Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

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Les propositions
complétives
Difficultés
diverses

» Contenu principal :
les propositions complétives

Heureux de et *normal de

Il faut et construction de falloir

 Se souvenir, penser à, être censé

Verbes argumentatifs à surveiller

Il parait que

Difficile de ou difficile à ?

Qu’est-ce qu’il se passe ou
qu’est-ce qui se passe ?

Heureux de et *normal de

L’utilisation de l’adjectif dépend du ré­fé­rent du nom

Com­me le mot de peut re­pré­senter dif­fé­rents élé­ments du dis­cours (pré­po­si­tion, con­jonc­tion, ar­ti­cle), il peut être difficile de les dis­tin­guer, par ex­em­ple dans un grou­pe [de + ad­jec­tif] :

Il est heureux de partir.
Il est normal de partir.

Les deux phra­ses se ressemblent à première vue, pourtant leur structure est dif­fé­ren­te. Cette structure dépend du sens de l’adjectif, et ce sens dépend du type de ré­fé­rent (animé ou non animé) du nom auquel l’adjectif se rap­por­te.

Nom à ré­fé­rent animé

Certains ad­jec­tifs exprimant un sentiment, un état d’esprit, peuvent se rapporter à un nom animé et avoir un com­plé­ment ex­pri­mant la cause de ce sentiment, exac­te­ment com­me en fin­nois :

être heureux de qch, scandalisé de qch, étonné de qch, joyeux de qch, déçu de qch, ravi de qch, embarrassé de qch etc.
olla iloinen jostakin, tyrmistynyt jostakin, yllättynyt jos­ta­kin, pettynyt jostakin, hämmentynyt jostakin etc.

Il est heureux de ta venue. Hän on iloinen tulostasi.
Elle est ravie de votre ré­pon­se. Hän on hyvin iloinen teidän vastauksestanne.
Ils étaient embarrassés de cette pro­po­si­tion. He olivat hämmentyneitä siitä ehdotuksesta.

Nom à ré­fé­rent non animé

D’autres ad­jec­tifs ne se rapportent (en gé­né­ral) pas à un nom animé et ne peu­vent pas avoir de com­plé­ment ex­pri­mant la cause :

amusant, anor­mal, bizarre, bon, ca­rac­té­ris­ti­que, concevable, douteux, drôle, ef­fa­rant, effrayant, égal, étonnant, étrange, facile, faux, fré­quent, ha­bi­tu­el, im­pen­sa­ble, impos­si­ble, im­por­tant, inacceptable, inconcevable, indif­fé­rent, in­vrai­sem­bla­ble, navrant, normal, né­ces­sai­re, peu probable, pos­si­ble, rare, regrettable, ré­vé­la­teur, scandaleux, surprenant, triste, urgent, utile etc.

Ainsi, on ne peut pas dire *je suis normal de partir, tu es né­ces­sai­re d’accepter, pas plus qu’en fin­nois on ne peut dire *olet hyödyllinen lähdöstäsi, *hän on mahdoton läh­teä, *olla tarpeellinen jostakin, *olla helppo jostakin etc.

Interpréter le grou­pe [de + ad­jec­tif]

Dans la phra­se Il est heureux de partir, le mot il est donc le pro­nom IL à ré­fé­rent hu­main (et dé­si­gne par exem­ple le garçon), le mot heureux est un ad­jec­tif at­tri­but (pre­di­ka­tii­vi), et le grou­pe de partir est le com­plé­ment de cet ad­jec­tif, en finnois : hän on iloi­nen siitä, että pääsee lähtemään.

Inversement, dans la phra­se il est normal de partir, le mot il ne peut pas être un pro­nom anaphorique, car on ne peut pas dire *je suis normal de partir. Le pro­nom il ne peut être que le pro­nom conjugateur. Le grou­pe de partir est le su­jet post­po­sé du ver­be, de est la con­jonc­tion com­plé­ti­ve utilisée devant un infinitif. Les élé­ments en couleur dans les exem­ples sui­vants sont les su­jets des phra­ses :

(a) Il est heureux de pouvoir enfin voyager de nouveau.
(a’) Hän on iloinen siitä, että pääsee vihdoinkin taas matkustelemaan.
(b) Il est réjouissant de pouvoir enfin voyager de nouveau.
(b’) On ilahduttavaa että pääsee vihdoinkin taas matkustelemaan.

Quand le mot il est un pronom conjugateur comme dans l’ex­em­ple (b), dans la langue cou­ran­te (écrite et orale) il est fré­quem­ment remplacé par le pronom con­ju­ga­teur ça (ex­em­ple (c) ci-dessous). La for­me c’ est la for­me de ÇA qui s’uti­li­se devant est, mais d’autres for­mes sont pos­si­bles aus­si, comme devant la for­me d’être au con­di­tion­nel dans l’ex­em­ple (d) :

(b)  Il serait réjouissant de pouvoir enfin voyager de nouveau.
(c)  C’est réjouissant de pouvoir enfin voyager de nouveau.
(d) Ça serait réjouissant de pouvoir enfin voyager de nouveau.

(b)  Il = pronom conjugateur dans le code écrit.
(c)  C’ = pronom conjugateur dans la langue cou­ran­te (devant est).
(d) Ça = pronom conjugateur dans la langue cou­ran­te (devant une autre for­me que est).

Adjectifs à double sens

Certains ad­jec­tifs peuvent ce­pen­dant avoir deux interprétations :

heureux : on­nel­li­nen ou suotuisa
mal­heu­reux : surullinen ou epäonninen, valitettava
honteux : häpeissään ou häpeällinen

Dans un tel cas, si le su­jet du ver­be être est il, une mê­me phra­se peut s’interpréter de deux façons, selon que il est le pro­nom per­son­nel IL (il = hän) ou un pro­nom conjugateur :

Il est heureux que tu partes.
Hän on iloinen siitä, että lähdet. (il pronom personnel)
On hyvä asia, että lähdet. (il pronom conjugateur)

Il est malheureux que ses amis aient laissé passer l’oc­ca­sion.
Hän on harmissaan siitä, että hänen ystävänsä päästivät tilaisuuden käsistään.
On valitettavaa, että hänen ystävänsä päästivät tilaisuuden käsistään.


Il est honteux que son collègue ait dû démissionner.
Hän on häpeissään siitä, että hänen työkaverinsa joutui eroamaan.
On häpeällistä, että hänen työkaverinsa joutui eroamaan.

Cette double interpréta­tion des ad­jec­tifs heureux, malheureux et honteux est éga­le­ment pos­si­ble dans les cons­truc­tions in­fi­ni­tives :

Il est malheureux d’avoir laissé passer cette occasion.
Hän on harmissaan siitä, että hän päästi sen tilaisuuden käsistään. ou bien
On valitettavaa, että tämä tilaisuus päästettiin käsistä.

Le sens de la phra­se dépend du con­tex­te. Le nombre de ces ad­jec­tifs est ce­pen­dant limité. De plus, ce pro­blè­me n’exis­te évi­dem­ment pas avec d’autres pro­noms : dans les phra­ses je suis hon­teux que…, elle est heureuse queetc., les pro­noms ne peu­vent être que de « vrais » pronoms, et non des pronoms conjugateurs :

Je suis heureux que tu partes.
Olen iloinen siitä, että lähdet.

Elle est malheureuse que ses amis aient laissé passer l’oc­ca­sion.
Hän on harmissaan siitä, että hänen ystävänsä päästivät tilaisuuden käsistään.

Ils sont honteux que leur collègue ait dû démissionner.
He ovat häpeissään siitä, että heidän työkaverinsa joutui eroamaan.

Si dans la langue cou­ran­te (voir ci-des­sus) on uti­li­se les for­mes du pro­nom con­ju­ga­teur ÇA à la place de il, les phra­ses sont dif­fé­ren­tes :

Il est malheureux que ses amis aient laissé passer l’occasion.
Hän on harmissaan siitä, että hänen ystävänsä päästivät tilaisuuden käsistään.
C’est malheureux que ses amis aient laissé passer l’occasion.
On valitettavaa, että hänen ystävänsä päästivät tilaisuuden käsistään.

Il est honteux que son collègue ait dû démissionner.
Hän on häpeissään siitä, että hänen työkaverinsa joutui eroamaan.
C’est honteux que son collègue ait dû démissionner.
On häpeällistä, että hänen työkaverinsa joutui eroamaan.

Remar­que : on n’uti­li­se pra­ti­que­ment pas la for­me c’est heureux que…, mais plutôt c’est une bonne chose que…, c’est une grande chance que…

Lire aus­si Difficile à ou dif­fi­ci­le de ? ci-dessous.

Il faut et cons­truc­tion de falloir

Interpréta­tion de la cons­truc­­tion il faut

On comprend sou­vent la cons­truc­­tion il faut + GN ou il faut + com­plé­tive com­me un ver­be suivi d’un « com­plé­ment direct » : il faut quel­que chose serait analogue à je veux quel­que chose. En réalité, le GN ou la com­plé­tive (in­di­qués en couleur ci-dessous) sont le su­jet (post­po­sé) du ver­be :

Il faudra de nouvelles analyses pour confirmer que c’est bien ce virus. 
Il faudrait plus de précisions.
Il faut que tu lui téléphones.

C’est pour cette raison que le ver­be de la com­plé­tive se met au sub­jonc­tif, car nor­ma­le­ment le ver­be de toute com­plé­tive en fonc­tion de su­jet se met au sub­jonc­tif . Le sub­jonc­tif ne s’uti­li­se donc pas parce que falloir serait « le com­plé­ment » d’un ver­be de « volonté », com­me on le pense sou­vent.

De mê­me, dans la cons­truc­­tion il faut + in­fi­ni­tif, l’in­fi­ni­tif est en fonc­tion de su­jet :

Il faut partir.
Il faut en parler.
Il aurait fallu faire preuve de plus de dé­ter­mi­nation.

C’est ce qui dif­fé­ren­cie falloir de devoir : le ver­be devoir est un au­xi­liai­re modal, qui modifie l’in­fi­ni­tif (un peu à la ma­niè­re d’un ad­ver­be), tandis que falloir est un ver­be intransitif. Cette dif­fé­ren­ce se voit notam­ment au passif : le ver­be falloir ne peut pas se met­tre au passif, car il n’a pas de com­plé­ment direct (CVD) :

Il faut examiner ce pro­blè­me →
Ce pro­blè­me doit être examiné.
[Ce pro­blè­me *faut être examiné est agram­ma­ti­cal]

Falloir ne peut pas être mis au passif

Le ver­be il faut ne peut pas être mis au passif, car le mot il est un pronom con­ju­gateur, et non pas un pronom anaphorique qui remplace un nom et qui pourrait devenir l’agent du ver­be au passif. L’élément qui suit il faut (il faut de l’eau, il faut penser à réserver à l’avance etc.) n’est pas le complément direct du ver­be, mais le su­jet du ver­be falloir.

L’er­reur fré­quente chez les fin­no­pho­nes est de construire il faut comme un au­xi­liai­re d’un ver­be passif, et de dire par exem­ple **Cette phra­se faut être ré­pé­tée, qui est agram­ma­ti­cal. L’er­reur est d’uti­li­ser falloir comme on uti­li­se pouvoir ou devoir. Elle s’explique par l’influence du fin­nois, où uti­li­se des cons­truc­tions iden­ti­ques dans le cas de cer­tains ver­bes imper­son­nels :

(a) Tämä lause voidaan toistaa. Cette phra­se peut être ré­pé­tée.
(b) Tämä lause pitää toistaa. Cette phra­se doit être ré­pé­tée.
(c) Tämä lause täytyy toistaa. **Cette phra­se faut être ré­pé­tée.

En fran­çais, les for­mes correctes pos­si­bles pour la phra­se (c) sont :

Cette phra­se doit être ré­pé­tée. ou Il faut répéter cette phra­se.

Dans la cons­truc­­tion il faut aborder ce pro­blè­me avec pru­dence, le GN ce pro­blè­me est le com­plé­ment direct du ver­be aborder, et non pas du ver­be falloir. Toute la cons­truc­­tion in­fi­ni­tive aborder ce pro­blè­me avec prudence est le su­jet de falloir. La trans­for­ma­­tion pas­si­ve se fait donc par exem­ple avec une pro­po­si­­tion com­plé­ti­ve :

Il faut aborder ce pro­blè­me avec prudence. → Il faut que ce pro­blè­me soit abordé avec prudence.
Il faut suivre cet exem­ple. → Il faut que cet exem­ple soit suivi.
Il aurait fallu respecter les consi­gnes de sécurité. → Il aurait fallu que les con­si­gnes de sécurité soient respectées.
Il ne faut plus retarder l’adop­tion de ces me­su­res. → Il ne faut pas que l’adop­tion de ces me­su­res soit en­co­re retardée.
Il fau­drait mieux aménager les pistes cyclables. → Il faudrait que les pistes cy­cla­bles soient mieux aménagées.
Il aurait fallu classer les données au­tre­ment. → Il aurait fallu que les données soient classées au­tre­ment.

L’autre solution, plus simple, est d’uti­li­ser devoir avec un in­fi­ni­tif passif :

Il faut aborder ce pro­blè­me avec prudence. → Ce pro­blè­me doit être abordé avec prudence.
Il faut suivre cet exem­ple. → Cet exem­ple doit être suivi.
Il aurait fallu respecter les consignes de sécurité. → Les consignes de sécurité auraient dû être respectées.
Il ne faut plus retarder l’adop­tion de ces mesures. → L’adop­tion de ces mesures ne doit plus être retardée.
Il faudrait mieux aménager les pistes cyclables. → Les pistes cyclables devraient être mieux aménagées.
Il aurait fallu classer les données au­tre­ment. → Les données auraient dû être classées au­tre­ment.

Construc­tion du ver­be falloir

Le ver­be falloir peut être utilisé avec un com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel  (CVP): falloir à quel­qu’un, exac­te­ment com­me manquer à quel­qu’un (car le ver­be falloir a au départ ce sens de « manquer, faire défaut ») :

Il faut à ce garçon plus d’énergie.
Il faut à ce peuple un avenir.
Il faudrait à ce pays une réfor­me radicale des institutions.

La for­me du pro­nom est donc le pro­nom faible CVP me te lui etc. :

Il lui faut plus d’énergie.
Il lui faut un avenir.
Il nous faudrait une réfor­me radicale des institutions.
Il leur a fallu des années pour trouver un acheteur.

Dans le code écrit, on uti­li­se la mê­me structure quand le su­jet de falloir est un in­fi­ni­tif : le pro­nom CVP dé­si­gne alors l’actant (agentti) à qui il est né­ces­sai­re de faire quel­que chose :

Il lui faudrait réfléchir davantage avant de se décider.
Il me faut consulter un spécialiste.
Il nous fallut abandonner alors que nous avions à peine com­mencé la montée vers le camp de base.

Cette cons­truc­­tion avec in­fi­ni­tif et CVP ne peut s’uti­li­ser que si le CVP est un pro­nom. On ne peut pas l’uti­li­ser avec un grou­pe nominal (GN) : *il faut à ce pays se dé­ve­lop­per ou *il faut au malade consulter un spécialiste. Si le CVP est un grou­pe nominal, il faut uti­li­ser une com­plé­ti­ve avec un ver­be conjugué et introduite par que; le grou­pe nominal est alors le su­jet du ver­be :

Il faut que ce pays se dé­ve­lop­pe.
Il faut que le malade consulte un spécialiste.

De toute façon, la cons­truc­tion avec in­fi­ni­tif et pro­nom CVP s’uti­li­se es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit. Dans la langue cou­rante, on uti­li­se ha­bi­tu­el­le­ment il faut que :

Il lui faudrait réfléchir davantage avant de se décider. → Il faudrait qu’il ré­flé­chis­se davantage avant de se décider.
Il me faut consulter un spécialiste. → Il faut que je consulte un spécialiste.
Il nous fallut abandonner. → Il a fallu que nous abandonnions.

 Se souvenir, penser à, être censé

Certains ver­bes cou­rants posent sou­vent des pro­blè­mes à cause de la ma­niè­re dont la com­plé­ti­ve in­fi­ni­ti­ve est reliée au ver­be.

Se souvenir et se souvenir de

Certaines cons­truc­tions in­fi­ni­tives similaires peuvent cacher des structures dif­fé­ren­tes. C’est no­tam­ment le cas avec se souvenir de. Com­pa­rer :

(a) Je me suis souvenu de le lui dire.
(b) Je me souviens le lui avoir dit.

Dans la phra­se (a), il s’agit du ver­be se souvenir de qch qui, employé avec un in­fi­ni­tif qui est un complément prépositionnel, a le sens de « ne pas oublier de faire qch ». Dans la phra­se (b), se souvenir a le sens de « garder en mémoire » et il est construit avec une pro­po­si­tion in­fi­ni­tive qui est un complément direct. On retrouve la mê­me dif­fé­ren­ce en fin­nois :

Je me suis souvenu de le lui dire. Muistin sanoa sen hänelle.
Je me souviens le lui avoir dit. Muistan sanoneeni sen hänelle.

Penser faire et penser à faire, compter faire

Le ver­be penser est un des ver­bes déclaratifs qui peut être suivi d’une cons­truc­tion in­fi­ni­tive sans con­jonc­tion de. Il si­gni­fie « estimer que » (luulla) ou « avoir l’in­ten­tion de » (aikoa)  :

Je pense luulen que je peux venir. / Je pense luulen que j’achèterai cette maison.
Je pense luulen pouvoir venir. / Je pense aion acheter cette maison.

Il ne faut pas confondre ce ver­be avec penser à, qui si­gni­fie « se rappeler de faire qch, ne pas oublier de faire qch » :

Pense à acheter du lait ! Muista ostaa maitoa.
Il faudra penser à téléphoner au ré­pa­ra­teur. Pitää muistaa soittaa korjaajalle.

Deuxième er­reur fré­quen­te : il ne faut pas uti­li­ser la pré­po­si­­tion de après penser : *je pense de venir, *je pense d’acheter, phra­ses agram­ma­ti­cales (er­reurs fré­quen­tes chez les fin­no­pho­nes). Le ver­be penser ne se construit jamais avec de (que de soit une pré­po­si­­tion ou une con­jonc­tion).

Dans le fran­çais cou­rant, on uti­li­se beau­coup le ver­be penser + in­fi­ni­tif pour ex­pri­mer une intention (pour rendre l’idée du fin­nois aikoa). À la place, on peut aus­si uti­li­ser le ver­be très idiomatique compter, qui n’est pas non plus suivi d’une con­jonc­tion (ni de ni à). Ces deux ver­bes traduisent l’idée de olla tarkoitus, meinata, aikoa  :

Bon, maintenant que tu as fini ta thèse, qu’est-ce que tu comptes faire ?
Je pense prendre un mois de vacances et ensuite je compte demander une bourse.
Qu’est-ce que vous comptez faire cet été ?
On comptait aller visiter la Scan­di­na­vie.
Tu comptes faire quoi ce soir ?

Être censé

Le ver­be censer s’uti­li­se uni­que­ment à la for­me pas­si­ve et suivi d’une cons­truc­­tion in­fi­ni­tive, qui n’est pas in­tro­dui­te par la con­jonc­tion de. Exem­ples :

Vous étiez censé pré­pa­rer un exposé pour aujourd’hui, l’avez-vous terminé ? Tei­dän piti valmistaa esitelmä täksi päiväksi, saitteko sen valmiiksi?
Nous étions censés devenir plus concurrentiels et plus productifs. Nous étions censés pouvoir sub­ve­nir à nos besoins. Meidän piti tulla kilpailukykyisemmiksi ja tuot­ta­vam­miksi. Meidän oletettiin pystyvämme elättämään itseämme.
Je ne suis pas censé le savoir. Minun ei kuulu tietää sitä. ou Mistä sen olisin voinut tietää!
Nul n’est censé ignorer la loi. Kaik­kien oletetaan tuntevan lait.

Cette cons­truc­­tion cor­res­pond exac­te­ment à l’anglais to be supposed + in­fi­ni­tif, et dans la langue mo­derne, sous l’influence de l’anglais, on entend éga­le­ment uti­li­ser supposer à la place de censer, par at­trac­­tion avec l’anglais (usage critiqué par les puristes, mais devenu tout à fait banal) : je ne suis pas supposé le savoir.

Verbes argumentatifs à surveiller

Certains ver­bes utilisés cou­ram­ment dans un texte argumentatif, par ex­em­ple pour citer ou com­menter les idées d’un autre auteur, sont fré­quem­ment uti­li­sés de façon erronée par les étu­diants fin­no­pho­nes avec une com­plé­tive introduite par que. Certains ver­bes finnois peuvent avoir comme complément une pro­po­si­tion in­tro­dui­te par että, mais les ver­bes fran­çais cor­res­pon­dant ne peuvent pas se cons­truire avec que.

Continuer que ? Poursuivre que ?

Pour traduire la cons­truc­tion tekijä jatkaa, että, il est impos­si­ble de dire en fran­çais *l’auteur continue que…, car continuer ne peut recevoir com­me complément direct (CVD) qu’un grou­pe no­mi­nal, et non pas une com­plé­tive. De la mê­me ma­niè­re, pour­sui­vre ne peut pas s’uti­li­ser avec un CVD sous for­me de com­plé­tive : *l’auteur pour­suit que… est impos­si­ble ou au moins maladroit en fran­çais. Bien qu’on en trou­ve des exem­ples dans des écrits scientifiques de fran­co­pho­nes, il vaut mieux l’é­vi­ter.

La première solution (et la plus simple), si on peut en mê­me temps faire une cita­tion di­rec­te, est d’uti­li­ser une pro­po­si­tion sans que in­tro­dui­te par un deux-points :

L’auteur poursuit : « … »
L’auteur continue : « … »
L’auteur ajoute : « … »

La deuxième solution, aus­si simple (quand on ne veut pas faire une citation di­rec­te) est d’uti­li­ser des ver­bes qui peuvent recevoir comme complément une com­plé­ti­ve introduite par que :

L’auteur ajoute que …
L’auteur dit plus loin que…
L’auteur dit éga­le­ment que…
L’auteur précise que…

Il est éga­le­ment pos­si­ble d’uti­li­ser une construction avec un gérondif :

(a) L’auteur continue en disant que…
(b) La personne interrogée poursuit en ajoutant que / en précisant que…

Cepen­dant, l’utilisation de continuer ou poursuivre de façon absolue (sans com­plé­ment ex­pri­mé) peut parfois avoir une nuance indésirable (la phra­se (a) aurait un peu le sens de « tekijä sen kun jatkaa ja lisää että… »), et il est plus prudent de ne pas l’uti­li­ser. On peut résoudre le pro­blè­me en ajoutant un CVD :

(a’) L’auteur continue sa dé­mons­tra­tion/son exposé en disant que…
(b’) La personne interrogée poursuit son récit/sa description en ajoutant que/en pré­cisant que…

Cepen­dant, poursuivre utilisé sans complément est d’usage cou­rant sous for­me d’in­ci­se : Ce texte, poursuit-il, serait la preuve que…. Mais on dit plus dif­fi­ci­le­ment continue-t-il .

Insister que, accentuer que ?

La cons­truc­­tion *insister que est con­si­dé­rée com­me agram­ma­ti­cale ou très ma­la­droi­te dans la norme du code écrit. Le ver­be insister n’a pas un complément direct, il se construit avec la pré­po­si­tion sur (insister sur qch). On n’écrit donc pas *l’au­teur insiste que…. Pour faire suivre le ver­be insister d’une com­plé­tive, il faut ra­jou­ter le support de subordina­tion le fait :

L’auteur insiste sur le fait que…
Nous insistons sur le fait que…

On peut éga­le­ment uti­li­ser un ver­be dif­fé­rent, dont le plus cou­rant est souligner, exem­ple (d) ci-dessous. Ce ver­be s’uti­li­se ce­pen­dant moins à la per­son­ne 1 (je ou nous de modestie), exem­ple (e), parce que l’in­sis­tan­ce (ou le soulignement) ne cor­res­pondrait pas au ton neu­tre né­ces­sai­re dans une dé­mons­tra­­tion scientifique. Éviter aus­si la formula­tion (f) : dans la rédac­tion scientifique, on évite d’em­ploy­er vou­loir de cette façon. On préfèrera une formule com­me l’exem­ple (g) :

(d) L’auteur souligne que… / Les per­son­nes interrogées soulignaient que…
à éviter :
(e) Nous soulignons que …
(f) Nous voulons souligner que…
à préférer :
(g) Nous tenons à souligner que… / Il faut souligner que… / Nous insistons sur le fait que…

Accentuer est sou­vent uti­li­sé abusivement par les fin­no­pho­nes com­me synonyme d’insister sur. Le ver­be fin­nois korostaa a en effet (au moins) ces deux valeurs :

a) « rendre plus net », « rendre plus visible ». Dans ce sens-là, il peut se traduire en fran­çais par accentuer suivi d’un grou­pe nominal complément direct (CVD)  :

Cette lumière accentue les ombres. Ces lacunes accentuent le manque de con­sis­tance de l’ouvrage.

b) « insister sur », « souligner ». Dans ce cas-là, on le rend en fran­çais par des ver­bes comme  souligner, in­sis­ter sur, met­tre l’ac­cent sur ou souligner l’importance de sui­vis d’un grou­pe nominal :

L’auteur insiste sur la nécessité de / souligne l’importance de la nécessité de / met l’ac­cent sur la nécessité de revoir la dé­fi­ni­tion traditionnelle des pro­noms en fin­nois.

Mais le ver­be accentuer ne peut pas recevoir une com­plé­tive com­me CVD : **l’au­teur accentue que est agram­ma­ti­cal et ne peut pas s’uti­li­ser pour traduire korostaa että. On dira donc par exem­ple :

L’auteur insiste sur le fait qu’il serait né­ces­sai­re / L’auteur souligne qu’il serait né­ces­sai­re de revoir la dé­fi­ni­tion traditionnelle des pro­noms en fin­nois.

De mê­me, la cons­truc­tion **accentuer sur qch, hybride de accentuer + insister sur, est inexistante.

Proposer que ?

Des tournures com­me *l’auteur propose que ce mot est un pro­nom ou bien *nous pro­po­sons que ce mot est analysé com­me un dé­ter­mi­nant sont agram­ma­ti­cales. En effet, pre­mièrement le ver­be proposer se construit avec le sub­jonc­tif, et deu­xiè­me­ment il si­gni­fie que la chose qu’on propose est une suggestion, une hypothèse non en­co­re réa­li­sée. La tournure fin­noise qui se trouve à l’origine de cette er­reur n’est pas non plus un mo­dè­le du gen­re. Dans la phra­se sui­vante, il y a bien une pro­po­si­tion de la part d’un inventeur et on pourrait facilement traduire ehdottaa par proposer :

Tämän epäedullisen tilanteen estämiseksi keksinnön tekijä ehdottaa, että samat puh­dis­tet­ta­van nesteen virtaukset johdetaan vuorotellen pitkin katodien ja anodien pintoja.

En revanche, la phra­se (a) ci-dessous ne contient pas une véritable pro­po­si­tion, et elle serait mieux formulée sous la for­me (b) ou (b’) :

(a) Sivulla 64 tekijä ehdottaa, että sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää fonesteemina tai konventionaalisen äännesymboliikan edustajana.
(b) Tekijän mielestä sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää fonesteemina tai kon­ven­tio­naa­li­sen äännesymboliikan edustajana. Ou
(b’) Tekijä on sitä mieltä, että sanahahmoa kVk(k)rV voitaisiin pitää…

Cet em­ploi de ehdottaa comme dans l’ex­em­ple (a) est ce­pen­dant assez répandu dans la littérature scientifique de langue fin­noise (sous l’influence, en par­tie, de l’an­glais). Le pro­blè­me n’est pas de savoir si c’est un style élégant ou non en fin­nois, mais le fait que les étudiants fin­no­pho­nes ont ten­dan­ce à transposer cette cons­truc­tion en fran­çais, où elle est très maladroite ou mê­me agram­ma­ti­cale (voir ci-dessus). À la place de proposer, on peut uti­li­ser des variétés de cons­truc­tions :

L’auteur estime que… / L’auteur est d’avis que…
L’auteur pense que… / D’après l’auteur… etc.

Interpréter que ?

Dans la mê­me série de ver­bes, on peut inclure interpréter, moins fré­quem­ment uti­li­sé dans la rédac­tion scien­tifique, mais qui donne ce­pen­dant lieu à des er­reurs épi­so­di­ques :

*On peut interpréter que la rela­tion d’Irène et sa mère ait été incomplète parce qu’elle se pose les ques­tions que sa mère ne lui pas avait apprises.

Outre le fait qu’il faudrait met­tre le ver­be de la com­plé­tive à l’in­di­ca­tif, la cons­truc­­tion est de toute façon impos­si­ble, car interpréter n’admet pas une com­plé­tive com­me CVD, alors qu’en fin­nois on peut dire par exem­ple :

Stressiprosessi käynnistyy haastavassa tilanteessa, jossa tulkitsemme, että ta­van­omai­nen toimintamme ei tu­le riittämään. [extrait du site de Työterveyslaitos, voir traduc­tion ex­em­ple (4) ci-dessous]

Si on veut rendre l’idée de tulkita, il faut recourir à des cons­truc­tions plus com­ple­xes, ou uti­li­ser in­ter­pré­ter dé­ve­lop­pé par la construc­tion com­me étant :

(1) On peut déduire que la rela­tion d’Irène et sa mère a été incomplète…
(2) On peut interpréter ce comportement com­me étant la preuve que la rela­tion d’Irène et sa mère a été incomplète…
(3) On peut interpréter ce comportement en supposant que la rela­tion d’Irène et sa mère a été incomplète…
(4) Le stress se déclenche dans une situa­tion que nous estimons dépasser notre niveau d’activité ha­bi­tu­el.
(5) Le stress se déclenche dans une situa­tion que nous interprétons com­me étant au-dessus notre niveau d’activité ha­bi­tu­el.

Il parait que

Sembler et paraitre

Le ver­be paraitre est fré­quem­ment employé d’une façon erronée par les fin­no­pho­nes, qui comprennent la cons­truc­­tion il parait que com­me équi­va­lente de il semble que et l’em­ploient fréquem­ment dans l’ex­pres­sion écrite. Pourtant, elle a un sens dif­fé­rent de il semble que, et très spécifique.

L’exem­ple (a) ci-dessous (dans lequel en outre le sub­jonc­tif est agram­ma­ti­cal) en est une illustration typique. Telle quelle, la phra­se (a) est interprétée par un fran­co­pho­ne com­me (b), alors que l’auteur voulait dire (c) :

(a) Après l’analyse des exem­ples, *il parait qu’une synthèse soit né­ces­sai­re.
(b) Après l’analyse des exem­ples, j’ai entendu dire qu’une synthèse était né­ces­sai­re / on m’a dit qu’il fallait faire une synthèse.
(c) Après l’analyse des exem­ples, il semble qu’une synthèse soit né­ces­sai­re.

L’explica­tion de cette er­reur réside dans le fait que les ver­bes fin­nois tuntua et näyttää peuvent tous deux se traduire par sembler ou paraitre, qui sont le plus sou­vent synonymes, mais loin d’être tou­jours inter­chan­gea­bles. L’équ­iva­lence entre les deux dépend des cons­truc­tions. Une descrip­tion complète des dif­fé­ren­ces serait très longue, et du point de vue des étu­diants fin­no­pho­nes, on peut simplifier la si­tua­­tion en rete­nant cer­tai­nes ten­dan­ces.

Les indications ci-dessous n’ont pas la préten­tion d’être absolues ni com­plè­tes, ni de décrire toutes les pos­si­bi­li­tés et tous les cas d’em­ploi, car on pourra cer­tai­ne­ment trou­ver dans des textes fran­çais de nom­breux contre-exem­ples parfaitement confor­mes à la norme du fran­çais. Il s’agit avant tout de donner quel­ques conseils généraux applicables à l’ex­pres­sion écrite, du point de vue d’un non fran­co­pho­ne. Avant d’examiner les em­plois dans dif­fé­ren­tes cons­truc­tions, il faut établir une dis­tinc­­tion entre le sens concret/figuré et le sens abstrait des ver­bes tuntua et näyttää

Sens concret

Dans un sens concret, tuntua et näyttää ne sont pas synonymes, puis­que tuntua décrit une impression au tou­cher (exem­ples a et b), sans ver­be équi­va­lent direct en fran­çais (anglais to feel), alors que näyttää dé­crit une impression vi­suelle (exem­ples c et d), en fran­çais éga­le­ment sans équi­va­lent direct, bien qu’on puis­se parfois em­ploy­er paraitre ou sem­bler, mais on uti­li­se plutôt d’autres tournures. Il en va de mê­me dans l’emploi figuré de tuntua (e) :

(a) Tämä kangas tuntuu hyvin pehmeältä. Ce tissu est très doux [au toucher].
(b) Se nojatuoli tuntuu oikein mukavalta. On est vraiment bien assis dans ce fauteuil.
(c) Tämä kangas näyttää oikein kauniilta. Ce tissu a vraiment un bel aspect.
(d) Hän näytti komealta frakissaan. Il avait fière allure dans son queue-de-pie.
(e) Hänen sanansa tuntuivat hyvin lohdullisilta. Ses paroles m’ont mis du baume au cœur.

Sens abstrait

Dans le sens abstrait qui pro­vo­que des con­fu­sions entre le fin­nois et le fran­çais dans l’em­ploi des expres­­sions il semble que / il parait que, les deux ver­bes tuntua et näyttää décrivent une impression au sens de « re­pré­senta­tion globale qu’une per­son­ne a d’une situa­tion (gé­né­ra­le­ment où elle est impliquée) ou d’une autre per­son­ne, et qui est fondée sur une appréhension im­mé­dia­te, intuitive avant toute ré­fle­xion ou ana­lyse. » (TLFi, impression C1). Cette impression peut décrire quel­que chose qui est réel ou imaginaire. Dans ce sens-là, on peut dire que sembler est plus fré­quent que paraitre en fran­çais.

Constructions avec ad­jec­tif at­tri­but

Quand sembler et paraitre s’uti­li­sent com­me ver­be d’état (similaire à être) reliant un su­jet et un at­tri­but (predikatiivi), ils sont fré­quem­ment interchangeables, mais pas exac­te­ment synonymes. D’une façon gé­né­rale, on peut dire que paraitre décrit une im­pression plus concrète, plus im­mé­dia­te, tandis que sembler décrit une im­pres­sion plus subjective. Dans les exem­ples sui­vants (f – i), la nuance de sens est in­di­quée entre cro­chets. Cepen­dant, on ne peut pas dire que cette nuance de sens soit tou­jours très nette, et les exem­ples (j) et (k) sont quasi synonymes :

[f] Ce sentier de montagne parait dangereux. [quand on le regarde]
[g] Ce sentier de montagne semble dangereux. [d’après le nombre d’accidents qui s’y sont produits]
[h] Cette équa­tion peut paraitre dif­fi­ci­le à résoudre aux élèves, mais elle en fait est très simple. [l’équa­tion a un aspect effrayant]
[i] Cette équa­tion peut sembler dif­fi­ci­le à résoudre aux élèves, mais elle en fait est très simple. [l’équa­tion semble compliquée par son con­te­nu]
[j] Ça peut paraitre compliqué de prime abord, mais en fait c’est assez facile à com­pren­dre. =
[k] Ça peut sembler compliqué de prime abord, mais en fait c’est assez facile à com­pren­dre.

Com­me solu­tion de facilité, on peut dire que, dans le doute, l’ap­pre­nant de fran­çais lan­gue étran­gè­re peut choisir la for­me sembler plutôt que paraitre.

Il semble que et Il parait que

La proximité de sens en fin­nois de tuntuu siltä, että et näyttää siltä, että, qui ap­pa­rait clairement dans les ex­em­ples pré­sen­tés ci-dessus, conduit les fin­no­pho­nes à croire que il semble que et il parait que sont synonymes. Malheureusement, ce n’est pas la cas, car, dans l’usage du fran­çais moderne, l’ex­pres­sion il parait que s’est le­xi­calisée pour si­gni­fier uni­que­ment « on dit que, on raconte que », c’est-à-dire ce qu’en finnois on ex­pri­me le plus fré­quem­ment par l’ad­ver­be kuulemma :

Il parait que les otages ont été libérés.
Il parait que cer­tains auteurs considèrent cette for­me com­me vieillie.

Il faut noter éga­le­ment que il parait que est plutôt de la langue cou­rante, et mê­me très légère­ment fa­mi­liè­re (com­me kuulemma en fin­nois, qu’on n’uti­li­se guère dans la rédac­tion scientifique neu­tre). Dans le code écrit strict, on évitera de l’uti­li­ser et on pourra dire par exem­ple :

On entend dire que… On rapporte que…
Certains [auteurs] affirment que… Selon cer­tains [auteurs], …

Remar­que : l’in­ci­se parait-il est net­te­ment fa­mi­liè­re et doit être évitée dans le co­de écrit. De mê­me, la va­rian­te parait-il que in­tro­duisant une com­plé­tive (pa­rait-il qu’ils vont fermer le tunnel) est du fran­çais populaire, et elle est à éviter dans l’ex­pres­sion écrite.

Il me semble que et ??Il me parait que

Une autre er­reur fré­quente, dérivée de celle examinée au point pré­cé­dent, est d’uti­li­ser le ver­be paraitre avec un pro­nom com­plé­ment pré­po­si­tion­nel comme dans il me semble que. On peut dire cela me pa­rait utile aus­si bien que cela me semble utile, mais, para­doxa­le­ment ou malheureusement, on ne peut pas uti­li­ser paraitre à la place de sembler dans la construction il me/nous semble que pour traduire minusta/meistä tuntuu että :

*Il me parait que cette affirma­tion est inexacte.
for­me correcte : Il me semble que cette affirma­tion est inexacte.
*Il nous parait que cette méthode permettrait d’obtenir des résultats plus précis.
for­me correcte : Il nous semble que cette méthode permettrait d’obtenir des résultats plus précis.

De mê­me, il n’exis­te pas non plus de for­me avec paraitre dans les pro­po­si­tions in­ci­ses avec in­ver­sion du pronom su­jet. On peut dire uni­que­ment me semble-t-il ou nous semble-t-il (*nous pa­rait-il est agram­ma­ti­cal) :

Cette méthode permettrait, nous semble-t-il, d’obtenir des résultats plus précis.

Usage littéraire

Cepen­dant, dans un usage littéraire plus ancien, il parait que peut avoir le sens de « il semble que », et peut être employé avec un pro­nom com­plé­ment pré­po­si­tion­nel (usage pos­si­ble dans un style soutenu mê­me en­co­re chez des écrivains du XXIe siècle). Il faut donc parfois faire atten­tion au sens exact du ver­be :

Com­me il ouvrait sa fenêtre, il lui parut que celle de Mariette était entrebâillée et qu’il y avait de la lumière dans sa chambre.

Résumé

En résumé, il suffit de retenir la « règle » sui­vante :

il semble que = tuntuu / näyttää siltä, että
il parait que = kerrotaan että, kuulemma

Difficile de ou dif­fi­ci­le à ?

Description

Pro­blè­me classique, source d’er­reurs innombrables et su­jet de perplexité iné­pui­sa­ble pour les ap­pre­nants fin­no­pho­nes (et d’autres sans doute aus­si), cette ques­tion re­vient régulièrement par ex­em­ple dans des sessions de formation continue des en­seignants.

En fin­nois, le pro­blè­me est en­co­re plus sensible, car cer­tai­nes constructions peu­vent être extérieurement similaires, mais cor­res­pondre à deux structures dif­fé­ren­tes :

Tavoite on vaikea saavuttaa.
Tämä tavoite on vaikea saa­vut­taa ilman, että hii­li­voi­ma­loi­ta suljetaan no­peu­te­tus­sa aikataulussa.

La con­fu­sion entre ces deux structures est à la base de l’in­ter­ro­ga­tion « Sa­no­taan­ko dif­fi­ci­le de vai dif­fi­ci­le à ?  », qui est une fausse ques­tion, car on oppose deux cons­truc­tions qui ne sont pas les mê­mes.

Il exis­te une construction :

nom + facile à, impos­si­ble à, dif­fi­ci­le à + infinitif
un livre facile à lire
une décision impos­si­ble à com­pren­dre
une pro­po­si­tion dif­fi­ci­le à accepter

mais il n’exis­te pas de construction :

nom + facile de, impos­si­ble de, difficile de + infinitif
un livre facile *de lire
une décision impos­si­ble *de com­pren­dre
une pro­po­si­tion difficile *de accepter

Le mystère « dif­fi­ci­le de ou dif­fi­ci­le à ? » s’éclaircit quand on retient que le mot de peut être à la fois une pré­po­si­tion et une con­jonc­tion.

L’infinitif com­plé­ment d’un ad­jec­tif

En fran­çais, l’ad­jec­tif peut être com­plé­té par un ver­be dans la cons­truc­tion

[GN (est) ad­jec­tif à in­fi­ni­tif]

C’était un spectacle horrible à regarder.
Cette grande maison est dif­fi­ci­le à chauf­fer.
C’est un pantalon impos­si­ble à repasser.
Ce dispositif est compliqué à met­tre en place.
Ceci peut sembler stupide à dire, je le reconnais.
Cette vé­ri­té est dure à admet­tre.
Le film est trop long à raconter.
C’est une route facile à trouver.
Cette par­ti­cu­larité est facile à retenir.
Cette chemise est facile à re­pas­ser.
Ce projet parait impos­si­ble à réaliser.
C’est pas si évident à com­pren­dre.
La décision qui a été prise est facile à critiquer, mais elle était in­dis­pen­sa­ble.

Cette cons­truc­tion est très fré­quente en fran­çais. En fin­nois, on trouve des cons­truc­tions équi­va­lentes :

Tämä päätös on vaikea hyväksyä. Cette décision est dif­fi­ci­le à accepter.
Tämä paita on helppo silittää. Cette chemise est facile à repasser.

Mais, en gé­né­ral, le fin­nois uti­li­se d’autres constructions. Ce qui est im­por­tant, c’est que dans les deux exem­ples ci-dessus, on dit quel­que chose au su­jet d’un nom (com­ment est cette décision ? com­ment est cette chemise ?). L’ad­jec­tif facile ou dif­fi­ci­le est at­tri­but (predikatiivi) du su­jet (décision, chemise). L’in­fi­ni­tif est le com­plé­ment de cet ad­jec­tif.

L’in­fi­ni­tif com­plé­tant un ad­jec­tif est donc tou­jours in­tro­duit par la pré­po­si­­tion à. Il n’exis­te pas de cons­truc­tion telles que les sui­vantes :

*facile de faire : *un travail facile de faire
*éton­nant de lire : *une nouvelle éton­nante de lire
*im­por­tant de savoir : *une chose im­por­tan­te de savoir
*im­pos­si­ble d’accepter : *un comportement impos­si­ble d’accepter etc.

En fin­nois, on ne peut pas dire non plus *se on helppo tehdä työ, *se on yllättävä kuulla uu­ti­nen, *se on mah­do­ton hyväksyä käytös, *tämä on vaikea lukea teksti etc.

L’infinitif su­jet du ver­be être

Il exis­te éga­le­ment une autre cons­truc­tion dans laquelle on trouve un in­fi­ni­tif suivi d’un ad­jec­tif :

Il est ad­jec­tif de in­fi­ni­tif (+ com­plé­ment direct ou pré­po­si­tionnel)

Avant de prendre une décision aus­si im­por­tan­te, il est normal d’hésiter un peu.
Il aurait été plus prudent de ne pas prendre la route avec cette tempête de neige.
Il est étonnant de rencontrer tant de touristes en cette saison.

Mais, mal­gré les apparences, la cons­truc­­tion est dif­fé­ren­te de celle pré­sen­tée au point pré­cé­den­t, car dans ce cas l’in­fi­ni­tif n’est pas le com­plé­ment de l’ad­jec­tif. Dans cette construction, la com­plé­ti­ve (d’hésiter un peu, de ne pas prendre la rou­te, de rencontrer tant de touristes) est le su­jet post­po­sé du ver­be, ce qui nécessite l’utilisation du pronom conjugateuril devant le ver­be est. L’in­fi­ni­tif su­jet est dans un tel cas pré­cé­dé de la con­jonc­tion de :

Tämän kirjan lukeminen ilman alan tuntemusta on vaikeaa. =
On vaikea lukea tämä kirja ilman alan tuntemusta.

Lire ce livre sans connaitre la branche est dif­fi­ci­le. =
Il est dif­fi­ci­le de lire ce livre sans connaitre la branche.

On uti­li­se la mê­me construction avec d’autres adjectifs :

Au début, il est normal d’ avoir des dif­fi­cul­tés à com­pren­dre.
Il peut être difficile d’assimiler toutes ces règles.
Il est né­ces­sai­re de savoir les appliquer simultanément.
Avec de l’entrainement, il est facile de s’y habituer.

Dans ces cons­truc­tions, le mot de est donc la con­jonc­tion qui in­tro­duit l’infinitif su­jet post­po­sé du ver­be, et non pas une pré­po­si­tion, con­trai­re­ment au mot à utilisé dans les constructions ad­jec­tif à infinitif. Il est donc gram­ma­ti­ca­le­ment im­pos­si­ble de com­pa­rer (ou de mélanger) les constructions facile à et facile de, car on ne com­pare pas les mê­mes mots : à est une préposition, de est une con­jonc­tion.

La phra­se il est dif­fi­ci­le de lire ce livre est une simple va­rian­te d’autres cons­truc­tions du mê­me type avec d’autres ad­jec­tifs que dif­fi­ci­le :

Il est normal d’hésiter.
Il est étrange de prétendre une chose pareille.
Il aurait été scandaleux d’accepter.
Il est très dif­fi­ci­le de perdre une mauvaise ha­bi­tu­de.

Com­pa­rer éga­le­ment  :

Je te recommande ce livre. Il est facile à lire. [il : ce livre]
Suosittelen sinulle tätä kirjaa. Se on helppolukuinen.

Je te recommande ce livre. Il est utile de le lire. [il : su­jet conjugateur].
Suosittelen sinulla tätä kirjaa. On hyödyllistä lukea se.

Tämä kirja on hyvä lukea, jotta voisi perehtyä asiaan paremmin.
Il est bon de lire ce livre pour pouvoir approfondir la ques­tion.

Nämä kirjat on hyvä lukea [et pas *hyviä lukea], jotta voisi perehtyä asiaan paremmin.
Il est bon de lire ces livres pour pouvoir approfondir la ques­tion.

En résumé, on peut dire que la ques­tion « sanotaanko dif­fi­ci­le de vai dif­fi­ci­le à ? » est d’une cer­tai­ne ma­niè­re absurde, car ce sont des structures qui ne sont pas com­pa­ra­bles. Il s’agit d’une fausse problématique (qui n’exis­te pas pour les fran­co­pho­nes) et qui est due à l’influence du fin­nois (renforcée par celle de l’anglais).

Qu’est-ce qu’il se passe ou qu’est-ce qui se passe ?

Descrip­tion du pro­blè­me

Quand un ver­be intransitif se construit avec su­jet post­po­sé (par ex­em­ple rester, se passer), le pro­nom conjugateur il est né­ces­sai­re pour indiquer que le ver­be est à la per­son­ne 3 :

Il me reste cent euros.
Il se passe des choses graves.
Il ne s’est rien passé de grave.

Le su­jet rejeté après le ver­be peut aus­si être une pro­po­si­tion com­plé­tive  :

Il reste que vous avez eu raison de ne pas vous presser.
Il se passe que la nota­tion au bac devient de plus en plus généreuse.

Quand le su­jet, par exem­ple un nom, est placé avant le ver­be, le pro­nom con­ju­ga­teur il est évi­dem­ment in­uti­le  :

Cent euros me restent pour payer le voyage.
Des choses graves se passent.

Le su­jet peut donc être un GN, mais aus­si par exem­ple un pro­nom de per­son­ne 3, un pro­nom relatif ou un pro­nom in­ter­ro­ga­tif :

Ces évènements se sont passés l’an dernier.
Ils se sont passés l’an dernier.
Les évènements qui se sont passés l’an dernier.
Qu’est-ce qui s’est passé l’an dernier ?
Personne ne sait exac­te­ment ce qui s’est passé.

Ces cent francs suisses me sont restés du voyage de l’an dernier.
Ils me sont restés du voyage de l’an dernier.
Les cent francs suisses qui me sont restés du voyage de l’an dernier.
Qu’est-ce qui te reste du voyage de l’an dernier ?
Je ne sais pas exac­te­ment ce qui me reste de la somme que j’avais changée.

Erreurs typiques

Cette règle est simple et régulière. Malgré cela, elle est source de dif­fi­cul­tés pour les usagers fran­co­pho­nes. On trouve en effet constamment, dans toute for­me d’é­crit (romans, presse écrite, textes ad­mi­nis­tra­tifs, Internet etc.) des pro­po­si­tions re­la­ti­ves et des in­ter­ro­ga­tives dans lesquelles il y a à la fois un su­jet normal qui et un pronom conjugateur il. Les for­mes

*Qu’est-ce qu’il se passe ?
*Personne ne sait ce qu’il se passe.
*Ce qu’il se passe, c’est que…

sont ex­trê­me­ment nom­breuses (des centaines de milliers d’occurrences sur In­ter­net pour les deux premières, des milliers pour ce qu’il se passe, c’est que, mai 2021). On trouve aus­si des er­reurs similaires avec rester, comme cette phra­se tirée d’un roman de 2005, qui n’est qu’un exem­ple parmi des milliers d’autres :

Mon père me disait « garde tes peines pour toi, elles sont tout ce qu’il te reste lorsque tu as tout perdu ». [for­me attendue : tout ce qui te reste].

Explication

Cette er­reur s’explique par deux facteurs.

Prononciation

Dans le fran­çais parlé, le l final du pro­nom il se pro­non­ce cou­ram­ment /i/ devant consonne :

il tape /itap/
ils disent /idiz/

La chute du l a pour conséquence que, devant consonne, le grou­pe qu’il(s) se pro­non­ce de la mê­me ma­niè­re que qui :

les gens qui voient /leʒɑ̃kivwa/
les gens qu’ils voient /leʒɑ̃kivwa/
celle qui le connait /sᴇlkilkonᴇ/
celle qu’il connait /sᴇlkilkonᴇ/

Sur ce mo­dè­le, beau­coup d’usagers confondent donc qui et qu’ils dans des struc­tures d’apparence similaire et in­ven­tent une for­me en il. Cette for­me se pro­non­ce­rait de la mê­me ma­niè­re que la for­me avec qui :

  Qu’est-ce qui se passe ? /kᴇskispas/  Ce qui se passe… /skispas/
*Qu’est-ce qu’il se passe ? /kᴇskispas/*Ce qu’il se passe… /skispas/

On trouve éga­le­ment :

On ne sait pas ce qui s’est passé. écrit sous la for­me
*On ne sait pas ce qu’il s’est passé.
Ce qui reste de cette analyse… écrit sous la for­me
*Ce qu’il reste de cette analyse…
Qu’est-ce qui reste ? écrit sous la for­me
*Qu’est-ce qu’il reste ? etc.

Forme du pro­nom in­ter­ro­ga­tif que

Deuxièmement, la graphie erronée est favorisée par le fait que dans l’in­ter­ro­ga­tion avec in­ver­sion (pronom conjugateur il placé après le ver­be) le pro­nom in­ter­ro­ga­tif quoi en fonc­tion de su­jet est à la for­me que  :

Qu’est-ce qui reste ? = Que reste-t-il ?
Qu’est-ce qui se passe ? = Que se passe-t-il ?

Dans l’esprit de nom­breux usagers, puis­qu’on dit :

Que se passe-t-il ? – Il se passe qu’on nous a volé une im­por­tan­te somme d’argent.

et puis­que la suite phonique /ki/ peut transcrire qu’il, il s’ensuit que la for­me écrite de la ques­tion pro­non­cée /kɛskispas/ doit logiquement être :

*Qu’est-ce qu’il se passe ? – Il se passe qu’on nous a volé une im­por­tan­te somme d’argent.

C’est cette déduc­tion erronée, qui est due à un phénomène d’hy­per­cor­rec­tis­me, qui explique la fré­quence par­ti­cu­lièrement élevée des ques­tions *qu’est-ce qu’il se passe ? qu’on peut lire ou entendre chez des lo­cu­teurs de tout type et de tout niveau de culture. Cepen­dant, mal­gré la fréquence de ces for­mes hy­per­correctes, la norme du fran­çais standard reste la for­me :

Qu’est-ce qui se passe ? et non pas *Qu’est-ce qu’il se passe ?

Cas de rester

En ce qui concerne le ver­be rester, il y a ce­pen­dant des cas dans lesquels les deux for­mes sont pos­si­bles, c’est quand le ver­be rester est suivi d’un autre ver­be :

Il reste à analyser…
Il reste à faire…

En effet, dans ce cas-là, le pro­nom relatif peut être qui ou que, car la cons­truc­­tion peut avoir deux in­ter­pré­tations dif­fé­ren­tes. Com­pa­rer :

(a)  Trois choses me restent à faire.[Trois choses est su­jet de restent à faire]
(a’) Ce qui me reste à faire… [qui est su­jet de reste à faire]

(b)  Il me reste à faire trois choses. [trois choses est le CVD du ver­be faire]
(b’) Ce qu’il me reste à faire…[qu’ est le CVD du ver­be faire]

Le cas (a) avec ce qui me reste su­jet est moins uti­li­sé (sauf dans l’in­ter­ro­ga­tion di­rec­te dans la langue cou­rante) que la va­rian­te (b) avec pronom conjugateur et rejet du su­jet après le ver­be ce qu’il me reste. Il est à noter que dans tous les exem­ples sui­vants, le pro­nom que est le CVD des ver­bes in­di­qués en couleur :

Qu’est-ce qu’il te reste à faire ?
Que nous reste-t-il à analyser ?
Les trois textes qu’il nous reste à com­menter sont ceux qui sont les plus dif­fi­ci­les du point de vue de la langue.
Tout ce qu’il vous reste à faire, c’est de rédiger une bonne con­clu­sion.
Tourné vers l’introspec­tion et la spiritualité, pressentant l’importance de ce qu’il lui restait à écrire pour « les temps à venir », Beethoven trouve la force de surmonter ces épreuves pour entamer une dernière période créatrice.

Dans ce cas aus­si, l’analogie entre tout ce qu’il te reste à faire (ainoa asia, joka sinun pitää tehdä) et tout ce qui te reste (kaik­ki mitä sinulle jää jäljelle) explique l’hy­per­cor­rec­tis­me dans l’exem­ple cité plus haut :

Mon père me disait garde tes peines pour toi, elles sont tout ce *qu’il te reste lors­que tu as tout perdu.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 54. Les complétives - difficultés diverses. Dernière mise à jour : 4.8.2021