Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

L’accord du
participe passé

Auxiliaire avoir

Auxiliaire être

L’accord du participe passé avec avoir : au­tres cas

L’accord du participe passé : encore quelques au­tres cas…

Exceptions concernant les verbes à pronom réfléchi

Le participe passé utilisé comme adjectif

L’érosion de l’accord du participe passé

L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé, auxiliaire avoir

Généralités

Le par­ti­ci­pe passé uti­li­sé pour la forma­tion des temps com­po­sés (temps du passé ou au passif) peut s’ac­cor­der en gen­re et en nombre avec le su­jet ou avec le com­plé­ment direct du ver­be. Pour résumer, on peut peut dire que, en règle générale :

Les cas par­ti­cu­liers et les ex­cep­tions à ces deux règles sont nom­breu­ses. L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé demande à la fois une bonne com­pré­hen­sion des structures ver­bales et la connaissance de règles parfois ar­bi­trai­res, qui sont difficiles à uti­li­ser pour les fran­co­pho­nes eux-mê­mes (voir L’érosion de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé).

Le com­plé­ment direct précède le ver­be

Quand l’ordre des mots est l’ordre normal su­jet-ver­be-com­plé­ment et que le com­plé­ment direct du ver­be (CVD) se trouve après le ver­be, le par­ti­ci­pe passé du ver­be conjugué avec l’auxiliaire avoir est invariable :

Est-ce qu’ils ont attendu leurs amis ? La neige a recouvert le pays d’un manteau blanc. Il a chanté une chanson de Souchon. Elles nous ont raconté leur voyage. Avez-vous retrouvé vos lunettes ?

Si le com­plé­ment direct du ver­be précède le ver­be, le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de en gen­re et en nombre avec le com­plé­ment. La plupart du temps, ce com­plé­ment de ver­be avec lequel le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de est le pro­nom personnel la ou les ou le pro­nom relatif que (quand il ren­voie à un fé­mi­nin ou à un pluriel), mais le CVD peut aus­si pré­cé­der le ver­be dans les phra­ses in­ter­ro­ga­tives ou exclamatives.

a) les pro­noms personnels CVD qui entrainent un ac­cor­d peuvent être la, les, je, tu (ré­fé­rent fé­mi­nin), nous vous, se (ré­fé­rent fé­mi­nin et/ou pluriel)

Les amis qu’ils ont attendus pen­dant une heure ne sont finalement pas venus. Elle téléphoné à sa cousine et elle l’ai invitée à diner chez nous. Ces questions, on me les a sou­vent posées. Je t’ai vue hier avec ton frère. Ils ne nous ont pas écoutées. Elles se sont soutenues pen­dant cette période difficile.

b) pro­nom relatif que (à antécédent fé­mi­nin et/ou pluriel) :

Tu pourrais me rendre les livres que tu m’as empruntés ? Je trouve hideuse la cra­vate qu’il a mise. Il n’a pas aimé les questions qu’on lui a posées. [questions fé­mi­nin pluriel] Il n’a pas eu les ré­pon­ses qu’il avait voulues. [ré­pon­ses fé­mi­nin pluriel]

c) nom ou au­tre pro­nom CVD dans les in­ter­ro­ga­tions ou les exclamations :

Quelle décision as-tu prise ? Combien d’étudiants a-t-on acceptés cette année ? Quel­le surprise il a eue ! Laquelle as-tu choisie ?

Important ! Cette règle concerne seu­le­ment les cas où le pro­nom personnel est le com­plé­ment de ver­be direct du ver­be (CVD). Si le com­plé­ment est un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel, le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de pas. Com­pa­rer :

Il a donné des exem­ples amusants. CVD → Les exem­ples qu’il a donnés étaient amusants.
As-tu pensé à cette histoire ? CVP → Cette histoire, j’y ai pensé.
Je t’ai parlé de cette règle. CVP → C’est la règle dont je t’ai parlé
Nous avons parlé de ses pro­blè­mes. CVP → Nous en avons parlé.

Pas d’ac­cor­d avec le pro­nom en com­plé­ment de ver­be direct

Le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de pas si le com­plé­ment de ver­be di­rect qui précède le ver­be est le pro­nom en :

Nos hôtes nous ont apporté des chocolats et nous en avons tout de suite gouté. Tu as lu des Astérix en fran­çais ?  – Oui, j’en ai lu. Est-ce qu’il y a de la crème dans la sauce ? – Oui, j’en ai mis un peu. Des aurores boréales, on en a vu beau­coup cet hiver.

Quand le pro­nom en est un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de de tou­te façon jamais, car l’ac­cor­d ne concerne que le com­plé­ment de ver­be di­rect (CVD) :

J’ai parlé de cette histoire à ma sœur. → J’en ai parlé à ma sœur.

Mais ce qui est par­ti­cu­lier, c’est que mê­me quand en est un CVD, on ne fait pas l’ac­cor­d.

Pour cer­tains grammairiens ou auteurs de gram­mai­res, le par­ti­ci­pe passé devrait s’ac­corder quand le CVD est en pré­cé­dant le ver­be : Des dif­fi­cul­tés, j’en ai eues beau­coup (Vai­keuk­sia oli pal­jon). Le plus simple est ce­pen­dant de ne jamais faire l’ac­cor­d avec en, qu’il soit CVP ou CVD.

Com­plément direct dépen­dant d’un in­fi­ni­tif

Quand le com­plé­ment dépend d’un in­fi­ni­tif com­plé­ment d’un au­tre ver­be com­me faire, laisser, devoir, pouvoir, vouloir, le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de pas :

La maison qu’ils ont fait construire est très coquette. [qu’ est le com­plé­ment de l’in­fi­ni­tif construire et non du ver­be ont fait] Talo, jonka he rakennuttivat, on hyvin kodikas. C’était une belle occasion, mal­heu­reu­se­ment tu l’as laissé passer. Les médicaments qu’il a dû prendre lui ont retourné l’es­tomac.

Remar­que : Les ver­bes faire, laisser, devoir et vouloir peuvent aus­si être des ver­bes tran­sitifs avec un com­plé­ment de ver­be direct, et leur par­ti­ci­pe passé peut s’ac­cor­der si né­ces­sai­re :

Tu as eu tous les cadeaux que tu as voulus ? Ne pense pas trop aux er­reurs que tu as faites. Les coings n’étaient pas en­co­re tout à fait mûrs, je les ai laissés sur l’ar­bre. Kvitteniomenat eivät olleet vielä aivan kypsiä, jätin ne puuhun. Les brillantes communications qu’on lui a dues ont galvanisé les jeunes cher­cheurs.

La règle concernant l’absence d’ac­cor­d du par­ti­ci­pe du ver­be faire suivi d’un in­fi­ni­tif (la maison qu’ils ont fait construire) est facilement compréhensible pour des fin­no­pho­nes, qui comprennent que dans faire construire, le ver­be faire a valeur d’auxiliaire factitif, équi­va­lent aux factitifs en -ttAA du fin­nois :

rakentaa construire ~ rakennuttaa faire construire
tehdä faire ~ teettää faire faire
ostaa acheter ~ ostattaa faire acheter etc.

Il est donc facile (pour des fin­no­pho­nes, au moins) de com­pren­dre que dans la phrase la mai­son qu’ils ont fait construire, le pro­nom relatif est le com­plé­ment direct du ver­be faire cons­trui­re, et non pas du ver­be faire. Pour­tant, cette règle semble in­com­pré­hen­si­ble à un grand nombre d’usagers francophones, qui, interprétant mal la cons­truc­tion, sont per­suadés qu’il faut dire (ou écrire) la maison que j’ai *faite faire.

Le ver­be laisser est éga­le­ment assimilable à un auxiliaire similaire à faire (com­pa­rer : j’ai fait sortir les enfants / j’ai laissé sortir les enfants), et pourtant, avant les rectifications or­tho­gra­phi­ques de 1990, de nom­breu­ses gram­mai­res réclamaient qu’on fasse l’ac­cor­d (les enfants que j’ai laissés sortir). Cette or­tho­gra­phe se rencontre en­co­re dans nom­bre de textes antérieurs au XXIe siècle. La nou­velle or­tho­gra­phe (§6) a aligné laisser sur faire et on ne fait plus l’ac­cor­d dans ce cas : les enfants que j’ai laissé sortir. Voir aus­si d’au­tres cas ci-des­sous.

L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé, auxiliaire être

Quand il est un élément d’une for­me com­po­sée d’un ver­be se conjuguant avec l’au­xi­liai­re être, le par­ti­ci­pe passé de la for­me ver­bale s’ac­cor­de en gen­re et en nom­bre. Ceci concerne :

Tous les oiseaux sont revenus. [ver­be intransitif] Nos amis ne sont pas en­co­re par­tis. [ver­be intransitif] Les fillettes se sont beau­coup amusées, mais aus­si pas mal disputées. [ver­bes à pro­nom réfléchi] Cette inven­tion a été beau­coup cri­ti­quée. [passif] Après avoir été accueillies par le président, les déléguées ont été reçues au Parlement. [passifs]

Verbes à pronom réfléchi

Les ver­bes à pro­nom réfléchi se conjuguent tou­jours avec l’auxiliaire être. Le par­ti­ci­pe doit donc théoriquement s’ac­cor­der en gen­re et en nombre, mais il y a des cas par­ti­cu­liers

a. Le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de si le pro­nom réfléchi est le com­plé­ment direct (CVD) du ver­be :

Ils se sont pré­pa­rés. Les oiseaux se sont posés sur la branche. Elle s’est assise. Nous nous sommes suivis. Seurasimme toisiamme. Vous vous êtes lavés ? Ces livres se sont bien vendus.

Mais le par­ti­ci­pe ne s’ac­cor­de pas, si le pro­nom réfléchi n’est pas le CVD, au­tre­ment dit si c’est un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) :

Ils se sont nui. He aiheuttivat toisilleen vahinkoa. [nuire à] Elles se sont souri. [sourire à] Ils se sont pré­pa­ré le re­pas. He valmistivat itselleen aterian [CVD = le repas ; se = pour eux-mê­mes] Les auditeurs se sont posé des ques­tions en entendant ces propos surprenants. [CVD = des questions ; se = à eux-mê­mes] Elle s’est demandé pourquoi Georges a refusé. Hän ihmetteli, miksi Georges kieltäytyi [CVD = pourquoi Georges a refusé ; se = à elle-mê­me] Ils se sont téléphoné. He soittivat toisilleen [se = l’un à l’au­tre] Vous vous êtes lavé les mains ? Joko pesitte kätenne [vous = à vous-mê­mes] Nous nous sommes ac­cor­dé un peu de repos [nous = à nous-mê­mes] Les évènements se sont suc­cé­dé rapidement. Tapahtumat seurasivat toisiaan nopeasti [se = l’un à l’au­tre, succéder à]

b. Cepen­dant, si le com­plé­ment direct (qui n’est donc pas le pro­nom réfléchi se, puis­que celui-ci est ici un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel), mais par exem­ple la/les, que) précède le ver­be, on fait l’ac­cor­d com­me dans le cas des ver­bes avec avoir :

Nous nous étions réservé une table. [nous CVP, table CVD est après le ver­be.]
La table que nous nous étions réservée a été prise. [CVD que (la table) avant le vb.]

Ils se sont posé des questions.
Ces questions, je me les étais posées aus­si.

Elles se sont écrit de longues lettres.
J’ai retrouvé dans un carton les lettres qu’elles se sont écrites.

Pour ce voyage, elle s’était imaginé des aventures extraordinaires.
Les aventures qu’elle s’était imaginées se sont tou­tes réalisées.

En effet, mal­gré l’auxiliaire être, la cons­truc­tion est iden­ti­que à celle d’un ver­be avec avoir :

Je lui ai fabriqué une étagère. → L’étagère que je lui ai fabriquée.
Je me suis fabriqué une étagère. → L’étagère que je me suis fabriquée.

c. Si le ver­be est es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­nal (il n’exis­te qu’à la for­me avec pro­nom réfléchi), ou si c’est un ver­be pro­no­mi­nal idiomatique (qui exis­te aus­si à la for­me non pro­no­mi­nale, mais avec un au­tre sens), le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de tou­jours :

Ver­bes es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­naux
Les voleurs se sont enfuis. Nous nous en som­mes souvenus. Les oiseaux se sont envolés. Elle s’est éprise de Bruno. Les dou­leurs se sont éva­nouies.

Ver­bes pro­no­mi­naux idiomatiques
Les voleurs se sont rendus à la police. Depuis la hausse du prix de l’essence, elle ne s’est plus servie de sa voiture. Vous vous êtes mêlés de ce qui ne vous regarde pas. Elles se sont doutées de l’issue du procès. He aavistivat, kuinka oikeudenkäynti päättyisi.

En vertu des règles (b) et (c) ci-dessus, on dis­tin­gue (a) se servir, for­me réfléchie de servir (servir à soi-mê­me, se est un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) et (b) se servir de, ver­be pro­no­mi­nal idio­ma­ti­que (qui si­gni­fie « utiliser » käyttää), par une dif­fé­ren­ce d’ac­cor­d au fé­mi­nin et au pluriel :

(a) se CVP :
Il s’est servi du vin.Elle s’est servi du vin. Hän kaatoi itselleen viiniä.
Ils se sont servi du vin.Elles se sont servi du vin. He kaatoivat itselleen viiniä.

(b) se élément morphologique (ininterprétable) du ver­be :
Il s’est servi du vin. Elle s’est servie du vin. Hän käytti viinin [ruoanlaittoon tms.].
Ils se sont servis du vin. Elles se sont servies du vin. He käyttivät viinin [ruoan­lait­toon tms.].

Se demander et les fautes d’ac­cor­d

Ces règles subtiles sont difficiles à com­pren­dre pour les ap­pre­nants finnophones (ou au­tres), parce que sou­vent ils ne connaissant pas la construction ou le sens pré­cis du ver­be (mê­me d’un ver­be assez courant comme se servir de). Mais de nom­breux usagers francophones ne les comprennent pas non plus et elles pro­vo­quent sou­vent des « fautes » d’ac­cor­d.

Pour cette raison, beau­coup d’usagers francophones ont ten­dan­ce à ac­cor­der sys­té­ma­ti­que­ment « par précaution » (à cause d’un sentiment d’in­sé­curité lin­guis­tique) le par­ti­ci­pe passé du ver­be se demander avec le su­jet du ver­be. Cela concerne aus­si de nom­breux au­tres ver­bes avec pro­nom réfléchi, com­me le montrent ces quel­ques exem­ples relevés dans des jour­naux en ligne (2019-2020) :

Qui ne s’est pas déjà réveillé avec un mal de cou après avoir passé une mauvaise nuit ? C’est sans doute ce que s’est *demandée Helen, il y a maintenant trois ans. [Sud In­fo, Belgique] Caroline Descôteaux s’est *fracturée le poignet dans le sta­tion­ne­ment du centre Gervais auto. [iHeartRadio, Québec] Lisa Stricklin, s’est semble-t-elle *cassée la jambe pen­dant le mouvement de foule [LCI, France].

Dans ces exem­ples, les par­ti­ci­pes ne devraient pas s’ac­cor­der : s’est demandé, s’est frac­tu­ré, s’est cas­sé. Dans les blogs, forums etc., les exem­ples similaires se comp­tent par mil­lions. L’ap­pre­nant FLE doit donc faire at­ten­tion à ne pas con­si­dé­rer ces dé­via­tions sys­té­ma­ti­ques com­me la règle et à ne pas ac­cor­der le par­ti­ci­pe (il est ce­pen­dant fortement décon­seil­lé de tenter de corriger les fran­co­pho­nes).

Résumé de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé des ver­bes à pro­nom réfléchi

On peut retenir tout simplement que le par­ti­ci­pe passé d’un ver­be à pro­nom ré­flé­chi s’ac­cor­de tou­jours en gen­re et en nombre, sauf quand ce ver­be est un ver­be à com­plé­ment pré­po­si­tion­nel : ils se sont téléphoné (téléphoner à qqn), elles se sont souri (sourire à qqn) etc.

Remar­que : quand le com­plé­ment du ver­be précède le ver­be, le par­ti­ci­pe s’ac­cor­de avec celui-ci : la table que nous nous étions réservée etc. Il faut bien com­pren­dre le mécanisme : dans les longues lettres qu’elles se sont écrites, le par­ti­ci­pe écrites est au fé­mi­nin pluriel parce que le CVD que (= les longues lettres) se trouve devant le ver­be, et non pas parce que le su­jet est elles. C’est une règle que de nom­breux fran­co­pho­nes ne comprennent pas.

Vive le fran­çais !

Ou petit résumé des joies de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe :

Elle s’est fait une robe. → Elle s’en est fait une.
Elle s’est fait faire une robe. → Elle s’en est fait faire une.
Elle s’est fait la robe. → Elle se l’est faite.
Elle s’est fait faire la robe. → Elle se l’est fait faire.

Sur huit phra­ses avec un par­ti­ci­pe passé, il y a donc un seul cas où on fait l’ac­cor­d. Une grande par­tie des francophones seraient incapables de pro­duire ces phra­ses avec une cer­ti­tu­de de 100%.

L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé avec avoir : au­tres cas

Com­plément ex­pri­mant une quan­ti­té

Le par­ti­ci­pe passé de cer­tains ver­bes ex­pri­mant une quan­ti­té (valeur, prix, poids, longueur, durée etc.) com­me couter, valoir, durer, peser, mesurer, courir, vivre, régner, est in­va­ria­ble quand le com­plé­ment ren­voie à une valeur concrète :

Les trois ans qu’il a vécu ici ont passé vite. Ne kolme vuotta, joiden aikana hän asui täällä, ovat kuluneet nopeasti. Les deux cent mètres qu’il a couru l’ont laissé essoufflé. Je ne me rappelle plus combien d’euros cela a couté. Ce tableau ne vaut plus la somme qu’il a valu. Les quatre heures que ce voyage a duré m’ont semblé une éternité.

On ne fait pas l’ac­cor­d quand le CVD qui précède le ver­be dé­si­gne une quan­ti­té parce que dans la cons­truc­­tion ce livre coute quinze euros, le grou­pe no­mi­nal quinze euros n’est pas un com­plé­ment ordinaire (c’est ce com­plé­ment qu’on appelle en fin­nois osma, (objektin sijainen määräadverbiaali). En fin­nois, dans les phra­ses :

Kirja maksoi kympin. Le livre a couté dix euros
Poika maksoi kirjasta kympin. Le garçon a payé dix euros pour le livre.

l’ac­tion du ver­be ne porte pas sé­man­ti­quement de la mê­me ma­niè­re sur kympin (le garçon fait quel­que cho­se de concret, le livre ne « fait » rien).

On peut ce­pen­dant éga­le­ment uti­li­ser ces ver­bes dans un sens figuré. Le com­plé­ment direct est alors interprété com­me un véritable com­plé­ment et non plus com­me une ex­pres­sion de quan­ti­té, et le ver­be se comporte com­me un ver­be transitif direct ordinaire. Dans ce cas, on fait l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé (com­pa­rer avec les exem­ples pré­cé­den­ts) :

Les trois années pénibles qu’il a vécues ici lui ont laissé un mauvais souvenir. Hä­nel­le jäi ikävä muisto niistä kolmesta vaikeasta täällä vietetystä vuodesta. Les dan­gers qu’il a courus ne l’ont pas impressionné. Hän ei piitannut kokemistaan vaa­rois­ta. Tu ne peux pas imaginer les sacrifices que cette décision m’a coutés. Et voi ku­vi­tellakaan, millaisia uhrauksia se päätös minulle merkitsi. Il ne s’attendait pas aux hon­neurs que lui ont valus ses recherches. Hän ei osannut odottaa kun­nian­osoi­tuk­sia, jotka hänen tutkimuksensa hänelle toivat.

Com­pa­rer éga­le­ment en fin­nois :

Odotin hetken. J’ai attendu un instant.
Odotin sopivaa hetkeä. J’ai attendu l’instant favorable.

Dans ces phra­ses, hetki n’a pas le mê­me sens : le premier dé­si­gne une durée, le deuxième est un véritable CVD. On écrit donc

Combien de jours a-t-il attendu ? (combien de jours si­gni­fie « pen­dant com­bien de jours ») Kuinka monen päivän ajan hän odotti? vs
Combien de per­son­nes a-t-il at­ten­dues ? Kuinka monta ihmistä hän odotti?
les dix euros que j’ai payé pour ces livres vs
ces trois livres que j’ai payés dix euros

Verbes imper­son­nels

Le par­ti­ci­pe passé des ver­bes imper­son­nels (sans actant) reste in­va­ria­ble mê­me quand le CVD précède le ver­be :

Avec la chaleur qu’il a fait cet été on a pu se baigner dans les lacs jusque fin aout. [< Il fait une chaleur terrible : il fait est imper­son­nel et si­gni­fie « il y a »] Les sommes qu’il a fallu étaient con­si­dé­ra­bles. [< Il a fallu des sommes con­si­dé­ra­bles. Dans ce cas des sommes est de tou­te façon su­jet du ver­be, il n’y a donc pas de possibilité d’ac­cord.]

Le ver­be il y a entre aus­si dans cette ca­té­go­rie :

Les nom­breux accidents qu’il y a eu ont entrainé l’interdic­tion des pétards. Tous les pro­blè­mes qu’il y a eu au début sont maintenant oubliés.

Mais avec le ver­be avoir (dif­fé­rent de y avoir), on ferait l’ac­cor­d :

Les nom­breux accidents qu’il a eus l’ont obligé à arrêter la compéti­tion (kilpaura). Tous les pro­blè­mes qu’elle a eus au début sont maintenant oubliés.

Expressions collectives

Quand le com­plé­ment est dé­ter­mi­né par un dé­ter­mi­nant sin­gu­lier à sens pluriel (un grand nombre de, le peu de, une quan­ti­té de etc.), le par­ti­ci­pe passé peut s’ac­cor­der au sin­gu­lier ou au pluriel :

le grand nombre de per­son­nes qu’il a rencontré [ac­cor­d avec nombre] ou ren­con­trées [ac­cor­d avec per­son­nes] le peu de gratitude qu’il a témoigné [ac­cor­d avec peu] ou témoignée [ac­cor­d avec gratitude] la grande quan­ti­té d’exem­ples qu’il a donnée [ac­cor­d avec quan­ti­té] ou donnés [ac­cor­d avec exem­ples]

Quand le dé­ter­mi­nant a un sens net­te­ment pluriel (combien de), on fait l’ac­cor­d au pluriel :

Combien de nuits elle a passées devant son ordinateur à rédiger cette thèse ! Que de pro­blè­mes inattendus elle a rencontrés !

Cepen­dant, le par­ti­ci­pe ne s’ac­cor­de pas si le nom se trouve rejeté après le ver­be, et séparé du dé­ter­mi­nant, puis­qu’il ne précède plus le ver­be (cas assez peu fré­quen­ts, qui se rencontrent surtout dans le style soutenu) :

Combien ai-je passé de nuits devant mon ordinateur à rédiger ce livre !

L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé : en­co­re quel­ques au­tres cas…

Propositions in­fi­ni­ti­ves com­plé­ment direct d’un ver­be de perception

Dans les in­fi­ni­tives com­plé­ment direct d’un ver­be de percep­tion (entendre, écou­ter, voir, regarder, sentir), le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de avec le su­jet de l’in­fi­ni­tif quand ce su­jet est rejeté devant le ver­be prin­ci­pa­l (en pra­ti­que tou­jours sous la for­me que ou la/les) :

J’ai écouté la cantatrice chanter. [J’ai écouté [la cantatrice chanter]]
La cantatrice que j’ai écoutée chanter…
J’ai entendu les enfants jouer. [J’ai entendu [les enfants jouer]]
Les enfants que j’ai entendus jouer…
On a senti sa voix trembler. [On a senti [sa voix trembler]]
Sa voix, qu’on a sentie trembler…

La pro­po­si­tion in­fi­ni­tive peut elle-mê­me dépendre d’un au­tre ver­be in­fi­ni­tif dé­pen­dant d’une prin­ci­pa­le :

Je croyais les avoir entendus parler. [< je croyais que je les avais entendus parler] Luulin kuulleeni heidän puhuvan.

Si le pro­nom que ou me, te, la, les etc. pré­cé­dant le ver­be prin­ci­pa­l n’est pas le su­jet de l’in­fi­ni­tif, le par­ticipe passé ne s’ac­cor­de pas. Dans ces cas, le su­jet de l’in­fi­ni­tif est le pro­nom sous-entendu quel­qu’un ou on (ou plus exac­te­ment il s’agit d’une cons­truc­­tion pas­si­ve cachée, par quel­qu’un) :

J’ai écouté chanter une aria. [< J’ai écouté [quel­qu’un chanter une aria], aria est le com­plé­ment de chanter.] → l’aria que j’ai écouté chanter était très belle.
J’ai entendu jouer une jolie mélodie. [< J’ai entendu [quel­qu’un jouer une jolie mélodie.]] → La mélodie que j’ai entendu jouer était très belle.

Cette dif­fé­ren­ce cor­res­pond à une dif­fé­ren­ce de structure en fin­nois :

La pianiste que j’ai entendue jouer… Pianisti, jonka kuulin soittavan…
La sonate que j’ai entendu jouer… Sonaatti, jota kuulin soitettavan

Il en va de mê­me dans les cas où le su­jet du ver­be prin­ci­pa­l ren­voie au mê­me ré­fé­rent que le com­plé­ment de l’in­fi­ni­tif (dont le su­jet est imper­son­nel) et où on uti­li­se une for­me réfléchie. Com­me le pro­nom réfléchi n’est pas le su­jet de l’in­fi­ni­tif, mais le com­plé­ment de celui-ci, il n’y a pas d’ac­cor­d :

Elle a senti que quel­qu’un la poussait dans le dos. →
Elle s’est senti pousser dans le dos.
J’ai entendu que quel­qu’un/on m’appelait. →
Je me suis entendu appeler.

On oppose donc la phra­se (a) ci-dessous, où se est le su­jet de l’in­fi­ni­tif et il y a ac­cord, et la phra­se (b), où se est le CVD de l’in­fi­ni­tif et il n’y a pas ac­cor­d :

(a) Elle s’est entendue appeler ses enfants. [elle appelait ses enfants, par exem­ple avant de perdre connaissance].
[b] Elle s’est entendu appeler. [quel­qu’un l’appelait]

Envoyer + infinitif

Cepen­dant, il y a aus­si des cons­truc­tions ver­be + in­fi­ni­tif dans lesquelles l’in­fi­ni­tif n’est pas le CVD du ver­be. Quand un ver­be comme envoyer est suivi d’un in­fi­ni­tif, mal­gré les apparences, il ne s’agit pas d’une cons­truc­­tion as­si­milable aux ver­bes de perceptions suivis d’un in­fi­ni­tif :

J’ai envoyé l’infirmière chercher de l’eau. Pyysin (lähetin) sairaanhoitajaa hakemaan vettä.

Ici, l’infirmière n’est pas le su­jet de chercher, c’est le CVD de envoyer ; le ver­be cher­cher est à com­pren­dre dans le sens de « pour chercher » (hakemaan) :

J’ai envoyé l’infirmière [pour qu’elle aille] chercher de l’eau.

Avec CVD antéposé, on fait donc l’ac­cor­d :

L’infirmière que j’avais envoyée chercher de l’eau n’est pas revenue. Sairaanhoitaja, jota pyysin mennä hakemaan vettä, ei tullut takaisin.

Avec envoyer, on peut aus­si sous-entendre le CVD de chercher :

J’ai envoyé chercher une infirmière. Pyysin, että haettaisiin sairaanhoitaja. [CVD sous entendu = quel­qu’un : « j’ai envoyé quel­qu’un pour qu’il aille chercher une infirmière »]

Si dans ce cas le CVD est antéposé, on ne fait pas l’ac­cor­d, puis­que le CVD est sans gen­re et sans nombre (on, quelqu’un) et non ex­pri­mé :

L’infirmière que j’ai envoyé chercher n’est tou­jours pas arrivée. Sairaanhoitaja, jota pyysin että haettaisiin, ei ole vieläkään tullut.

Com­plément dépen­dant d’une phra­se sous-entendue

Dans les exem­ples sui­vants, le par­ti­ci­pe passé reste in­va­ria­ble, bien que le com­plé­ment semble pré­cé­der le ver­be :

Il n’a pas pu dire tou­tes les choses qu’il aurait voulu.
Il a donné tou­tes les ré­pon­ses qu’il a pu.

Explication : dans le premier exem­ple, que n’est pas le CVD de aurais voulu, mais du ver­be sous-entendu faire (j’aurais voulu faire) :

Je n’ai pas eu le temps de faire tou­tes les choses que j’aurais voulu [faire].

Dans le deuxième exem­ple, que est le com­plé­ment du ver­be sous-entendu donner :

Il a donné tou­tes les ré­pon­ses qu’il a pu [donner].

De mê­me, dans la phra­se sui­vante, que est le CVD de prendrait et non d’avais pen­sé :

La décision que j’avais pensé qu’on prendrait ne l’a pas été.
(= On n’a pas pris la décision que j’avais pensé qu’on prendrait.)
Mot à mot : Päätöstä, jonka luulin tehtävän, ei tehty.

Le premier que est un pro­nom relatif, le deuxième que si­gni­fie « että ». La phra­se fin­noise, qui est l’équi­valent exact de la cons­truc­­tion in­fi­ni­tive fran­çaise, est très lour­de (on dirait plutôt par exem­ple Sitä pää­tös­tä, joka luulin että tehdään, ei kui­ten­kaan tehty, phra­se qui est aus­si assez lourde) .

Au­xi­liai­res de passivation se voir et se faire

Les ver­bes à com­plé­ment pré­po­si­tion­nel peuvent être mis à la for­me pas­si­ve avec les au­xi­liai­res de passivation se voir et se faire. L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe dépend de la struc­ture de la phra­se.

Se voir

Quand le pronom réfléchi est le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel du ver­be, le par­ti­ci­pe ne s’ac­cor­de pas. Dans les phra­ses sui­vantes, le pro­nom réfléchi se est le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (offrir à, refuser à, retirer à, attribuer à)  :

En guise de cadeau de bienvenue, les invités s’étaient vu offrir un bon d’achat. On lui [fé­mi­nin] a refusé l’entrée. → Elle s’est vu refuser l’entrée. Häntä ei päästetty sisään. On leur a retiré le permis pour six mois. → Ils se sont vu retirer le permis pour six mois. Heidän ajokorttinsa pantiin hyllylle puoleksi vuodeksi. Ce sont éga­le­ment tous les membres de cette associa­tion qui, s’ils s’étaient vu attribuer le mar­ché en cause, auraient eu l’obliga­tion de signer le contrat.

On peut utiliser éga­le­ment la construction se voir avec un ver­be à com­plé­ment di­rect. Cette va­rian­te est pos­si­ble parce que le ver­be se voir est un ver­be de per­cep­tion (voir ci-des­sus). Le par­ti­ci­pe s’ac­cor­de si le pronom réfléchi est le su­jet du ver­be à l’infinitif  :

Dans son rêve, elle s’était vue tomber (= elle avait vu qu’elle tombait) d’une haute falaise.

Pour cette raison, on trouve des va­rian­tes de l’au­xi­liai­re de passivation se voir dans lesquelles le ver­be est un ver­be avec CVD à la for­me pas­si­ve, avec un par­ti­ci­pe pas­sé qui s’ac­cor­de  ; la for­me avec infinitif reste ce­pen­dant tou­jours pos­si­ble  :

Les services médicaux de l’établissement se voient de plus en plus sollicités [= voient qu’ils sont sollicités]) pour des soins en urgence. 
Avec infinitif  :
Les ser­vices médicaux de l’établissement se voient de plus en plus solliciter pour des soins en urgence. 

Un quart des ouvrières du textile s’étaient vues licenciées [= avaient vu qu’elles avaient été licenciées] à la suite de l’annulation des commandes par les grandes mar­ques.
Avec infinitif  : Un quart des ouvrières du textile s’é­taient vues licencier

Les langues anciennes, d’abord condamnées pour avoir servi d’ins­tru­ment de sélection, se sont vu reléguées [= ont vu qu’elles ont été re­lé­guées] dans la marge de l’enseignement secondaire, com­me un luxe à dé­mo­cra­ti­ser si pos­sible, com­me un caviar accessible aux plus riches des pauvres.
Avec in­fi­ni­tif  :
Les langues anciennes, d’abord condamnées pour avoir servi d’instrument de sé­lec­tion, se sont vu reléguer depuis des lustres…

Au présent, il n’y a pas de grande dif­fé­ren­ce de sens. Au passé, la for­me avec in­fi­ni­tif in­di­que plutôt un processus en cours, tandis que la for­me avec un par­ti­ci­pe in­di­que un processus achevé, mais la dif­fé­ren­ce de sens n’est pas non plus énorme.

Rappel : Cette va­rian­te n’est ce­pen­dant pas pos­si­ble si le pronom me te se nous vous est un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel  :

Thaïlande   : les travailleurs migrants se verront ac­cor­der un délai de grâce. (ac­cor­der à  ; se verront *ac­cor­dés serait agram­ma­ti­cal). Les délégués avaient fait appel au Fonds et s’étaient vu remet­tre des billets d’avion (remet­tre à  ; s’étaient *vus re­met­tre serait agram­ma­ti­cal).

Se faire

Dans la construction se faire + infinitif, le pronom réfléchi me te se nous vous n’est jamais le com­plé­ment (ni direct ni pré­po­si­tion­nel) du ver­be faire, mais de l’infinitif qui suit faire. Pour cette raison, le par­ti­ci­pe ne s’ac­cor­de pas  :

Elle s’est fait opérer. (se CVD de opérer). Elles se sont fait aider. (se CVD de aider) Les clients se sont fait expliquer le fonctionnement du tri des déchets. (se CVI> de expliquer à). Elles s’étaient fait livrer une pizza. (se CVI de livrer à).

FLE : une grande par­tie des fran­co­pho­nes ne perçoivent pas la dif­fé­ren­ce de struc­ture des phra­ses d’ex­em­ple ci-dessus et ne comprennent pas ces règles d’ac­cord du par­ti­ci­pe passé. Il ne faut donc pas s’étonner de trouver (sur Internet, par ex­em­ple) quantité d’ex­em­ples qui ne respectent pas les règles in­di­quées ci-dessus.

Exceptions concernant les ver­bes à pronom réfléchi

Dans la plupart des cas, le pro­nom réfléchi des ver­bes es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­naux est vide de sens et il est impos­si­ble de dire s’il s’agit d’un com­plé­ment de ver­be di­rect (CVD) ou d’un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP), car nombre de ces ver­bes ont un sens intransitif (s’évanouir, s’enfuir etc.), au­tre­ment dit ils sont sans com­plé­ment, et le pro­nom réfléchi ne peut donc pas être un « com­plé­ment » du ver­be.

a. Dans cer­tains ver­bes idiomatiques, par ex­em­ple se rendre compte de qch, le pro­nom se est un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (le ver­be est la for­me réfléchie de rendre compte de qch à qqn, tehdä selonteko jstak jklle). C’est pourquoi le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de pas :

Ils se sont rapidement rendu compte de leur er­reur. He huomasivat pian virheensä. Elles s’étaient rendu comp­te à quel point il était dif­fi­ci­le de trouver une informa­tion fiable. He huomasivat, kuinka vaikeaa on saada luotettavaa tietoa.

Cepen­dant, pour beau­coup de fran­co­pho­nes, le sens originel du pro­nom (se = « à soi-mê­me ») s’est perdu et le ver­be est senti com­me un ver­be es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­nal. Pour cette raison, on trouve beau­coup de cas où les uti­li­sateurs font l’ac­cord. Un cer­tain flottement règne à ce su­jet. Le plus simple est de ne pas faire l’ac­cord.

C’est, inversement, aus­si le cas du ver­be es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­nal s’arroger (anas­taa itsel­leen, omia). Il n’exis­te pas de for­me non pro­no­mi­nale *arroger à (ou mê­me simplement *arroger), mais mal­gré cela, le pro­nom se est senti net­te­ment com­me le com­plé­ment pré­po­si­tion­nel du ver­be. C’est ce qui explique que le par­ti­ci­pe ne s’ac­cor­de pas au pluriel (a), sauf si le CVD précède le ver­be (b) :

(a) Les conquérants s’étaient arrogé des droits exorbitants.
(b) Les droits exorbitants que les conquérants s’étaient arrogés ont pro­vo­qué un soulèvement de la population.

b. Le par­ti­ci­pe des ver­bes se rire de (olla välittämättä), se plaire à (tehdä mielellään), se complaire à (nauttia te­ke­misestä) est in­va­ria­ble :

Ils se sont ri de nos menaces. He viis välittivät uhkailustamme. Les critiques s’é­taient plu à démolir le film. Kriitikot haukkuivat elokuvaa kilpaa. Elles s’étaient complu dans leur er­reur. He pitivät kiinni virheellisestä käsityksestään.

Ces ver­bes et ces cons­truc­tions sont du code écrit soutenu, et pour cette raison cette règle est en gé­né­ral peu connue des usagers de la langue.

Le par­ti­ci­pe passé uti­li­sé com­me ad­jec­tif

Règle gé­né­rale

Quand il est uti­li­sé com­me ad­jec­tif, le par­ti­ci­pe passé s’ac­cor­de, com­me un ad­jec­tif normal :

La règle appliquée en pareil cas ne vaut pas ici. Les mesures prises par le gou­ver­ne­ment sont inefficaces. Les candidats retenus devront se présenter à un deu­xiè­me examen. Mal comprises, ces for­mes peuvent entrainer des con­fu­sions.

Dans les cons­truc­tions par­ti­ci­piales où le par­ti­ci­pe passé est uti­li­sé com­me un ver­be au passif, sans au­xi­liai­re, il s’ac­cor­de avec son su­jet :

Tout le quartier a été rasé, cette vieille maison de bois exceptée. La fin du tex­te mi­se à part, j’ai tout compris. Tekstin loppua lukuun ottamatta ymmärsin kaiken. Tous sont invités à la fête de Noël, les agentes d’entretien comprises. Kaikki on kut­suttu joulujuhlaan, siivoojat mukaan lukien.

Participes antéposés in­va­ria­bles

Certains par­ti­ci­pes passés peuvent être employés devant le grou­pe no­mi­nal, et dans cette po­si­tion, ils se sont gram­ma­ti­ca­lisés en ad­ver­bes in­va­ria­bles ou en pré­po­si­tions : 

attendu (ottaen huomioon), supposé (olettaen) vu (ottaen huomioon), étant donné (ottaen huomioon), passé (jälkeen) compris (mukaan lukien, com­pren­dre = käsittää, sisältää), excepté (paitsi)

Tout le quartier a été rasé, excepté cette vieille maison de bois. Koko kortteli pantiin maan tasalle, tätä vanhaa puutaloa lukuun ottamatta. Mis à part la fin du texte, j’ai tout compris. Tekstin loppua lukuun ottamatta ymmärsin kaiken. Vu ses résultats scolaires, il a été admis sans examen d’entrée. Hänen koulumenestyksensä ansiosta hänet otettiin sisään ilman pääsykoetta. Étant donné ses an­té­cé­dents, on lui a refusé le poste. Hänen taustansa takia häntä ei valittu virkaan. Pas­sé 2 heu­res du matin, il allait se coucher. Kello kahden jälkeen yöllä hän kävi nukkumaan. Tous sont invités à la fête de Noël, y com­pris les agentes d’entretien. Kaikki on kutsuttu joulujuhlaan, siivoojat mukaan lukien.

Remar­que :  avant le nom, le fin­nois mukaan lukien se dit « y compris » (et est donc une préposition, in­va­ria­ble), mais utilisé après le nom, il se dit « compris », sans le pro­nom y (et se comporte com­me un ad­jec­tif, qui peut s’ac­cor­der).

Dans le style administratif, on uti­li­se sou­vent les par­ti­ci­pes ci-joint, ci-annexé, ci-inclus (ohessa, oheisena). Quand ils sont devant le grou­pe no­mi­nal, ils sont in­va­ria­bles ; dans les au­tres positions, l’usage est flottant (on fait l’ac­cord ou non) :

Ci-joint la liste des élèves qui partent en classe verte. Ohessa leirikouluun lähtevien oppilaiden luettelo. Je vous envoie ci-joint la liste des élèves qui partent en classe verte. Lähetän oheisena leirikouluun lähtevien oppilaiden luettelon. Vous trouverez sur la liste ci-joint(e) les noms des élèves qui partent en classe verte. Oheisesta luet­te­los­ta ilmenee leirikouluun lähtevien oppilaiden nimet.

L’érosion de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé

Dans l’enseignement scolaire du fran­çais (en France, mais aus­si ailleurs), l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe tient une place très importante et tout à fait disproportionnée. En effet, dans la majorité des cas, l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé ne s’entend pas à l’oral, car l’e ou le s final ne se pro­non­cent pas (ils ne transcrivent au­cun phonème). On n’entend l’ac­cor­d que lorsque le par­ti­ci­pe passé se termine par une consonne, com­me celui de faire, peindre, met­tre, dire, écrire, prendre etc. :

faites, peinte, mises, dite, écrite, prises etc.

Au total, cela représente une quan­ti­té très limitée de for­mes dans lesquelles l’ac­cord se réalise auditivement. Le ré­sul­tat est que dans le fran­çais parlé, l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé est rarement observé (voir ALPF p. 40). Couramment, on dira :

les choses qu’il a dit les lettres qu’il m’a écrit la chemise que j’ai mis hier etc.

Les usagers fran­co­pho­nes éprouvent énormément de dif­fi­cul­tés à observer les rè­gles de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé, et cette suprématie totalement anachronique de l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe est un puissant moteur d’in­sé­curité linguistique. L’étu­diant de FLE qui consulte par exem­ple des sites Internet ne doit pas s’étonner de trou­ver d’innombrables cas dans lesquels l’ac­cor­d n’est pas fait ou est mal fait, ou fait inu­ti­lement (par précaution).

Cepen­dant, il ou elle ne doit pas en déduire que l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé est en­tiè­re­ment fa­cul­ta­tif. La mê­me per­son­ne qui, en parlant avec des amis dit la lettre que j’ai écrit hier peut très bien faire l’ac­cor­d (écrite) dans une situa­tion moins fa­mi­liè­re. Dans le code écrit, on observe en principe strictement l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé. Dans la mesure où on en a compris les règles…

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 47. L’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé. Dernière mise à jour : 1.8.2021