Guide de gram­mai­re française pour étudiants fin­no­pho­nes

Pronoms et pronoms personnels

Contenu principal

Contenu principal

Généralités

Formes pleines vs formes faibles

Formes syncrétiques et formes dissociées

Les pro­noms personnels je tu on nous vous

Emplois particuliers de nous et vous

Le pronom conjugateur

Comparaison français et autres langues

La place des formes faibles par rapport au ver­be

Ordre des pro­noms compléments

Place du pro­nom faible com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif

Ordre des pro­noms compléments à l’impératif

Français parlé

Généralités

Termes utilisés

a. Pronom. On définit généralement le pro­nom com­me un mot qui peut « remplacer » ou se substituer à (korvata, edustaa, toimia jnak) un autre mot ou groupe de mots :

nom : J’ai oublié ma tablette dans la voiture, je vais la chercher.
ad­jec­tif : Toi tu es content, moi je le suis moins.
ver­be : N’oublie pas de téléphoner Je le ferai.
proposition : Les élèves ne sont pas habitués à ce qu’on leur fasse des critiques. Ils n’y sont pas habitués.
phrase / idée : Nos jeunes voisins si sympathiques ont décidé de divorcer. C’est bien triste.

Remarque : en finnois, le terme de pro­nomini peut aussi désigner un dé­ter­mi­nant (lire).

b. Antécédent. L’antécédent (finnois korrelaatti) est l’élément que le pronom remplace. Dans les exemples ci-dessus, ce sont les mots ou groupes de mots ma tablette, content, de téléphoner, à ce qu’on leur fasse des critiques, Nos jeunes voisins si sympathiques ont décidé de divorcer.

c. Anaphore. L’anaphore (finnois anafora, « viittaaminen » ) est le fait qu’un mot renvoie à (viit­taa) ou remplace un élément mentionné dans l’énoncé ou le texte. Dans la phrase suivante, le pronom celle-ci renvoie à sa voisine et a une valeur ana­pho­ri­que (pour en savoir plus en finnois, voir VISK §1405) :

Alice a discuté avec sa voisine. Celle-ci lui a annoncé qu’elle allait vendre sa maison.

d. Pronoms réprésentants/nominaux. Les pronoms qui se substituent à un antécédent identifiable sont des pro­noms représentants. De nombreux mots considérés comme des pro­noms ne « remplacent » rien (ils ne sont pas anaphoriques et n’ont pas d’antécédent) : quel­qu’un, chacun, on, person­ne, tout le monde, je, tu etc. On appelle certains de ces pro­noms des pro­noms no­mi­naux.

Types de pro­noms

On utilise dans ce Guide de grammaire la terminologie suivante, qui reprend en partie la répartition traditionnelle des catégories de pro­noms ; certains pronoms figurent dans deux ou plusieurs catégories différentes, qui peuvent se recouper (olla päällekkäinen) (voir le re­cy­cla­ge grammatical).

NB. Ceci est une liste des termes utilisés et non une analyse linguistique de la catégorie des pronoms.
pro­noms personnels
pro­noms personnels je, me, moi, tu, te, toi, on, se, nous, vous
pro­noms employé de façon réfléchie me, te, se, nous, vous
pro­nom anaphorique IL il, elle(s), lui, eux, le, la, les, y, en, lui, leur, celui, celle, celui-ci, celle-là…
pro­nom anaphorique ÇA ça, cela, ce, le, la, les, y, en
autres pro­noms
pro­noms dé­mons­tra­tifs celui-ci, ceux-ci, celle(s)-ci, celui-là, ceux-là, celle(s)-là, ceci, cela, ça
pro­noms possessifs le, mien, les, leurs, la, sienne etc.
pro­noms indéfinis chacun, tout, personne quelqu’un etc.
pro­noms in­ter­ro­ga­tifs qui, que, quoi, laquelle etc.
pro­noms conjugateurs il, ce, cela, ça
Des pro­noms pas seulement « personnels »

Malgré leur nom, les pronoms personnels ne renvoient pas seulement à une personne. Ils ont plusieurs fonctions :

  1. les pronoms sujets je tu il elle on nous vous ils elles servent à indiquer la personne (persoona) du verbe et sont des éléments nécessaires de la conjugaison des verbes. En italien, espagnol, russe etc. on n’a pas besoin de ces pronoms, et en finnois ils sont nécessaires seulement aux personnes 3/6 ;
  2. les formes je tu on nous vous renvoient à des personnes (ihminen) ;
  3. les formes il elle ils elles et leurs allomorphes peuvent désigner des personnes mais elles peuvent aussi remplacer par exemple un groupe nominal ;
  4. le promon IL désigne génériquement toutes les formes possibles (31 au total) du pronom anaphorique dont l’antécédent est un groupe nominal ;
  5. le promon ÇA désigne génériquement toutes les formes possibles (8 au total) du pronom anaphorique dont l’antécédent est un autre élément qu’un groupe nominal.

En français, les pro­noms à valeur réfléchie n’ont de for­me particulière qu’à la personne 3/6 (se). Aux autres personnes, on uti­li­se les for­mes complément habituelles (me te nous vous).

Les pro­noms indéfinis constituent une classe hétérogène dans laquelle on range les pro­noms qui ne sont ni personnels, ni dé­mons­tra­tifs, ni possessifs, ni in­ter­ro­ga­tifs.

Les pronoms conjugateurs sont les les pronoms il, ce, cela, ça qui correspondent au « sujet apparent » de la terminologie habituelle.

Formes pleines et formes faibles

En finnois, les pronoms personnels minä sinä hän me te he et le pronom démonstratif-ana­pho­rique se / ne ont une déclinaison régulière et une seule forme par cas (et nombre) de la dé­cli­nai­son. Le système est simple et régulier. Il n’y a aucune opposition entre des formes « to­ni­ques/ atones », « pleines/faibles ».

En français, les formes des pronoms personnels et anaphoriques (je tu il elle nous vous ils elles cela ça celui-ci celle-là) peuvent varier selon la position du pronom par rapport au verbe. On peut distinguer des :

1. formes pleines qu’on peut utiliser seules ou après préposition :

moi, toi, lui, elle, eux, elles, nous, vous, soi, ça, cela, celui-ci, celle-ci (etc.), celui-là, celles-là (etc.), quoi. Exemples : Qui a parlé ? Moi ■ C’est lui qui a pensé à eux d’abord ■ Qui a dit ça ? Eux ■ Avec qui tu vas partir ■ Moi ? Avec toi, bien sûr  ■ Qui parle l’es­pa­gnol ? Lui ■ Je préfère celle-là ■ Celui-ci me plait bien ■ Ça ne fait rien ■ J’ai appris une bonne nouvelle. – Ah bon, quoi ?

2. formes faibles qu’on ne peut pas peut utiliser seules, mais seulement appuyées à un autre élément qui les « soutient » (tukee) ou les complète, en général un verbe ou une proposition :

je, tu, il, on
me, te, se, le, la, les, leur, en, y
ce, celui, celle, ceux, celles
que

Cette alternance entre formes pleines et formes faibles concerne les pronoms personnels et le pronom réfléchi se, les pronoms anaphoriques, le pronom conjugateur et le pronom in­ter­ro­gatif quoi/que. Les autres pronoms (démonstratifs, possessifs, indéfinis et autres in­ter­rogatifs) n’ont qu’une seule forme.

Les règles d’utilisation des formes faibles sont expliquées pour chaque pronom (IL, ÇA, ce­lui, que). La différence essentielle avec le finnois et une règle à retenir pour les fin­no­pho­nes est que les formes faibles ne peuvent pas s’employer seules ou après préposition. Cette rè­gle générale très simple permet d’éviter de nombreuses erreurs typiques. Les phrases pré­cé­dentes avec des pronoms faibles sont complètement agram­ma­ti­ca­les :

Qui a parlé ? *Je ■ C’est *il qui a pensé à *leur d’abord ■ Qui a dit *ce ? *Ils  ■ Avec qui tu vas partir ? *Je ? Avec *te, bien sûr  ■ Qui parle l’espagnol ? *Il  ■ Je préfère *celle ■ *Celui me plait bien ■ *Ce ne fait rien ■ J’ai appris une bonne nouvelle. – Ah bon, *que ?

Certains pronoms ont une seule forme possible (nous, vous) qui sert à tous les emplois pos­si­bles. D’autres ont une forme qui peut s’em­ploy­er comme forme pleine ou forme faible (lui, elle). Dans certains cas très limités, le pronom faible ce peut être utilisé seul (lire).

Le pro­nom on s’uti­li­se uniquement com­me forme faible devant le verbe (comparable à je). La forme pleine correspondante est nous ou quelqu’un, chacun, tout le monde etc.

Remarque : formes toniques/atones, formes faibles/pleines.

Les variations de forme des pronoms en français constituent un système difficile à déchiffrer et à mai­tri­ser. En partie pour cette raison, on a choisi des termes plus parlants, qui sont à mettre en per­spec­tive avec les représentations de la grammaire française des apprenants finnophones et leurs besoins spécifiques.

a) On n’utilise pas la distinction forme atone/forme tonique parce que 

b) On n’utilise pas la distinction forme conjointe / forme disjointe parce que 

En revanche, le terme concret et banal de « forme faible » suggère clairement le fait que la forme en question doit s’appuyer sur un autre élément et ne peut pas être employée seule. C’est en quelque sorte une description par défaut. Le terme « forme pleine » (plutôt que forme forte, qui pourrait de nouveau évoquer la prosodie) indique que la forme « tient en place » toute seule, et le mot plein évoque le finnois täysvaltainen « à part entière ».


Formes syncrétiques et formes dissociées

Dans certains cas, le grou­pe pré­po­si­tion + forme pleine (à moi, de lui, de cela etc.) peut être remplacé par une for­me unique (me, lui, en), qu’on appelle une for­me syncrétique. Ces formes syncrétiques sont toujours des formes faibles (sauf la forme là-dessus).

La for­me syncrétique regrou­pe en un seul élément à la fois le pro­nom et la pré­po­si­­tion qui le précède. Autrement dit, la forme désigne en même l’an­té­cé­dent (par exemple « je ») et la fonc­tion gram­ma­ti­cale du pro­nom (par exemple complément prépositionnel, à) :

me = à + je : Le garçon me parle.
en = de + il/ça : Je m’en souviens.
là-dessus = sur + ça : Nous reviendrons là-dessus.

Les for­mes syncrétiques ne s’utilisent que dans certains cas et de façon non symétrique et non systématique. Les règles d’utilisation des formes faibles sont expliquées pour chaque pronom (Il, ÇA, celui). La ma­jo­ri­té des pronoms n’ont pas de for­me syncrétique particulière et il faut exprimer la pré­po­si­­tion devant un pro­nom à la for­me pleine : contre lui, contre moi, contre cela, avec moi, vers toi, sur moi, derrière nous etc.

En finnois, toutes les formes de pronoms sont syncrétiques, puisqu’elles présentent en un mot l’antécédent et la fonction grammaticale avec la désinence (sijapääte) : sinä, minulle, siihen, hänes­tä, meidän.

En finnois, on peut utiliser des adpositions avec un pronom : häntä vastaan, sen takia, teitä var­ten, ennen sinua, etc., mais le pronom lui-même (häntä, se, teitä, sinua) est toujours une forme syn­cré­ti­que. En français, au contraire, on ne peut pas utiliser une for­me syncrétique après une pré­po­si­tion. On ne peut pas dire par exem­ple *contre me, *il a parlé d’en etc.

Utilisation des formes pleines

On utilise les formes pleines dans les cas suivants :

1) après une préposition. Exemples…

■ Est-ce qu’il se souvient d’eux  ■ Je viens avec lui.— Il habite près de chez eux ■ Il pense à nous ■ Tu rentreras sans lui ■ Parle pour toi ! Quant à moi, je refuse.Vous pouvez compter sur elles. Voitte luottaa heihin. ■ À quoi penses-tu? – À elle ■ Ce portable n’est pas à lui ■ Nous sommes très contents de lui ■ Cette série a été conçue spécialement pour eux ■ L’observa­tion de la Lune à la pleine lune, ou à une phase près de celle-ci, présente des caractéristiques spéciales ■ Ce module propose une version condensée du module A « Biologie ». Il est donc incompatible avec celui-ci ■ Les pathogènes qui étaient des fléaux hier le sont encore aujourd’hui et la lutte contre ceux-ci rencontre généralement l’indif­fé­ren­ce des pays du Nord ■ Toute personne inscrite au site et jouant sur celui-ci adhère au règlement.

2) après une conjonction (et, comme etc. ) Exemples…

■ Tes amis et toi êtes invités à la fête ■ Un accord a été signé entre les vendeurs et eux ■ La situa­tion est encore bien plus grave que cela ■ Fais com­me moi ■ C’était pas plus difficile que ça. ■ On a eu encore plus peur qu’eux. Elle est plus rapide que lui ■ Tout le con­te­nu du site Web de CSI appartient à CSI, aux membres du mê­me grou­pe que celui-ci ou à des tiers fournisseurs ■ Les journaux communautaires sont lus ne serait-ce que pour les annonces publicitaires, mais normalement pour beaucoup plus que celles-ci.Yhteisölehtiä luetaan jo pelkästään mainosten ja ilmoitusten takia, mutta tavallisesti paljon tärkeimmistäkin syistä.

3) quand le pronom est attribut du sujet. Exemples…

■ Le premier uti­li­sateur dans la liste sera vous ■ Je serai toi, tu seras moi ■ Qui a essayé de me téléphoner ce matin ? – C’est moi  ■ C’est toi qui avais raison ■ C’est nous qui en avons pris la décision. ■ Qui fera la réservation  ■ Ce sera toi ■ Qui a fait ça  ■ C’est pas moi ! (français parlé ■ Nos meilleurs alliés dans cette crise, ce sont eux ■ La seule solution, c’est ça  ■ Les seules gagnantes sont elles, pas vos alliés.

4) quand le pronom est utilisé seul, par ellipse (dans une réponse), dans des exclamations ou des apostrophes. Exemples…

■ Qui est-ce que tu préfères? – Lui ■ Qui a dit ça ? – Nous  ■ Qui est-ce qu’on a élu di­rec­teur ? – Toi ! ■ Je ne crois pas que quelqu’un soit intéressé par cet arti­cle. – Si, moi ■ Qu’est-ce qui te dérange dans cette explication ? – Ça, justement  ■ Quoi ? Eux, ici ? Qu’ils disparaissent  ■ Moi renoncer ? Jamais ■ Toi, viens ici, j’ai deux mots à te dire ■ Les Rézeau viendront. Et vous  ■ Qui veut encore du café ? – Pas moi ■ Il a beaucoup d’argent, mais moi non.

5) comme complément indirect de certains verbes (lire).

Après ces verbes, on utilise uniquement la forme pleine après préposition. Exemples…

■ ■ tous les verbes à pronom réfléchi : s’habituer à qqn → Nous nous sommes habitués à eux ■ Ma fille aime bien sa maitresse et pense souvent à elles’attacher à qqn → Je me suis attaché à lui ■ se fier à qqn → Ne vous fiez pas trop à elle ■ Tu t’habitueras à moi ■ Vous pouvez vous fier à nous ■ Le producteur s’intéresse à toi pour ce rôle. 
■ certains verbes cons­truits avec à, comme penser à, rêver à : Cet avocat nous a bien aidés, nous avons eu recours à lui pour faire l’inventaire de succession. Se asianajaja auttoi meitä paljon, käytimme häntä, kun teimme perunkirjoituksen.

Formes pleines et formes détachées

Comme presque tous les éléments du discours, on peut thématiser le pro­nom personnel en le détachant en prolepse ou en rappel :

PROLEPSE : Moi, je pars demain, toi, tu restes ■ Lui, je l’ai jamais vu ■ Toi, on t’a pas demandé ton avis ■ Ça, je n’en sais rien ■ Regarde, celui-là, tu le reconnais ?
RAPPEL : Mais j’ai pas envie d’y aller, moi  ■ Je le connais pas, lui  ■ On peut jamais lui demander un service, à lui ■ J’ai oublié mes clés. Tu les as, les tiennes ?

La forme détachée du pronom est habituellement la forme pleine, et il n’y a donc pas de différence entre les formes pleines et les formes détachées, sauf certaines formes du pronom IL complément prépositionnel : quand le pronom détaché renvoie à un animé, on utilise la forme pleine habituelle lui elle eux elles ; si le pronom renvoie à un non animé, on utilise les formes celui-là, celle(s)-là, ceux-là.

Les pro­noms personnels je tu on nous vous

Morphologie

Les pro­noms personnels correspondant aux personnes verbales 1,2,4,5 sont je tu on nous vous. Dans le code écrit et le français parlé, le pronom on désigne nous + un nombre in­dé­ter­mi­né de personnes et correpond au passiivi finnois. Dans le français parlé, on sert aussi de pronom personnel qui remplace nous et correspond au passivii finnois avec le sujet me (me tultiin).

Formes des pro­noms je tu on nous vous
formes faibles formes pleines
forme sujet forme complément
je me moi
tu te toi
on nous nous
nous
vous

Les pronoms nous et vous n’ont qu’une seule et mê­me forme dans toutes les séries (fai­ble/ pleine, faible sujet/faible complément ). L’e de je, me, te s’élide devant voyelle :

J’écoute ■ Je vous téléphone ■ On m’attend ■ Elle t’aime ■ Il m’a écrit ■ Je t’emmène ■ Elle vous écrira. Ils vous ont posé la question.

Remarque : le pro­nom tu s’élide éga­le­ment dans le français parlé

T’es content ? / T’as de beaux yeux.  / T’entends ce que je dis ?. Ceci concerne uniquement tu et uniquement son em­ploi dans le français parlé ! (Lire…) Le pro­nom te (CVD ou CVI) s’élide toujours, dans le français parlé et dans le code écrit. Ne pas confondre :

T’écoutes ? [t’ = tu, uniquement français parlé]
Il t’écoute. [t’ = te, code écrit strict + codé écrit courant + français parlé]

Des pro­noms invariables à forme com­plé­ment unique

Les pro­noms personnels je tu on nous vous ont deux traits communs :

CVDCVI
Nos amis nous suivent.Nos amis nous écrivent souvent.
Je vous contacte demain.Je vous téléphone demain.
Ils te conseilleront sur ce point.Ils te recommandent cette solution.
Vous me préviendrez à temps.Vous me communiquerez ça.

Par ces caractéristiques, ils se dis­tin­guent radicalement du pronom IL, qui va­rie en gen­re et en nombre (il elle ils elles) et dont la forme dépend de la fonc­tion (le, la, leur, lui etc.). Du point de vue des ap­pre­nants fin­no­pho­nes, cette trop grande « simplicité » peut éga­le­ment être source d’in­cer­ti­tudes, puisqu’en finnois tous les pro­noms personnels se déclinent sur le mê­me modèle.

La forme faible syncrétique CVI me te nous vous s’uti­li­se uniquement pour les CVI de ver­bes se construisant avec la pré­po­si­­tion à. Avec toutes les autres pré­po­si­tions, on uti­li­se obli­ga­toi­re­ment la forme pleine précédée de la pré­po­si­tion :

donner à qqn → il me donn ■ obéir à qqn → il vous obéit. MAIS : rêver de qqn → il rêve de voussur qqn → je compte sur toien → ils ont confiance en toi

Le fait qu’il n’y ait qu’une seule forme pour le CVD et le CVI provoque des incertitudes chez les débutants (et mê­me les non débutants), surtout si la cons­truc­tion du ver­be diffère en finnois et français :

Il m’a suivi. Hän seurasi minua. me = CVD.
Il m’a succédé. Hän seurasi minua. me = CVI

Ni la forme du pro­nom en français (me) ni la traduc­tion en finnois ne montrent qu’il s’agit de deux pro­noms différents : me CVD (suivre quelqu’un) et me CVI (succéder à quelqu’un). Pour comprendre la différence, Il faut con­nai­tre la cons­truc­­tion du ver­be, ce qui est souvent plus un pro­blè­me de lexique que de gram­maire, c’est-à-dire de vocabulaire à apprendre par cœur.

Emplois particuliers de nous et vous

Nous de modestie

Le pro­nom nous s’uti­li­se pour remplacer je comme « nous de majesté » (autrefois le roi parlait de lui-mê­me en disant nous) et, dans l’usage moderne, comme « nous de modestie », pour effacer le je sen­ti comme trop direct dans un écrit scientifique. Ce nous est un singulier et le participe passé s’ac­corde au singulier :

Nous allons maintenant aborder la ques­tion des pro­noms. Siirrymme nyt käsittelemään pro­nominien aihetta. ■ Nous étant intéressé de plus près à cette problématique, nous sommes convaincu qu’elle est fondamentale ■ Nous sommes persuadée qu’une approche quantitative aurait été plus adaptée. Uskomme, että kvantitatiivinen lähestymistapa olisi ollut toimivampi. ■ Pourquoi nous a-t-on critiquée pour cette analyse ? Ne nous y sommes-nous pas consacrée avec toute la rigueur nécessaire ?

Nous de sympathie

Il existe aussi un « nous de sympathie », souvent à nuance affectueuse ou parfois ironique, qui cor­res­pond en finnois au passiivi :

Alors, nous sommes fâchée ? Vai sitä ollaan pahalla tuulella?

Dans cet usage, on est fréquent aussi :

Eh bien, on n’est pas contente  ■ Ah mais je vois qu’on a faim !

Le vouvoiement

Le pro­nom vous s’uti­li­se à la place de tu pour s’adresser à une personne qu’on ne connait pas ou pour marquer une distance respectueuse. On appelle cet em­ploi le vouvoiement. il existe aus­si en finnois, mais en français il nettement plus fréquent. Quand vous désigne une seule per­son­ne, il est de nom­bre singulier, com­me en finnois :

Vous voudrez bien avoir l’obligeance de répondre dans les meilleurs délais ■ Vous avez été inquiet de son absence  ■ Je comprend que vous soyez surprise.

Le pronom conjugateur

Formes

En français, on utilise toujours un pronom devant le verbe (sauf à l’impératif) pour in­di­quer la personne (persoona) du verbe, sauf, évidemment, si le verbe a déjà un sujet (groupe nominal, autre pronom, verbe, ou un autre élé­ment). En finnois, aux personnes 1,2,4,5, le pronom personnel minä sinä me te n’est pas obli­gatoire, mais à la personne 3/6, on utilise normalement le pronom hän/he/se/ne.

Cependant, il y a des cas en finnois où on n’utilise pas de pronom sujet à la personne 3 :

On yllättävää, että kauppatieteiden opiskelijat ja alasta kiinnostuneet eivät sijoita ■ Häntä kiusasi ja ärsytti, että oli maailma, josta hän ei pysty kirjoittamaan.

En français, dans ces cas-là, même s’il n’y a pas d’actant identifiable, un pronom est né­ces­sai­re pour indiquer que le verbe se conjugue à la personne 3. En effet, en français de nombreuses formes verbales se prononcent de la même manière ; la forme /aʁiv peut avoir des sujets différents : j’/tu/il/elle/on/ça. Il faut donc indiquer la personne grammaticale avec un pronom, qui sert en quelque sorte à conjuguer le verbe. On appelle souvent ce pronom « sujet ap­pa­rent », mais il n’est pas apparent : il est formellement le sujet qui sert à indiquer la per­son­ne 3, et c’est pourquoi on l’appelle ici pronom « conjugateur ». Le verbe utilisé avec un pronom conjugateur est au singulier (puisque c’est la personne 3) :

Il reste de nombreux problèmes ■ Il tombait de gros flocons.

Les for­mes du pro­nom conjugateur peuvent être il ou ça (et les allomorphes ce/cela). Les règles selon lesquelles on em­ploie telle ou telle for­me sont présentées en détail dans les pages consacrées à ces pronoms.

On uti­li­se le pronom conjugateur dans deux cas principaux :

  1. quand le verbe n’a pas d’actant identifiable ;
  2. quand le sujet sémantique du verbe est postposé.
Verbes sans actant identifiable

En finnois comme en français, il y a des verbes qui décrivent un processus ou un état de fait qui ne sont pas produits par un actant (tekijä) identifiable. En finnois, ces verbes sont alors sans sujet, et en français aussi, mais la différence est qu’en français il faut utiliser un pronom con­juga­teur, le verbe ne peut pas commencer la phrase ou la proposition (sauf certains verbes dans la langue parlée, voir ci-dessous) :

■ Verbes météorologiques Exemples…

Il pleut. Il y a du vent. Il vente. Il neige. Il fait beau ■ Il tonne. Ukkonen jylisee. ■ Il grêle. Sataa rakeita.

■ dans certaines ex­pres­sions de temps : Exemples…

Il fait nuit. Il est tard. Il fait jour ■ Il est temps de partir ■ Il est dix heures ■ Il est trop tôt pour téléphoner.

■ Verbes indiquant un état de choses Exemples…

Ça sent mauvais (ça pue/ fam. ça chlingue) ici. Täällä haisee. ■ Fais attention, ça glisse ! Varo, täällä on liukasta.  ■ Ça cogne. On hirveän kuumaa. ■ Ça caille. Täällä jäätyy. ■ Ça chauffe ici. Täällä huhkitaan. ■ Ça me chatouille. Kutittaa. ■ Ça me gratte. Kutittaa/Hiertää. ■ Ça va barder. Kohta räjähtää. ■ Ça monte. On ylämäki. ■ Ça grimpe. On ylämäki. ■ Ça descend sec. On jyrkkä alamäki. ■ Ça décoiffe ! Rajua!

■ Emploi fa­mi­li­er de ça. Exemples…

Par analogie avec les ver­bes présentés au point précédent, dans la langue fa­mi­liè­re, on uti­li­se cette for­me avec des ver­bes dont le sujet est un animé :

Ça travaille grave, en ce moment, à ce que je vois  ■ Alors, com­ment avance ton mémoire ? – Ça bosse, ça bosse ■ Ça travaille dur à la permanence ■ Regarde ces cyclistes, ça pédale ferme !

Les jeunes enfants étendent par analogie cet em­ploi aux ver­bes météorologiques et uti­li­sent par erreur le pro­nom ça : ça pleut. On uti­li­se aussi parfois cette tournure par plaisanterie dans la langue fa­mi­liè­re (mê­me chez les adultes) : ça pleut fort !

■ Verbes sans actant Exemples…

Comment ça va  ■ Tu es prêt ? – Ça y est. Tullaan!  ■ Ça suffit ! Riittää! / Riittää jo!

Verbes avec sujet postposé

En finnois et en français (et d’autres langues), on peut rejeter le sujet de certains ver­bes en posi­tion post­po­sée en plaçant le ver­be en tête de phrase. Le sujet peut être un groupe nominal ou une proposition. Dans ce cas, à, la place du sujet qui a été déplacé après le verbe, en français il faut utiliser un pronom conjugateur devant le verbe (sauf certains verbes dans la langue parlée, voir ci-dessous). Ce pronom n’est pas nécessaire en finnois, comme le montrent ces exemples :

Il arrive sans cesse de nouveaux visiteurs. Koko ajan tulee uusia vieraita.
Il est normal que vous soyez étonnés.  On luonnollista, että olette yllättyneitä.
Ça me parait bizarre qu’elle n’ait rien dit.Tuntuu oudolta, että hän ei sanonut mitään.
Il est difficile d’accepter un tel comportement.On vaikea hyväksyä tällainen käytös
Il viendra beaucoup de visiteurs. Tulee paljon vieraita.
Ça ne m’amuse pas du tout de devoir recom­mencer. Minua ei huvita ollenkaan aloittaa alusta.
Il est inquiétant que nous n’ayons pas encore eu de nouvelles de lui. On huolestuttavaa, että emme ole vielä kuulleet hänestä.

Dans ces phrases, en français le ver­be com­mençant la phrase est précédé d’un pro­nom conjugateur (il, ça), mais en finnois il n’y a pas de pro­nom. Les parties de phrases sur fond clair sont le sujet (postposé) des verbes arrive, est, parait, viendra, m’amuse. Autres exem­ples variés :

Il reste encore du fromage ? ■ C’est normal d’être fatigué après une si longue marche. ■ Ça me semblait impossible de tout accepter sans mot dire.  ■ Il me reste encore deux pages à taper ■ Il faudrait un autre collaborateur ■ Il faut encore beaucoup d’argent pour payer le voyage ■ Il est normal que cela te paraisse difficile ■ Il est étrange d’affirmer une telle chose ■ Il est fréquent de rencontrer cette tournure ■ Il est étonnant qu’il ait accepté ■ Il aurait été scandaleux d’accepter ■ Il est recommandé de se faire vacciner ■ Il est interdit de fumer dans les lieux publics ■ Il semble difficile d’obtenir des renseignements sur la situa­tion politique de ce pays ■ Il devient de plus en plus difficile de trouver un appartement à Paris ■ Il est normal que cela te paraisse difficile ■ Il est regrettable qu’on n’ait pas tenu compte de la dernière édi­tion revue et augmentée ■ Il me semblait impossible de tout accepter sans mot dire ■ Ce (ça) serait sympa de sortir avec toi ■ Ce (Ça) serait fantastique de faire ce voyage ■ C’est gentil d’être venu me voir. LP C’est étrange d’affirmer une telle chose ■ C’est fréquent de rencontrer cette tournure ■ C’est étonnant qu’il ait accepté ■ C’est normal que cela te paraisse difficile ■ C’est regrettable qu’on n’ait pas tenu compte de la dernière édition— Ça aurait été scandaleux d’accepter ■ Ça serait bien de prendre une semaine de vacances. ■ Il ne me semble pas normal que les consommateurs ne réagissent pas contre cette tarification ■ français parlé : Ça me semble pas normal que … ■ Il me parait tout naturel de réagir à cette intervention ■ français parlé : Ça me parait tout naturel de réagir à cette intervention. ■ Il me parait bizarre qu’il n’ait rien dit ■ français parlé : Ça me parait bizarre qu’il n’ait pas réagi ■ Il peut paraitre bizarre de parler de température à propos de la vision des couleurs, pourtant c’est cou­rant en photographie numérique. Voi tuntua oudolta, että väreistä käytetään termiä ”lämpötila”, mutta niin tehdään yleisesti digitalisessa valokuvauksessa.français parlé : Ça peut paraitre bizarre de parler… ■ C’est une chance extraordinaire de faire ce voyage ■ C’est une solu­tion de facilité de prendre des mesures non règlementées dans deux départements. ■ C’est une bonne chose que vous ayez décommandé cette réunion ■ C’est un grand tort d’avoir toujours raison ■ À mon humble avis, c’est un mérite d’avoir pris cette modeste part dans la ges­tion de la crise ■ C’était un grand bonheur que vous soyez là ce soir, com­me toujours d’ailleurs ■ Tu ne trouves pas que ce serait une bonne idée de partir en vacances au mois de juin au lieu du mois de juillet ? ■ Ça l’ennuie de devoir rentrer si tard ■ Cela me désole que vous ne lisiez pas les instructions ■ Cela ne lui convient pas que je sois son amant et elle n’aime pas non plus ce mot, car elle n’a que moi dans sa vie ■ Cela (ça) me réjouit de te voir en si bonne for­me après ta maladie ■ Cela l’agaçait qu’on lui dise « Monsieur le professeur » ■ Cela m’arrangerait de pouvoir faire cette conférence plus tard ■ Ça me plait de faire ce voyage ■ Ça te dirait d’aller faire un tour  ■ Ça vous dérangerait de vous déplacer un peu vers la droite  ■ Cela ne me déplairait pas de revoir ce film ■ Ça me casse les pieds de devoir sans cesse réparer ton vélo  ■ Cela (ça) me réjouit de te voir en si bonne for­me après ta maladie.  ■ Cela m’attriste profondément de voir cette maison dans un état pareil ■ Ça aurait été scandaleux d’accepter.

Dans les grammaires françaises, on appelle généralement ce pronom « sujet réel », mais ce terme est inutile. Il vaut mieux dire simplement sujet postposé. En effet, quand le sujet est à sa place normale (« antéposé »), on n’a pas besoin de pronom conjugateur :

Il manque encore mille euros pour payer le voyage ■ Il ne manque pas de prisonniers à l’appel ■ Mille euros manquent encore pour payer le voyage ■ Des prisonniers manquent à l’appel.  ■ Il reste encore quel­ques places assises ■ Il s’est produit un fait nouveau ■ Il se passe des choses bizarres ■ Il est venu beaucoup de visiteurs ■ Il existe quel­ques logiciels qui permettent la conversion de fichier audio d’un format à un autre gratuitement ■ Dans ce pays d’Afrique, il survit encore des coutumes étonnantes. — Un fait nouveau s’est produit ■ Des choses bizarres se passent ces derniers temps ■ Beaucoup de visiteurs viendront ■ Il existe quel­ques logiciels qui permettent la conversion de fichier audio d’un format à un autre gratuitement ■ Des coutumes étonnantes survivent encore dans ce pays d’Afrique ■ Il est normal d’hésiter ■ Il est normal que tu hésitesHésiter est normal ■ Que tu hésites est normal.. —Que nous n’ayons pas encore eu de nouvelles de lui est inquiétant ■ Essayer de le convaincre serait inutile ■ Améliorer mes résultats me semblait impossible ■ Que tout le monde participe est très im­por­tant ■ Qu’il ait accepté est étonnant.Se, että hän suostui, on yllättävää. ■ Que cela te paraisse difficile est normal.Se, että se tuntuu sinusta vaikealta,on luonnollista.

Remarque : variété des pro­noms… Comme marque de personne (pronom conjugateur) d’un ver­be, on peut donc trouver trois variantes :

(1) Il sera difficile de prouver que c’est lui le coupable ■ (2) Ce sera difficile de prouver que c’est lui le coupable ■ (3) Ça sera difficile de prouver que c’est lui le coupable.

Explications :

(1) : for­me normale du code écrit ■ (2) : variante de (1) dans la langue cou­rante, ce est l’allomorphe de ça devant les for­mes simples d’être ■ (3) : variante de (2), la for­me ça s’uti­li­se dans le français parlé à la place de ce devant les for­mes simples du ver­be être com­mençant par une consonne.

Les règles selon lesquelles ces pronoms varient sont expliquées aux pages concernées (IL, ÇA)

Verbes intransitifs, réfléchis et passifs

Les cas exposés au paragraphe précédents sont des cas où le ver­be avec sujet inversé est un ver­be d’état ou un ver­be transitif (= qui peut avior un complément dierct ou indirect). Dans ces cas, la forme du pronom peut varier. Mais quand le sujet réel est sujet d’un ver­be intransitif (qui ne peut pas recevoir de complément), le pronom conjugateur est ha­bi­tu­el­le­ment le pro­nom il :

Il convient de s’infor­mer avant de prendre cette décision ■ Il vaudrait mieux demander une subvention ■ Il importe que tout le monde participe. ■ Il fallait réagir aussitôt ■ Il faut que je lui écrive bientôt ■ Il importe que vous soyez tous actifs ■ Il convenait que le con­te­nu des discours fût neu­tre ■ Il suffit que vous ajoutiez un s et la phrase est juste ■ Se peut-il qu’il ait agi aussi lâchement  ■ Il se peut que nous arrivions en retard ■ Il s’agit que vous vous dépêchiez un peu. Teidän pitäisi nyt kiirehtiä hieman. ■ Il advenait parfois que les samouraïs ne fussent pas en guerre ■ Il arrive que la neige fonde déjà fin mars ■ Comment se fait-il que ce rapport ne soit pas encore prêt  ■ Il semble que cela soit difficile à démonter ■ Il me tarde que cela soit fini. Kunpa se olisi jo ohi. ■ Il m’arrive d’y repenser ■ Il dépendra de nous seuls que cela réussisse. Riippuu vain meistä, että se onnistuu. ■ Il s’en faut que sa thèse soit terminée.

Cependant, devant les ver­bes il se peut, il arrive, on peut uti­li­ser ça dans le français parlé  :

Ça se peut qu’on arrive en retard ■ Ça arrive que la neige fonde déjà fin mars ■ Ça m’arrive parfois d’y repenser.

On peut aussi uti­li­ser il pronom conjugateur dans les cons­truc­tions à pro­nom réfléchi ou passives (lire) :

Il se trouvera certainement des gens pour critiquer le projet. Hankkeen epäilijöitä löytyy varmasti. ■ Il se fait tard. Alkaa olla myöhä. ■ Il se passe des choses étranges. Tapahtuu kummia. ■ Il s’est dit tellement de choses à ce sujet ! Tästä asiasta on esitetty niin monta mielipidettä! ■ Il a été décidé de suspendre la séance. Istunto päätettiin keskeyttää.

Ces cons­truc­tions s’em­ploient essentiellement dans le code écrit, et pour cette raison on uti­li­se tou­jours le pro­nom apparent il et il n’y pas de variante avec ça. Le pro­nom il devient inutile quand le sujet se trouve devant le ver­be :

Des choses étranges se passent ■ Tellement de choses se sont dites à ce sujet !

Pour des raisons sé­man­ti­ques et morphosyntaxiques, toutes les cons­truc­tions avec sujet impersonnel ne peuvent pas se rétablir dans l’ordre normal SVO (c’est aussi le cas en finnois) : Il a été décidé de suspendre la séance. [→ ??suspendre la séance a été décidé, finnois ? Istunnon keskeyttäminen päätettiin.] (lire).

Suppression du sujet conjugateur dans le français parlé

Dans le français parlé fa­mi­lier, on supprime couramment le pronom conjugateur il devant certains ver­bes :

■ devant le présent de l’in­di­ca­tif de faire dans les ex­pres­sions météorologiques Exemples…

■ Fait nuit tôt en cette saison ■ Fait pas chaud, dites donc  ■ Fait beau aujourd’hui, hein ?

■ devant les temps simples de falloir Exemples…

■ Hé, faut que je te dise un truc  ■ Faut que tu lui téléphones ce soir ■ Bon, maintenant, faut que j’y aille  ■ Faudra pas mal de temps pour ranger tout ça ■ Faudrait un tout petit plus de sel ■ Fallait pas leur dire  ■ Pour rater un truc pareil, faut vraiment pas être doué  ■ Fallait y penser plus tôt  ■ Faudrait se dépêcher, sinon on va rater le début du film ■ Se tromper deux fois de direction, quand on est en retard, faut le faire !
 Mais le pronom conjugateur il est obligatoire aux temps composés :
Il a fallu pas mal de temps pour ranger tout ça ■ Il aurait pas fallu leur dire !

■ Dans l’ex­pres­sion il parait que (lire), le pro­nom il est souvent supprimé. Exemples…

■ Parait qu’il va y avoir de l’orage ce soir ■ Parait qu’ils vont construire une autoroute à côté d’ici.

Il y a. Le pronom conjugateur est couramment supprimé et il y a se prononce /ja/ Exemples…

■ Quand j’essaye de me connecter sur internet, y a l’ordi qui crashe systématiquement ■ Y a des gens qui sont jamais contents ■ Il y en à qui tout réussit ■ Alors là, y a un pro­blè­me ■ Y en a pour qui l’alcool est un poison ■ Y a qu’en France qu’on trouve de la bonne baguette ■ On a pris pas mal de photos, y en a que je trouve vraiment très réussies. ■ Y a pas que toi qui aies des pro­blè­mes !

Comparaison français et autres langues

En finnois, en italien ou en espagnol, le ver­be n’a généralement pas besoin d’être précédé d’un pro­nom indiquant la personne (sauf à la personne 3 en finnois). Dans ces langues, quand le ver­be est employé impersonnellement, on n’utilise jamais de pro­nom sujet. Un ver­be est employé de façon impersonnelle quand il n’a pas d’actant identifiable (par exemple il pleut).

En français, en revanche, le pro­nom est nécessaire, à toutes les personnes, et aussi à la personne 3, mê­me quand le ver­be est employé de façon impersonnelle. Dans la for­me il pleut, le pro­nom il ne désigne aucun sujet. Il sert uniquement à conjuguer le ver­be et signifie « cette for­me est une for­me de per­son­ne 3 ». C’est éga­le­ment le cas dans d’autres langues, com­me l’an­glais, l’allemand, le suédois, etc. Comparer :

finnois On myöhää. Sataa.
italien È tardi. Piove.
espagnol Es tarde. Llueve.
français Il est tard. Il pleut.
anglais It is late. It is raining.
allemand Es ist spät. Es regnet.

On voit qu’en finnois, italien et espagnol, la posi­tion devant le ver­be est vide. En français, en anglais et en allemand, elle est occupée par un pro­nom, dont la fonc­tion est d’indiquer la personne 3. Mais dans ces langues-là éga­le­ment, l’actant du ver­be est impossible à identifier, le ver­be est impersonnel, et le pro­nom il/it/es n’est pas le sujet du ver­be, celui qui « exerce l’action ».


La place des formes faibles par rapport au ver­be

En finnois la place des pro­noms est plus ou moins fixe par rapport au ver­be. En français, les formes pleines des pronoms personnels se placent généralement au même endroit qu’un groupe nominal (prépositionnel, détaché etc.). Mais les formes faibles sont mobiles. Elles se placent généralement devant le ver­be principal (aux for­mes composées, devant l’auxiliaire). Dans certains cas, elles sont rejetées après le ver­be (impératif, in­ter­ro­ga­tion). Dans certains cas en­fin, elles se placent devant l’in­fi­ni­tif quand celui-ci dépend d’un autre ver­be. Cette mobilité s’oppose à la stabilité du finnois :

Je le prends. Otan sen.
Prends-le ! Ota se!
Ne le prends pas ! Älä ota sitä.
Il ne voulait pas le prendre. Hän ei halunnut ottaa sitä.
Tu le leur envoies. Lähetät sen heille.
Envoie-le-leur ! Lähetä se heille.
Ne le leur envoie pas ! Älä lähetä sitä heille.
Tu n’aurais pas dû le leur envoyer. Sinun ei olisi pitänyt lähettää sitä heille.

Malgré les apparences, la place des pro­noms devant le ver­be obéit à des règles re­la­ti­ve­ment simples. Dans la réalisa­tion parlée, ces règles nécessitent ce­pen­dant un certain en­trai­ne­ment, car les pro­noms se ré­dui­sent en grou­pes ryth­miques caractéristiques qui ne s’apprennent que par la pratique.

Pronom sujet

Les pro­noms personnels en fonc­tion de sujet se placent devant le ver­be, à la for­me faible :

je chante, tu lis, nous faisons, elles reviennent, ils sont repartis, c’est utile etc.

Aux for­mes in­ter­ro­ga­tives inversées, c’est aussi la for­me faible qui est employée. Cela concerne éga­lement la for­me faible ce du pro­nom ÇA uti­li­sée devant comme sujet certaines for­mes du ver­be être :

Puis-je téléphoner  ■ Veux-tu qu’une infirmière t’accompagne  ■ Ferez-vous une nouvelle offre  ■ Aura-t-on assez de temps  ■ Est-ce nécessaire ?

Entre la forme faible sujet et le verbe, on ne peut placer que l’adverbe négatif ne et/ou une forme faible complément :

Je ne te le dirai pas ■ Nous ne voulions pas le lui dire.

Contrairement au finnois, on ne peut pas placer un adverbe comme souvent, déjà entre la forme faible sujet et le verbe (lire)

Pronom complément

Les formes faibles des pro­noms personnels en fonc­tion de complément (direct et in­di­rect) du verbe se placent habituellement après le sujet (qui peut être lui-mê­me un pro­nom per­son­nel) et l’adver­be négatif ne, et immédiatement avant le ver­be dont ils dépendent. Aux temps com­posés, ils se placent devant l’auxiliaire, selon le schéma suivant :

sujet (ne) pro­nom1 pro­nom2 ver­be (pas)
sujet (ne) pro­nom1 pro­nom2 auxiliaire (pas) participe

Ordre des pro­noms compléments

Les pronoms faibles compléments devant le verbe se placent selon un ordre régulier. Il y a une règle très simple à retenir : les pro­noms personnels me te nous vous et le pro­nom réfléchi se sont toujours en première po­si­tion, avant les formes du pro­nom IL le, la, les, lui, leur, en, y ou du pronom ÇA le y en. Quand on a retenu cette règle, il n’y a plus beaucoup de pos­si­bi­li­tés de se tromper lorsqu’il il faut placer plusieurs pro­noms devant le ver­be : des suites com­me *le me ou *les te etc. sont donc impossibles :

Je te le donnerai ■ Elles me les ont envoyées ■ On nous y a amenés en car ■ Le di­rec­teur vous l’expliquera ■ On n’aura pas le temps de vous les montrer. ■ Je me le demande ■ Elles s’y sont rendues ■ On nous en a parlé ■ Personne ne vous les avait montrés ■ Il pourrait vous en prêter une ■ Il me l’a appris ■ Je te l’offre ■ Tu ne le leur montreras pas ■ Nous vous les présenterons ■ Je ne le leur ai pas demandé.

Les autres pro­noms se placent après les pro­noms mentionnés ci-dessus, dans l’ordre suivant (à l’impératif affirmatif, l’ordre est différent) :

Ordre habituel des pro­noms devant le ver­be
12345
sujet (+ne)me
te
nous
vous
se
le
la
les
lui
leur
yen VERBE

On peut uti­li­ser com­me moyen mnémotechnique la for­me du triangle : les pro­noms, dans l’ordre, rentrent exactement dans un triangle couché pointu, avec le mot le plus « petit », en, dans l’espace le plus réduit (la règle mnémotechnique est de se rappeler qu’il est impossible de mettre y dans la pointe, car le jam­bage dé­passerait du triangle) :

Seulement deux pronoms faibles compléments devant le verbe

On peut placer au maximum deux pro­noms compléments devant le ver­be. De plus :

a)  on ne peut placer devant le ver­be qu’un seul pro­nom complément de la série me te se nous vous et
b)  on ne peut pas utiliser les pronoms lui / leur en même temps qu’un pronom de la série me te se nous vous.

Ces pro­noms personnels ne peuvent pas se placer en mê­me temps devant le ver­be parce que les for­mes me te se nous vous sont à la fois des formes CVD et CVI. Dans une phrase comme *il nous vous présentera (qui ressemblerait au finnois hän esittelee meidät teille), il serait impossible de décider la­quel­le des deux formes est le complément direct et la­quelle est le complément indirect (il présentera « vous à nous » ou « nous à vous » ?). Pour la même raison, une phrase comme *il lui nous présentera pourrait signifier *hän esittelee meille hänelle. S’il y a deux pronoms devant le verbe, on ne peut utiliser qu’une seule forme de pronom CVI (sauf dans le cas de y en).

Pour la même raison, on ne peut pas non plus uti­li­ser si­mul­ta­né­ment les for­mes me te se nous vous lui leur avec des ver­bes à pro­nom réfléchi, puisque les formes des pronoms à sens réfléchi sont les mêmes me te se nous vous.

Le voisin nous appelle ■ Nous y sommes allés ensemble ■ Je ne les ai pas invités ■ Nous nous le demandons ■ Jean vous y emmènera ■ Il ne nous en a pas parlé.  ■ Je le leur ai déjà montré ■ Ne le leur annonce pas encore  ■ Est-ce que tu m’aimes ? – Oui, je t’aime ■ Je lui ai recommandé la prudence. Elle ne m’a pas écouté ■ Nous vous croyons ■ Essaye de me comprendre ■ Ce livre m’appartient. [appartenir à] ■ Je te téléphonerai ce soir. [téléphoner à] ■ Ils nous ont appris beaucoup de choses [apprendre à] Opimme heiltä paljon.— Nous ne vous demandons rien. [demander à] Emme pyydä teiltä mitään. ■ Des amis nous l’ont proposé. [proposer à] ■ M. le Maire vous l’avait présenté [présenter à]

Si le ver­be a à la fois un CVD et un CVI, le CVI est exprimé à la for­me pleine avec pré­po­si­tion :

Il nous présentera à vous. [et non pas : *Il nous vous présentera.] ■ Ils m’ont confiée à vous. [et non pas : *Ils m’ont vous confiée.] ■ On m’avait recommandé à eux. [et non pas : *On me leur avait recommandé.] ■ Je me souviens de toi. [et non pas : *Je me te rappelle.] ■ Il s’est adressé à moi. [et non pas : *Il se m’est adressé.] ■ Nous nous intéressons à vous. [et non pas : *Nous nous vous intéressons].

Il ne peut donc y avoir en mê­me temps devant le ver­be qu’un pro­nom personnel com­plé­ment in­di­rect et une forme du pro­nom IL complément direct (je te le dis), sur le modèle suivant : sujet [me te se nous vous lui leur] [le la les en y] ver­be.

Infinitif forme négative

À l’in­fi­ni­tif négatif, le grou­pe ne + négation est soudé devant le ver­be. Dans ce cas, les pro­noms se mettent entre ne pas (ne plus, ne jamais)… et le ver­be :

ne pas le lui dir ■ ne pas s’en fair ■ ne pas y être all ■ ne pas y avoir été oblig ■ ne jamais en avoir parl ■ ne plus y penser

Interrogation directe avec inversion du sujet

Dans la ques­tion avec inversion (in­ter­ro­ga­tion di­rec­te), la place et l’ordre des pro­noms ne changent pas par rapport à la phrase affirmative. Le cas échéant, le premier pro­nom com­plé­ment, qui se retrouve en tête de phrase à cause de l’inversion du sujet, prend une majuscule :

Tu le leur as déjà dit ■ Le leur as-tu déjà dit  ■ On y pense ■ Y pense-t-on encore  ■ Il ne vous en a pas parlé ■ Ne vous en a-t-il pas parlé  ■ Elles s’y sont habituées ■ S’y sont-elles habituées ?

Liste des combinaisons de pro­noms pos­sibles :
me le me les m’y m’en le lui
te le te les t’y t’en le leur
se le se les s’y s’en la lui
nous le nous les nous y nous en la leur
vous le vous les vous y vous en les lui
me la l’y (le + y) l’en (le + en) les leur
te la l’y (la + y) l’en (la + en)
se la les y les en
nous la lui en
vous la leur en

Exemples de combinaisons possibles Cliquer pour afficher…

■ Vous avez essayé de me le cacher ■ Elles n’ont pas osé nous l’avouer ■ Il faudra qu’il s’y habitue ■ Je vous en reparlerai plus tard. ■ Il s’en est débarrassé ■ Ce n’est pas moi qui le leur ai demandé ■ Je la lui rendrai ■ Il est difficile de ne pas le lui dire ■ C’est moi qui les y ai mis ■ On pourra l’y habituer peu à peu ■ Nous avions essayé de l’en prévenir ■ Je lui en parlerai quand j’aurai le temps ■ Il leur en faudra encore ■ Il y en a un, et il y en a mê­me un beau ■ Il y en aurait plusieurs.

Place du pro­nom faible com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif

Quand le pro­nom fable est le com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif dépendant d’un autre ver­be, il se met immédiatement de­vant l’in­fi­ni­tif, c’est-à-dire à la place où il se mettrait si l’in­fi­ni­tif était un ver­be conjugué in­dé­pen­dant, et la place respective des pro­noms ne change pas :

Ille leurdonne.
Il nele leurdonne pas.
J’aurais voulule leurdonner.
Il ne veut pasle leurdonner.
Il hésite àle leurdonner.
Il vient dele leurdonner.
Il vale leurdonner.
Je suis impatiente de pouvoir le leurdonner.
Ne faudrait-il pasle leurdonner ?
Jevous yaurais emmené.
Je nevous yaurais pas emmené.
Il faudraitvous yemmener.
Je n’aurais pas eu besoin devous yemmener.
Il n’aurait pas falluvous yemmener.
Il me semble inutile devous yemmener.
Ily ena beaucoup.
Il n’y ena pas beaucoup.
Il n’y ena pas eu beaucoup.
Il doity enavoir beaucoup.
Il com­mence ày enavoir beaucoup.
Il ne va bientôt plusy enavoir beaucoup.
Il ne devrait pasy enavoir beaucoup.
Il doit bieny enavoir un quel­que part.
Il ne peut pas ne pasy enavoir.

Remarque FLE : malgré la régularité et la simplicité de cette règle, on constate souvent des er­reurs : les ap­pre­nants de FLE sem­blent s’affoler quand ils rencontrent une cons­truc­­tion de ce type.

et éparpillent les pro­noms n’importe où. Comme on le voit dans l’agencement des pro­noms présenté ici, leur place ne varie ab­so­lu­ment pas par rapport au ver­be dont ils dépendent. Fondamentalement, le pro­blè­me est plus d’ordre pho­ni­que et ryth­mique. En effet, les locuteurs « natifs » ne réfléchissent pas à la place et à l’ordre des pro­noms : ils uti­li­sent des séquences phoniques qui for­ment des blocs caractéristiques que l’usager a répété des milliers et des milliers de fois tels que /imlapadi/ (il ne me l’a pas dit), /ipøtlɶdiʁ/ (il peut te le dire), etc. Ces blocs sont fixes et immuables et l’usager natif n’a pas besoin de réfléchir à l’en­chai­nement des pro­noms.

Locuteurs natifs :  quand le locuteur natif est confronté à une suite phonique moins fréquente, il est lui aussi obligé de réfléchir, ou bien il hésite. C’est ainsi que dans la langue cou­rante, il est fréquent d’entendre uti­li­ser la suite donne-moi-le au lieu de donne-le-moi, d’autant plus que la variante donne-moi-le est parallèle à la for­me français parlé donne-moi-s-en. C’est aussi, au moins partiellement, pour ces mê­mes rai­sons de sché­ma rythmique que les for­mes d’impératif terminées en -t’en ou en -m’y sont pratiquement inu­si­tées.

Exceptions

Cette règle n’a que peu d’ex­cep­tions :

a. Dans les propositions in­fi­ni­tives dépendant de ver­bes de percep­tion (lire), quand l’in­fi­ni­tif fonc­tion­ne com­me ver­be principal d’une com­plé­tive, le pro­nom se met devant le ver­be dont dépend l’in­fi­ni­tif (et non pas devant l’in­fi­ni­tif) :

J’entends les enfants chuchoter. → Je les entends chuchoter.j’entends les chuchoter, qui serait l’équi­va­lent du finnois kuulen heidän supattavan.] ■ Il regardait l’eau couler du toit. → Il la regardait couler du toit ■ Tu ne sens pas le sol bouger ? → Tu ne le sens pas bouger ?

b.  Faire + in­fi­ni­tif, laisser + in­fi­ni­tif : le pro­nom se place devant le ver­be principal (lire) faire ou laisser :

Il a laissé tomber le vase. → Il l’a laissé tomber ■ Je lui ai fait apprendre le texte par cœur. → Je le lui ai fait apprendre par cœur ■ Je laisse les enfants jouer seuls. → Je les laisse jouer seuls ■ Il faut laisser le produit agir. → Il faut le laisser agir.

c. Dans la langue classique, les pro­noms le la les com­plé­ment direct d’un in­fi­ni­tif dé­pen­dant d’un ver­be prin­ci­pal se placent devant le ver­be principal :

J’ai seulement compris que la vie que je mène à Paris est encore plus agréable que je ne le pouvais croire. [Mme du Deffand] ■ On dit qu’il y a des gens fort polis dans cette ville-là ; je le veux croire. [Voltaire]

Les for­mes cor­res­pon­dantes en français standard seraient : je ne pouvais le croire, je veux le croire. Certains écrivains d’aujourd’hui écrivent encore de cette façon un peu archaïque qui est tout à fait admise dans le style soutenu. Mais dans la langue cou­rante, cela passe pour affecté ou franchement fautif. On en trouve ce­pen­dant des em­plois épisodiques dans la langue cou­rante, par ignorance ou hy­per­cor­rec­tis­me.

Ordre des pro­noms compléments à l’impératif

Forme négative

L’ordre des pronoms dans la phrase impérative négative est exactement le mê­me que dans la phrase as­ser­ti­ve :

Tu ne me le dis pas → Ne me le dis pas ■ Tu ne l’y emmène pas → Ne l’y emmène pas ■ Vous ne vous en débarrassez pas. → Ne vous en débarrassez pas ■ Tu ne le lui rends pas. → Ne le lui rends pa ■ Nous ne leur en donnons pas trop. → Ne leur en donnons pas trop ■ Vous n’y penserez plus. → N’y pensez plus ■ Ajouter le sucre. Le verser lentement. → Ajouter le sucre. Ne pas le verser trop vite.

Forme affirmative avec un seul pro­nom

Dans la phrase impérative affirmative, on fait l’inversion, au­tre­ment dit le pro­nom se place après le ver­be et est relié à celui-ci par un trait d’union :

Tu le fais. → Fais-le ■ Tu en prends encore ? → Prends-en encore  ■ Est-ce que vous l’attendez ? → Attendez-le  ■ Tu lui pardonnes ? → Pardonne-lui !

Ceci ne concerne ce­pen­dant pas l’in­fi­ni­tif uti­li­sé com­me im­pé­ra­tif (lire) ; le pro­nom com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif à valeur d’impératif se place devant l’in­fi­ni­tif, mê­me à la for­me af­fir­ma­tive :

Faire revenir les noix de saint Jacques sur feu vif. Les retourner avec une spatule.— Travailler la pâte avec une spatule. La laisser reposer une heure au réfrigérateur. En réserver la moitié. ■ Mettre les lentilles dans une casserole d’eau froide et les faire cuire 40 min avec le thym et le laurier. Lorsqu’elles sont cuites mais encore croquantes, les mélanger à la vinaigrette. 

Les pro­noms personnels et réfléchis me et te se mettent à la for­me pleine moi et toi :

Vous me regardez. → Regardez-moi  ■ Tu te calmes. → Calme-toi  ■ Tu t’achètes une nouvelle voiture. → Achète-toi une nouvelle voiture !

Impératif à terminaison vocalique

Après les for­mes d’impératif en -e des ver­bes du 1er grou­pe et les for­mes va (d’aller) et aie (d’avoir), on ajoute un s de liaison devant en et y :

Mange un biscuit ! → Manges-en un ■ Pense au concert ! → Penses-y ■ Va au marché ! → Vas-y ■ Emporte de l’argent. → Aies-en toujours sur toi ! [for­me rare] ■ Il n’y a pas que toi qui aimes le chocolat, laisses-en aux autres.

Remarque :  normalement, la personne 2 de l’impératif n’a pas d’s (lire).

Forme affirmative avec deux pro­noms

Si le ver­be a deux compléments qui sont des pronoms faibles, ces pro­noms se placent éga­le­ment derrière le ver­be. Ils sont reliés au ver­be et entre eux par un trait d’union, selon un ordre particulier : après le ver­be vient d’abord le com­plé­ment direct, puis vient le com­plé­ment in­di­rect (moi, lui, en, y, etc.) :

Dis-le-lui ■ Rends-le-nous ■ Donne-le-moi ■ Montre-les-leur ■ Apporte-les-leur. Remarque…

■ Quand dans une phrase impérative il y a des pronoms de 1e et 2e personne, l’ordre des mots est exactement l’inverse de l’ordre des mots normal : (Tu) 1nous 2le 3rends → 3rends-2le-1nous.

Les pro­noms y et en ne peuvent ce­pen­dant pas se combiner aussi facilement avec les autres pro­noms :

a. Pronom y : on peut appliquer la règle habituelle et combiner les pro­noms personnels CVD avec le CVI y, selon le mê­me ordre que ci-dessus (CVD + CVI) :

Emmène-nous-y ■ Apporte-les-y ■ Amène-l’y.

Mais dans la pratique, ces for­mes sont plutôt rares.

Quand le CVD est me/le/te, on peut dire qu’elles sont très peu usitées (bien qu’elles soient en principe parfaitement gram­ma­ti­cales), car, en posi­tion finale, les grou­pes phoniques /-mi/, /-ti/, /-li/ résultant de la combinaison des deux pro­noms évoquent une sorte particule gram­ma­ti­cale insolite. Dans un cas de ce gen­re, on préfère dire par exem­ple emmène-moi là-bas ! ou uti­li­ser une in­ter­ro­ga­tion : est-ce que tu pourrais m’y emmener ? Dans la langue cou­rante, on omet tout simplement y : Emmène-moi / Amène-la.

Ceci est valable aussi pour le pluriel. Bien qu’une for­me com­me emmène-nous-y soit net­te­ment moins dérangeante pour l’oreille que emmène-m’y, on préfère dire cou­ram­ment et plus simplement emmène-nous (ou par exemple emmène-nous là-bas). Un impératif tel que rendez-vous-y (se rendre qqpart) est pratiquement virtuel (à l’oral on dira allez-y, et à l’écrit plutôt veuillez vous y rendre).

Avec un CVD singulier me/le/te, on entend aussi utiliser com­me variante des for­mes com­me emmène-moi-s-y (voir français parlé ci-dessous).

b. Pronom en : le pro­nom en peut être CVD (prends-en) ou CVI (parles-en). Quelle que soit sa fonction, il se place en deu­xième position :

Donne-m’en un peu ■ Voici des livres. Choisissez-vous-en deux. Occupez-vous-en ■ Prenez-vous-en autant que vous voulez ! Mais garde-nous-en un.

La for­me ver­be-t’en est pratiquement inusitée. De mê­me, la combinaison ver­be-lui-en est peu usitée à cause de l’enchainement de voyelles inattendu. Le plus souvent, on formule l’ordre avec d’autres moyens ou on répète le nom au lieu de le remplacer par en : donne-lui un peu d’eau.

Ordre des pro­noms à l’impératif affirmatif
CVDCVI
VERBE-le-, la-, -les-moi, toi, lui
nous, vous, leur
CVDCVI
VERBE-m’, -t’, -l’-
nous-, -vous-, -les-
y
CVD/CVICVI/CVD
VERBE-m’, -t’,-l’, -les-
-nous-, -vous-, -lui-, -leur-
en

Français parlé

Dans le français parlé, on uti­li­se la for­me faible du pro­nom en intercalant un s (com­me dans chantes-en ou vas-y) après les pro­noms qui ne sont pas terminés par s (donc après tous les pro­noms sauf nous et vous), ce qui donne une série régulière par le rythme (le nombre de syllabes est le mê­me) et la structure phonique :

garde-moi-s-en /-mwazɑ̃/ [français parlé]
prends-toi-s-en /-twazɑ̃/ [français parlé]
donne-lui-s-en /-lųizɑ̃/ [français parlé]
garde-nous-en /-nuzɑ̃/ [for­me normale code écrit et français parlé]
prenez-vous-en /-vuzɑ̃/ [for­me normale code écrit et français parlé]
donne-leur-s-en /-lœʁzɑ̃/ [français parlé]

Bien que les gram­mai­res ignorent en général ces for­mes, pratiquement tous les fran­co­pho­nes disent au moins occasionnellement de cet­te façon, et on peut sans pro­blè­me uti­li­ser ces for­mes dans le français parlé. Mais elles ne s’em­ploient pas à l’écrit ni dans un discours en langue écrite (par exem­ple conférence, présentation, etc., où l’u­ti­li­sa­­tion de l’impératif est de toute façon assez limitée). Sur le mê­me modèle, le français parlé uti­li­se aussi des cons­truc­tions expansées avec y :

Emmène-m’y. = français parlé : Emmène-moi-s-y.

Mais en général dans le français parlé, on uti­li­se moins souvent le pro­nom y (voir ci-dessus ) et on n’a donc pas besoin de ces for­mes. On dira simplement : emmène-moi.


Contenu de la pageISBN 978-951-39-8092-4 | V. 1.0 2020 © Jean-Michel Kalmbach 2020Contenu général