Guide de grammai­re française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

Le mode du
verbe dans la
proposition
complétive

Résumé des règles générales

Complétive com­plé­ment de verbe

Mode variable dans la complétive com­plé­ment de verbe

Complétive sujet du verbe

Mode variable dans la complétive sujet du verbe

Complétive attribut du sujet

Complétive com­plé­ment pré­po­si­tion­nel

Complétive com­plé­ment d’un nom

Complétive com­plé­ment d’un adjectif ou d’un adverbe

Influence de la négation

Influence de l’interrogation

Le mode du verbe dans la complétive détachée

Liste de verbes et du mode qu’ils entrainent dans la complétive

Résumé des règles gé­né­ra­les

Les pro­po­si­tions com­plé­ti­ves sont, avec cer­tai­nes subordonnées ad­ver­bia­les, les prin­ci­pa­les constructions du fran­çais dans lesquelles on uti­li­se le sub­jonc­tif et où se pose le pro­blè­me du choix entre ce mode et l’in­di­ca­tif.

En résumant au maximum, on peut dire que dans les pro­po­si­tions com­plé­ti­ves, le mode normal est le sub­jonc­tif, mê­me si le grand nombre de ver­bes demandant l’in­di­ca­tif peut donner l’impression inverse. Le mode du ver­be de la com­plé­ti­ve dépend de la fonction grammaticale de la com­plé­ti­ve  :

Fonction grammaticale de la com­plé­ti­veMode
com­plé­ment du ver­be sub­jonc­tif / in­di­ca­tif
su­jet sub­jonc­tif
attribut du su­jet sub­jonc­tif
com­plé­ment d’adjectif sub­jonc­tif
com­plé­ment de nom sub­jonc­tif
com­plé­ment pré­po­si­tion­nel sub­jonc­tif ou le fait que + in­di­ca­tif

Dans de nom­breu­ses gram­mai­res, le sub­jonc­tif est pré­sen­té com­me un mode ex­pri­mant un cer­tain nombre de « nuances », de « valeurs subjectives », qui ne sont pas tou­jours claires pour les francophones eux-mê­mes. Dans la perspec­tive de l’en­sei­gne­ment du fran­çais comme langue étrangère, l’em­ploi du sub­jonc­tif dans les com­plé­ti­ves peut être délimité à un cer­tain nombre de cas tenant compte de critères sé­man­ti­ques mais aus­si syntaxiques.

Par ex­em­ple, la raison pour laquelle le ver­be est au sub­jonc­tif dans la phra­se il est normal que vous vous posiez des questions n’est pas que « l’adjectif normal suivi de que de­mande le sub­jonc­tif », c’est parce que la pro­po­si­tion que vous vous posiez des ques­tions est le su­jet sé­man­ti­que du ver­be est, et que, dans une pro­po­si­tion com­plé­ti­ve qui est le su­jet de la prin­ci­pa­le, le ver­be se met ha­bi­tu­el­le­ment au sub­jonc­tif.

Le tableau sui­vant résume les ten­dan­ces et règles gé­né­ra­les concernant le mode de la com­plé­tive, et donne une liste de ver­bes cou­rants, avec les prin­ci­pa­les ex­cep­tions. Il estsuffisant pour les besoins cou­rants des ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re. On peut aus­si consulter la liste alphabétique des ver­bes.

Rappel  : dans les subordonnées com­plé­tives, on observe la con­cor­dance des temps.

Le mode dans la proposi­tion com­plé­tive
com­plé­tive com­plé­ment de ver­be (direct ou pré­po­si­tion­nel) de
ver­bes déclaratifs
admet­tre, affirmer, ajouter, annoncer, apprendre, assurer, attester, avertir, avouer, cacher, certifier, com­pren­dre, conclure, confirmer, constater, contrôler, convaincre, convenir, crier, croire, décider, déclarer, découvrir, déduire, démontrer, dire, dissimuler, écrire, enseigner, entendre dire, entendre, expliquer, espérer, estimer, garantir, ignorer, imaginer, indiquer, infor­mer, jurer, lire, mentionner, montrer, noter, observer, oublier, parier, penser, préciser, pressentir, prétendre, prévenir, promet­tre, prouver, raconter, rappeler, reconnaitre, remar­quer, répéter, répliquer, répondre, révéler, s’apercevoir, s’imaginer, savoir, se douter, se plaindre, se rappeler, se rendre compte, se souvenir, sentir, signaler, souligner, soutenir, supposer, trouver, vérifier, voir etc. in­di­ca­tif
ver­bes de volonté
attendre, interdire, défendre kieltää, demander, vouloir etc. ; aimer, détester etc. ; proposer, recommander, conseiller ; craindre, redouter etc.sub­jonc­tif
de ver­bes exprimant un sentiment
déplorer, s’enorgueillir, s’étonner, s’excuser, se féliciter, se ficher, se foutre (fam.), s’indigner, s’inquiéter, s’irriter, se moquer, s’offusquer, regretter, se réjouir, n’en pas revenir, rougir, se scandaliser etc.
au­tres ver­bes
mériter, risquersaattaa joutua kokemaan, valoir olla arvoinen
mode variablein­di­ca­tif /
sub­jonc­tif
dire, admet­tre, com­pren­dre, concevoir, entendre, imaginer, impliquer, expliquer, prétendre rêver, se vanter, stipuler, suggérer, supposer
com­plé­tive su­jet de la prin­ci­pa­le
Complétive su­jet an­té­po­sésub­jonc­tif
Qu’elle soit fatiguée est normal. Qu’il n’ait rien dit m’étonne un peu.
Inversion simple
Qu’importe qu’il ne soit pas d’accord, nous le ferons sans lui ! D’où vient que personne ne m’en ait parlé ? Quel dommage que tu ne puisses rester !
Inversion avec su­jet conjugateur
Il semble que cela soit difficile à démonter. Il faut que vous travailliez. Cela m’étonne qu’il n’ait rien dit. Il est normal que tu sois dérouté. Ça serait sympa que vous veniez avec nous pour notre excursion. C’est bien que tu sois venu.
Exceptionsin­di­ca­tif
Il me semble que tu n’as pas compris. Il parait qu’il y aura une grève du métro lundi.
ad­jec­tifs exprimant une certitude  : Il est évident que vous avez bien agi.
com­plé­tive at­tri­but
L’essentiel est que le client soit satisfaitsub­jonc­tif
com­plé­tive com­plé­ment d’ad­jec­tif
Nous sommes désolés qu’il soit malade.sub­jonc­tif
ad­jec­tifs exprimant une certitude  : Je suis cer­tain que c’est vrai. in­di­ca­tif
com­plé­tive com­plé­ment du nom
Il vivait dans la crainte qu’on fasse de nouvelles coupes budgétaires.sub­jonc­tif
nom à valeur de ver­be déclaratif ou exprimant une certitude
Le professeur avait l’impression que les élèves ne comprenaient pas. Nous avons la preuve que c’est lui le coupable.
in­di­ca­tif
com­plé­tive in­tro­duite par une pré­po­si­tion
La théorie a été prouvée par le fait que dans ce cas les cellules se multiplient anarchiquement. Outre le fait que le tourisme fait connaitre les régions, il a aus­si un impact économique évident. in­di­ca­tif

Com­plétive com­plé­ment de ver­be

Sens du ver­be

Le ver­be de la com­plé­tive en fonction de com­plé­ment du ver­be est le plus sou­vent à l’in­di­ca­tif, mais on trouve de nom­breux cas avec sub­jonc­tif. On peut retenir comme aide-mémoire les critères sui­vants  :

le ver­be de la prin­ci­pa­le ex­pri­me  :mode de la com­plé­ti­ve  :
déclaration, constatation, connaissance, informationin­di­ca­tif
volonté, effort, interdiction, craintesub­jonc­tif
sentiment, état d’espritsub­jonc­tif

Une liste de ces ver­bes se trouve dans le tableau ci-dessus. Il peut être plus simple de retenir que dans la com­plé­ti­ve com­plé­ment du verble, le mode normal est l’in­di­ca­tif (c’est la prin­ci­pa­le exception concernant le choix du mode dans les com­plé­ti­ves) et de mémoriser seu­le­ment les principaux ver­bes qui demandent le sub­jonc­tif.

Ver­bes exprimant une volonté. Le sub­jonc­tif s’em­ploie en gé­né­ral dans des com­plé­tives com­plé­ments de ver­bes exprimant une volonté, un effort, une interdic­­tion (vo­lon­té « né­ga­ti­ve »), un conseil (volonté que qqn fasse qch), une crainte (volonté que qch ne se pro­dui­se pas) et avec quel­ques ver­bes de sens divers :

Nous éviterons qu’il l’apprenne. Il a refusé que ce soit signé avant demain.  J’appréhendais que la vérité ne soit découverte. Je n’ai pas pu supporter qu’il soit insulté en public. Je craignais qu’il ne s’en mêlât. Cela vaut qu’on y fasse un tour. Je doute grandement que ce soit pos­si­ble. Elle a préféré que je ne lui dise pas la vérité. Cette exposition mérite que vous alliez la voir.

Ver­bes exprimant un sentiment. Le ver­be se met au sub­jonc­tif quand la com­plé­tive est com­plé­ment de ver­be direct oupré­po­si­tion­nel d’un ver­be ex­pri­mant un sentiment, un état d’esprit (mielentila) :

Les gens qui ont voté pour la gauche déplorent que celle-ci se soit empressée de réduire les allocations familiales. Je n’en reviens pas qu’il ait réussi son bac. Olen ällikällä lyöty, että hän pääsi ylioppilaaksi.  Elle s’inquiétait que son fils n’ait pas en­co­re répondu.

Exceptions

Dans cer­tains cas (en nombre re­la­ti­ve­ment limité), le mode attendu normalement dans la com­plé­tive peut varier  :

Com­plé­tive su­jet du ver­be

Quand la com­plé­ti­ve est le su­jet du ver­be d’une au­tre pro­po­si­tion, comme su­jet an­té­po­sé au ver­be (avec ou sans inversion simple) ou post­po­sé avec les pronoms con­ju­ga­teurs IL/ÇA devant le ver­be (il est normal que com­plé­ti­ve/ ça m’étonne que com­plé­ti­ve), le ver­be de la com­plé­ti­ve se met ha­bi­tu­el­le­ment au sub­jonc­tif  :

Qu’elle ait des hésitations ne m’étonne pas. Qu’il n’ait pas remar­qué une faute pareille est étrange. Que ses étudiants ne sachent pas cela est surprenant. Nulle part (il) n’est dit dans le texte que le personnage soit un homme. Il est essentiel que tous les réglages soient faits avec minutie. Il est pos­si­ble que je parte dès demain. Il est exclu qu’on interrompe les recherches. Il importe que vous soyez tous actifs. Il dépendra de nous seuls que cela réussisse. Quelle chance que nous nous soyons rencontrés ! Il faut que je lui écrive bientôt. Il vaut mieux que tu partes très tôt. C’est bien que tu ne sois pas venu, le concert a été annulé. Peu importe qu’il pleuve ou pas. Cela vous ennuie qu’il parte ? Ça m’ennuie surtout qu’il soit revenu. Ça m’énerve que quelqu’un se plaigne sans arrêt de ses petits bobos.

Dans cer­tains cas (en nombre re­la­ti­ve­ment limité), le mode attendu normalement dans la com­plé­tive peut varier  :

Complétive attribut du su­jet

Quand la com­plé­ti­ve est l’attribut d’un su­jet GN, le ver­be de celle-ci se met en principe au sub­jonctif :

L’essentiel est que le client soit satisfait. Le miracle est qu’il ait réussi à s’en sortir sans l’aide de personne.

Ce type de cons­truc­tion n’est pas très fré­quen­t. En gé­né­ral, le groupe nominal su­jet est placé (en prolepse) et la com­plé­ti­ve est détachée :

L’essentiel, c’est que le vin soit bon. Notre chance, c’est que tout se soit passé si vite. Le miracle, c’est que nous soyons en­co­re vivants. Ce qui compte, c’est que tu prennes ton médicament régulièrement.

Pour cette raison, on trouve assez fré­quem­ment l’in­di­ca­tif dans la com­plé­ti­ve attribut du su­jet. De nom­breu­ses cons­truc­tions de ce genre (sous for­me dis­lo­quée ou non) se sont plus ou moins figées et sont assimilables à des locutions adverbiales suivies l’in­di­ca­tif :

La vérité, c’est que tu n’as pas envie de partir. Tosiasiassa sinua ei huvita lähteä. Le pro­blè­me, c’est que je n’ai pas d’argent. Minulla vain ei ole rahaa. L’ennui, c’est que j’ai oublié mes clés. Valitettavasti unohdin avaimeni. Le fait est que son travail n’est pas bien consistant. Hänen työnsä on todellakin aika heppoinen.

Les ex­pres­sions le pro­blè­me c’est que ou l’ennui, c’est que sont très fré­quen­tes dans le fran­çais parlé, et elles sont synonymes des adver­bes ce­pen­dant, pourtant ou mal­heu­reu­se­ment. On peut donc les rendre en finnois par kuitenkin ou valitettavasti plutôt que par une com­plé­ti­ve. De mê­me, la vérité c’est que correspond sou­vent à itse asias­sa.

Dans cer­tains cas, l’op­po­sition entre in­di­ca­tif et sub­jonc­tif peut correspondre à une dif­fé­ren­ce de sens, bien que cette opposition ne soit pas tou­jours très nette et que l’usage soit flottant dans ce domaine :

L’essentiel est que votre texte soit du bon fran­çais, lisible et grammatical. [Désigne l’objectif à atteindre dans le processus de rédaction.] L’essentiel est que votre texte est du bon fran­çais, lisible et grammatical. [Signifie que le texte qu’on a sous les yeux est du bon fran­çais, lisible et grammatical, mê­me si par exem­ple il n’est pas très varié.]

Complétive com­plé­ment pré­po­si­tion­nel

La com­plé­ti­ve peut éga­le­ment être un com­plé­ment pré­po­si­tion­nel, par exemple un com­plé­ment de ver­be ou un com­plé­ment d’agent. Elle est alors systématiquement in­tro­dui­te par le fait que. Le mode nor­mal est l’in­di­ca­tif.

Il importe aus­si d’insister sur le fait que c’est seu­le­ment dans des systèmes très élaborés d’information et de participation des travailleurs que l’on peut met­tre pleinement en valeur les potentialités de l’innovation. Täytyy myös korostaa sitä, että vain hyvin kehittyneissä tiedotus- ja osallistumisjärjestelmissä voidaan hyödyntää täysin innovaation mahdollisuuksia. La déclaration commune met l’accent sur le fait que le développement doit se faire en tenant compte des par­ti­cu­larismes locaux. Yhteinen päätöslauselma korostaa sitä, että kehityksen on tapahduttava pakallisia erityispiirteitä kunnioittaen. L’examen du dossier a aus­si été freiné par le fait que les gouvernements des pays Nordiques viennent seu­le­ment de parvenir à trouver un terrain d’entente sur cette question. Asian käsittelyä on hidastanut se, että pohjoismaat ovat vasta juuri päässeet sopuun asiasta. Outre le fait que le tourisme fait connaitre les régions, il permet aus­si aux gens de se faire une idée plus juste de celles-ci. Sen lisäksi että matkailu edistää maakuntien tunnettavuutta, se auttaa myös ihmisiä saamaan oikeamman kuvan niistä.

Parfois on trouve un sub­jonc­tif par attraction; le mode attendu est l’in­di­ca­tif, mais un élé­ment de la phra­se entraine un sub­jonc­tif par analogie avec des cons­truc­tions si­mi­lai­res :

J’aimerais faire part de ma satisfaction devant le fait que la pro­po­si­tion ait été modifiée par la commission des transports [satisfaction = je suis satisfaite que, d’où le sub­jonc­tif]. Haluaisin lausua tyytyväisyyteni siitä, että ehdotus on muutettu liikennevaliokunnassa. Avez-vous quelque chose contre le fait que nous procédions d’abord à cer­tai­nes vérifications ? [avoir quelque chose contre = être opposé à ce que, d’où le sub­jonc­tif.] Onko teillä jotakin sitä vastaan, että teemme ensin tiettyjä tarkistuksia?

Dans la phra­se sui­vante Cela se voit no­tam­ment dans le fait que des sommes énormes soient restés inuti­li­sés on attendrait plutôt l’in­di­ca­tif sont restées], mais l’usage est assez flottant dans de tels cas. Se näkyy mm. siitä, että valtavia summia on jäänyt käyttämättä.

Complétive com­plé­ment d’un nom

La com­plé­ti­ve peut être com­plé­ment du nom sur le modèle N de N (N de ce que, en fin­nois siitä, että. Dans ce cas, le groupe de ce n’est gé­né­ra­le­ment pas exprimé  :

C’est la preuve qu’il n’est pas en­co­re au cou­rant. C’est le signe qu’il va bientôt y avoir des chan­ge­ments. Avez-vous besoin que nous vous aidions ? L’idée que tu aurais pu y laisser ta peau me fait dresser les cheveux sur la tête. J’ai peur que mon ami ne vienne pas. Avez-vous besoin que nous vous aidions ?

Cepen­dant la com­plé­ti­ve qui complète l’ex­pres­sion tenir compte de qch (et aus­si prendre en compte) doit tou­jours être introduite par du fait que, on ne peut pas dire *tenir compte que (mais les francophones eux-mê­me ne respectent pas tou­jours cette règle) :

*Il faut tenir compte qu’il y a plu­sieurs aspects dif­fé­rents qui ont un effet sur le résultat du travail. [exem­ple relevé dans un écrit d’étudiant]. → Forme correcte : Il faut tenir compte du fait qu’il y a plu­sieurs aspects dif­fé­rents qui ont un effet sur le résultat du travail. Si nous prenons en compte le fait que nos clients suisses exportent éga­le­ment hors des frontières helvétiques, le pourcentage de notre chiffre d’affaires à l’étranger atteint finalement 100%.

Dans cer­tains cas, le nom qui est développé par la com­plé­ti­ve correspond à la for­me nominale d’une pro­po­si­tion qui demanderait le sub­jonc­tif. Dans ce cas-là, le ver­be de la com­plé­ti­ve se met au sub­jonc­tif. Le mode du ver­be (sub­jonc­tif ou in­di­ca­tif) dans la com­plé­ti­ve dépend du sens du nom. :

Il exis­te tou­jours la possibilité qu’ils aient raté l’avion. [il est tou­jours pos­si­ble que…] Ainahan on mahdollista, että he ovat jääneet koneesta. Est-ce qu’il y a moyen que tu me rendes le livre avant demain ? [est-ce qu’il est pos­si­ble que…] Onko mahdollista, että palautat kirjan ennen huomista? Il a eu de la chance qu’on ne l’ait pas fait redoubler. [= il peut être heureux de ce que…] Hänellä oli onnea, ettei häntä vaadittu jäämään luokalle.

Complétive com­plé­ment d’un adjectif ou d’un adver­be

Complément d’adjectif

Dans les com­plé­ti­ves com­plé­ment d’adjectif, le mode normal est le sub­jonc­tif. Le plus fré­quem­ment l’adjectif ex­pri­me un sentiment :

bouleversé järkyttynyt, choqué tyrmistynyt, confus hämillään, content, désolé, ennuyé harmistunut, étonné, fier, furieux, gêné kiusaantunut, indigné tuohtunut, jaloux, malheureux, mécontent, ravi, scandalisé, stupéfait, surpris, touché lii­kut­tu­nut, vexé, triste etc.

Nous sommes confus que vous ayez dû attendre. Olemme pahoillamme, että teidän piti odottaa. Elle était désespérée que Christophe l’ait quittée. Ma mère serait trop peinée que j’aille le revoir. Äitini olisi liian pahoillaan siitä, että menen häntä tapaamaan uudestaan. Elle était malade qu’il puisse avoir quelqu’un d’au­tre. Hän oli raivoissaan siitä, että hänellä saattoi olla joku muu.

Ne pas confondre cette cons­truc­tion avec la cons­truc­tion il est adjectif/nom que :

Il est normal que tu sois fatigué. On luonnollista, että olet väsynyt.
Il est étonné que tu sois fatigué. Hän on yllättynyt siitä, että olet väsynyt.

Le ver­be de la com­plé­ti­ve se met à l’in­di­ca­tif quand la com­plé­ti­ve est com­plé­ment des adjectifs sui­vants, qui indiquent une certitude (ou quasi certitude) :

assuré, cer­tain, conscient, convaincu, persuadé, sûr Je suis conscient que cela posera des pro­blè­mes. Olen tietoinen siitä, että tämä aiheuttaa ongelmia. Il était convaincu que tout le monde avait tort. Je suis sûr qu’il viendra.

Cepen­dant, si la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le est à la for­me né­ga­ti­ve, le ver­be se met dans ce cas au sub­jonc­tif.

Complément d’adver­be

Quand la com­plé­ti­ve complète un adver­be (dans le fran­çais parlé), le ver­be de cel­le-ci est à l’in­di­ca­tif :

Évi­dem­ment que nous irons en France en été ! Tietenkin käymme kesällä Ranskassa. Heureusement que nous avions acheté le billet à l’avance. Onneksi olimme ostaneet lipun etukäteen. Peut-être que nous irons en Laponie pour Pâques. Lähdemme ehkä Lappiin pääsiäiseksi. Sans doute que les taux d’intérêt vont en­co­re baisser. Korot laskevat varmaan vielä. Probablement qu’ils ont raté l’avion. Certainement qu’il aura de bons résultats. Hän saa varmaan hyviä tuloksia. Bien sûr que tu peux rester ! Totta kai voit jäädä meille.

Attention au sens de bien sûr que en début de phra­se : il équivaut à totta kai!, no mutta tietysti!, avec une touche légèrement familière ou affective. Si on veut dire de façon neutre tietenkin voit jäädä meille, on peut di­re : Tu peux bien sûr rester chez nous. / Bien sûr, tu peux rester chez nous.

Mode variable dans la com­plétive com­plé­ment de ver­be

Influence du sens du ver­be de la prin­ci­pa­le

Après cer­tains ver­bes, le mode de la com­plé­tive peut varier. Ce chan­ge­ment de mode est la mar­que que le ver­be de la prin­ci­pa­le est à com­pren­dre dans un sens dif­fé­rent :

Verbes entrainant un mode variable dans la com­plé­tive
suivi de l’in­di­ca­tif = suivi du sub­jonc­tif =
dire que sanoa käskeä
admet­tre que myöntää (sanoa), että 1) hyväksyä se (pitää luonnollisena), että ;
2) olettaa, että (surtout à l’impératif)
com­pren­dre que ymmärtää, että (litt., rare) hyväksyä se (pitää luonnollisena), että
concevoir que ymmärtää, että hyväksyä se (pitää luonnollisena), että
entendre que kuulla; tarkoittaa vaatia, edellyttää
imaginer que kuvitella (luulla), että olettaa, että
impliquer que tarkoittaa edellyttää, aiheuttaa
expliquer que selittää, että selittää miksi, auttaa ymmärtää miksi
prétendre que väittää vaatia
rêver que nähdä unta siitä, että haaveilla siitä, että
se vanter que sanoa pröystäillen, että olla ylpeä siitä, että
stipuler que sanoa määrätä
suggérer que antaa aihetta ajatella neuvoa (tekemään)
supposer que ajatella että olettaa että ; edellyttää* että

* Dans ce sens, supposer est un anglicisme, mais il est d’usage cou­rant.

Exem­ples :

Ce que tu dis implique qu’il n’a pas eu part au complot. Se mitä sanot, tarkoittaa, että hän ei ollut juonessa mukana. / La réussite implique que vous vous soyez bien pré­pa­ré. Onnistuminen edellyttää, että olette hyvin valmistunut. Le contrat stipule que les associés sont solidaires. Sopimuksessa sanotaan, että kumppanit ovat yhteisvastuussa. / Il avait stipulé dans ses dernières volontés que sa fortune revienne à sa femme. Hän määräsi viimeisessä tahdossaan, että hänen omaisuutensa kuuluu vaimolle. Ces informations suggèrent que la révolte n’est pas en­co­re terminée. Nämä tiedot antavat aihetta olettaa, että kapina ei ole vielä loppunut. / Je suggère que tu relises tout le début. Suosittelen, että luet koko alkuosan uudestaan. J’entends que le concert a com­mencé. Kuulen, että konsertti on alkanut. / J’entends que ce travail soit terminé avant demain. Haluan, että työ on valmis huomiseen mennessä. J’ai rêvé que nous étions en­co­re en vacances. Näin unta, että olimme vielä lomalla. / Je rêve que tous les hommes soient frères. Haaveilen siitä, että kaikki ihmiset ovat veljiä keskenään. J’admets que vous avez raison. Myönnän, että olette oikeassa. / J’admets que cela puisse sembler déroutant. Ymmärrän, että se voi tuntua hämmentävältä. Il imaginait qu’ils trouveraient le film intéressant. Hän luuli, että he pitäisivät elokuvaa mielenkiiltoisena. / Imaginez que vous ayez raté l’avion ; qu’est ce que vous auriez fait ? Kuvitelkaa nyt, että olisitte myöhästyneet lentokoneesta, mitä olisitte tehneet? Je suppose qu’il s’est trompé. Hän on oletettavasti erehtynyt. / La suite du projet suppose quele financement soit assuré. Se edellyttää, että jää kantaa. Les abus constatés expliquent que les gens soient réticents face à cette for­me de service. Alalla esiintyneet väärinkäytökset selittävät, miksi ihmiset eivät mielellään käytä tätä palvelua.

Se douter que / douter que

On pourrait ajouter à cette liste la paire douter que/se douter que. À proprement par­ler, il s’agit de ver­bes dif­fé­rents, mais com­me ils se ressemblent beau­coup, il peut être utile de savoir les distinguer. Chacun des deux demande un mode dif­fé­rent dans la com­plé­ti­ve :

se douter que = savoir que → in­di­ca­tif :
Tu te doutes bien qu’ils n’étaient pas très enthousiastes à cette idée. Je me doutais que vous hésitiez. [im­par­fait de l’in­di­ca­tif, concordance des temps]

douter que = ne pas accepter (l’idée) que → sub­jonc­tif :
Jusque-là, les chercheurs doutaient que plu­sieurs planètes puissent se trouver en orbite autour de deux étoiles tournant ensemble sur un mê­me axe. Je doutais grandement qu’il ob­tien­ne gain de cause.

La ressemblance de ces deux ver­bes est trompeuse pour les francophones eux-mê­mes et on trouve sur Internet d’innombrables occurrences de douter em­ploy­é à la place de se douter, et suivi de l’in­di­ca­tif. Sur ce point, pourtant, il n’y a pas vraiment de flottement dans le code écrit : d’après cette norme, douter que demande le sub­jonc­tif.

Dire que, répondre que, écrire que

Le ver­be dire peut aus­si avoir le sens d’« ordonner ». Dans ce cas-là, il entraine le sub­jonc­tif. Il en va de mê­me avec les ver­bes répondre, écrire, téléphoner, crier etc. (qui sont des va­rian­tes de dire) :

Dis à ton amie que j’ai [in­di­ca­tif] besoin du livre. Sano ystävällesi, että tarvitsen kirjan. Dis à ton amie qu’elle me rende [sub­jonc­tif] mon livre. Sano ystävällesi, että hänen täytyy palauttaa kirja. Écris-lui qu’il revienne le plus tôt pos­si­ble. Kirjoita hänelle, että hänen täytyy palata mahdollisimman pian. quel­qu’un a crié qu’on sorte im­mé­dia­te­ment. Joku huusi, että tulkaa heti ulos.

Dans l’exem­ple sui­vant, on trouve la combinaison des deux :

Dis-lui qu’il fait [in­di­ca­tif] froid et qu’il mette [sub­jonc­tif] son manteau. Sano hänelle, että on kylmää ja että hänen täytyy panna takki päälle.

Le mode du ver­be après com­pren­dre que

Comprendre que est un ver­be qui illustre bien les variations de sens qu’on peut obtenir en fonc­tion du mode choisi dans la com­plé­tive. Les exem­ples sont tirés des contextes les plus variés (dis­cours au Sénat en France, sites québécois, blogs, sites techniques etc.). Il y aus­si quel­ques exem­ples de fran­çais parlé, qui montrent que le sub­jonc­tif est tout à fait cou­rant dans le fran­çais parlé aus­si (dans cer­tai­nes constructions). Les phra­ses sont gé­né­ra­le­ment un com­mentaire par rapport à une réac­tion (le plus sou­vent né­ga­ti­ve) de quel­qu’un d’au­tre, et qui est sou­vent suivi d’un ad­ver­be concessif (mais, ce­pen­dant etc.). Le premier exem­ple, qui présente deux ver­bes com­pren­dre, le premier suivi de l’in­di­ca­tif, le deuxième du sub­jonc­tif (exem­ple vient d’un site qué­bé­cois, il n’y a pas de pénitenciers en Europe).

Je comprends qu’il y a des députés qui ont été élus avec seu­le­ment une, cinq ou dix voix de majorité. Je comprends qu’ils soient inquiets s’il y a un pénitencier dans leur circonscription. Monsieur le sénateur, je comprends que vous soyez mobilisé sur cette ques­tion compte tenu de votre éminente expérience en la matière. J’ai donc dans ce nouvel hôpital été reçue par un médecin que j’avais plus l’air d’ennuyer qu’au­tre chose (ils voient ça tou­te la journée donc je comprends qu’ils soient blasés mais je ne comprends pas qu’ils nous le fassent voir). À titre de politicien et de Canadien, je comprends que les Canadiens ne fassent plus confiance au gouvernement pour affecter les fonds à un secteur dé­ter­mi­né. Ben quand t’apprends à conduire j’comprends qu’ils soient chiants, mais quand t’as ton permis et que tu roules pépère depuis 1 an et demi, ça fout les boules.

Souhaiter et espérer

Com­me ces deux ver­bes équi­va­lent tous deux à toivoa en finnois, il n’est pas tou­jours très facile de les dis­tin­guer.

a. Espérer est un ver­be d’opinion (qui ex­pri­me une attente). Il demande donc l’in­di­ca­tif. Sou­vent, en fin­nois il cor­res­pond à toivottavasti, qu’on pourrait uti­li­ser dans cha­cun des exem­ples sui­vants. La com­plé­tive est ha­bi­tu­el­lement au futur simple, mais d’au­tres temps sont pos­si­bles aus­si :

J’espère qu’il y aura assez de neige pour faire du ski. Espérons que tu ne t’es pas trompé. J’espère que tout va bien pour lui.  Il faut espérer qu’il aura été capable se maitriser.

b.  Souhaiter est davantage un ver­be de volonté (= désirer) ; dans les exem­ples sui­vants, on ne pourrait pas uti­li­ser toivottavasti en finnois. Souhaiter demande le sub­jonc­tif :

La maitresse a souhaité que tu te conduises mieux. Je souhaite que vous me parliez franchement.

c.  Mode de la com­plé­tive. On trouve parfois le sub­jonc­tif après espérer employé à l’impératif. Ce sub­jonc­tif s’ex­plique par ana­lo­gie, car l’impératif a une valeur op­ta­ti­ve (de souhait), et dans un tel em­ploi, es­pérer se rapproche net­te­ment de souhaiter :

Espérons que tout aille pour le mieux. C’est un manga qui se laisse très bien lire et qui n’est pas trop compliqué mais espérons qu’il ne devienne pas répétitif à la longue.

Bien qu’il semble régner un cer­tain flottement à ce su­jet, la norme est ce­pen­dant d’uti­li­ser le futur, ou bien le sub­jonc­tif après souhaiter :

Espérons que tout ira pour le mieux. Souhaitons que tout aille pour le mieux. C’est un manga qui se laisse très bien lire et qui n’est pas trop compliqué mais espérons qu’il ne deviendra pas répétitif à la longue / souhaitons qu’il ne devienne pas répétitif à la longue.

En cas de doute, on peut tou­jours uti­li­ser les for­mes affirmatives nous espérons que ou on peut es­pé­rer que/ il faut espérer que (ou, un peu plus soutenu et plus neu­tre, il reste à espérer que), qui demandent tou­jours l’in­di­ca­tif.

Mode variable dans la com­plé­ti­ve su­jet

Verbe de la com­plé­ti­ve à l’in­di­ca­tif

Le mode normal de la com­plé­ti­ve su­jet du ver­be est le sub­jonc­tif. Dans cer­tains cas, le ver­be de la com­plé­ti­ve est à l’in­di­ca­tif. Ce mode s’explique par des phénomènes d’ana­lo­gie, la cons­truc­tion n’étant plus ressentie com­me une in­ver­sion du su­jet.

a. Après le ver­be il arriva que (dans le sens de « tapahtui / kävi niin että »), on uti­li­se l’in­di­ca­tif ; de mê­me avec il advint que, qui a le mê­me sens. Com­pa­rer :

Il arriva cet hiver-là que le lac gela fin octobre. Ja niin kävi sinä talvena, että järvi jäätyi lokakuun lopulla. Il est arrivé que les lacs soient déjà gelés fin octobre. Järvet ovat saattaneet jäätyä jo lokakuun lopulla.

b. Dans la com­plé­ti­ve su­jet post­po­sé de il semble que, le ver­be se met au sub­jonc­tif (c'est le cas normal). Mais quand on ex­prime le com­plé­ment de ver­be pré­po­si­tion­nel, il se met à l’in­di­ca­tif (vraisemblablement parce qu’une cons­truc­tion telle que il me semble que est assimilée à la locution figée à mon avis) :

Il me semble que tu as fait une er­reur quel­que part. Il semblait à ses amis que Jean était très malade. Il lui semblait que tous étaient ligués contre lui. Il nous semble que cette argumentation doit être revue en profondeur.

c. De mê­me, après cer­tains au­tres ver­bes, on uti­li­se l’in­di­ca­tif, là en­co­re parce que le sens du ver­be se rap­pro­che d’un ver­be d’opinion ou déclaratif :

il parait que (lire…) = « on dit que »
il apparait que = « on peut dire que »
il s’ensuit que = « ce qui veut dire que »
il résulte que = « ce qui si­gni­fie que »
il se trouve que = « il faut savoir que »
il reste que = « on peut dire ce­pen­dant que »

Il parait que le ministre a démissionné. Ministeri on kuulemma eronnut. / Ministerin huhutaan eronneen. Il parait qu’il y aura une grève du métro lundi. Maanantaina metro on kuulemma lakossa. Il parait que ce produit se vend très bien. Tämä tuote myy kuulemma hyvin. Il apparait clairement que l’Office des statistiques s’est trompé dans ses prévisions. Näyttää vahvasti siltä, että Tilastokeskus on tehnyt virheitä ennusteessaan. Il s’ensuit qu’il faut refaire tous les calculs. Siitä seuraa, että kaikki täytyy laskea uudestaan. Il se trouve que nous avons justement un expert sous la main. Meillä sattuu juuri olemaan asiantuntija käytössämme. Il reste que nous avons perdu du temps. Kaikesta huolimatta aikaa meni hukkaan.

IL/C’est + adjectif + com­plé­ti­ve

Quand l’ad­jec­tif at­tri­but mar­que une certitude ou une probabilité, on met le ver­be de la com­plé­tive à l’in­di­ca­tif (par attrac­tion du sens : on veut insister sur la réalité du fait). Ces ad­jec­tifs sont no­tam­ment : cer­tain, clair, indéniable, indubitable, évident, flagrant, patent, exact, incontestable, prévisible, probable, sûr, visible, vrai, vraisemblable :

Il est vrai que nous avons en­co­re le temps pour cela. Il est cer­tain qu’il a raison/qu’il réussira/que c’était faux. Il est indéniable que c’est sa plus belle œuvre.

Quand l’adjectif attribut est le contraire d’un de ces adjectifs (indéniable/douteux, vraisemblable/invraisemblable etc.), on applique la règle nor­ma­le et le ver­be se met au sub­jonc­tif  :

Il invraisemblable que personne ne se soit aperçu de cette er­reur plus tôt. Il est peu probable que le financement soit accordé.

Dans le code écrit surtout, la varia­tion de mode dans le cas de quel­ques ad­jec­tifs donne un sens dif­fé­rent à l’ad­jec­tif, com­me par exem­ple :

sub­jonc­tif in­di­ca­tif
il est frappant que on hämmästyttävää että on ilmeistä että
il est remar­quable que on mielenkiintoista että on pantava merkille että

Com­me tou­jours quand il s’agit de l’em­ploi du sub­jonc­tif, il règne parfois un cer­tain flottement dans ce domaine (les débats et les in­ter­ro­ga­tions sont nom­breux sur les divers forums sur internet). L’ad­jec­tif probable, par ex­em­ple, a perdu son sens ori­gi­nel de « prouvable que » et est de plus en plus assimilé à « pos­si­ble ». On ren­con­tre ain­si fré­quem­ment le sub­jonc­tif dans une com­plé­tive su­jet de il est probable  :

(1) Il est probable que vous n’ayez qu’une seule de ces options de paramètres. (2) Il est probable qu’il se soit perdu. (3) Il est probable que l’ac­tion soit dif­fé­ren­te sui­vant que l’administra­tion du produit est faite avant ou après le pic.

Dans cer­tains cas, probable pourrait parfaitement être remplacé par pos­si­ble (par ex­em­ple dans l’ex­em­ple 3, qui évoque clairement deux options pos­si­bles), sans que ces deux mots soient tou­tefois tou­jours parfaitement interchangeables dans cet em­ploi. Probable apporte une nuance sup­plé­men­taire et ex­pri­me une quasi certitude re­la­ti­ve (fondée sur l’expérience, ex­em­ple 1), qui est plus qu’une possibilité (ex­em­ple 2), tout en n’étant pas une certitude totale. L’apprécia­tion de ces nuances par les francophones (et à plus forte raison par des ap­pre­nants de fran­çais lan­gue étran­gè­re) est sou­vent illogique ou contra­dic­toire. Ce qui est cer­tain est qu’il quasiment impos­si­ble de donner des règles absolues ou dé­fi­nitives quant à l’em­ploi du sub­jonc­tif dans ces cas.

Complétive com­plé­ment d’un nom

La com­plé­ti­ve peut dépendre d’un « ver­be » sous for­me de nom. Elle se met alors au mode que réclame le ver­be correspondant. Ces noms sont sou­vent pré­cé­dés d’un déterminant dé­fi­ni, mais peuvent éga­le­ment être avec ar­ti­cle zéro. Le mode doit être déterminé d’après le sens du ver­be (qui n’est pas tou­jours facile à trou­ver). Exem­ples de tels noms : annonce, assurance, bruit, certitude, conviction, crainte, croyance, désir, espoir, idée, impression, joie, nouvelle, opinion, ordre, pensée, peur, preuve, regret, sen­ti­ment, signe, témoignage, volonté etc.  :

(a) (avec in­di­ca­tif) À l’annonce que Bottas avait gagné le championnat du monde, ce fut le délire. [à l’annonce que = quand on annonça que] Kun ilmoitettiin, että Räikkönen oli voittanut, läsnäolijat hullaantuivat täysin. Le professeur avait l’impression que les élèves ne comprenaient pas. [avait l’impression que = trouvait que] Opettajalla oli sellainen tunne, että oppilaat eivät oikein ymmärtäneet. Nous avons la preuve que c’est lui le coupable. [avoir la preuve que = pouvoir prouver que] Meillä on todiste siitä, että hän on syyllinen. L’idée que tu aurais pu y laisser ta peau me fait dresser les cheveux sur la tête. [l’idée que = le fait de savoir que, le fait de penser que] Ajatus siitä, että olisit voinut menettää henkesi, saa minut kauhistumaan.

(b). Avec sub­jonc­tif. J’ai peur que mon ami ne vienne pas. [avoir peur que = craindre que]Elle vivait dans la crainte que son visa lui soit refusé. [dans la crainte que = en craignant que] Hän eli siinä pelossa, että häneltä evätään viisumi. Nous avons peur qu’il ne soit trop tard. Pelkäämme, että on myöhäistä.■ Avez-vous besoin que nous vous aidions ? [avoir besoin que = nécessiter que, demander que] Tarvitsetteko apuamme? Il faut faire attention que la voyelle soit bien arrondie. [faire attention que = veiller à ce que] Täytyy huolehtia siitä, että vokaali äännetään hyvin pyöreänä. J’ai le droit que tu me dises tout. Minulla on oikeus saada tietää kaikki.

Dans cer­tains cas, le nom qui est développé par la com­plé­ti­ve correspond à la for­me nominale d’une pro­po­si­tion qui demanderait le sub­jonc­tif. Dans ce cas-là, le ver­be de la com­plé­ti­ve se met au sub­jonc­tif :

Il exis­te tou­jours la possibilité qu’ils aient raté l’avion. [il est tou­jours pos­si­ble que…] Ainahan on mahdollista, että he ovat jääneet koneesta. Est-ce qu’il y a moyen que tu me rendes le livre avant demain ? [est-ce qu’il est pos­si­ble que…] Onko mahdollista, että palautat kirjan ennen huomista? Il a eu de la chance qu’on ne l’ait pas fait redoubler. [= il peut être heureux de ce que…] Hänellä oli onnea, ettei häntä vaadittu jäämään luokalle.

Complétive com­plé­ment d’un adjectif ou d’un ad­ver­be

Complément d’adjectif

Dans les com­plé­ti­ves com­plé­ment d’adjectif, le mode normal est le sub­jonc­tif (mais il y a des exceptions). Le plus sou­vent, le ver­be de la pro­po­si­tion com­plé­ti­ve se met au sub­jonc­tif quand la com­plé­ti­ve est com­plé­ment d’un adjectif exprimant un sen­ti­ment :

bouleversé järkyttynyt, choqué tyrmistynyt, confus hämillään, content, désolé, ennuyé harmistunut, étonné, fier, furieux, gêné kiusaantunut, in­di­gné tuohtunut, jaloux, malheureux, mécontent, ravi, scandalisé, stupéfait, surpris, tou­ché liikuttunut, vexé, triste etc. Nous sommes confus que vous ayez dû attendre. Olemme pahoillamme, että teidän piti odottaa. Elle était désespérée que Christophe l’ait quittée. ■ Ma mère serait trop peinée que j’aille le revoir. Äitini olisi liian pahoillaan siitä, että menen häntä tapaamaan uudestaan. Elle était malade qu’il puisse avoir quel­qu’un d’au­tre. Hän oli raivoissaan siitä, että hänellä saattoi olla joku muu.

Ne pas confondre cette cons­truc­tion avec la cons­truc­tion il est adjectif/nom que. Com­pa­rer :

Il est normal que tu sois fatigué. On luonnollista, että olet väsynyt.
Il est étonné que tu sois fatigué. Hän on yllättynyt siitä, että olet väsynyt.

Le ver­be de la com­plé­ti­ve se met à l’in­di­ca­tif quand la com­plé­ti­ve est com­plé­ment des adjectifs sui­vants, qui indiquent une certitude (ou quasi certitude) :

assuré, cer­tain, conscient, convaincu, persuadé, sûr Je suis conscient que cela posera des pro­blè­mes. Olen tietoinen siitä, että tämä aiheuttaa ongelmia. ■ Il était convaincu que tout le monde avait tort. ■Je suis sûr qu’il viendra.

Cepen­dant, après une prin­ci­pa­le à la for­me né­ga­ti­ve, on met le sub­jonc­tif (voir ci-des­sous).

Complément d’ad­ver­be

Certains ad­ver­bes ou cons­truc­tions assimilables à des ad­ver­bes placés en tête de phra­se sont fré­quem­ment développés par une com­plé­ti­ve (il n’y a pas de cons­truc­tion équi­va­lente en finnois). Le ver­be de la com­plé­ti­ve est à l’in­di­ca­tif. Ce type de cons­truc­tion est très fré­quen­t dans la langue parlée, en par­ti­cu­lier peut-être que, mais il est à éviter dans le code écrit strict :

Évi­dem­ment que nous irons en France en été ! Tietenkin käymme kesällä Ranskassa. ■ Heureusement que nous avions acheté le billet à l’avance. Onneksi olimme ostaneet lipun etukäteen. ■ Peut-être que nous irons en Laponie pour Pâques. Lähdemme ehkä Lappiin pääsiäiseksi. ■ Sans doute que les taux d’intérêt vont en­co­re baisser. Korot laskevat varmaan vielä. ■ Probablement qu’ils ont raté l’avion. He ovat luultavasti myöhästyneet koneesta. Certainement qu’il aura de bons résultats. Hän saa varmaan hyviä tuloksia. Bien sûr que tu peux rester ! Totta kai voit jäädä meille.

Attention au sens de bien sûr que en début de phra­se : il équivaut à totta kai!, no mutta tietysti!, avec une nuance légèrement familière ou affective. Si on veut dire de façon neutre tietenkin voit jäädä meille, on peut di­re : Tu peux bien sûr rester chez nous. / Bien sûr, tu peux rester chez nous.

Influence de la né­ga­tion

Quand le ver­be de la prin­ci­pa­le est à la for­me né­ga­ti­ve, on uti­li­se parfois dans la com­plé­tive le mode « in­verse » de la nor­ma­le.

Verbes d’opinion

Certains ver­bes demandant l’in­di­ca­tif amè­nent le sub­jonc­tif dans la com­plé­tive quand ils sont à la for­me né­ga­tive. Les plus fré­quen­ts sont croire, penser, trouver, juger, pro­met­tre, se rappeler, se souvenir, affirmer, prouver, voir, dire, garantir, imaginer, si­gni­fier :

Je crois qu’il ne va pas sou­vent voir ses parents. Je ne crois pas qu’il aille sou­vent voir ses parents. Il prétend que c’est la meilleure solu­tion pos­si­ble. Hän väittää sen olevan paras mahdollinen ratkaisu. Je ne pré­tends pas que ce soit la meilleure solu­tion pos­si­ble, mais tu devrais essayer. En väitäkään, että se on paras mahdollinen ratkaisu, mutta sinun pitäisi silti yrittää. On m’a garanti que c’était un tableau authentique. Nous ne garantissons pas que vous trouviez un acheteur.

Mais cela ne concerne par exem­ple pas le ver­be savoir :

Je ne savais pas qu’ils allaient déménager bientôt. Ils ne savent pas en­co­re que leur terrain est en zone inondable.

Le ver­be de la com­plé­tive se met au sub­jonc­tif surtout si le ver­be ex­pri­me une opinion subjective. S’il s’agit d’une simple constatation, d’une idée, on met l’in­di­ca­tif :

Je ne pense pas que ce soit une bonne solution. Je ne pensais pas qu’il était aus­si malade. [penser = savoir]. On ne m’a pas garanti que c’était un tableau au­then­ti­que. [= on ne m’a pas dit/déclaré/affirmé que c’était un tableau authentique]

Inversement, le ver­be douter que demande nor­ma­le­ment le sub­jonc­tif. S’il est à la for­me né­ga­ti­ve, il demande l’in­di­ca­tif :

Le juge a indiqué qu’il doutait que la Cour suprême se saisisse de l’affaire. Tuomarin mukaan oli epätodennäköistä, että korkein oikeus ottaa asian ratkaistavakseen. Il doutait que les lois fussent tou­jours appliquées à la lettre. Hän ei ollut varma siitä, noudatetaanko aina lain kirjainta. Je ne doute pas que le Sénat, dans sa grande sagesse, votera com­me il l’a fait pré­cé­demment.

Remar­que : l’em­ploi du sub­jonc­tif après les ver­bes mentionnés ci-dessus à la for­me né­ga­ti­ve est typique du code écrit. Dans le fran­çais parlé, on entend le plus fré­quem­ment uti­li­ser l’in­di­ca­tif :

Nous ne garantissons pas que la descrip­tion des produits ou tout au­tre con­te­nu du site web sont exacts, complets, fiables, à jour ou exempts d’er­reur. Nous ne garantissons pas que vous trouverez un acheteur.

Dans le doute, on peut met­tre l’in­di­ca­tif.

Complétive com­plé­ment d’adjectif et de nom

Les cons­truc­tions demandant ex­cep­tion­nellement l’in­di­ca­tif (ci-des­sus) se mettent au sub­jonc­tif :

Nous ne sommes mê­me plus très sûrs qu’ils puissent venir. (voir aus­si En ole var­ma, onko) Je ne suis pas convaincue que ce soit une bonne idée. Je n’ai pas l’impression que le film t’ait plu. Nous n’avons pas la preuve que ce soit lui le cou­pa­ble.

Remar­quer le mode dans la phra­se sui­vante ; croire dépend d’un ver­be né­ga­ti­f, mais est lui-mê­me à la for­me affirmative, donc on uti­li­se l’in­di­ca­tif (mode normal) :

Nous ne sommes pas loin de croire que c’est lui qui a raison.

Même quand la néga­tion pourrait entrainer un sub­jonc­tif, on peut parfois uti­li­ser un in­di­ca­tif pour in­sis­ter sur l’aspect tem­po­rel :

Des chasse-neige, ça coute cher, et on n’est jamais sûr que ça servira. Lumiaurat ovat kalliita eikä voi koskaan olla varma, että niillä on käyttöä. [en France]

Dans ce cas, le lo­cu­teur insiste sur l’idée de futur et recourt à la for­me du futur simple, ce qui est dû en par­tie au fait que le sub­jonc­tif n’a pas de temps futur. Dans le fran­çais parlé, cette uti­li­sa­tion du futur est sans doute assez fré­quen­te ; mais le temps qu’on uti­li­se dans le code écrit est le sub­jonc­tif présent. Le présent du sub­jonc­tif ex­pri­me en effet aus­si le futur, com­me c’est le cas pour l’in­di­ca­tif présent, en finnois com­me en fran­çais :

Des chasse-neige, ça coute cher, et on n’est jamais sûr que ça serve.

IL/C’ est + adjectif que com­plé­ti­ve

La néga­tion « inverse » les règles nor­ma­les. Un ad­jec­tif exprimant le doute devient à la for­me né­ga­ti­ve un ad­jectif exprimant une cer­ti­tu­de, et inversement, un ad­jec­tif exprimant une certitude perd cette valeur à la for­me né­ga­ti­ve et on retrouve la règle nor­ma­le (la com­plé­tive su­jet post­po­sé du ver­be se met au sub­jonc­tif) :

il est faux que + sub­jonc­tif → il n’est pas faux que + in­di­ca­tif il est douteux que + sub­jonc­tif → il n’est pas douteux que + in­di­ca­tif il est cer­tain que + in­di­ca­tif → il n’est pas cer­tain que + sub­jonc­tif il n’est pas niable que + in­di­ca­tif [niable a un sens né­ga­ti­f]

Exem­ples :

Il est douteux qu’on puisse [sub­jonc­tif] jamais trouver les causes de l’accident. Il n’est pas douteux qu’un grand progrès s’est fait [in­di­ca­tif] en quel­ques années. Il n’est pas cer­tain qu’il ait raison / qu’il réussisse / que ce soit faux. Il n’est pas vrai que le finnois soit plus difficile que le fran­çais.

Un usage hésitant

Il règne un cer­tain flottement en ce qui concerne l’influence de la né­ga­tion. Cer­tains emplois s’expliquent sou­vent par la forte ressemblance (phénomène d’ana­lo­gie) avec des constructions cou­ran­tes. Par ex­em­ple l’ex­pres­sion je ne dis pas que est fré­quem­ment employée (suivie du sub­jonc­tif voir ci-des­sus) mê­me dans la langue cou­rante pour ex­pri­mer une concession (com­me en finnois tosin / on totta että :

Je dis pas que ça soit une bonne chose, mais c’est humain. Ah, mais je dis pas que ça soit faux, je dis juste qu’il manquerait une référence et qu’il faudrait clarifier tout ça.

Par analogie, on trouve sou­vent je ne nie pas que suivi du sub­jonc­tif (analogie renforcée par la forte ressemblance phonétique /ni/-/di/) :

Écoutez, sérieusement, je ne nie pas que ça soit une discussion intéressante, mais je trouve qu’on ne s’en sort pas. Cela dit, je ne nie pas que ça soit un pro­blè­me.

Sou­vent la construc­tion il est + ad­jec­tif que est sentie com­me une sorte de dé­clen­cheur de sub­jonc­tif. Sur le modèle de il n’est pas impos­si­ble que, on alignera par ex­em­ple il n’est pas douteux que (dont le sens n’est d’ailleurs peut-être pas im­mé­dia­te­ment clair pour l’usager non averti) :

Il n’est pas douteux que cela puisse réussir. [dans un texte de Pierre de Coubertin] Il n’est pas douteux que dans le nord de la France, au Moyen Age, l’usage de la bière ait été répandu.

Il en va de mê­me pour il n’est pas vrai que, qui, inversement, peut entrainer un in­di­ca­tif au lieu d’un sub­jonc­tif, surtout lorsque, par analogie avec ce n’est pas vrai que (qui est sou­vent suivi d’un in­di­ca­tif), on veut insister sur la (non)-réalité du fait :

Mais je vais mal­gré tout tordre le cou au cliché : il n’est pas vrai qu’ils ont tous ça dans le sang. Tout d’abord il n’est pas vrai que c’est moi qui ai tout inventé.

sou­vent, ces analogies sont aus­si renforcées par le fait que de nom­breuses for­mes ver­bales sont iden­ti­ques au sub­jonc­tif et à l’in­di­ca­tif. Au total, l’usage est assez sou­vent hésitant et difficile à « régimenter » de façon dé­fi­nitive. Le Bon usage en fournit des preu­ves innombrables (voir §1160 et sui­vants). Les francophones seraient sou­vent bien en peine de justifier l’utilisa­tion de tel ou tel mode dans ces cas, et l’ap­pre­nant (ou l’en­sei­gnant) de FLE ne peut malheureusement que constater cet état de fait.

Influence de l’in­ter­ro­ga­tion

Verbe de la prin­ci­pa­le avec in­ver­sion du su­jet

Quand la prin­ci­pa­le est une phra­se in­ter­ro­ga­tive où la ques­tion est posée par le pro­cé­dé de l’in­ver­sion du su­jet, le ver­be de la com­plé­tive com­plé­ment d’un ver­be d’opi­nion ou de sentiment se met au sub­jonc­tif. Cela con­cer­ne es­sen­tiel­le­ment des ver­bes demandant nor­ma­le­ment l’in­di­ca­tif com­me croire, penser, estimer, juger :

Croyez-vous que le projet ait des chances d’aboutir ? Pensez-vous que cela soit faisable ?

Cepen­dant, on maintient gé­né­ra­le­ment l’in­di­ca­tif dans les com­plé­tives su­jet post­po­sé d’un ver­be dont l’at­tri­but ex­pri­me une certitude :

Est-il vrai que la commune a obtenu une subven­tion extraordinaire du conseil gé­né­ral en 2014 ? Est-il cer­tain qu’un nouveau directoire sera élu ? Est-il vrai que vous vous êtes opposé à cette décision ?

De mê­me à la for­me interro-né­ga­ti­ve (voir ci-dessous).

Remar­que : il règne dans ce domaine un cer­tain flottement et une ten­dan­ce à l’hy­per­cor­rec­tis­me. Dans un style très soutenu, on peut trouver le sub­jonc­tif dans une phra­se in­tro­duite par est-il vrai que (par ex­em­ple Est-il vrai que vous ayez tou­jours de l’amitié pour moi, Voltaire, Lettres, en concurrence avec l’in­di­ca­tif ailleurs chez ce mê­me auteur). Mais dans la langue moderne, est-il vrai que est en voie de figement et commande pra­ti­que­ment tou­jours l’in­di­ca­tif.

Interrogation avec est-ce que ou intonation

La règle ci-dessus ne concerne que les cas où, dans la prin­ci­pa­le, la ques­tion est po­sée par le pro­cé­dé de l’in­version du su­jet. Si la ques­tion est posée avec est-ce que ou par l’intonation, le ver­be de la com­plé­tive reste à l’in­di­ca­tif (les manuels fin­lan­dais de fran­çais oublient sou­vent de mentionner cette limita­tion essentielle) :

Crois-tu que ce soit raisonnable ? vs Est-ce que tu crois que c’est rai­son­na­ble ? / Tu crois que c’est raisonnable ? Est-ce que tu es convaincu que c’est une bon­ne solution ? Vous pensez vraiment qu’il peut y avoir des cas de ce gen­re ? etc.

Le sub­jonc­tif se rencontre ce­pen­dant parfois mê­me chez les francophones (sub­jonc­tif par attraction), par ex­em­ple Est-ce que tu es vraiment convaincu que ce soit une bonne solution ? (attraction de je ne suis pas convaincu que + sub­jonc­tif). Mais après une in­ter­ro­ga­tion com­me Est-ce que vous croyez que…, le sub­jonc­tif est impos­si­ble et une phra­se com­me *Est-ce que tu crois qu’il vienne ? est perçue com­me net­te­ment agram­ma­ti­cale.

Étant donné que la ques­tion avec in­ver­sion est uti­li­sée ma­jo­ri­tai­re­ment dans le code écrit, l’uti­li­sa­tion du sub­jonc­tif dans une com­plé­tive après ver­be in­ter­ro­ga­tif d’opinion se fait elle aussi es­sen­tiel­le­ment dans le code écrit.

Forme interro-né­ga­ti­ve

Après une prin­ci­pa­le à la for­me interro-né­ga­ti­ve, le mode de la com­plé­tive ne chan­ge pas, quelle que soit la for­me de l’in­ter­ro­ga­­tion (in­ver­sion, est-ce que ou in­to­na­tion) :

Ne croyez-vous / Est-ce que vous ne croyez pas que le projet a des chances d’a­bou­tir ? Ne trouves-tu pas / Est-ce que tu ne trouves pas / Tu ne trouves pas qu’il a changé ? N’êtes-vous pas / Est-ce que vous n’êtes pas convaincu que c’est une bon­ne solution ? N’as-tu pas l’impression / Est-ce que tu n’as pas l’im­pres­sion que ce voyage t’a fait du bien ? N’est-il pas vrai que vous retiré tout votre argent de votre compte ce jour-là ?

Dans ce cas aus­si, les hy­per­cor­rec­tis­mes ou les phénomènes d’analogie peuvent ame­ner cer­tains usa­gers de la langue à uti­li­ser un sub­jonc­tif par attrac­tion (ne croy­ez-vous pas étant une va­rian­te de la ques­tion pensez-vous, qui entraine fré­quem­ment le sub­jonc­tif) :

Ne croyez-vous pas que cela puisse un jour être le cas dans le monde réel ? Ma connec­tion WIFI s’est connectée. Elle s’est recoupée au bout de 3 à 4 minutes. Ne croyez vous pas que cela vienne de ma carte ?

Le mode du ver­be dans la com­plé­tive détachée

Il est très fré­quen­t que la com­plé­tive CVD, su­jet ou at­tri­but soit détachée en pro­lep­se avant la prin­ci­pale. Les ap­pre­nants finnophones de fran­çais ont sans doute assez peu ten­dan­ce à for­mer de telles phra­ses de façon spontanée et il n’est pas ab­so­lu­ment né­ces­sai­re de savoir les uti­li­ser, mais il peut être utile de com­pren­dre pour­quoi on uti­li­se l’in­di­ca­tif ou le sub­jonc­tif.

Détachement du su­jet

Quand il y a dis­lo­cation, le ver­be de la com­plé­tive se met en principe au mode qu’il au­rait dans une cons­truc­tion non disloquée, mais com­me la com­plé­tive est dé­ta­chée et donc sans relation synta­xi­que étroite avec la prin­ci­pa­le, le mode peut varier, selon que la com­plé­tive est sentie ou non com­me le su­jet ou le véritable com­plé­ment du ver­be de la prin­ci­pa­le. Dans les phra­ses sui­vantes (a), la par­tie en prolepse serait le su­jet sé­man­ti­que de la phra­se nor­ma­le (b) et le ver­be serait au mê­me mode dans les deux cas  :

(a) Qu’elle ait des appréhensions, cela ne m’étonne pas. Qu’il soit si fatigué, ça me parait bizarre. Que tout fût réglé d’avance, cela ne plaisait pas à cette nature de combattant. Que vos étudiants ne sachent pas cela, c’est proprement scan­daleux.

(b) Cela ne m’étonne pas qu’elle ait des appréhensions. Ça me parait bizarre qu’il soit si fatigué. Cela ne plaisait pas à cette nature de combattant que tout fût réglé d’avance. C’est proprement scandaleux que vos étudiants ne sachent pas cela.

Com­me la relation syntaxique entre la par­tie détaché et la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le est moins nette, l’obligation d’uti­li­ser le sub­jonc­tif n’est plus aus­si forte, et, dans la com­plé­tive détachée en prolepse ren­voy­ant au su­jet de la prin­ci­pa­le, on peut trouver assez facilement l’in­di­ca­tif, par exem­ple pour souligner la valeur tem­po­rel­le du ver­be :

Que la guerre sera de courte durée, c’est plus ou moins prévisible. Qu’il de­man­derait tou­te sorte de privilèges dus à son rang, c’était un peu difficile à accepter pour ces gens qui mettaient leur humble vie en péril tous les jours. [con­di­tion­nel = futur, concordance des temps]

Détachement du com­plé­ment du ver­be

Dans les exem­ples sui­vants, les pro­po­si­tions com­plé­tives placées en prolepse (a) seraient le com­plé­ment du ver­be dans une phra­se nor­ma­le (b). On uti­li­se donc nor­ma­le­ment l’in­di­ca­tif, ou le sub­jonc­tif si le sens du ver­be l’exige  :

(a) Que cet auteur n’a pas eu d’influence sur lui, il est in­uti­le de le démontrer. Que vous avez tou­jours été opposé à ce projet, nous le savons. Qu’un exem­ple de ce gen­re peut avoir deux ex­pli­ca­tions, c’est ce que j’essaye de vous montrer. Que ces affirmations puissent paraitre choquantes pour les électeurs, c’est ce que tou­te personne sensée peut com­pren­dre. (com­pren­dre que + sub­jonc­tif, voir ci-des­sus)

Dans une phra­se nor­ma­le, le ver­be serait au mê­me mode  :

(b) Il est in­uti­le de le démontrer que cet auteur n’a pas eu d’influence sur lui. Nous savons que vous avez tou­jours été opposé à ce projet. J’essaye de vous montrer qu’un exem­ple de ce gen­re peut avoir deux ex­pli­ca­tions. Toute per­son­ne sensée peut com­pren­dre que ces affirmations puissent paraitre choquantes pour les électeurs.

Subjonctif par attraction

Mais dans ces construction, le sub­jonc­tif se rencontre éga­le­ment, par analogie avec les phra­ses détachées su­jet logique de la prin­ci­pa­le (qu’il soit fatigué, cela ne m’étonne pas) :

Et que ce pays honnête m’ennuyât, c’est ce que je savais d’avance. Ja sen, että tämä mukava maa ikävystyttäisi minua, tiesin etukäteen. Qu’il n’ait pas dit oui aus­sitôt, c’était à prévoir. Que vous ayez tou­jours été opposé à ce projet, je ne le comprends pas.

Com­pa­rer ces exem­ples aux mê­mes phra­ses construites avec la com­plé­tive CVD à sa place nor­ma­le (après le ver­be), et dans lesquelles l’em­ploi du sub­jonc­tif est impos­si­ble :

Je savais d’avance que ce pays honnête m’ennuierait. C’était à prévoir qu’il ne dirait pas oui aus­sitôt. J’essaye de vous montrer qu’un exem­ple de ce gen­re peut avoir deux ex­pli­ca­tions. C’était à prévoir qu’il ne dirait pas oui aus­sitôt.

Dislocation à droite

Dans le fran­çais parlé, les pro­po­si­tions sont sou­vent aus­si être détachées en rappel, après la pro­po­si­tion prin­ci­pa­le (à l’oral, il y a une pause et un chan­ge­ment d’in­to­na­tion après pro­po­si­tion prin­ci­pa­le). Le mode du ver­be varie selon les mê­mes règles que ci-dessus  ;

On le sait, que vous avez tou­jours été opposés à ce projet. Ça me parait bizarre, qu’il soit si fatigué. C’est carrément scandaleux, que vos étudiants ne sachent pas ça ! C’est ce justement que j’essaye de vous montrer, qu’un exem­ple com­me ça peut avoir deux ex­pli­ca­tions. Ça ne plaisait pas à son caractère de battant, que tout soit réglé d’avance.

Liste de ver­bes et mode qu’ils entrainent dans la com­plé­tive

Dans cette liste est indiqué le mode que le ver­be de la prin­ci­pa­le demande le plus fré­quem­ment dans la com­plé­tive com­plé­ment du ver­be. Dans cer­tains cas, le mode varie en fonc­tion du sens qu’on donne au ver­be ou si la prin­ci­pa­le est né­ga­ti­ve ou in­ter­ro­ga­tive.

accepter que sub­jonc­tif
admet­tre que in­di­ca­tif
   admet­tre que sub­jonc­tif (= accepter que)
affirmer que in­di­ca­tif, neg sub­jonc­tif
aimer que sub­jonc­tif
ajouter que in­di­ca­tif
annoncer que in­di­ca­tif
appréhender que sub­jonc­tif
apprendre que in­di­ca­tif
approuver que sub­jonc­tif
assurer que in­di­ca­tif
attendre que sub­jonc­tif
attester que in­di­ca­tif
avertir que in­di­ca­tif
avoir peur que sub­jonc­tif
avouer que in­di­ca­tif
cacher que in­di­ca­tif
certifier que in­di­ca­tif, neg sub­jonc­tif
commander que sub­jonc­tif
com­pren­dre que in­di­ca­tif
   com­pren­dre que sub­jonc­tif (= accepter [l’idée] que)
conclure que in­di­ca­tif
confirmer que in­di­ca­tif
consentir à ce que sub­jonc­tif
   consentir que sub­jonc­tif (litt., sans à)
constater que in­di­ca­tif
contrôler que in­di­ca­tif
convaincre que in­di­ca­tif
convenir que in­di­ca­tif (= décider que)
   convenir que sub­jonc­tif (= accepter [l’idée] que)
craindre que sub­jonc­tif
crier que in­di­ca­tif
   crier que sub­jonc­tif (avec nuance d’ordre)
croire que in­di­ca­tif
   ne pas croire que sub­jonc­tif
   ne pas croire (temps du passé) que in­di­ca­tif (= penser, imaginer)
   croyez-vous que ? sub­jonc­tif (interr. in­ver­sion)
décider que in­di­ca­tif
déclarer que in­di­ca­tif
découvrir que in­di­ca­tif
déduire que in­di­ca­tif
défendre que sub­jonc­tif
demander que sub­jonc­tif
déplorer que sub­jonc­tif
désirer que sub­jonc­tif
détester que sub­jonc­tif
dire que in­di­ca­tif
   dire que sub­jonc­tif (avec nuance d’ordre)
douter que sub­jonc­tif
   ne pas douter que in­di­ca­tif
dissimuler que in­di­ca­tif
écrire que in­di­ca­tif
   écrire que sub­jonc­tif (avec nuance d’ordre)
empêcher que sub­jonc­tif
enseigner que in­di­ca­tif
entendre dire que in­di­ca­tif
entendre que in­di­ca­tif
   entendre que sub­jonc­tif (= exiger que)
envier que sub­jonc­tif
espérer que in­di­ca­tif
estimer que in­di­ca­tif
   ne pas estimer que sub­jonc­tif
   estimez-vous que ?sub­jonc­tif (interr. in­ver­sion)
établir que in­di­ca­tif
être disposé à ce que sub­jonc­tif
être habitué à ce que sub­jonc­tif
éviter que sub­jonc­tif
exiger que sub­jonc­tif
expliquer que in­di­ca­tif
   expliquer que sub­jonc­tif (= « permet de d’accepter l’idée que »)
garantir que in­di­ca­tif
haïr que sub­jonc­tif
ignorer que in­di­ca­tif
   ignorer que à l’im­par­fait : litt. sub­jonc­tif
imposer que sub­jonc­tif
imaginer que in­di­ca­tif
   imaginer que sub­jonc­tif (= « supposer que »)
impliquer que in­di­ca­tif (= « si­gni­fier que »)
   impliquer que sub­jonc­tif (= « réclamer que »)
indiquer que in­di­ca­tif
   rien n’indique que sub­jonc­tif
infor­mer que in­di­ca­tif
interdire que sub­jonc­tif
jouir [de ce] que sub­jonc­tif
jubiler que sub­jonc­tif
juger que in­di­ca­tif
   jugez-vous que ?sub­jonc­tif (interr. in­ver­sion)
jurer que in­di­ca­tif
lire que in­di­ca­tif
mentionner que in­di­ca­tif
mériter que sub­jonc­tif
montrer que in­di­ca­tif
n’en pas revenir que sub­jonc­tif
nécessiter que sub­jonc­tif
noter que in­di­ca­tif
observer que in­di­ca­tif
obtenir que sub­jonc­tif
ordonner que sub­jonc­tif
oublier que in­di­ca­tif
parier que in­di­ca­tif
penser que in­di­ca­tif
   ne pas penser que sub­jonc­tif
   pensez-vous que ?sub­jonc­tif (interr. in­ver­sion)
préciser que in­di­ca­tif
préconiser que sub­jonc­tif
préférer que sub­jonc­tif
pressentir que in­di­ca­tif
prétendre que in­di­ca­tif
   ne pas prétendre que sub­jonc­tif
   prétendre que sub­jonc­tif (« exiger que »)
prévenir que in­di­ca­tif
promet­tre que in­di­ca­tif
proposer que sub­jonc­tif
prouver que in­di­ca­tif
   ne pas prouver que sub­jonc­tif
raconter que in­di­ca­tif
rappeler que in­di­ca­tif
réclamer que sub­jonc­tif
recommander que sub­jonc­tif
reconnaitre que in­di­ca­tif
redouter que sub­jonc­tif
refuser que sub­jonc­tif
regretter que sub­jonc­tif
relever que in­di­ca­tif
remar­quer que in­di­ca­tif
répéter que in­di­ca­tif
répliquer que in­di­ca­tif
répondre que in­di­ca­tif
   répondre que sub­jonc­tif (avec nuance d’ordre)
requérir que sub­jonc­tif
révéler que in­di­ca­tif
rêver que in­di­ca­tif (« voir en rêve »)
   rêver que sub­jonc­tif (« souhaiter que »)
risquer que sub­jonc­tif
rougir [de ce] que sub­jonc­tif
s’apercevoir que in­di­ca­tif
s’attendre à ce que sub­jonc­tif
s’émerveiller que sub­jonc­tif
s’émouvoir que sub­jonc­tif
s’engager à ce que sub­jonc­tif
s’ennuyer que sub­jonc­tif
s’enorgueillir que sub­jonc­tif
s’étonner que sub­jonc­tif
s’excuser que sub­jonc­tif
s’extasier que sub­jonc­tif
s’imaginer que in­di­ca­tif
s’indigner que sub­jonc­tif
s’inquiéter que sub­jonc­tif
s’irriter que sub­jonc­tif
s’offusquer que sub­jonc­tif
s’opposer à ce que sub­jonc­tif
savoir que in­di­ca­tif
se désoler que sub­jonc­tif
se douter que in­di­ca­tif
se fâcher que sub­jonc­tif
se féliciter que sub­jonc­tif
se ficher que sub­jonc­tif
se foutre que sub­jonc­tif
se froisser que sub­jonc­tif
se méfier que sub­jonc­tif
se moquer que sub­jonc­tif
se plaindre que in­di­ca­tif
se rappeler que in­di­ca­tif
se réjouir que sub­jonc­tif
se rendre compte que in­di­ca­tif
se repentir que sub­jonc­tif
se scandaliser que sub­jonc­tif
se soucier que sub­jonc­tif
se souvenir que in­di­ca­tif
sentir que in­di­ca­tif
signaler que in­di­ca­tif
souhaiter que sub­jonc­tif
souligner que in­di­ca­tif
soutenir que in­di­ca­tif
stipuler que in­di­ca­tif (« préciser que », « indiquer que »)
  ■ stipuler que sub­jonc­tif (« ordonner que »)
suggérer que in­di­ca­tif (« donner à penser que »)
  ■ suggérer que sub­jonc­tif (« proposer »)
supplier que sub­jonc­tif
supporter que sub­jonc­tif
supposer que in­di­ca­tif (« imaginer que », « penser que »)
  ■ supposer que sub­jonc­tif (« proposer »)
tâcher que sub­jonc­tif
tenir à ce que sub­jonc­tif
tolérer que sub­jonc­tif
trouver que in­di­ca­tif
valoir que sub­jonc­tif
veiller à ce que  sub­jonc­tif
veiller que sub­jonc­tif
vérifier que in­di­ca­tif
voir que in­di­ca­tif
vouloir que sub­jonc­tif

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 53. Mode du ver­be dans les com­plé­ti­ves. Dernière mise à jour : 4.8.2021