Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Les verbes à
pronom réfléchi

Terminologie

Les pronoms à valeur réfléchie

Formes pleines et longues

Emploi du verbe
avec un sens réfléchi

Emploi du verbe
avec un sens réciproque

Verbes essentiellement
pronominaux

Valeur intransitive

Valeur de passif
ou d’impersonnel

Difficultés typiques

Terminologie

Dans la ter­mi­no­lo­gie gram­ma­ti­cale fran­çai­se, on regrou­pe gé­né­ra­le­ment dans la ca­té­go­rie des « ver­bes pro­no­minaux » les ver­bes for­més avec les pro­noms per­son­nels « ré­flé­chis ». En fin­nois, on ap­pelle ces ver­bes « refleksiiviset verbit ».

Cepen­dant, une grande par­tie des ver­bes avec pro­nom ré­flé­chi n’ex­pri­ment pas un pro­ces­sus « ré­flé­chi », c’est-à-dire dans lequel le su­jet du ver­be exerce l’action sur lui-mê­me.

D’au­tre part, le terme de « ver­be pro­no­minal » conviendrait mieux à des ver­bes dans lesquels le pro­nom est devenu un com­po­sant mor­pho­lo­gique du ver­be (y aller, en appeler, l’emporter etc.) ou bien à des ver­bes es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­naux com­me s’enfuir. C’est pourquoi on uti­li­se dans ce Guide le terme plus gé­né­ri­que de ver­bes à pro­nom ré­flé­chi, qui décrit sim­ple­ment le fait que le ver­be s’uti­li­se avec ou a com­me com­plé­ment un pronom à valeur ré­flé­chie.

Les pro­noms ré­flé­chis (voir ci-des­sous) eux-mê­mes ne sont pas à proprement par­ler des for­mes par­ti­cu­lières, puis­que :

Important !

Les temps com­po­sés de tous les ver­bes avec pro­nom ré­flé­chi, quel que soit leur sens : ré­flé­chi, ré­ci­pro­que, idio­ma­ti­que etc., se for­ment tou­jours avec l’auxiliaire être. Il n’y au­cu­ne ex­cep­tion.

Les pro­noms à valeur ré­flé­chie

Formes

Les pro­noms employés avec une valeur ré­flé­chie présentent trois séries de for­mes : faible, pleine et longue. En fin­nois, on uti­li­se com­me pro­nom ré­flé­chi un mot spé­ci­fi­que, itse, qui se décline à tous les cas et peut recevoir une mar­que de per­son­ne. En fran­çais, pour les for­mes faibles et plei­nes, on uti­li­se un pro­nom ré­flé­chi spé­ci­fi­que (se) seu­le­ment aux per­son­nes 3/6. Aux per­son­nes 1/2/4/5, on uti­li­se les for­mes ha­bi­tu­el­les des pro­noms per­son­nels.

Les for­mes ré­flé­chies des pro­noms
Pers.faible CVD / CVPpleinelongue
1
2
3
4
5
6
me
te
se
nous
vous
se
moi
toi
lui/elle
nous
vous
eux/elles
moi-mê­me
toi-mê­me
lui-mê­me, elle-mê­me
nous-mê­mes
vous-mê­mes
eux-mê­mes, elles-mê­mes
gé­né­ri­que / neutre
3 se soi soi-mê­me

Les for­mes faibles des pro­noms ré­flé­chis s’uti­li­sent selon les mê­mes règles que les pro­noms à va­leur non ré­flé­chie en fonc­tion de com­plé­ment et, combinés à d’au­tres pronoms faibles avant le ver­be, ils se placent en premier, avant tout au­tre pro­nom com­plé­ment :

Il se le demande. Je me la suis achetée. Elles se les sont pardonnées.

À tou­tes les per­son­nes, il y a une seule et mê­me for­me pour le pro­nom com­plé­ment de ver­be direct (CVD) et le pro­nom com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP) :

Je me lave. Tu te laves. Il se lave. [laver qqn, laver qqch]
Je me demande. Tu te demandes. Il se demande. [demander à qqn]

Pour les fin­no­pho­nes, cela peut pro­vo­quer des con­fu­sions, surtout dans le cas de ver­bes sy­no­ny­mes mais ayant une cons­truc­­tion dif­fé­ren­te (par ex­em­ple suivre qqn, et succéder à qqn, tous deux seurata en fin­nois ) ou de ver­bes qui ont une cons­truc­tion dif­fé­ren­te en fin­nois et en fran­çais. Pour savoir dis­tin­guer les fonctions, il faut connaitre la cons­truc­­tion du ver­be (ce qui est avant tout un pro­blè­me de con­nais­san­ce du vo­ca­bu­lai­re) :

Ils se suivent. He seuraavat toisiaan. = se CVD [suivre qqn]
Ils se succèdent. He seuraavat toisiaan. = se CVP [succéder à qqn]

Remar­que: cette distinc­tion peut avoir une importance par ex­em­ple pour l’ac­cor­d du par­ti­ci­pe passé : ils se sont suivis he seurasivat toisiaan vs ils se sont succédé he seurasivat toisiaan.

Se rappeler et se souvenir

Des for­mes syncrétiques de pro­noms faibles com­plé­ments pré­po­si­tion­nels du ver­be me te se nous vous lui leur ne peu­vent pas figurer simultanément devant le ver­be ; le deuxième pro­nom peut donc seu­le­ment être le la les en y. On peut donc combiner

Je me le rappelle. Muistan sen / hänet. [me CVP, le CVD]
Il se le rappelle. Hän muistaa sen / hänet. [se CVP, le CVD]

mais on ne peut pas dire *Je me te rappelle ou *Il se me rappelle car il serait im­pos­si­ble de savoir lequel des deux pro­noms est CVP ou CVD. Dans ce cas, il faut uti­li­ser le ver­be se souvenir de :

Je me souviens de toi. Muistan sinut. Il se souvient de moi. Hän muistaa minut. [se souvenir de qqch/qqn, CVP]

C’est es­sen­tiel­le­ment pour cette raison qu’il exis­te en fran­çais deux ver­bes dif­fé­rents pour traduire le fin­nois muistaa :

muistan hänet /heidät/ sen je me le / la / les rappelle;
muistan sinut / muistat minut / meidät je me souviens de toi / tu te souviens de moi / de nous) etc.

Dans le fran­çais parlé, la force de l’analogie a résolu ce pro­blè­me en alignant la construction de se rappeler sur celle de se souvenir ; on uti­li­se cou­ram­ment la for­me se rappeler de :

Tu te souviens de cette soirée à Jimbaran ? – Oui je m’en rappelle très bien./ Je m’en souviens très bien.

Dans le code écrit strict, la construction Je m’en rappelle très bien est con­si­dé­rée com­me fau­ti­ve (et doit donc être évitée). Mais dans le fran­çais parlé, elle est très fré­quente et un très grand nombre d’usagers de la langue ignorent complètement qu’elle est jugée « agram­ma­ticale ».

Formes pleines et longues

Comme for­mes pleines ré­flé­chies des pro­noms per­son­nels, on uti­li­se les for­mes plei­nes ha­bi­tuel­les moi toi lui/elle nous vous eux/elles. Contrairement au pro­nom ré­flé­chi faible (se), il n’y a pas de for­me par­ti­cu­lière pour la per­son­ne 3 : on peut uti­li­ser le pro­nom lui/elle si le sens du ver­be ou le con­tex­te in­di­quent clairement que le pro­nom a le mê­me ré­fé­rent que le su­jet  :

Je ne compte que sur moi. Tu as une fâcheuse ten­dan­ce à ne penser qu’à toi et à oublier les au­tres. Vous pouvez le garder pour vous. Emportez-le chez vous. Nous avions fait ça pour nous et pas pour que ça soit diffusé partout. J’ai en­ten­du un grand bruit derrière moi. Il a tou­jours un peu d’argent sur lui. Ils sont rentrés chez eux. Carla a gardé les enfants chez elle aujourd’hui, parce qu’elle a une journée de libre. Soudain, ils en­ten­di­rent un grand bruit derrière eux. Elles ont tout gardé pour elles.

Il exis­te une va­rian­te longue des for­mes pleines, com­po­sée de la for­me pleine à laquelle on ajou­te l’ad­jec­tif ‑mê­me qui s’ac­cor­de en nombre, et qu’on uti­li­se pour mar­quer plus clairement la valeur ré­flé­chie si le sens du ver­be ou le con­tex­te l’exi­gent :

Elle [ma mère] ne pense qu’à elle [sa fille]. Hän ajattelee vain häntä.
Elle ne pense qu’à elle-mê­me. Hän ajattelee vain itseään.
Ils se sont fait du tort. He aiheuttivat haittaa toisilleen
Ils se sont fait du tort à eux-mê­mes. He aiheuttivat haittaa itselleen.

On uti­li­se sou­vent la for­me pleine si on veut insister sur la valeur ré­flé­chie, et sou­vent de façon plus ou moins redondante (mais gé­né­ra­le­ment elle n’est pas sentie com­me vraiment redondante) :

(a) Elles ont tout gardé pour elles-mê­mes. (b) Je ne compte que sur moi-mê­me. (c) Tu as une fâcheuse ten­dan­ce à ne penser qu’à toi-mê­me. (d) Vous pouvez le garder pour vous-mê­mes. (e) Nous avions fait ça pour nous-mê­mes et pas pour que ça soit diffusé partout. (f) Tu te l’offriras à toi-mê­me  (g) On a acheté ça pour nous-mê­mes.

Comme en gé­né­ral on offre quel­que chose à quelqu’un d’au­tre, dans l’ex­em­ple (f), la for­me mê­me sert à souligner que la per­son­ne qui offre est aus­si le destinataire du cadeau. Mais on pourrait dire facilement sans for­me longue : Je me suis offert une semaine de vacances. Dans l’ex­em­ple (g), on dé­si­gne « nous » (fran­çais parlé). Si on di­sait sim­ple­ment On l’a acheté pour nous, il pourrait y avoir ambigüité : « Quelqu’un l’a acheté pour nous ».

Forme longue dans les au­tres cas

En dehors des cons­truc­tions pré­po­si­tionnelles, les for­mes longues s’uti­li­sent pour ren­voy­er au su­jet du ver­be (fin­nois itse) :

Il devra essayer lui-mê­me. Il faut que vous l’essayiez vous-mê­mes pour pouvoir com­pren­dre.

On peut ainsi opposer :

Je me la suis achetée [pas de nuance par­ti­cu­lière] Je me la suis achetée moi-mê­me. [« Personne d’au­tre n’ayant eu l’idée de me l’offrir, j’ai finalement fait cet achat moi-mê­me ».]

On uti­li­se no­tam­ment les for­mes longues quand on veut souligner le caractère ré­flé­chi des ver­bes pro­no­minaux idio­ma­ti­ques ou es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­naux, com­me se tromper, se souvenir, se rendre compte (voir ci-des­sous), dans lesquels le pro­nom ré­flé­chi fait par­tie du ver­be et n’a pas de valeur ré­flé­chie en tant que tel :

Nous nous sommes trompés. Erehdyimme. Nous nous sommes trompés nous-mê­mes. Erehdyimme itsekin. / Petimme myös itseämme. Vous vous en rendrez compte vous-mê­mes. Tekin tulette huomaamaan sen. / Tulette huomaamaan sen itsekin, ilman muiden apua. Je m’étonne moi-mê­me.

Forme longue synonyme d’aus­si

Sou­vent, la for­me longue a la mê­me valeur que aus­si (fin­nois itsekin, ou sim­ple­ment ‑kin). Dans ce cas-là, la for­me longue peut ren­voy­er au su­jet ou au com­plé­ment du ver­be :

Les riverains sont excédés eux-mê­mes. Ça nous embête nous-mê­mes.

C’est ainsi que la phra­se Je me la suis achetée moi-mê­me peut aus­si signifier « Je l’ai achetée à quelqu’un d’au­tre et aus­si pour moi-mê­me ».

Ces for­mes longues peu­vent s’uti­li­ser en posi­tion détachée, mais, com­me dans le cas de la for­me pleine du pro­nom per­sonnel su­jet, seule la per­son­ne 3 peut être su­jet sans l’appui d’un au­tre pro­nom per­son­nel (a), dans les au­tres cas, il faut ex­pri­mer la for­me faible devant le ver­be (b) :

(a) Lui-mê­me a dit que c’était impos­si­ble.  (b) Moi-mê­me, j’en ai fait l’expérience. [le pronom je doit obli­ga­toi­re­ment être ex­pri­mé devant le ver­be.]

Soi, soi-mê­me

À la per­son­ne 3/6, la for­me faible et la for­me pleine ont une va­rian­te, soi/soi-mê­me. On l’uti­li­se dans les cas sui­vants :

a. Le su­jet ren­voie à un nom à valeur gé­né­ri­que, au­tre­ment dit non pas à un ré­fé­rent dé­fi­ni iden­ti­fia­ble, mais à tou­te une ca­té­go­rie :

L’orgueilleux regarde les au­tres avec des yeux chassieux et soi-mê­me sans yeux, en aveugle. Un chanteur c’est égoïste, ça ne pense qu’à soi, mais com­me j’ai une fem­me très présente et avec qui je m’entends bien, ça a fait l’équilibre. [A. Sou­chon]

b. Le su­jet est un pro­nom in­dé­fi­ni nominal (non re­pré­sentant, donc sans genre) com­me on, chacun, quelqu’un, per­son­ne, tout le monde, qui­con­que. Com­parer :

Chacun est rentré chez soi. / Tous sont rentrés chez eux. On peut très bien faire ça soi-mê­me. / Il peut très bien faire ça lui-mê­me. Dans la vie, chacun pense d’abord à soi-mê­me. / Julien pense d’abord à lui-mê­me.

c. Le pro­nom ren­voie au su­jet non ex­pri­mé d’un in­fi­ni­tif employé seul ou par ex­em­ple après il faut, il est bon de + in­fi­ni­tif etc. :

Il faut tou­jours avoir un peu d’argent sur soi. Il faut d’abord se le demander à soi-mê­me. Travailler chez soi est aujourd’hui devenu banal grâce au télétravail. Face à une grave maladie, il est né­ces­sai­re de ne pas se replier sur soi.

d. Dans les grou­pes no­mi­naux dérivés de cons­truc­tions ver­bales qui ont un su­jet implicite non ex­pri­mé (com­me en fin­nois itsetutkiskelu) :

Le repli sur soi, le respect de soi, l’estime de soi, l’image de soi

Remar­que : les fran­co­pho­nes ont ten­dan­ce à em­ploy­er la for­me soi mê­me en dehors de ces cas. On relève cou­ram­ment des phra­ses du type il ne le sait pas soi-mê­me, ou bien il n’a pas assez confiance en soi (il faudrait dire nor­ma­le­ment il ne le sait pas lui-mê­me et il n’a pas assez confiance en lui-mê­me). En fait, justement à cause de son em­ploi dans des con­tex­tes gé­né­ri­ques, soi-mê­me est vraisemblablement senti com­me un ré­flé­chi « gé­né­ri­que » (au sens d’« universel », « passe­par­tout »), qu’on peut uti­li­ser pour in­di­quer la va­leur ré­flé­chie de tout su­jet de per­son­ne 3/6, exac­te­ment com­me itse en fin­nois, qu’on ajou­te sim­ple­ment après le ver­be pour in­di­quer une valeur ré­flé­chie. Cepen­dant, dans le code écrit strict, il faut en principe ap­pli­quer les règles ci-des­sus.

Emploi du ver­be avec un sens ré­flé­chi

Actant CVD ou CVP

Quand on uti­li­se le ver­be avec un sens ré­flé­chi, l’ac­tion est « ré­flé­chie » (mot à mot « hei­jas­tet­tu ») vers le su­jet, au­tre­ment dit l’ac­tion du ver­be porte en mê­me temps sur le com­plé­ment du ver­be et sur le su­jet. Il y a deux possibilités :

1)  le CVD (com­plé­ment de ver­be direct) re­pré­sente le mê­me actant (agentti) que le su­jet ; le su­jet du ver­be transitif direct exerce l’ac­tion sur lui-mê­me :

préparer valmistaa : je me prépare (valmistan itseni = valmistaudun) ; laver : elle se lave (hän pesee itsensä = hän peseytyy).

2)  le su­jet du ver­be transitif exerce l’ac­tion sur un objet (au sens de kohde) au­tre que lui-mê­me. Le pro­nom « ré­flé­chi » ren­voie dans ce cas à l’actant (l’« auteur ») de l’ac­tion, mais celui-ci est en fonc­tion de com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP). Pour ex­pri­mer la valeur ré­flé­chie, en fin­nois on uti­li­se sou­vent dans ce cas itselleen ou itseltään etc. :

Demander qqch à qqn → demander qqch à soi-mê­me → se demander qqc.
Faire qch pour qqn : Je me suis fait un petit cahier.
Accorder qqch à  qqn: Nous nous sommes ac­cor­dé un peu de repos.
Poser une ques­tion à qqn : Il se pose la ques­tion. Hän kysyy sitä itseltään.

Remar­que : dans ces cas, le par­ti­ci­pe passé ne s’ac­cor­de pas avec le pro­nom ré­flé­chi, puis­qu’il n’est pas le com­plé­ment direct du ver­be.

Emploi ré­flé­chi oc­ca­sion­nel

De nom­breux ver­bes transitifs peu­vent être utilisés avec un pro­nom employé de façon ré­flé­chie in­di­quant le des­ti­na­taire ou le bénéficiaire de l’action, par ex­em­ple Je me suis fait un sandwich (laitoin itselleni voileivän). Dans ce cas, le pro­nom ré­flé­chi in­di­que que le su­jet fait quel­que chose pour lui-mê­me (en fin­nois itselleen, it­seään var­ten). Quand le ver­be est employé avec un pro­nom ré­flé­chi, il se produit cer­tains chan­ge­ments dans la phra­se par rapport à un com­plé­ment non ré­flé­chi :

Elle m’a acheté des chaussures. Hän osti minulle kengät.
Je me suis acheté des chaussures. Ostin itselleni kengät.

Je t’ai fabriqué une étagère. Rakensin sinulle hyllykön.
Tu t’es fabriqué une étagère. Rakensit itsellesi hyllykön.

Les enfants lui ont construit une cabane. Lapset rakensivat hänelle majan
Les enfants se sont construit une cabane. Lapset rakensivat itselleen majan.

Je lui ai demandé si c’était une bonne idée. Kysyin häneltä, onko se hyvä ajatus.
Il s’est demandé si c’était une bonne idée. Hän ihmetteli [kysyi itseltään], onko se hyvä ajatus.

En fin­nois, le ver­be ne change pas, mais le pro­nom pré­po­si­tion­nel est dif­fé­rent (mi­nulle/itselleni, sinulle/itsellesi etc.). En fran­çais, le ver­be change aux temps com­po­sés (auxiliaire avoir → auxiliaire être) et le pro­nom change seu­le­ment aux per­son­nes 3/6 (lui, leurse).

Dans les cas de ce gen­re, de nom­breux dictionnaires et cer­tai­nes gram­mai­res con­sidèrent qu’il exis­te une « for­me ré­flé­chie » du ver­be faire, confectionner, cons­trui­re, acheter, envoyer etc. C’est parfaitement inutile. C’est un em­ploi tout à fait banal et normal de ces ver­bes avec un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel (CVP). La seule dif­fé­ren­ce est que le CVP est ici « ré­flé­chi », au lieu d’être lui, leur etc.

Remar­que : il exis­te un em­ploi réellement ré­flé­chi de faire, c’est le ver­be se faire, qui si­gni­fie « se faire soi-mê­me », « se dé­ve­lop­per » : Ce garçon s’est fait. Poika on miehistynyt. Mais dans des phra­ses telles que les sui­vantes, il est tout à fait abusif de parler de ver­be ré­flé­chi ; ce sont les pro­noms (les com­plé­ments me ou s’) qui sont « ré­flé­chis »  : Je me suis fait un chapeau avec un journal plié ou Il s’est découvert une passion pour l’as­tro­no­mie.

Emploi du ver­be avec un sens réciproque

Différence entre ré­flé­chi et réciproque

Les ver­bes uti­li­sés dans un sens réciproque (vastavuoroinen, resiprookkinen) ont un su­jet pluriel et les su­jets exercent l’ac­tion les uns sur les au­tres. En fin­nois, on uti­li­se dans ce cas toinen toisensa :

com­plé­ment direct
Nous nous voyons tous les jours. Ils ne se sont pas compris. Ils se sont suivis.

com­plé­ment pré­po­si­tion­nel
Elles s’écrivent tous les jours (écrire à) Ils se ressemblent beau­coup. He muis­tut­tavat paljon toisiaan (ressembler à). Les images se succèdent rapidement. Kuvat seuraavat nopeasti toisiaan (succéder à) Les deux amis s’envoient des textos. Ys­tä­vykset lähettävät toisilleen tekstareita (envoyer à) Ils ne se cachent au­cun secret. He eivät salaa toisiltaan mitään (cacher à) On s’est envoyé des lettres.

La dif­fé­ren­ce entre la valeur ré­flé­chie et la valeur réciproque dépend du sens du ver­be. Cer­tains énon­cés peu­vent avoir deux interprétations :

Elles se lavent. = Chacune se lave soi-mê­me. He pesevät itseään.
Elles se lavent. = L’une (les unes) lave(nt) l’au­tre (les au­tres). He pesevät toisiaan.
Ils se regardent dans un miroir. = Chacun se regarde soi-mê­me dans un miroir. He katsovat itseään peilistä.
Ils se regardent dans un miroir = chacun regarde l’au­tre dans le mê­me miroir. He katsovat toisiaan peilistä.

Avec les ver­bes transitifs à com­plé­ment pré­po­si­tionnel  ou à com­plé­ments mul­ti­ples, c’est le sens réciproque qui prévaut en gé­néral : elles se sont téléphoné ou elles se sont écrit de longues lettres (se = toisilleen), ils se sont re­gar­dés etc.

Atten­tion aus­si aux dif­fé­ren­ces de cons­truc­tion entre le fin­nois et le fran­çais (ca­cher à qqn, fin­nois salata joltakulta) :

Elles se sont cachées. He piiloutuivat.
Elles se sont caché des choses. He salasivat asioita toisiltaan.

Verbes es­sen­tiel­le­ment pro­no­mi­naux

Certains ver­bes n’exis­tent qu’à une for­me dite « pro­no­mi­nale », au­tre­ment dit on ne les em­ploie jamais sans le pro­nom ré­flé­chi (ou très rarement, sou­vent dans des em­plois figés), sauf au par­ti­ci­pe passé. Les ver­bes *enfuir, *souvenir, *envoler etc. n’exis­tent pas seuls, sans pro­nom ré­flé­chi. On appelle ces ver­bes des ver­bes essen­tiel­lement pro­no­mi­naux. Le sens du pro­nom ré­flé­chi est devenu obscur, et il fonc­tion­ne com­me une sorte d’élé­ment dérivationnel, une sorte de par­ti­cu­le, qui n’a pas de sens en elle-mê­me (com­me le pro­nom y dans on y va ou le pro­nom en dans j’en ai assez, qui servent de par­ti­cu­le ver­bale). Dans ce cas, le fait d’appeler ces ver­bes des ver­bes pro­no­mi­naux est pleinement justifié, car le pro­nom est un élé­ment indispensable qui fait mor­pho­lo­giquement par­tie du ver­be :

s’absenter, s’écrier, s’ensuivre olla seurauksena, s’en aller, s’évanouir hälvetä / men­nä tajuttomaksi, s’enfuir lähteä pakoon, s’enquérir de qqch tiedustella, se sou­ve­nir, s’abstenir de faire qqch pidättäytyä tekemästä, s’envoler, s’emparer de ottaa hal­tuun, vallata, s’éprendre de qqn rakastua jkhun, se raviser muuttaa mielensä, s’ef­for­cer, se pâmer pyörtyä, se suicider

Le par­ti­ci­pe passé de cer­tains de ces ver­bes (no­tam­ment de ver­bes ex­pri­mant le mou­ve­ment) peut s’uti­li­ser sans pro­nom ré­flé­chi dans un sens actif intransitif, com­me celui des ver­bes intransitifs actifs qui uti­li­sent l’auxiliaire être ; mais cela ne concerne que quel­ques ver­bes :

Tous mes soucis ? Envolés ! Kaikki huoleni? Poissa! La douleur ? Évanouie. Kipuko? Hävinnyt. Où sont passés les pri­son­niers ? – Tous enfuis !

Verbes pro­no­mi­naux idio­ma­ti­ques

Un cer­tain nombre de ver­bes peu­vent s’uti­li­ser soit sans pro­nom ré­flé­chi soit avec pro­nom ré­flé­chi. Uti­li­sés avec un pro­nom ré­flé­chi, ils ont sou­vent un sens en­tiè­re­ment dif­fé­rent : on les appelle pour cette raison «ver­bes pro­no­mi­naux idio­ma­ti­ques ». Dans ces ver­bes, le con­te­nu sé­man­ti­que du pro­nom se est gé­né­ra­le­ment im­pos­si­ble à interpréter. Com­pa­rer :

Les deux clubs se disputent la première place du championnat. Molemmat seurat kilpailevat mes­ta­ruu­des­ta. ≠ Les deux amis se disputent. Ystävykset riitelevät.

Le ver­be disputer qqch à qqn signifie tavoitella jtak joltakulta. Dans le premier ex­em­ple ci-dessus, il s’agit donc d’une cons­truc­tion réciproque (tavoittelevat mes­ta­ruut­ta toisiltaan). Dans le deu­xiè­me ex­em­ple, se disputent n’a pas le mê­me sens (?tavoittelevat toista toiseltaan) : c’est un em­ploi idioma­ti­que de se disputer, qui si­gni­fie « riidellä ». Com­pa­rer éga­le­ment :

Grâce à la liaison par satellite, mal­gré l’absence de réseau, nous nous entendons par­fai­te­ment. ≠ Nos voisins ne s’entendent pas. Naapurimme eivät tule toimeen kes­kenään [s’entendre uti­li­sé de façon idio­ma­ti­que équivaut à tulla toimeen kes­ke­nään].

Dans le cas des ver­bes pro­no­mi­naux idio­ma­ti­ques, le terme de pro­no­mi­nal est donc justifié aus­si, car le pro­nom sert d’élé­ment dérivationnel permettant de créer un nouveau ver­be.

Com­pa­rai­son de quel­ques ver­bes

Les ex­em­ples ci-dessous présentent une com­pa­rai­son de ver­bes employés sans pro­nom ré­flé­chi et employés avec pro­nom ré­flé­chi de façon idio­ma­ti­que. Ces ver­bes sont des ver­bes cou­rants et très utilisés, qu’il est utile de connaitre :

rendre palauttaa / se rendre antautua
apercevoir qqch havaita, nähdä / s’apercevoir de qqch huomata, panna merkille
dire qqch sanoa / se dire qqch ajatella
rendre compte de qqch raportoida / se rendre compte de qqch huomata
douter de qqch kyseenalaistaa jtak / se douter de qqch aavistaa jtak 
met­tre laittaa, asettaa / se met­tre à faire qqch ryhtyä tekemään jtak
passer mennä ohi / se passer tapahtua
entendre kuulla / s’entendre (avec qqn) tulla toimeen (jkn kanssa)
servir palvella, tarjoilla / se servir de qqch käyttää jtak
disputer (qqch à qqn) tavoitella jtak jklta / se disputer riidellä
retrouver löytää / se retrouver quel­que part joutua jonnekin
mêler sekoittaa, hämmentää / se mêler de qqch puuttua jhk
prêter lainata / se prêter à qqch soveltua jhk
dépêcher qqch/qqn lähettää (kiireesti) / se dépêcher (de faire) kiirehtiä (tekemään)
trouver qqch löytää / se trouver sijaita, olla

Inversion du su­jet avec pro­nom conjugateur il

Certains de ces ver­bes s’em­ploient cou­ram­ment avec un su­jet in­ver­sé (placé après le ver­be) et pré­cé­dés d’un pro­nom conjugateur il :

Des choses graves se passent. → Il se passe des choses graves.
Un évè­ne­ment nouveau s’est produit. → Il s’est produit un évènement nouveau.
Un climat nouveau s’est fait jour récemment. → Il s’est fait jour récemment un climat nouveau.

Identifier la construction

Derrière des ver­bes apparemment iden­ti­ques peu­vent se cacher des cons­truc­tions diffé­ren­tes :

Il s’est servi du vin. Hän kaatoi itselleen viiniä.
Il s’est servi du vin pour faire une sauce. Hän käytti viiniä kastikkeen val­mis­ta­mi­seen.

Dans le premier cas, il s’agit du ver­be servir (tarjoilla) employé de façon ré­flé­chie (« servir qqch à soi-mê­me »), qui est suivi du CVD du vin (ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif du et nom vin) : kaataa itselleen viiniä. Dans le deuxième cas, il s’agit du ver­be se servir de qqch (käyttää), qui est une uti­li­sa­tion idio­ma­ti­que de servir avec pro­nom ré­flé­chi, et du CVP le vin. Le mot du est la for­me contracte de la pré­po­si­­tion de et de l’ar­ti­cle dé­fi­ni le. L’ar­ti­cle dé­fi­ni si­gni­fie ici qu’on ren­voie à un vin connu par ex­em­ple par référence anaphorique : « le vin qui restait » ou « le vin qui était dans le réfri­gé­ra­teur ».

Valeur intransitive des ver­bes à pro­nom ré­flé­chi

Valeur intransitive

Dans le cas de nom­breux ver­bes, la for­me avec pro­nom ré­flé­chi cor­res­pond à une for­me intran­sitive du ver­be, car le processus décrit par le ver­be n’est pas vu ré­el­le­ment com­me une ac­tion que le su­jet exerce sur lui-mê­me, mais qui se produit en quel­que sorte tou­te seule, com­me dans les ver­bes fin­nois näkyä, kutistua, nu­kah­taa : se lever, se coucher, s’assoir, s’endormir, se rétrécir, se répandre, se voir etc. C’est aus­si le mê­me processus qui explique l’em­ploi des ver­bes com­me se blesser, se tuer etc. (voir ci-des­sous Valeur intransitive « pas­si­ve ») :

L’église, dont le clocher était entièrement doré, se voyait de très loin. Nous avons dû rouler prudemment, parce que par endroit la route se rétrécissait dan­ge­reu­se­ment. Elle détourna les yeux une seconde, pour s’assurer qu’au­cun danger ne se profilait à l’horizon. Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, sous le règne du Roi Soleil, s’est répandue, surtout chez les hommes, la mode des dentelles pré­cieu­ses cousues. Le soleil ne se lèvera plus à Utsjoki avant le 13 janvier. Les ordres superposés et les arcades, typiquement Renaissance, se ren­con­trent de plus en plus sou­vent. 

Remar­que : cette valeur intransitive du ver­be à pro­nom ré­flé­chi pro­vo­que sou­vent des er­reurs chez les fin­no­pho­nes, car un cer­tain nombre de ver­bes intransitifs fin­nois en ‑UA- ou ‑UtuA (mais aus­si d’au­tres, com­me nousta) cor­res­pondent en fran­çais à des ver­bes avec pro­nom ré­flé­chi (nousta se lever, kääntyä se tourner, li­sään­tyä se ré­pan­dre), mais d’au­tres cor­res­pondent à des ver­bes in­tran­si­tifs simples, sans pro­nom ré­flé­chi (li­sään­tyä aug­menter, muuttua changer), voir Douter, chan­ger, ap­pro­cher, apercevoir ci-des­sous.

Valeur intransitive « pas­si­ve »

Certains ver­bes s’em­ploient avec un pro­nom ré­flé­chi pour ex­pri­mer que le su­jet a été victime d’un évè­nement fâcheux, dont il peut éven­tu­el­le­ment être responsable ou non, mais qu’il n’a pas fait en exer­çant volontairement l’ac­tion sur lui-mê­me : se tuer, se blesser, se faire mal, se casser la jambe etc. Il subit en quel­que sorte l’ac­tion de façon pas­si­ve (voir aus­si la construc­tion se faire + infinitif). Ne pas con­fon­dre cet em­ploi avec la valeur de ver­be passif ou imper­son­nel ci-des­sous. Ces ver­bes cor­res­pondent sou­vent à des ver­bes intransitifs en fin­nois (se tuer kuolla, se blesser louk­kaan­tua etc.) :

Anaelle s’est fracturé le nez en faisant de la planche à voile. Un alpiniste alle­mand s’est tué jeudi sur le Mont-Blanc du côté italien. Une femme de Longueuil qui s’est fracturé un poignet et un coude en raison d’une chute sur un trottoir va obtenir 112 000 dollars [canadiens] en dommages et intérêts. Il s’est blessé à la jambe en tondant le gazon. Ne joue pas avec ce couteau, tu vas finir par te faire mal !

Cet em­ploi est très fré­quent (no­tam­ment pour se tuer, dans des titres de journaux, dans le sens du fin­nois saada surmansa) et il peut prêter à con­fu­sion. Ainsi la phra­se Il s’est tué dans un ac­ci­dent de moto doit se com­pren­dre « Hän sai sur­man­sa/kuoli moot­to­ri­pyö­rä­on­net­to­muu­des­sa » et non pas « Hän teki itsemurhan / tappoi itsensä moot­to­ri­pyö­rä­on­net­to­muu­des­sa ».

Dans d’au­tres cas, le ver­be peut évi­dem­ment aus­si avoir un sens véritablement tran­sitif (ac­tion volontaire du su­jet sur lui-mê­me). Il faut donc savoir interpréter la valeur du ver­be « ré­flé­chi » en fonc­tion du con­tex­te :

Je ne sais pas si elle voulait se punir de n’avoir pas su garder son homme, ou si elle vou­lait se faire mal physiquement pour moins ressentir la douleur qui lui ar­ra­chait le cœur.

Valeur de passif ou d’imper­son­nel

Valeur prescriptive ou de vérité gé­né­rale

Un ver­be uti­li­sé avec un pro­nom ré­flé­chi peut prendre un sens de passif ou d’im­per­son­nel, qui rappelle le passiivi imper­son­nel fin­nois :

Ce médicament se prend avant le repas. Tämä lääke otetaan ennen ateriaa. Au res­tau­rant, il se consomme des quan­ti­tés con­si­dé­ra­bles de champagne. Ra­vin­to­lois­sa juodaan huomattavia määriä samppanjaa. La maison s’est vendue fa­ci­le­ment. Talo meni helposti kaupaksi. Ce livre se lit rapidement. Kirja on nopeasti luettu. Ce mo­dè­le se vend très bien. Tämä malli myy hyvin. Où est-ce que ça s’achète ?  Cela se voit. Comment ça s’écrit ?  Cela s’entend qu’il n’est pas fran­çais. Un enfant s’élève dans la douceur et la compréhension.

Cet em­ploi est pos­si­ble pour de nom­breux ver­bes pouvant recevoir un com­plé­ment direct, mais n’est pas aus­si éten­du qu’en italien, par ex­em­ple. Cette cons­truc­tion ex­pri­me sou­vent une vérité gé­né­rale ou un précepte (ohje). Elle s’uti­li­se pour mar­quer la valeur gé­né­ri­que de l’ac­tion (on in­di­que que l’ac­tion s’applique à tous les ob­jets envisagés), con­trai­re­ment au passif, où on souligne plutôt la valeur aspectuelle ou tem­po­rel­le. Com­pa­rer :

Ce livre se lit facilement. Kirja on helppolukuinen. Ce livre est lu facilement. Tämä kirja on äkkiä luettu. Comment ça s’écrit ? Miten se kirjoitetaan? Comment c’est écrit ? Miten se on kirjoitettu?

Cette nuance n’exis­te pas dans le passiivi fin­nois. En fonc­tion du sens du ver­be et du con­tex­te d’uti­li­sation, le passif imper­son­nel peut ap­por­ter parfois une nuance supplémentaire; dans d’au­tres cas, il n’y a pas vraiment de dif­fé­ren­ce avec le pas­sif : La maison s’est vendue facilement. = La maison a été vendue facilement.

Dans les cons­truc­tions disloquées

Les cons­truc­tions avec passif à valeur imper­son­nelle sont en revanche très fré­quen­tes dans le fran­çais parlé, en posi­tion détachée dans des phra­ses cli­vées (soit en prolepse, soit en rappel). Dans ces cons­truc­tions, la valeur gé­né­rale ou gé­né­ri­que de la cons­truc­tion ré­flé­chie est renforcée par l’uti­li­sa­tion du pro­nom ça (mais pas ex­clu­si­ve­ment, l’em­ploi de il est pos­si­ble aus­si) :

Ça s’écrit com­ment, votre nom  Ça se mange com­ment, les artichauts  Le cham­pa­gne, ça se boit frappé. Ça/Il s’ouvre com­ment, ce truc ? Ça s’achète où, ce pro­duit ? Le pouvoir, ça se prend par la force. Ça se prend com­ment, la température d’un chat ?

(Se) douter, (se) changer, (s’)approcher, (s’)apercevoir

Comme expliqué ci-des­sus, un assez grand nombre de ver­bes peu­vent être utilisés de façon idio­ma­tique avec un pro­nom ré­flé­chi : selon qu’ils sont utilisés avec ou sans pro­nom ré­flé­chi, ils changent de sens, tantôt légèrement, tan­tôt ra­di­ca­le­ment. Il n’est pas tou­jours facile pour les ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re de bien com­pren­dre ou de bien mé­mo­ri­ser ces dif­fé­ren­ces.

Comme c’est pres­que tou­jours le cas avec la construc­tion des ver­bes, il s’agit fon­da­men­ta­le­ment d’abord d’un pro­blè­me de lexique : l’ap­pre­nant de fran­çais ne peut pas réellement deviner ou dé­duire le sens précis ou les dif­fé­ren­ces de sens, il doit les mémoriser. Ci-dessous on donne quel­ques ex­em­ples de ver­bes qui posent des dif­fi­cul­tés aux fin­no­pho­nes, en par­tie parce que leurs équi­va­lents en fin­nois peu­vent aus­si avoir des nuances variées (mais qui ne varient pas de la mê­me façon qu’en fran­çais) et aus­si parce qu’il exis­te en fin­nois une grande quan­ti­té de ver­bes à valeur ré­flé­chie auxquels cor­res­pondent en fran­çais des ver­bes intransitifs simples, em­ployés sans pro­nom ré­flé­chi.

Douter de qch ou se douter de qch ?

Le couple douter de qch et se douter de qch est source de con­fu­sions fré­quentes chez les étudiants de fran­çais de tou­tes origines linguistiques. En fin­nois, ces con­fusions sont renforcées par le fait que le ver­be epäillä équivalent de douter peut avoir deux sens dif­fé­rents, « aavistella » ou « kyseenalaistaa » :

La dif­fé­ren­ce de sens est donc im­por­tan­te (voir aus­si Sans doute vs sans au­cun doute), et mal­heu­reu­se­ment, du point de vue des ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re, elle ne dé­pend que de la pré­sen­ce ou de l’absence d’un petit mot, le pro­nom ré­flé­chi. Exem­ples :

Je doute de ses chances de réussite. Epäilen hänen mahdollisuuksiaan onnistua. / En ole varma, onnistuuko hän. Je ne doute pas de ses chances de réussite. En epäile hänen mahdollisuuksiaan onnistua. / Olen varma, että hän onnistuu. J’en doute. Epäilen sitä. Je n’en doute pas. En epäile sitä.

Je me doutais de sa réaction. Aavistin / Osasin odottaa, että hän reagoisi tällä tavalla. Je ne me doutais pas de sa réaction. En osannut odottaa, että hän reagoisi tällä ta­val­la. Je m’en doutais. Epäilin sitä. / Aavistelin sitä. / Osasin odottaa sitä. Je ne m’en doutais pas. En osannut odottaa sitä.

Com­pa­rer :

Nous nous doutions que le dépouillement de ce corpus ne donnerait pas for­cé­ment des résultats tangibles. [On le savait d’avance, et effectivement il n’y a pas eu de ré­sul­tats.] Nous doutions que le dépouillement de ce corpus donne des résultats tangibles, mais nous avons pu constater que les données sont bien en corréla­tion avec les calculs théoriques. [Au départ, on pensait qu’il n’y aurait pas de résultats, mais il y en a eu.] Personne ne pouvait se douter de l’importance de cette in­ven­tion. [Personne ne savait qu’elle était ou serait im­por­tan­te.] Personne ne pouvait douter de l’importance de cette in­ven­tion. [Tout le monde savait que l’inven­tion était im­por­tan­te et per­son­ne ne pouvait dire le contraire.]

Remar­que : douter et se douter demandent un mode dif­fé­rent quand ils ont com­me com­plé­ment une pro­po­si­tion com­plé­tive : douter que demande le sub­jonc­tif, tandis que se dou­ter que demande l’in­di­ca­tif : Tu te doutes bien qu’ils n’étaient pas très enthousiastes à cette idée ou Je doutais grandement qu’il obtienne gain de cause.

Changer ou se changer  ?

Le sens ré­flé­chi d’un ver­be est sou­vent mar­qué en fin­nois par le suffixe ‑UtUA ou ‑ntUA : pestä → peseytyä, muuttaa → muuttua, lisätä → lisääntyä. Un cer­tain nom­bre de ces ver­bes cor­res­pondent en fran­çais à des ver­bes à pro­nom ré­flé­chi, mais il y a aus­si beau­coup de ver­bes en ‑UtUA ou ‑ntUA qui équi­va­lent en fran­çais à des ver­bes intransitifs simples (non ré­flé­chis), et pro­vo­quent fré­quem­ment des er­reurs chez les étu­diants de fran­çais fin­no­pho­nes. Parmi les plus fré­quents, il faut faire atten­tion aux sui­vants :

kääntyä (risteyksessä)tourner se tourner = kääntyä ympäri
muuttuachanger se changer = vaihtaa vaatteet
kutistua (kankaasta)rétrécir se rétrécir = kaveta
punastua rougir pas de for­me ré­flé­chie
lisääntyäaugmenter s’augmenter = antaa itselleen palkankorotus
käynnistyä démarrer *se démarrer = inusité
vähentyä / alentuadiminuer se diminuer = vähätellä taitojaan
vähentyäbaisser se baisser = kumartua, kyykistyä
vaihdellavarier *se varier = inusité
erotadifférer (de) *se différer = agram­ma­ti­cal
kuivuasécher se sécher = kuivattaa itsensä
kaksinkertaistuadoubler se doubler de qqch = olla myös
kolminkertaistuatripler *se tripler = inusité dans ce sens.

Remar­que : tous les ver­bes fran­çais dans la colonne du milieu (tourner, changer, ré­tré­cir…) se conjuguent avec l’auxiliaire avoir.

Inversement, de nom­breux ver­bes à sens intransitif sont sou­vent uti­li­sés par les fin­no­pho­nes de façon erronée com­me des ver­bes « ré­flé­chis », le plus fré­quent étant différer « erota, olla erilainen kuin » :

La littérature pour enfants diffère de la littérature pour adultes sur bien des points. [et non *se diffère]

Approcher ou s’approcher ?

Difficulté : les ver­bes approcher et s’approcher se traduisent tous deux par lähestyä. Com­ment choisir entre l’un et l’au­tre ?

a.  S’approcher s’uti­li­se nor­ma­le­ment avec un su­jet animé qui peut agir lui-mê­me sur le rap­pro­che­ment, et signifie « se déplacer pour être plus près de quel­que cho­se » :

Le petit garçon s’est approché de la barrière. Le chat s’est approché de moi pour se faire caresser.

b. Approcher s’uti­li­se en gé­né­ral avec un su­jet non animé, et signifie sim­ple­ment « devenir plus proche de quel­que chose » :

Le moment approche. Hetki lähestyy. La fin approche. Loppu lähestyy. L’orage approchait. Ukkonen lähestyi. Le train approche de Paris. Juna lähestyy Pariisia. Bruxelles approche. Olemme pian Brysselissä.

On pourrait ainsi opposer Approche ! « viens plus près » (tule tänne!) et Approche-toi ! « mets-toi plus près » (tule lähemmäksi).

c.  Les deux ver­bes se ressemblent ce­pen­dant beau­coup et ont un sens très si­mi­lai­re. C’est pourquoi, dans la langue cou­rante, il peut arriver qu’on fasse la con­fu­sion entre les deux for­mes, mais il ne faut pas en tirer des con­clu­sions hâtives : à l’écrit, quand on a le temps de ré­flé­chir à la formula­tion du message, on ob­ser­ve cet­te dis­tinction. Il y a aus­si des cas où on uti­li­se approcher avec un su­jet ap­pa­rem­ment ani­mé. Dans ce cas-là, il s’agit d’un em­ploi synec­do­ti­que ou métaphorique. Com­pa­rer :

Nous approchions de Paris. Lähestyimme Parii­sia. [nous = notre avion / train / voiture]
Nous nous sommes approchés de Paris. Matkustimme / Asetuimme lähemmäksi Pa­rii­sia.

d.  La for­me s’approcher peut aus­si cor­res­pondre à la for­me pas­si­ve imper­son­nelle d’ap­pro­cher ou de s’approcher :

Un cheval ne doit jamais s’approcher de derrière.[= Il ne faut jamais s’approcher d’un cheval de derrière.] Hevosta ei saa koskaan lähestyä takaa.

Apercevoir ou s’apercevoir ?

Difficulté : les ver­bes apercevoir qch et s’apercevoir de qch se traduisent tous deux par huomata jtak. Com­ment choisir entre l’un et l’au­tre ?

a.  Apercevoir qch se construit avec un CVD et signifie à peu près « voir de loin » :

Dans la forêt, nous avons aperçu un lièvre. Metsässä näimme [kaukaa] jäniksen On apercevait les clochers de la ville par-dessus les champs. Peltojen ylitse näkyivät kaupungin kellotornit.

b.  S’apercevoir de qch signifie « se rendre compte » :

Je me suis aperçu de mon er­reur. Huomasin virheeni. Le lièvre s’est aperçu qu’il était poursuivi. Jänis huomasi, että sitä ajetaan takaa Elle ne s’était pas aperçue du chan­ge­ment qui s’était pro­vo­qué chez son fils. Hän ei tullut huomanneeksi pojassaan tapahtunutta muutosta.

c.  Le ver­be s’apercevoir peut aus­si cor­res­pondre à la for­me pas­si­ve imper­son­nelle à valeur intransitive d’apercevoir :

Le clocher s’apercevait au loin. Kellotorni näkyi kaukaa. 

Imaginer et s’imaginer

Ces deux ver­bes for­ment éga­le­ment un couple problématique pour les fin­no­pho­nes, parce qu’en fin­nois ils cor­res­pondent sou­vent tous les deux au ver­be ku­vitella. Leur sens en fin­nois peut se déduire du con­tex­te d’em­ploi en fran­çais (per­son­ne, mode demandé etc.)

a. Imaginer que (+ in­di­ca­tif / sub­jonc­tif après né­ga­tion) : kuvitella, luulla :

Il avait imaginé qu’ils pourraient vivre ensemble sans pro­blè­mes.
Nous n’imaginions pas que nous puissions être séparés un jour.

b. J’imagine que (+ in­di­ca­tif) : mê­me sens que luultavasti, ilmeisesti :

J’imagine que c’était trop dif­fi­ci­le pour un enfant de son âge.
Se oli luultavasti liian vaikeaa hänen ikäiselle lapselle.
J’imagine que tu as mieux à faire.
Sinulla on ilmeisesti parempaakin tekemistä.
Il a raté son avion, j’imagine.
Hän on ilmeisesti myöhästynyt koneestaan.

c. S’imaginer que (+ in­di­ca­tif) :

– code écrit = « (pouvoir) imaginer que » :

Quand on voyait la neige qui restait début mai, on s’imaginait facilement que l’hi­ver avait été très froid. Kun näki toukokuun alussa maassa olevan lumen, oli help­po ku­vitella, että talvi oli ollut kylmä.

– cou­ram­ment : olla siinä [virheellisessä] uskossa että, kuvitella että, luulotella että :

Il s’imaginait que sa thèse serait finie en deux ans.
Hän kuvitteli, että hänen väitöskirjansa on kahdessa vuodessa valmis.
Si tu t’imagines que je vais me fatiguer pour si peu, tu te trompes.
Jos kuvittelet, että näen vaivaa näin mitättömän asian takia, olet väärässä.

d. Imaginer que (+ sub­jonc­tif) : olettaa (équivaut par ex­em­ple à mitä jos…) :

Imagine que tu n’aies pas été admis à l’université, qu’aurais-tu fais pen­dant tou­te une année ? Entä jos et olisi päässyt yliopistoon, mitä olisit tehnyt kokonaisen vuoden ajan?

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 41. Verbes à pro­nom réfléchi. Dernière mise à jour : 4.8.2021