et un nom :

Elle mange dela glace. article indéfini massif
Elle sort de la piscine.préposition de et article défini la
Elle mange du gâteau.article indéfini massif
Elle sort d u bureau.forme contracte de la préposition de
et de l’article défini le

Voir l’article défini : Formes contractes et Formes iden­ti­ques, mots dif­fé­rents !

L’article in­dé­fi­ni massif est un déterminant

Comme tous les articles définis ou indéfinis, l’article in­dé­fi­ni massif fait partie de la catégorie des déterminants. Le déterminant forme avec le nom un groupe nominal. Comme l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif du et de la est un déterminant et non pas une forme de préposition, on peut l’u­ti­li­ser sans problème après une véritable pré­po­si­tion pour former un grou­pe pré­po­si­tionnel : pour de l’argent, avec du vin, dans de la boue etc., sauf après la préposition de (dans ce cas, les articles du et de la s’effacent, voir règle d’effacement ci-dessous).

Dans le grou­pe dans du vin, il y a donc sim­ple­ment une pré­po­si­tion (dans), un dé­ter­mi­nant (du) et un nom (vin), ce qui forme un grou­pe pré­po­si­tionnel :

Groupe pré­po­si­tion­nel
PrépositionGroupe nominal
pré­po­si­tiondé­terminantnom
danslevin
danscevin
dansduvin
avectachance
aveccettechance
avecde lachance

L’ar­ti­cle massif de la n’est donc pas est la combinaison de deux mots dif­fé­rents (la pré­po­si­tion de et l’ar­ti­cle dé­fi­ni la), mais un seul mot écrit en deux par­ties. Il n’y a pas d’ar­ti­cle dé­fi­ni dans un ar­ti­cle in­dé­fi­ni.

Variation des for­mes de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni

Les for­mes de base de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni sont un / une / des / du / de la (et la va­rian­te devant voyelle de l’). Dans cer­tains cas, on utilise une au­tre for­me :

Ces chan­ge­ments très fré­quen­ts sont un des mécanismes fondamentaux de la gram­maire du fran­çais, qu’il faut bien com­pren­dre et savoir utiliser couramment.

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant adjectif an­té­po­sé

Règle générale

Quand l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel (pas singulier, ni massif) des dé­ter­mi­ne un grou­pe no­mi­nal contenant un ad­jectif an­té­po­sé (qui précède le nom), il prend la for­me de. Com­pa­rer :

ad­jec­tif post­po­sé ad­jec­tif an­té­po­sé
Il m’a offert des fleursmagnifiques Il m’a offert de très belles fleurs.
Je vous donne un ex­em­ple différent. Je vous donne d’au­tres ex­em­ples.
L’artiste a dessiné des figures gigantesques dans la neige. L’artiste a dessiné de gigantesques figures dans la neige.

La règle s’applique aus­si quand l’ad­jec­tif est modifié par un ad­ver­be, qui vient se placer entre l’adjectif et le dé­ter­mi­nant :

Il a dit de si belles choses. Ce sont de très bons ex­em­ples. Elle a d’assez bons résultats scolaires.

À noter :

  1. a) dans ce cas, le mot de est une des for­mes possibles de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni, comme un, du, des etc. Ce n’est pas une pré­po­si­tion.
  2. b) la transforma­tion de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en de ne concerne que la for­me comp­ta­ble du pluriel de l’ar­ticle in­dé­fi­ni (des) !
  3. c) au singulier (un, une) et au massif (du, de la), il n’y a pas de transforma­tion de­vant ad­jec­tif an­té­po­sé : une grande mai­son, du bon vin.
Exceptions : mots com­po­sés

Certains grou­pes ad­jec­tif an­té­po­sé + nom com­me petit pois, grande per­son­ne etc., for­ment des mots com­po­sés, c’est-à-dire une seule unité sé­man­ti­que. Dans ce cas-là, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel qui les dé­ter­mine ne change pas de for­me, puis­que l’ad­jec­tif n’est plus un vrai ad­jec­tif qua­li­fi­ca­tif (dont la fonc­tion est de qualifier, de modifier le sens du nom) : le grou­pe ad­jec­tif + nom est lexicalisé, il est devenu un élé­ment au­to­nome du lexique :

un petit pois herne→ des petits pois un jeune homme nuorimies → des jeunes hommes une jeune fille tyttö → des jeunes filles une petite cuillère teelusikka → des petites cuillères un petit four pikkuleipä → des petits fours une grande per­son­ne aikuinen → des grandes per­son­nes Com­pa­rer éga­le­ment : un grand ensemble suuri kokonaisuus → de grands ensembles un grand ensemble kerros­ta­lo­lä­hiö→ des grands ensembles.

Com­ment identifier un mot com­po­sé ?

Com­ment savoir à priori si un ad­jec­tif et un nom for­ment une seule notion ? La gram­mai­re n’ap­por­te mal­heu­reusement au­cu­ne aide : c’est une ques­tion de vo­ca­bu­lai­re, c’est-à-dire de mots qu’on connait ou qu’on ne connait pas. La gram­mai­re per­met en revanche de détecter ces grou­pes dans le code écrit : si un ad­jec­tif an­té­po­sé pluriel est pré­cé­dé de des, il y a de fortes chances pour que l’ad­jec­tif for­me une seule no­tion avec le nom. Par ex­em­ple, dans la phra­se sui­vante, le fait que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni des ne soit pas devenu de in­di­que que gros porteur for­me un mot com­po­sé, un seul nom, qui cor­res­pond au fin­nois laa­ja­run­ko­len­to­kone :

L’armée de l’air envisage de commander des gros porteurs à un avion­neur étran­ger. Il­ma­voi­mat aikoo ostaa laajarunkolentokoneita ulkomaiselta valmistajalta.

Cepen­dant, dans le fran­çais parlé, com­me la règle est rarement observée (voir ci-après), rien ne per­met de détecter avec certitude ces types de noms.

Exceptions : fran­çais parlé

Dans le code écrit, la règle « des devient de devant ad­jec­tif an­té­po­sé » s’applique pra­ti­que­ment systématiquement (sauf dans le cas des mots com­po­sés pré­sen­té ci-dessus). Dans le fran­çais par­lé, on la néglige sou­vent :

Tu as acheté des beaux rideaux. Au marché, j’ai trouvé des belles tomates. Il y avait des petits bouleaux devant la maison.

Mais devant un ad­jec­tif (ou un ad­ver­be) com­men­çant par une voyelle, on utilise très sou­vent la for­me de, mê­me dans le fran­çais parlé :

On a appris d’excellentes nouvelles ! On a vu d’énormes moustiques. Ces deux petites entreprises sont d’assez grosses consommatrices d’électricité.

L’une des raisons pour lesquelles on n’applique cette règle que rarement dans le fran­çais parlé (sauf devant un adjectif commençant par une voyelle) est peut-être que n’importe quel grou­pe ad­jec­tif + nom peut for­mer une no­tion dans l’esprit du lo­cu­teur (au moins momentanément) : des beaux fruits, des grands arbres, des petits bouleaux, des belles chaussures etc. Il peut ainsi s’opérer un glissement subtil entre apprécia­tion pure et mot com­po­sé, dont le sens n’est pas tou­jours facile à interpréter pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re :

Tu as acheté de belles chaussures. [des chaussures qui sont belles] Il avait mis des belles chaussures. [des chaussures de fête, des chaussures qui n’étaient pas des chaussures de tous les jours, ou en meilleur état que ses chaussures ha­bi­tu­el­les etc.]

Modifications dans une phra­se né­ga­ti­ve

Forme de devant CVD et su­jet post­po­sé

Quand l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (tou­tes les for­mes, c’est-à-dire singulier, pluriel et massif) dé­ter­mi­ne un grou­pe no­mi­nal qui est com­plé­ment de ver­be direct (CVD) d’un ver­be à la for­me né­ga­ti­ve, il prend gé­né­ra­le­ment la for­me de :

J’ai une voiture. vs Je n’ai pas en­co­re de voiture.
J’ai remar­qué des fautes. vs Je n’ai pas remar­qué de fautes.
Nous n’avons pas appris de mots nouveaux.
Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de prendre de médicaments.
Ne fais pas de bruit.

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni prend éga­le­ment la for­me de quand il dé­ter­mi­ne un grou­pe no­mi­nal su­jet post­po­sé d’un ver­be à la for­me né­ga­ti­ve d’une cons­truc­tion impersonnelle avec le pro­nom con­ju­ga­teur il (le su­jet occupe la mê­me position qu’un com­plé­ment de ver­be direct) :

Il faut un au­tre collaborateur. → Il ne faut pas d’au­tre collaborateur.
Il reste en­co­re du fromage ? → Il ne reste plus de fromage.
Il se produisait parfois des accidents. → Il ne se produisait jamais d’accidents.

Joskus sattui onnettomuuksia…

Remar­que concernant le finnois : dans l’équi­va­lent en fin­nois de Il passe sou­vent des trains de mar­chan­di­ses la nuit, Yöllä kulkee usein tavarajunia, le par­ti­tii­vi du pluriel de la for­me tavarajunia ex­pri­me la quan­ti­té in­dé­fi­nie. Mais cette nuance est perdue à la for­me né­ga­ti­ve, car, en fin­nois, dans une phra­se né­ga­ti­ve, le com­plé­ment ou le su­jet post­po­sé est tou­jours au par­ti­tii­vi. Dans l’ex­em­ple sui­vant,

Il se produisait parfois des accidents. Joskus sattui onnettomuuksia.
Il ne se produisait jamais d’accidents. Ei koskaan sattunut onnettomuuksia.

la for­me de l’ar­ti­cle change en fran­çais dans la phra­se né­ga­ti­ve, mais cet ar­ti­cle ex­pri­me dans les deux cas la quan­ti­té ou la nature in­dé­fi­nie. En fin­nois, on utilise un par­ti­tii­vi plu­riel dans les deux cas, mais le premier ex­pri­me la quan­ti­té in­dé­fi­nie, le second mar­que la né­ga­tion.

Exceptions

Cepen­dant, cette règle de la transformation de l’ar­ti­cle dans une phra­se né­ga­ti­ve ne s’applique pas sys­té­ma­ti­que­ment. L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni peut conserver sa for­me nor­ma­le dans les cas sui­vants.

Néga­tion par­tielle

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant CVD d’une phra­se né­ga­ti­ve devient de quand la néga­tion est totale. Ex­em­ple : le lo­cu­teur devait acheter des pommes et ne l’a pas fait, il dit :

Je n’ai pas acheté de pommes.

Donc il est revenu sans les pommes prévues, le com­plé­ment du ver­be est « nié » com­plè­tement (com­plé­ment = « zéro, rien »). De mê­me, dans la phra­se sui­vante, on dit que la police n’a rien trouvé qui puisse servir à accuser le suspect (com­plé­ment = « zéro, rien ») :

La police n’a pas pu trouver de preuves contre le suspect. Poliisi ei löytänyt todisteita epäiltyä vastaan.

Mais la néga­tion peut aus­si être partielle : le ver­be peut avoir un com­plé­ment, mais ce com­plé­ment est dif­fé­rent de celui prévu ou supposé. Dans ce cas, l’ar­ti­cle reste gé­né­ra­le­ment à la for­me nor­ma­le des/du/de la/de. Dans la phra­se sui­vante, la per­son­ne a bien acheté quel­que chose, mais ce ne sont pas des pommes. Ce qui est nié est la nature (laji, tyyppi) du com­plé­ment, et non pas le com­plé­ment tout entier :

Je n’ai pas acheté des pommes, j’ai acheté des cerises.

Remar­que : la for­me de peut aus­si être la for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant ad­jec­tif an­té­po­sé. Com­me c’est la mê­me for­me que l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant com­plé­ment direct d’une phra­se né­ga­ti­ve, on ne voit pas de dif­fé­ren­ce :

On a découvert de nouvelles exoplanètes.
de = ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant l’ad­jec­tif an­té­po­sé nouvelles

On n’a pas découvert de nouvelles exoplanètes.
de = ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant com­plé­ment direct d’un ver­be à la for­me né­ga­ti­ve.

On voit une différence dans une phrase affirmative avec un groupe nominal au singulier :

On a découvert une nouvelle exoplanète.
On a découvert de nouvelles exoplanètes. (forme de des devant adjectif antéposé pluriel)

Vaan...

Quand on reprend une phra­se né­ga­ti­ve sous for­me affirmative, comme on le fait en fin­nois avec l’adver­be vaan, on conserve le plus sou­vent la for­me nor­ma­le de l’ar­ti­cle. Le mot vaan n’a pas d’équi­va­lent direct en fran­çais . On ex­pri­me l’idée de vaan en reprenant à la for­me affirmative la phra­se qui était à la for­me né­ga­ti­ve :

Cette année il ne m’a pas offert une cravate, il m’a offert une chemise. Il ne boit pas du vin, il boit du cidre. Finalement, on n’a pas acheté des skis, on a acheté un snowboard.

Dans un tel cas, la néga­tion peut être implicite, c’est-à-dire qu’on ne précise pas tou­jours le « vrai » com­plé­ment après la phra­se né­ga­ti­ve. Dans la phra­se Je n’ai pas ache­té des pommes, le simple fait de conserver l’ar­ti­cle à sa for­me nor­ma­le in­di­que qu’on a acheté quel­que chose d’au­tre à la place des pommes, au­tre­ment dit cette for­me im­pli­que un présupposé.

La néga­tion porte sur un au­tre élé­ment que le CVD

La néga­tion peut aus­si être par­tielle en ce sens qu’elle ne porte pas sur le com­plé­ment direct du ver­be, mais sur un au­tre élé­ment de la phra­se, par ex­em­ple sur l’ad­jec­tif qui ca­ra­cté­ri­se le com­plé­ment (et non pas sur tout le com­plé­ment) :

Il ne faut pas y ac­cor­der une grande importance. [On peut y ac­cor­der de l’importance, mais pas trop.] Il n’a pas obtenu des résultats vraiment intéressants [Il a bien obtenu des résultats, mais qui ne sont pas intéressants.] La police n’a pas trouvé des preuves décisives contre le suspect. Poliisi ei löytänyt ratkaisevia todisteita epäiltyä vastaan. [La police a donc trouvé des preuves, mais elles n’étaient pas décisives.] Nos voisins n’ont pas un petit voilier, ils ont un catamaran de 15 m !

C’est éga­le­ment le cas quand la néga­tion porte sur un ad­ver­be ou un com­plé­ment de phra­se. Ces élé­ments sont in­di­qués en italiques dans les ex­em­ples sui­vants :

Demain nous n’irons pas faire du ski. Avec le temps qu’il a fait cet hiver, on n’a pas sou­vent fait du patinage sur le lac. Autrefois, les gens ne mangeaient pas de la viande tous les jours. Cette année, on n’est pas allés acheter du vin chez le producteur. [mais ailleurs] Les chercheurs n’ont pas obtenu des résultats im­mé­dia­te­ment. Adecco ne pourra pas vous proposer des missions avant votre arrivée en France. Vous ne pourrez pas fabriquer du fromage avec des moyens aus­si dérisoires. La sépara­tion des déchets de verre est im­por­tan­te car on ne peut pas produire du verre incolore à partir d’un verre coloré. Les Fran­çais ne boivent plus aus­si sou­vent du vin aux repas qu’il y a en­co­re vingt ans.

Autre ex­em­ple de ce type : dans la première des deux phra­ses sui­vantes, l’ar­ti­cle des est devenu de (né­ga­­tion totale), mais dans la deuxième, il ne change pas. En effet, la deuxième phra­se signifie « Il m’arrive d’ou­blier des choses, mais pas un visage ». Le lo­cu­teur oublie donc cer­tai­nes choses, mais pas tout (né­ga­­tion par­tielle) :

1. Je n’ai pas oublié de noms ? Muistinko sanoa kaikkien nimet ?
2. Je n’oublie jamais un visage. En unohda koskaan jonkun kasvoja.

Ne... que

La construction ne… que (vain, pelkästään) n’a pas un sens né­ga­tif. L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni n’est donc pas modifié devant le com­plé­ment de ver­be direct :

Nous n’avons trouvé que des russules et des lactaires, pas de cèpes. Löysimme vain haperoita ja rouskuja, emme tatteja.

Ni... ni...

Dans la construc­tion ni… ni …, on peut conserver l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant le CVD (nor­ma­le­ment il est sup­pri­mé), pour sous-entendre que le ver­be a bien un com­plé­ment, mais qu’il est dif­fé­rent de celui pré­vu ou supposé. Com­pa­rer :

Je n’ai acheté ni perceuse ni ponceuse. En ostanut porakonetta enkä hiomakonetta. [= Je n’ai rien acheté du tout.]
Je n’ai acheté ni une perceuse ni une ponceuse [mais quel­que chose d’au­tre].
Je n’ai bu ni vin ni bière. [= je n’ai pas bu de boisson alcoolisée.]
Je n’ai bu ni du vin ni de la bière [mais peut-être une au­tre boisson alcoolisée].

Affirma­tion cachée en né­ga­tion

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni conserve aus­si sa for­me nor­ma­le si la néga­tion cache une affirma­tion déguisée ou at­té­nuée, no­tam­ment dans les questions polies ou dans l’in­ter­ro­ga­tion indi­rec­te :

Vous n’auriez pas de la monnaie ? Tu ne pourrais pas me prêter un sac de cou­chage pour les vacances ? Une associa­tion locale me demande si je ne pourrais pas leur fournir des tee-shirts avec leur logo. On peut se demander si cette déclara­tion n’a pas donné des idées à des apprentis terroristes, à moins que ce ne soit les films d’Hollywood. J’ai vu que plu­sieurs stagiaires prenaient des notes. N’est-ce pas de leur part une posture de récep­tion pas­si­ve ? Et dès lors ne faudrait-il pas leur fournir des notes ? Tu ne voudrais pas aller faire une balade ? Pardon Monsieur, vous n’auriez pas du feu ?

Dans tou­tes ces phra­ses, le ver­be cor­res­pond en fait à un ver­be affirmatif (si je pou­vais leur fournir / a sans doute donné des idées / il faudrait fournir des notes / vous avez du feu etc.).

Expressions figées et locutions

Dans les ex­pres­sions figées qui, com­me leur nom l’in­di­que, ont une for­me fixe, la néga­tion n’influence pas la for­me de l’ar­ti­cle :

met­tre des bâtons dans les roues à quel­qu’un panna jollekulle kapuloita rattaisiin :
On ne va pas lui met­tre des bâ­tons dans les roues.

ne pas casser des briques (fa­mi­li­er)  ei olla kummoinen:
Ça casse pas des briques. Se ei ole häävi.

donner des leçons saarnata :
Mais je n’ai pas donné des leçons, bien au contraire j’ai essayé de t’aider !

Certaines ex­pres­sions ne sont ce­pen­dant pas entièrement figées, et la néga­tion peut éven­tu­el­le­ment en­trai­ner la transforma­tion de l’ar­ti­cle. Com­pa­rer :

Il ne faut pas dire de mal des gens qu’on ne connait pas.
Il ne faut pas dire du mal des gens qu’on ne connait pas.

Les deux phra­ses sont possibles et correctes (et ont le mê­me sens). Dans la pre­miè­re, mal (pahaa) est le CVD du ver­be dire, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif devient de dans la phra­se né­ga­ti­ve. Dans la deu­xième phra­se, dire du mal est senti com­me une locu­tion ver­bale figée, qui a le mê­me sens que par ex­em­ple critiquer (com­me en fin­nois puhua pahaa = panetella) ; la néga­tion n’influence pas le mot du, qui est un simple élé­ment de cons­truc­­tion (fixe et in­va­ria­ble) du ver­be /diʁdymal/.

Locutions avec le ver­be faire décrivant une activité

Dans les locutions for­mées avec faire dé­cri­vant une activité (sportive ou au­tre), l’influence de la néga­tion est variable et l’usage est un peu flottant, car on trouve des cas où la for­me du/de la se maintient à la for­me né­ga­ti­ve. Mais le plus sou­vent, la règle de la néga­tion s’applique et on utilise la for­me d’ar­ti­cle de :

Il a longtemps joué dans un club, mais ça fait maintenant des années qu’il ne fait plus de foot.  Il y avait beau­coup de neige et j’ai retenu la leçon : je ne fais plus de cheval en hiver. Pendant un mois, je n’ai pas fait de violon, parce que j’avais une douleur au coude. Je ne fais plus de yoga mais cette discipline, à condi­tion d’avoir un bon professeur, est très bénéfique.

Ex­em­ple avec maintien de la for­me de la :

Maintenant cela fait 2 ans que je ne fais plus de l’équitation ! Et cela me manque atrocement !!

Il n’exis­te pas de règle précise permettant de décider avec certitude si l’ar­ti­cle devient de dans ce gen­re d’ex­pres­sions ou s’il se maintient à la for­me nor­ma­le. Cela peut dépendre du con­tex­te, du sens qu’on veut donner à la phra­se et, par ex­em­ple aus­si, des ha­bi­tu­des du lo­cu­teur. En règle générale, tou­tefois, dans ce gen­re de cas, on applique la transforma­tion du/de lade. Le plus simple et le plus sûr pour l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re est de l’appliquer.

Exceptions

Il y a ce­pen­dant deux cas où l’ar­ti­cle massif reste à la for­me normale du/de la :

a) quand on reprend (pour la corriger) une phra­se né­ga­ti­ve sous for­me affirmative (voir ci-des­sus) ou quand la né­ga­tion porte sur un au­tre élément que le CVD :

Aujourd’hui, je ne fais pas du ski, je fais du patin à glace. Quand j’étais jeune, je ne faisais pas du hockey comme tous les copains, mais du ski alpin. Je n’ai jamais fait de l’athlétisme dans un club et surtout je ne veux pas en faire [la né­ga­tion porte sur dans un club].

b) quand la locution ver­bale for­mée avec faire est com­plé­ment d’un au­tre ver­be. En effet, dans ce cas, la né­ga­tion porte sur le ver­be prin­ci­pa­l et non sur la lo­cu­tion :

Ma femme n’aimait pas faire de la plongée sous-marine. Johnny [Halliday] n’aimait pas faire de la télé, il n’aimait pas sortir trois chansons du contexte d’un show. Avec ta blessure à l’épaule, il vaut mieux ne pas faire de la natation pen­dant un mois. Aujourd’hui, je n’ai pas la force de faire de la musculation. Si vous n’avez pas envie de faire de la randonnée, montez à bord du train Pa­no­ra­mi­que des Dômes pour un accès plus rapide et plus facile.

Dans ce cas aus­si, mal­gré une très nette ten­dan­ce à maintenir la for­me normale de l’ar­ti­cle, on peut trouver épisodiquement (par ex­em­ple sur Internet) des cas avec la for­me d’ar­ti­cle de, mais ils sont rares.

À retenir

La transforma­tion de un/une/des/du/de la en de ne concerne que les cas où l’ar­ti­cle dé­ter­mi­ne un com­plé­ment de ver­be di­rect, elle ne concerne pas le cas où l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni dé­ter­mi­ne un at­tri­but du su­jet (finnois pre­di­ka­tii­vi) :

C’est une bonne solution. vs Ce n’est pas une bonne solution. Ces fleurs sont des sylvies. Nämä kukat ovat valkovuokkoja. vs Ces fleurs ne sont pas des perce-neiges. Nämä kukat eivät ole lumikelloja.

✎ En finnois non plus, la né­ga­tion n’a pas d’influence sur l’attribut du su­jet.

La règle d’effacement

Influence de la pré­po­si­tion de

Règle d’effacement : après la pré­po­si­tion de, les for­mes d’ar­ti­cle in­dé­fi­ni com­mençant par un d ne sont pas exprimées. Les for­mes qui s’effacent (häviävät, siirtyvät taka-alalle) sont des (ou de devant ad­jec­tif an­té­po­sé) et du/de la.

Dans l’exem­ple sui­vant, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni des devant le com­plé­ment de ver­be direct projets s’efface quand on utilise le ver­be parler de, qui se construit avec la pré­po­si­tion de  :

  Jean m’a pré­sen­té des  projets intéressants. (présenter qch esitellä jtak)
*Jean m’a parlé de  des projets intéressants. (parler de qch kertoa jstak) →
   Jean m’a parlé de   projets intéressants.

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif s’efface aus­si après la pré­po­si­tion de, par ex­em­ple dans la locu­tion ver­bale avoir besoin de quel­que chose :

 Il me faudrait   du  pain.
*J’ai besoin de du pain. →
   J’ai besoin de   pain.

Ex­em­ples de cas où la règle d’ef­fa­ce­ment s’appli­que :

singulier → pluriel (un devient des, qui s’efface après de) :

J’ai besoin d’un livre.
J’ai besoin de livres.
La cour est entourée d’une clôture.
La cour est entourée d’ arbres.

ver­bes construits sans de (avec com­plé­ment direct) et ver­bes construits avec de  (com­plé­ment pré­po­si­tion­nel) :

Je voudrais du beurre. (du  ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif mas­cu­lin)
J’ai besoin de beurre. (de pré­po­si­tion, avoir besoin de qch)
Sur la glace, ils utilisent des chaussures à crampons. (des ar­ti­cle)
Sur la glace, ils se munissent de chaussures à crampons. (de pré­po­si­tion, se munir de qch)
Il réclame de l’ affection. Hän tarvitsee rakkautta. (de l’  ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif fé­mi­nin)
Il manque d’ affection. Hän kaipaa rakkautta. (de pré­po­si­tion, manquer de qch)

ad­jec­tifs construits avec la pré­po­si­tion de  :

Dans tes bottes, il y a de la  neige. (de la  ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif fé­mi­nin)
Tes bottes sont pleines de neige. (de pré­po­si­tion)
Dans la vallée, il y a du brouillard. (du  ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif mas­cu­lin)
La vallée est pleine de  brouillard. (de pré­po­si­tion)
Dans la cheminée, il y a de la suie. Takassa on nokea. (de la  ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif fé­mi­nin)
La cheminée est noire de suie. Takka on noesta mustana. (de pré­po­si­tion)

L’effacement concerne aus­si la for­me de

L’effacement concerne aus­si la for­me de de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel devant adjectif an­té­po­sé (de nouveaux livres, de jeunes enfants). Com­parer le singulier et le pluriel :

singulierpluriel
Il achète un nouveau livre.Il a besoin d’un nouveau livre.
Il achète de nouveaux livres. (de ar­ti­cle)Il a besoin de nouveaux livres.(de pré­p.)
Elle garde un jeune enfant.Elle s’occupe d’un jeune enfant.
Elle garde de jeunes enfants.(de ar­ti­cle)Elle s’occupe de jeunes enfants.(de pré­p.)

La pré­po­si­tion de peut avoir des sens très variés et être elle-mê­me élément d’une pré­po­si­tion com­po­sée, com­me dans ces ex­em­ples, où l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni s’efface au pluriel :

singulierà cause d’unpro­blè­me technique teknisen vian vuoksi
plurielà cause depro­blè­mes techniques teknisten vikojen vuoksi
singulierau début d’une phra­se de ce gen­re tällaisen lauseen alussa
plurielau début dephrases de ce gen­re tällaisten lauseiden alussa
Prononciation

La règle d’effacement pro­vo­que sou­vent des transformations inattendues dans la pro­non­cia­tion, parce que l’effacement de l’ar­ti­cle met en contact la préposition de (pro­non­cée simplement /d/) avec des consonnes qui ne le sont pas dans la graphie ou quand l’ar­ti­cle est exprimé. À cause de l’assimilation de sonorité, la réalisation sonore du groupe de mots peut être surprenante :

Il te faut des ognons ? /itfodezonjõ/
Tu as besoin d’ognons ? /tabzwɛ̃donjõ/
Il me faut des tomates. /imfodetomat/
J’ai besoin de tomates. /ʒebzwɛ̃omat/
J’aimerais du chan­ge­ment. /ʒᴇmʁᴇdyʃɑ̃ʒmɑ̃/
J’ai envie de chan­ge­ment. /ʒeɑ̃vitʃɑ̃ʒmɑ̃/
Il te faut des suggestions. /itfodesygʒᴇstjõ/
Tu as besoin de suggestions ? /tabzwɛ̃tsygʒᴇstjõ/
J’aimerais du café./ʒᴇmʁᴇdykafe/
J’ai envie de café./ʒeɑ̃vitkafe/

Il peut être bon de s’exercer à pro­non­cer ces séquences pour s’habituer au moins à les reconnaitre. Voir casque-audio-avec-micro 15.8.

Cas des dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis com­po­sés

Dans les constructions beau­coup de gens, peu de monde, trop de livres, nombre de cas etc., la suppression de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni n’est pas le résultat de la règle d’effacement, mais de l’in­com­pa­ti­bilité entre les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis : après un dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni, on ne peut pas utiliser un au­tre dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni. Après les dé­ter­mi­nants in­dé­fi­nis com­po­sés com­me beau­coup de, trop de, on peut donc utiliser un dé­ter­mi­nant dé­fi­ni (dé­ter­minant dé­mons­tra­tif beau­coup de ces amis, dé­ter­minant possessif beau­coup de tes livres, ar­ti­cle dé­fi­ni beau­coup des [contrac­tion de de + les] livres qu’il a lus), mais pas un au­tre dé­ter­minant de quan­ti­té. L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif ou pluriel ne s’utilise donc pas en plus du dé­ter­mi­nant in­dé­fi­ni de quan­ti­té. Com­pa­rer les phra­ses sui­vantes (les dé­ter­mi­nants, simples ou com­po­sés, sont si­gnalés en couleur) :

Il y a de la crème dans la soupe. Il y a trop de crème dans la soupe. Il faut du temps. Il faut beau­coup de temps. Il faut manger des fruits. Il faut manger beau­coup de fruits. Dans la rue, il y avait des gens et des voitures. Il y avait plus de gens et moins de voitures qu’hier.

Des noms « com­po­sés » résultant de la règle d’effacement

Autre illustra­tion de la règle d’effacement : de nom­breux grou­pes no­mi­naux, qui se traduisent en fin­nois par des noms com­po­sés et que les fin­no­pho­nes prennent pour cette raison pour des noms com­po­sés en fran­çais (parce qu’ils semblent présenter les mê­mes ca­rac­té­ris­ti­ques que les noms com­po­sés, c’est-à-dire utilisa­tion de de et absence d’ar­ti­cle), ne sont tout sim­ple­ment que le résultat de l’effacement de des après la pré­po­si­tion de. Il n’y a donc au­cu­ne raison de parler de noms com­po­sés dans un cas pareil :

une forêt de bouleaux ← une forêt de des bouleaux koivumetsä [une forêt de bouleaux = une forêt où il y a des bouleaux] un catalogue d’accessoires ← un catalogue de des accessoires tarvikeluettelo [de = où il y a des accessoires] un livre d’histoires drôles ← un livre de des histoires drôles kaskukirja [de = « où il y a »] une valise de vêtements ← une valise de des vêtements laukullinen vaatteita [de = « où il y a »] une table de bois ← une table de du bois puusta tehty pöytä, puupöytä [une table de bois = table faite avec du bois] un sac de cuir ← un sac de du cuir nahkalaukku [de =« fait avec, fait en, fait de »] un cendrier de verre ← un cendrier de du verre lasituhkakuppi [de =« fait avec »] un seau de peinture ← un seau de de la peinture maalipurkki [de = « où il y a »] une feuille de papier ← une feuille de du papier paperiliuska [de papier =«constitué de papier », « qui est du papier »] un bâton de rouge ← un bâton de du rouge huulipunapuikko [de = « qui est du »] une bouteille de vin ← une bouteille de du vin viinipullo [de = « où il y a »]

Utilité didactique de la règle « d’effacement »

Si on com­pa­re une suite d’ex­em­ples de ver­bes se construisant sans pré­po­si­tion (ex­em­ples 1, 2, 8, 9) et de ver­bes se construisant avec dif­fé­ren­tes pré­po­si­tions tels que les sui­vants :

1On accueillede jeunes élèves.
2On rencontrede jeunes élèves.
3On discuteavecde jeunes élèves.
4On écritpourde jeunes élèves.
5On parlede           jeunes élèves.
6On parleàde jeunes élèves.
7On vitparmide jeunes élèves.
8On mangeradu pain.
9Tu achètesdu pain.
10Ça se mangeavecdu pain.
11Ça s’étendsurdu pain.
12J’ai besoinde           pain.
13Ça ressembleàdu pain.
14Je l’ai prispourdu pain.

on constate que quand le ver­be se construit avec de (ex­em­ples 5 et 12), l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel (des) ou l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif (du) « disparaissent », alors que les au­tres pré­po­si­tions (avec, pour, à, parmi, sur) ne pro­vo­quent au­cu­ne transformation. Dans les ex­em­ples 5 et 12, com­me les for­mes d’ar­ti­cle com­men­cent tou­tes deux par un d (des, du), pour éviter la succession de deux mots en d, ces for­mes d’ar­ti­cle des/du ne sont pas ex­pri­mées.

Cette règle ne porte en gé­né­ral pas de nom dans les gram­mai­res, elle est ce­pen­dant connue dans cer­tains ouvrages sous le nom de règle de cacophonie, terme qui apparait pour la première fois dans la Gram­mai­re de Port-Royal, dé­si­gna­tion ha­bi­tu­el­le de l’ouvrage publié à Paris en 1660 (re­mar­quer la date déjà très ancienne) par Claude Lancelot et Antoine Arnauld, sous le titre de Grammaire gé­né­rale et raisonnée. En effet, au pluriel, l’ar­ti­cle un devient des. Après la pré­po­si­tion de, si l’ar­ti­cle des se conservait, on obtiendrait donc une suite /dɶde/ déplaisante à l’oreille :

Munissez-vous d’une lampe de poche.
Munissez-vous de des lampes de poche.

Ce serait donc pour éviter la suite « cacophonique » /dɶde/ qu’on ne répèterait pas, après la pré­po­si­tion de, une for­me d’ar­ti­cle com­mençant par d. Le terme de « règle de cacophonie » est parlant et facile à re­te­nir, et il permet de nommer sim­ple­ment le phénomène. Cepen­dant, historiquement, il est probable que les for­mes en d de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni n’ont jamais été utilisées après la pré­po­si­tion de, justement parce que la pré­po­si­tion de l’a empêché.

On ne devrait donc pas parler de règle d’effacement, puis­que quel­que chose qui ne se prononçait pas ne pouvait pas disparaitre. Il faudrait donc plutôt parler de règle de « non apparition », ou règle de « la­ten­ce » (voir ci-dessous). Cepen­dant, on a préféré utiliser le terme de règle d’effacement, car du point de vue de l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, il y a quand mê­me un « ef­fa­ce­ment » si on com­pa­re l’effet de la pré­po­si­tion de avec les au­tres pré­po­si­tions, qui n’ont au­cu­ne influence sur l’ar­ti­cle :

Il part avecdes jeunes.Ça se mange avec du pain.
Il parle de                 jeunes.Il a besoin de             pain.
Il écrit pourdes jeunes.Il l’a pris pourdu pain.

Qu’il soit typogra­phi­que ou phonique, il y a bien un « blanc » (aukko) devant le nom (jeunes, pain) après la pré­po­si­­tion de. Il n’y a pas de blanc avec le ver­be transitif direct et les au­tres pré­po­si­tions. Le terme de « règle de latence » illustrerait bien le fait que l’ar­ti­cle n’a pas véritablement disparu, puis­qu’il « réapparait » au sin­gulier :

Il a besoin de chaussures.
Il a besoin d’une chaussure.

ou après d’au­tres pré­po­si­tions que de. Mais c’est justement cet effacement, cette dispari­tion « mysté­rieu­se » de l’ar­ti­cle par rapport à ce qui se passe avec d’au­tres pré­po­si­tions, qui entraine les er­reurs d’inter­pré­ta­tion. C’est pourquoi le terme « ef­fa­ce­ment » présente un intérêt didactique.

Emploi de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni

Catégorisation

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni sert à dé­fi­nir un objet de pensée, en précisant la classe d’objets du monde à laquelle il appartient :

Ceci est une pomme. Le merle est un oiseau. Mustarastas on lintu. Ce liquide est de l’eau de javel. Tämä neste on kloorivettä. Ce tissu n’est pas du coton, c’est de l’acrylique.

Il y a une nette similarité entre le fran­çais un et le finnois sellainen (« tel ») : c’est une pompe signifie pro­prement « c’est un élément de la ca­té­go­rie “pompe” », com­me sel­lai­nen utilisé dans la langue parlée en finnois Mikä toi on? Se on sellainen pumppu.

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif s’utilise ainsi avec un grand nombre d’ex­pres­sions com­po­sées du ver­be faire, où on dé­fi­nit (ca­ra­cté­ri­se) la ca­té­go­rie d’activité :

faire du sport urheilla faire du fran­çais lukea ranskaa faire de l’équita­tion harrastaa rat­sas­tus­ta faire de l’aquajogging harrastaa vesijuoksua faire du piano soittaa pianoa

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni sert donc à ca­ra­cté­ri­ser un nom et pour cette raison on l’utilise sou­vent devant un nom caractérisé par un ad­jec­tif ou une construc­tion équi­va­lente (pro­po­si­tion re­la­ti­ve, par­ti­ci­pe etc.). Dans ce cas aus­si, en finnois, on utilise fré­quem­ment sellainen dans la langue parlée :

Mon frère a une voiture rouge. C’est une Renault. C’est un type sympathique. L’ar­ti­cle est un point difficile à com­pren­dre. Il a dit des choses que je trouve in­ac­cep­ta­bles. Il parle de gens que je ne connais pas. [ar­ti­cle des caché derrière de] Je connais des étudiants n’ayant jamais été en France.

L’ar­ti­cle massif déterminant un groupe nominal avec ad­jec­tif

Pour la mê­me raison, quand un nom pré­cé­dé de l’ar­ti­cle massif est modifié par un ad­jec­tif (ou une cons­truc­tion équi­va­lente), l’ar­ti­cle est sou­vent (mais pas obli­ga­toi­rement) à la for­me comp­table un/une/des, et in­di­que que le nom qu’il dé­ter­mi­ne est un type par­ti­cu­lier (un sous-ensemble) de la ca­té­go­rie :

C’est de l’ eau. → C’est une eau très fraiche. Il a de la chance. → Il a une chance extraordinaire. C’est du vin. → C’est un vin que je n’avais jamais gouté. Se on viinilaji, jota en ollut koskaan maistanut. Elle a pris du repos. → Elle a pris un repos bien mérité. Dans la bouteille, il y avait du liquide. → Dans la bouteille, il y avait un liquide d’une couleur bizarre. La bouteille était remplie de liquide. [l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif du est effacé après la pré­po­si­tion de (remplie de *du liquide)]→ La bouteille était remplie d’un liquide verdâtre. Il tombait une pluie fine et glacée.

sauf si le grou­pe nom + ad­jec­tif for­me un mot com­po­sé, une seule notion :

C’est du fromage blanc. Se on rahkaa. [fromage blanc est un mot com­po­sé, ce n’est pas valkoinen juusto.] Mets-y du gros sel. Lisää siihen karkeaa suolaa. [gros sel ne signifie pas ”paksu suola”.] On a bu du vin rouge. Juotiin punaviiniä. [vin rouge n’est pas punainen viini. ]

La for­me de l’ar­ti­cle permet d’obtenir des nuances de sens, auxquelles il faut faire attention :

C’est du vin doux. Se on aperitiiviviiniä. [vin doux, une seule notion, mot com­po­sé.]
C’est un vin doux. Se on pehmeänmakuista viiniä. [C’est du vin, il est doux.]

Tout grou­pe nom + ad­jec­tif peut for­mer momentanément dans l’esprit du lo­cu­teur une no­tion (mê­me si elle n’est pas lexicalisée) :

C’est un bon vin. Se on hyvä viinilaatu. [C’est un vin qui est bon.]
C’est du bon vin. Se on ”juotavaa” viiniä. [C’est du vin qu’on peut boire.]

Dans le dernier ex­em­ple, le lo­cu­teur considère que pour lui il n’y a que deux types de vin : le bon vin et le mauvais vin ; le vin qu’il a gouté est du bon vin.

Nature et quantité in­dé­fi­nies

L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni dé­ter­mi­ne le nom en donnant des indications sur la classe ou la ca­té­go­rie à laquelle appartient le signifié du nom, mais il ne permet pas à lui seul d’iden­ti­fier de façon ce que que le nom dé­si­gne. Dans ce sens, il correspond au finnois jokin/joku ou eräs (dans la langue parlée yksi) :

Le joueur devait choisir un chiffre. Pelaajan piti valita jokin numero. La semaine dernière, j’ai acheté un livre de cuisine, mais je n’y ai pas trouvé la recette. Viime viikolla ostin yhden keit­to­kirjan, mutta en löytänyt ohjeita siitä.

En mê­me temps, l’adjectif in­dé­fi­ni renseigne tou­jours aus­si sur le nombre (ou la quantité) des objets qu’il détermine. En finnois, on utilise éga­le­ment jokin/ joku/ joitakin, ou eräs, dans la langue parlée yksi :

On a vu des films, mais au­cun n’était vraiment bon. Nähtiin joitakin elokuvia, mutta mikään niistä ei ollut oikein hyvä. Il a posé des conditions. Hän asetti joitakin ehtoja. C’est des voisins qui nous l’ont dit. Yhdet naapurit kertoivat sen meille.

Remar­que : ne pas traduire joitakin par quel­ques, qui signifie  « muutamia ».

Valeur gé­né­ri­que

Com­me l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni ren­voie à un élément d’une classe, cet élément peut être pré­sen­té com­me représentatif de tou­te la classe. On parle alors d’em­ploi gé­né­ri­que :

Un chien est un animal. Un livre est un ensemble de pages imprimées reliées. 

Seule la for­me comptable singulier de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni peut avoir cette valeur gé­né­ri­que. À la place du plu­riel et du massif, on utilise l’ar­ti­cle dé­fi­ni :

*Du vin rouge est bon pour la santé. → Le vin rouge est bon pour la santé. *Des livres sont chers. → Les livres sont chers.

Cette valeur gé­né­ri­que apparait surtout quand le nom est su­jet du ver­be. À l’oral, le grou­pe no­mi­nal à valeur gé­né­ri­que dé­ter­mi­né par un ar­ti­cle in­dé­fi­ni est très sou­vent en posi­tion dé­ta­chée et repris par ça/ce  :

Un chien, c’est un animal. Koira on vain eläin. Un livre, c’est un ensemble de pages imprimées.

Emplois par­ti­cu­liers de l’ar­ti­cle massif du
L’ar­ti­cle massif sans genre

Com­me en fin­nois, l’ar­ti­cle massif peut dé­ter­mi­ner un nom propre. Celui-ci dé­si­gne alors la produc­tion ou les actes ha­bi­tu­els de la per­son­ne dé­si­gnée, et l’ar­ti­cle mas­sif ren­voie dans ce cas à un un ré­fé­rent virtuel sans gen­re dé­ter­mi­né, et non pas à la per­son­ne elle-mê­me. L’ar­ti­cle mas­sif est à la for­me sans genre du, qu’on utilise aus­si devant un nom propre ren­voy­ant à un fé­mi­nin :

C’est du Schubert. Ça, c’est du Michel ! Se on tyypillistä Micheliä! Il a acheté un Braque. Hän osti Braquen taulun. Ça fait penser à du Dali. Se muistuttaa Dalia. Ça ressemble beau­coup à du Yourcenar. [auteur fé­mi­nin] En ce moment je lis du Gavalda. [auteur fé­mi­nin] C’est du Marie tout craché ! Se on tyypillistä Marieta.

Dans le fran­çais parlé, on utilise fré­quem­ment l’ar­ti­cle massif dé­ter­mi­nant un ad­jec­tif à la pla­ce de la cons­truc­tion quel­que chose de + ad­jec­tif. L’ad­jec­tif est utilisé avec une va­leur gé­né­ri­que, sans genre spécifique. On uti­li­se donc uni­que­ment la for­me du mas­cu­lin du (devant voyelle de l’) :

Il me faut du bon marché. Non moi il me faut du décalé. Du contradictoire. Je suis réceptive au côté digne et absurde des films de ce réalisateur. Cet auteur veut du drôle, du désinvolte, du léger. Ils ne cherchent pas à perfectionner l’art de leurs devanciers ni leurs propres talents non, il leur faut du nouveau. Alors c’est du psychologique ou du réel, finalement? En effet, la formation, c’est du « relationnel », de l’anima­tion d’équipe, c’est au­tre chose que du cours magistral. [ex­em­ples divers d’Internet]

L’ar­ti­cle massif ex­pri­mant des mesures dans la langue cou­rante

On em­ploie éga­le­ment cet ar­ti­cle massif mas­cu­lin (neu­tre) devant des ex­pres­sions numériques ex­pri­mant une mesure (code écrit courant ou fran­çais parlé) :

Elle chausse du 38. En tour de hanches, je fais du 84 cm. J’ai essayé du S, mais c’était trop petit, j’ai dû prendre du M.

Dans ce cas aus­si, si le nom est modifié par un ad­jec­tif, on utilise l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni comptable :

Taille-t-elle un grand 37 ou pas ? C’est très laid, d’autant que je fais un petit 85B. C’était vraiment un XL gigantesque.

Ces tournures sont typiques de la langue cou­rante (tous les ex­em­ples ci-dessus sont tirés de divers forums ou sites In­ternet). Dans la langue soignée, ces ex­pres­sions seraient tournées (par ex­em­ple) ainsi :

Mon tour de hanches est de 84 cm. J’ai essayé la taille S, mais c’était trop petit, j’ai dû prendre la taille M.

Un dé­ter­mi­nant numéral

Le mot un peut, confor­mément à son étymologie (latin unum) signifier le nombre « 1 ». À l’oral, il est sou­vent accentué (varia­tion d’intonation). À l’écrit, on peut sou­li­gner le sens numéral avec l’ad­jec­tif seul (ainoa) ou en mettant le mot un en italiques, mais ce n’est pas tou­jours né­ces­sai­re :

Il me faudrait une pièce de deux euros. J’ai passé pres­que une heure dans la librairie, mais je n’ai acheté qu’un livre. Un seul élève avait pré­pa­ré le texte. Je n’ai pas ouvert un livre de tout l’été.

Équi­va­lents possibles en finnois de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni

En finnois, il y a dif­fé­rents dé­ter­mi­nants (dé­mons­tra­tifs, in­dé­fi­nis etc.), mais pas de mots di­rec­tement équi­va­lents aux ar­ti­cles fran­çais un ou le. Cepen­dant, cer­tains mots sont sou­vent utilisés d’une façon qui rappelle grandement l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni fran­çais.

Les équi­va­lents proposés ici s’utilisent en finnois es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit courant (yleiskieli) ou le fin­nois parlé. Dans le code écrit strict (kirjakieli), on ne les em­ploie qua­si­ment jamais. Mais le finnois parlé est très utile au moins pour tester la possibilité de l’utilisation de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni.

sellainen (sellane) (catégorisation) = un/une/des

Se oli sellane drone. C’était un drone. Ne oli sellasia kunnon sipuleita. C’était de vrais ognons. Se oli sellane mukava pikku puisto. C’était un petit parc sympa.

En finnois, on utilise aus­si sellainen avec cette valeur dans le code écrit, mais de façon net­te­ment moins sys­té­ma­ti­que.

joku (nature in­dé­fi­nie) = un/une/des

Löysin jonkun maksukortin, mitä teen? J’ai trouvé une carte bancaire. Qu’est-ce que je fais ? Kerrankin mä löysin jonkun hyvän tarjouksen. Pour une fois j’ai trouvé une bonne promo.

En finnois, on utilise aus­si jokin/joku avec cette valeur, mais assez rarement.

joitain (nature in­dé­fi­nie et quantité in­dé­fi­nie) = des

Tarvetta ois vielä ostaa joitain juttuja kotiin. Il faudrait que j’achète en­co­re des trucs pour la maison.

En finnois, on utilise aus­si fré­quem­ment joitakin dans le code écrit avec ce même sens.

yksi (identité non précisée) ; au pluriel yksiä ou joitain = un/une/des

Joo, ootas hetki ku teen yhen jutun nopeasti. Attends, je fais un truc vite fait. Ostin yhden kirjan. J’ai acheté un livre. Alkukesästä ostin yksiä vieraita varten monta pakettia. Au début de l’été j’en ai acheté plu­sieurs paquets pour des invités. Netistä löysin joitain sivuja koodaamisesta. Sur internet, j’ai trouvé des pages sur le codage.

En finnois, dans le code écrit l’équi­va­lent de yksi est eräs (ou muuan dans le style soutenu).

Dans tous ces cas, si en fin­nois on peut utiliser sellainen / joku / joitain / yksi, en fran­çais il y a un ar­ti­cle in­dé­fi­ni.

Attribut du su­jet et né­ga­tion en finnois

”Lauseen kielteisyys ei vaikuta adjektiivi- tai substantiivipredikatiivin sijaan.”

La règle de la transforma­tion de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni en de dans une phra­se né­ga­ti­ve ne concerne que le cas où l’ar­ti­cle dé­ter­mi­ne un com­plé­ment de ver­be direct. Elle ne concerne pas l’at­tri­but du su­jet. En fin­nois, l’ad­jec­tif at­tri­but au pluriel se met sou­vent au par­ti­tii­vi (pluriel). Cela pro­vo­que des con­fu­sions innombrables et des fautes de gram­mai­re chez les ap­pre­nants fin­no­pho­nes, qui appliquent la règle de la néga­tion à l’at­tri­but du su­jet, selon le raisonnement sui­vant :

Elle mange des pamplemousses. → Elle ne mange pas de pamplemousses.
Ce sont des pamplemousses. → Ce ne sont pas*de pamplemousses.

On note ainsi les er­reurs sui­vantes :

**Ce ne sont pas d’amis. **Elles ne sont pas d’étudiantes. **Les livres pour enfants ne sont pas de livres semblables aux livres d’adultes. **Les occurrences que nous avons trouvées ne sont pas d’ex­em­ples convaincants. Etc.

Ces phra­ses sont agram­ma­ti­cales en fran­çais et ne sont jamais produites par les fran­co­pho­nes. Il faut donc surveiller ce point et éviter ces er­reurs. L’influence du fin­nois est si forte que mê­me des étudiants avancés sachant bien le fran­çais en com­mettent ré­gu­liè­re­ment.

Dans les ex­em­ples sui­vants, il n’y a que des at­tri­buts du su­jet, pas de com­plé­ment de ver­be direct :

Cet appareil n’est pas un téléviseur, c’est un simple moniteur. Tämä laite ei ole televisio vaan pelkkä monitori. Ce n’est pas un appareil photo. Tämä ei ole kamera. Ces alpinistes ne sont pas des professionnels. Nämä vuorikiipeilijät eivät ole am­mat­ti­lai­sia. Ce n’est pas de l’espagnol, c’est du catalan. Ce n’est pas de l’amitié. Ce n’est pas du vin de table, c’est du vinaigre ! Tämä ei ole pöytäviiniä vaan suorastaan etikkaa! Ce que tu écoutes n’est pas du Sibelius.

Remar­quer que dans cer­tains de ces ex­em­ples, on a le par­ti­tii­vi en fin­nois :

Nämä vuorikiipeilijät eivät ole ammattilaisia. Se ei ole espanjaa. Se ei ole ystävyyt. Tämä ei ole pöytäviiniä vaan suorastaan etikkaa! Se mitä kuuntelet ei ole Sibeliusta.

Mais ce n’est pas à cause de la for­me né­ga­ti­ve. En effet, à la for­me affirmative, on aurait aus­si le par­ti­tii­vi :

Nämä vuorikiipeilijät ovat ammattilaisia. Se on espanjaa. Se on ystävyyt. Tämä on pöytäviiniä. Se mitä kuuntelet on Sibeliusta.

Savoir interpréter le fin­nois

La néga­tion ne change donc pas la for­me de l’at­tri­but en fin­nois non plus : si l’at­tri­but est au nominatiivi dans la phra­se affirmative, il reste au nominatiivi dans la phra­se né­ga­ti­ve :

Tämä laite on televisio./ Tämä laite ei ole televisio. Hän on opiskelija/Hän ei ole opiskelija. etc.

Les étu­diants finnophones devraient donc connaitre et se rappeler cette règle, qui est énon­cée ainsi dans VISK §944 :

Lauseen kielteisyys ei vaikuta adjektiivi- tai substantiivipredikatiivin sijaan toisin kuin ob­jek­tin sijaan; vain eräissä määränilmauksissa (» §956) sekä tuloslauseessa (» §957) kiel­tei­syys edellyttää par­ti­tii­via.

Si l’at­tri­but est au par­ti­tii­vi dans la phra­se affirmative, il reste évi­dem­ment au par­ti­tii­vi dans la phra­se né­ga­ti­ve :

Nämä vuorikiipeilijät ovat ammattilaisia. Nämä vuorikiipeilijät eivät ole ammattilaisia.

De mê­me, si l’at­tri­but est au par­ti­tii­vi dans la phra­se né­ga­ti­ve, il reste au par­ti­tii­vi dans la phra­se af­fir­ma­ti­ve :

Nämä eivät ole tavallisia virheitä. Nämä ovat tavallisia virheitä.

Pour résumer, on peut com­pa­rer les deux phra­ses sui­vantes :

En Afrique, on trouve des scorpions. En Finlande, on ne trouve pas de scorpions. (scorpions com­plé­ment direct, des devient de dans la phra­se né­ga­ti­ve.)

Les scorpions sont des arachnides. Les scorpions ne sont pas des insectes. (insecte at­tri­but, des ne change pas de for­me. Skorpionit ovat hämähäkkieläimiä. Skorpionit eivät ole hyönteisiä.

Néga­tion et présupposé

Com­me il est expliqué ci-des­sus, l’utilisa­tion de la for­me de de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant le CVD d’une phra­se né­ga­ti­ve indique sou­vent un présupposé (ennakko-olettamus). L’ex­em­ple sui­vant montre que la for­me de l’ar­ti­cle peut apporter une nuance de sens im­por­tan­te :

Ça y est, tu as acheté une télévision ? – Pas vraiment, je n’ai pas acheté une télévision.
Joko ostit television? – En ihan, en ostanut televisiota.

La ré­pon­se in­di­que qu’on n’a pas acheté la télévision prévue, mais quel­que chose d’au­tre (par ex­em­ple une machine à laver). On n’a ce­pen­dant pas besoin de préciser qu’on a acheté au­tre chose : c’est in­di­qué par le choix de une à la place de de. On constate donc qu’on conserve la for­me nor­ma­le de l’ar­ti­cle devant CVD d’une phra­se né­ga­ti­ve quand on présuppose que le com­plé­ment devait être dif­fé­rent.

Ce présupposé repose sur un savoir implicite, qu’on pourrait appeler « contextuel » : on suppose que le destinataire du message sait implicitement, d’après la situation, le con­tex­te etc., quel devait être le com­plé­ment prévu du ver­be. Ce savoir peut mê­me nécessiter des connaissances implicites sur la culture du pays. Par ex­em­ple, en France, dans les grands repas de fa­mil­le, on sert sou­vent com­me hors-d’œuvre du poisson. Si, à un tel re­pas, on sert un au­tre gen­re de hors-d’œuvre, quel­qu’un pourra dire en racontant le menu : « com­me hors-d’œuvre, on n’a pas eu du poisson ». Ce qui signifie : « on ne nous a pas ser­vi du poisson, qui, com­me vous le savez, est tra­di­tion­nel­le­ment au menu, mais quel­que chose d’au­tre ».

Cepen­dant, on n’est jamais obligé d’ajouter cette informa­tion supplémentaire, ce pré­sup­po­sé : le lo­cu­teur peut très bien choisir de dire la phra­se de ma­niè­re neu­tre et appliquer la règle nor­ma­le, c’est-à-dire trans­for­mer l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni dans la phra­se né­ga­ti­ve et uti­li­ser de à la place de des/du/de la  :

Il n’a pas acheté de pommes, il a acheté des poires. Cette année il ne m’a pas offert de cravate, il m’a offert une chemise. Il ne boit pas de vin, il boit du cidre. En hors-d’œuvre, on n’a pas eu de poisson, on eu du foie gras.

De mê­me, on peut supprimer l’ar­ti­cle après nini …, mê­me si c’est une néga­tion par­tielle (alors que dans ce cas, on pourrait conserver l’ar­ti­cle) :

Je n’ai bu ni vin ni bière, j’ai bu de l’eau ! Je n’ai acheté ni perceuse ni ponceuse, j’ai acheté une scie sauteuse.

On peut donc tou­jours appliquer la règle de la transforma­tion « des/du/de la devient de de­vant CVD d’une phra­se né­ga­ti­ve ». En revanche, on ne peut pas tou­jours conserver l’ar­ti­cle normal un/une/des/du, s’il n’y a pas de présupposé, d’informa­tion supplémentaire. Si on rentre du supermarché en disant Je n’ai pas acheté des pommes, ce qui présuppose qu’on a acheté au­tre chose, alors qu’en réalité on n’a rien acheté d’au­tre à la place, l’informa­tion sera faussée : la per­son­ne à qui on dit cela pourra demander Ah bon ? Et qu’est-ce que tu as rapporté à la place ? Si on répond qu’on n’a rien rapporté, l’au­tre per­son­ne pourra trouver bizarre qu’on ait dit Je n’ai pas acheté des pommes, parce que cela impliquait qu’on avait acheté quel­que chose d’au­tre.

Bon à savoir pour l’étu­diant de fran­çais lan­gue étran­gè­re : pour cette raison, on peut dire que le choix de la for­me de l’ar­ti­cle devant com­plé­ment de ver­be direct d’une phra­se né­ga­ti­ve n’entraine jamais de phra­ses totalement agram­ma­ti­cales. Dans le pire des cas, com­me on vient de l’ex­pli­quer, on risque d’ajouter une informa­tion un peu surprenante. Dire je n’ai pas acheté des pommes alors que la situa­tion aurait exigé qu’on dise je n’ai pas acheté de pommes (parce qu’il n’y avait pas de pré­sup­posé) est bien moins grave que de dire *Ce ne sont pas de pommes (applica­tion erronée de la règle du com­plé­ment né­ga­ti­f à l’at­tri­but d’une phra­se né­ga­ti­ve), erreur fré­quen­te chez les ap­pre­nants fin­no­pho­nes qu’au­cun fran­co­pho­ne ne produira jamais.

À cela on peut aus­si ajouter le fait que dans la situa­tion de produc­tion spontanée de l’o­ral, l’applica­tion de la règle est moins régulière, parce qu’on ne réfléchit pas tou­jours forcément à ces nuances et parce que les phra­ses se construisent au fur et à mesure ou de façon plus désordonnée qu’à l’écrit. Mais à l’écrit (littéraire), la règle semble s’appliquer de façon ré­gu­liè­re : des statistiques sommaires établies à l’aide d’un traitement de texte dans deux romans montrent que sur 27 occurrences de grou­pes no­mi­naux com­plé­ment de ver­be direct dans une phra­se né­ga­ti­ve, on a 27 cas où la for­me d’ar­ti­cle est de (ar­ti­cle in­dé­fi­ni comptable ou massif) et au­cun avec des/du. Tout dépend de l’interpréta­tion par le lo­cu­teur (et son destinataire) de la situa­tion objective. Il faut donc se garder d’une applica­tion ou d’une interpréta­tion trop mécanique ou trop livres­que de cette règle.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 17. L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni. Dernière mise à jour : 2.10.2021