Guide de grammaire française
pour étudiants finnophones

  Index alphabétique

L’absence d’article ou « article zéro »

Définition

Absence d’article dans des cas déterminés

Noms propres

Noms de famille et prénoms

Noms de villes

Noms de pays et de régions

Noms de fêtes

Après des prépositions diverses

Prépositions à valeur causale ou conditionnelle

Après ou, ni... ni..., comme

Après verbes construits avec de

Constructions verbales particulières

Il y a + gn sans article

Si … il y a

Si besoin est

Verbes et locutions diverses

Utilisation possible de l’article dans certaines locutions

L’article dans certaines locutions/ex­pres­sions

L’article zéro proprement dit

L’« article zéro » devant les noms de profession

L’article zéro dans les appositions

Emplois autonymiques du nom

L’article zéro dans les énumérations

L’article zéro après certains verbes explicatifs

L’article dans les titres et affiches

Étude de cas: coucher de soleil et qualité de lecteur

Définition

Il y a de nom­breux cas en fran­çais où on n’uti­li­se pas d’ar­ti­cle devant le nom. On dé­si­gne alors cet ar­ti­cle absent du nom d’« ar­ti­cle zéro ». Cette absence d’ar­ti­cle est aus­si une for­me d’ar­ti­cle, exac­te­ment com­me en fin­nois l’absence de dé­si­nen­ce (sijapääte) est la mar­que du cas nominatiivi (no­mi­natif). L’ar­ti­cle zéro peut être commandé par le sens du nom, la structure de la phra­se etc.

Les formes de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni com­mençant par d‑ (du, de la, des, de) et qui « dis­pa­rais­sent » à cause de la règle d’ef­fa­ce­ment ne sont pas des ar­ti­cles zéro : ils sont à la for­me « latente », et réapparaissentt dès qu’on met le nom au sin­gu­lier ou si on uti­li­se une au­tre pré­po­si­tion :

Elle cherche des livres. [ver­be avec CVD pluriel, article indéfini pluriel des]
Elle cherche un livre. [ver­be avec CVD singulier, article indéfini singulier un]
Elle a besoin de livres. [verbe avec CVP, de préposition, ar­ti­cle pluriel des effacé]
Elle a besoin d’un livre. [verbe avec CVP sin­gu­lier, article indéfini un non effacé]

Dans un tel cas, quand il y un ar­ti­cle zéro, donc pas d’ar­ti­cle, cet ar­ti­cle ne peut évi­dem­ment pas réapparaitre :

Elle aime Mozart. [Mozart est un nom propre sans ar­ti­cle, avec « ar­ti­cle zéro »]
Elle étudie Mozart. [Mozart est un nom propre sans ar­ti­cle, avec « ar­ti­cle zéro »]
l’étude de Mozart [de pré­po­si­tion, pas d’effacement, car il n’y a pas d’ar­ti­cle qui peut être « effacé »]

Du point de vue de l’étu­diant de fran­çais lan­gue étran­gè­re, on peut classer les cas d’em­ploi de l’ar­ti­cle zéro en deux ca­té­go­ries :

Arti­cle zéro dans des cas dé­ter­mi­nés 

Noms propres

Une grande par­tie des noms propres est sans ar­ti­cle (il y a ce­pen­dant d’assez nom­breuses ex­cep­tions). Rappel : les noms propres sont invariables et ne prennent donc pas d’s au pluriel.

Noms de famille et prénoms

En général, les noms de famille et les prénoms sont sans ar­ti­cle :

Pierre, Isabelle, Antoine, Sylvain, Mozart, Aalto, Yourcenar etc.

L’ar­ti­cle est ce­pen­dant couramment utilisé quand le nom propre est modifié par un ad­jec­tif :

Si tu avais vu la tête du [de+le] pauvre Thomas, tu aurais eu pitié de lui.

On uti­li­se aus­si l’ar­ti­cle quand le nom propre est au pluriel. Le nom propre lui-mê­me reste ce­pen­dant invariable :

les Riegel, les Robert, les Strauss père et fils Bonne fête à tou­tes les Séverine !

On uti­li­se éga­le­ment un ar­ti­cle dé­fi­ni devant les noms propres dans les cas sui­vants :

a) dans un usage populaire un peu vieilli :

Je vais me promener avec la Babette.

b) dans la langue cou­rante, sou­vent avec une valeur affective ou ironique, qu’on ex­pri­me éga­le­ment en finnois avec le dé­ter­mi­nant se :

La Judith, elle a rien compris à cette histoire. Eh ben dis donc, le Dupont il était pas content.

c) cer­tains noms d’artistes italiens ont un ar­ti­cle : Le Titien, Le Tintoret, Le Caravage etc. Anciennement, on disait aus­si Le Dante, la for­me moderne est ce­pen­dant Dante, sans ar­ti­cle.

Noms de villes

La plupart des noms de ville sont sans ar­ti­cle : Paris, Florence, Londres, Copenhague etc. Certains ont un ar­ti­cle dé­fi­ni, qui se contracte avec la pré­po­si­tion à et de :

La Baule, La Rochelle, Le Conquet Le Cap (Kapkaupunki), Le Caire (Kairo), La Nouvelle-Orléans Ils habitent au Havre depuis vingt ans, avant ils habitaient au Touquet. L’équipe de rugby devrait rentrer du Cap ce weekend.

Noms de pays et de régions

Les noms de pays et de régions prennent un ar­ti­cle (le Pérou, la Finlande, Le Limousin, la Carélie etc.). La plupart des noms d’iles sont sans ar­ti­cle :

Cuba, Hawaii, Antigua, Jersey, Madagascar, Porto Rico, Sainte-Hélène, Majorque (Mallorca), Minorque (Menorca), Bali

Beaucoup ont ce­pen­dant un ar­ti­cle. Il n’y a pas vraiment de règle permettant de décider de façon cer­tai­ne si un nom d’ile prend un ar­ti­cle ou non, le plus simple est d’apprendre les noms les plus fré­quen­ts par cœur, c’est une ques­tion de vocabulaire plus que de gram­mai­re :

la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, Le Cap-Vert , le Spitzberg (Huippuvuoret), la Barbade, la Jamaïque, Le Groenland

Parmi les noms de pays, sont sans ar­ti­cle : Andorre, Djibouti, Israël, Monaco, Oman.

Québec et Luxembourg  : ces deux noms géogra­phi­ques peuvent dé­si­gner à la fois le pays, le Luxem­bourg ou la province, le Québec, et leur capitale. Mais le nom de la capitale est sans article, Luxembourg et Québec :

Nous passerons nos vacances au Québec en juin-juillet. Nous irons d’abord à Québec, puis nous resterons dans les environs de Tadoussac. J’ai passé un an au Luxembourg, mais je n’ai pas habité à Luxembourg mê­me, j’étais à Esch.

Noms de fêtes

Certains noms de fêtes (no­tam­ment Noël et Pâques) sont gé­né­ra­le­ment sans ar­ti­cle, mais peuvent prendre un ar­ti­cle dans cer­tains cas :

Noël, Pâques : à Pâques, avant Noël Je vous souhaite un joyeux Noël.

Article zéro après prépositions diverses

L’ar­ti­cle est supprimé après cer­tai­nes pré­po­si­tions. L’absence d’ar­ti­cle cor­res­pond sou­vent à un sens particulier de la préposition, qui résulte de la survivance de cons­truc­tions anciennes :

à (cer­tai­nes significations) :
à pied, à cheval, à moto, à skis (voir aus­si les pré­po­si­tions)

avec (valeur d’ad­ver­be) :
avec lenteur, avec dégout, avec attention, avec facilité. avec confiance, avec joie, avec plaisir, avec grand plaisir

en :
en été, en hiver, en automne ; en verre, en or Le petit village s’est trans­for­mé en centre touristique.

en début de, en fin de etc. :
en début de matinée, en fin de journée, en milieu de semaine, en fin d’année

entre (kesken, keskuudessa) :
entre amis, entre voisins, entre gens du mê­me âge

par, avec éga­le­ment une valeur causale ou tem­po­rel­le :
par jalousie, par im­pru­den­ce, par inadvertance epähuomiossa par hasard ; par défaut oletuksena ; par tri­bord tyyrpuurissa, par babord paapuurissa, par ordre alphabétique, par tranche d’âge ikäluokittain par temps de pluie, par vent fort, par grand vent kovalla tuu­lel­la par beau temps [ad­jec­tif et nom for­ment un ensemble figé], par temps de neige ; voir aus­si les prépositions

sans (l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni comptable tombe en général, le massif tombe tou­jours) :
sans argent, sans preuve sérieuse, sans raison, sans défaut le chevalier sans peur et sans reproche ritari peloton ja nuhteeton

sur, avec une valeur causale ou con­di­tion­nel­le :
sur ordonnance lääkärin mää­räyk­ses­tä, sur demande pyynnöstä, sur commande tilauksesta, sur rendez-vous so­pi­muk­sesta sur ordre du colonel everstin käskystä, sur requête du juge tuomarin pyynnöstä

Prépositions à valeur causale ou con­di­tion­nel­le

On uti­li­se l’ar­ti­cle zéro après des pré­po­si­tions exprimant la cause ou la condition ; ces pré­po­si­tions in­tro­dui­sent gé­né­ra­le­ment des noms à valeur ver­bale (mais d’au­tres noms sont pos­si­bles éga­le­ment) :

sous prétexte de :
Sous prétexte de maladie [= il prétend qu’il était malade], il n’est pas venu à la fête.

pour, pour cause de :
Le restaurant est fermé pour rénovation. Il a été con­dam­né pour usage de faux. L’usine est fermée pour cause d’incendie [= parce qu’il y a eu un incendie]. Le bus passe par un au­tre chemin pour cause de travaux [= parce qu’il y a des travaux].

en cas de :
en cas de pluie [= s’il pleut], en cas de maladie [= si on est malade / si vous êtes malade]

sauf :
sauf évènement imprévu [= sauf s’il arrive quel­que chose d’imprévu] ellei tapahdu jotakin odottamatonta sauf avis contraire ellei toisin ilmoiteta sauf er­reur de calcul [= sauf si on s’est trompé dans les calculs] sauf contrindica­tion [= sauf si le mé­di­ca­ment est contrindiqué] ellei toisin määrätä Sauf chute lors de la dernière descente, le maillot jaune ne peut plus lui échapper. sauf annulation

sous réserve de :
sous réserve de chan­ge­ments muutokset mahdollisia [”muu­tok­sien varauksella”] sous réserve d’annula­tion peruutukset mahdollisia

Utilisa­tion de l’ar­ti­cle

L’utilisa­tion d’un ar­ti­cle reste ce­pen­dant tou­jours pos­si­ble dans beaucoup des cas mentionnés ci-dessus. Ex­em­ples (com­pa­rer avec les ex­em­ples sans ar­ti­cles dans le mê­me paragraphe) :

sans une preuve vraiment sérieuse ilman todella pätevää todistetta, sans la preuve que c’est lui qui l’a fait avec une grande atten­tion suurella mielenkiinnolla, avec tou­te l’atten­tion né­ces­sai­re kaikella tarvittavalla huomiolla par un hasard ex­tra­or­di­naire, par le plus grand des hasards par un temps absolument exécrable aivan surkean sään vallitessa par une belle journée de printemps Le village s’est trans­for­mé en un centre touristique très fré­quen­té.

Certaines ex­pres­sions mentionnées ci-dessus for­ment un grou­pe figé avec l’ad­jec­tif, et leur for­me de base est sans ar­ti­cle ; ce­pen­dant l’ar­ti­cle devient pos­si­ble quand on modifie le grou­pe par un élément quelconque. Com­pa­rer :

par beau temps, par grand vent, par vent fort, avec plaisir
par un beau temps inespéré, par un fort très fort, avec un très grand plaisir

Ce­pen­dant la pré­po­si­tion en ne peut jamais être suivie des for­mes d’ar­ti­cle le ni les (les au­tres for­mes d’ar­ti­cle sont pos­si­bles). Devant le et les, il faut alors uti­li­ser d’au­tres pré­po­si­tions. C’est pour cette raison que la lo­cu­­tion ver­bale avoir confiance en (finnois luottaa) a une va­rian­te faire confiance à, ce qui per­met d’uti­li­ser les ar­ti­cles le et les :

Il a confiance en la justice / en ses amis / en sa bonne étoile. Il fait confiance aux experts. Hän luottaa tuomareihin. [et non : il a confiance *en les experts] Tu fais trop con­fian­ce aux dictionnaires en ligne.

Rem. La préposition en peut être suivie des pronoms le ou les par exemple dans un gé­ron­dif : en le disant, en les examinant.

Conjonctions entrainant un ar­ti­cle zéro
Ou d’équivalence

On n’uti­li­se pas d’ar­ti­cle après ou d’équivalence (dans le sens du fin­nois eli). Dans cet em­ploi, l’absence d’ar­ticle signifie que le terme qui suit ou n’est qu’un au­tre nom, une au­tre appellation, du nom qui pré­cè­de. Il s’agit donc d’un em­ploi au­to­ny­mi­que :

La Perse ou Iran l’alouette ou mauviette kiuru eli leivonen le loup ou bar meriahven la marène ou vendace muikku

Avec l’ar­ti­cle, ou signifie « tai » :

les fraises ou les framboises mansikat tai vadelmat

Remar­que : quand il y un ar­ti­cle zéro mar­quant cette valeur d’équivalence de ou, le nom sans ar­ti­cle qui suit ou ne peut pas être dé­ve­lop­pé par un ad­jec­tif ou une pro­po­si­tion re­la­ti­ve, sauf si l’ad­jec­tif et le nom for­ment un mot com­po­sé (une seule no­tion) :

le faucon crècerelle ou émouchet rouge tuulihaukka le grand rorqual ou rorqual commun sillivalas

Ni ré­pé­té

Quand ni est ré­pé­té après un premier ni, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni tombe (n’est pas utilisé) devant le com­plé­ment de ver­be di­rect (CVD) d’une phra­se né­ga­ti­ve ; si ni est em­ployé après une pre­miè­re néga­tion contenant l’ad­ver­be pas, on maintient l’ar­ti­cle :

Elle ne boit ni vin ni bière. vs.
Elle ne boit pas de vin, ni de bière ni de cidre. (de : for­me de l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni mas­sif devant CVD de ver­be né­ga­ti­). 

Nous n’ac­cep­tons ni chèque, ni virement postal, ni mandat. Il n’avait plus ni père ni mère. Ni fleurs ni couronnes [men­tion figurant sou­vent sur les faireparts de décès]

L’article défini ne disparait pas :

Pour des raisons d’hygiène et de sécurité, nous n’acceptons ni les retours ni les échanges de boucles d’oreilles.

L’ar­ti­cle indéfini se maintient si la néga­tion est par­tielle :

Je n’ai acheté ni une perceuse ni une ponceuse. En ostanut porakonetta enkä hio­ma­ko­net­ta. [vaan toisen laitteen.] Il n’a bu ni du vin ni de la bière ni du cidre mais au­tre chose.

Remar­que : ceci ne concerne que le cas ou le grou­pe no­mi­nal est en fonc­tion de com­plé­ment de verbe direct (CVD). Quand le grou­pe no­mi­nal est at­tri­but du su­jet, il n’y a pas de transforma­tion de l’ar­ti­cle dans la phra­se né­ga­ti­ve :

Ce n’est ni de l’or ni de l’argent, c’est du platine. Cette boisson n’est ni de la bière ni de la limonade ni du cidre, c’est de l’hydromel. Ce n’est ni une perceuse ni une scie, c’est une meuleuse. Se ei ole porakone eikä saha vaan kulmahiomakone.

Com­me, en tant que

Les con­jonc­tions com­me ou en tant que ainsi que la pré­po­si­tion en qualité de sont suivies de l’ar­ti­cle zéro quand le nom qu’elles in­tro­duisent in­di­que une fonc­tion ou une qualité (ce qui est ex­pri­mé en fin­nois par le translatiivi en -ksi ou l’essiivi en -nA) :

Il est ici com­me re­pré­sentant du ministre, mais je le connais com­me collègue. com­me traducteur, il gagne en­co­re moins que com­me journaliste. La recherche traditionnelle a négligé le rôle des manuels scolaires com­me outil d’ap­pren­tis­sa­ge. Premier dis­cours de Van der Leyen en tant que Présidente de la Com­mis­sion. De nom­breux pays ont for­mé le vœu de rejoindre l’Alliance en tant que mem­bres à part entière. Jean Starobinski a été reçu en qualité de membre d’hon­neur par l’Académie suisse des sciences médicales.

Après en tant que et en qualité de, on ne peut em­ploy­er au­cu­ne au­tre for­me d’ar­ti­cle que l’ar­ti­cle zéro. En revanche, après le mot com­me, on peut uti­li­ser un ar­ti­cle dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni, mais dans ce cas com­me est interprété quasi automatiquement com­me une con­jonc­tion de com­pa­rai­son (kuten) :

?Il est ici com­me le re­pré­sentant du ministre. Hän on tullut, kuten myös ministerin edustaja. ?Je le connais com­me un collègue. Tunnen hänet kuten kollega voi tuntea jonkun.

Après le ver­be con­si­dé­rer com­me, on uti­li­se ha­bi­tu­el­le­ment un ar­ti­cle (dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni), mais à la place d’un ar­ti­cle in­dé­fi­ni massif ou pluriel, on trouve parfois l’ar­ti­cle zéro :

Ainsi, la frontière entre ce qui est con­si­dé­ré com­me littérature et ce qui ne l’est pas n’est pas tou­jours très nette. = Ainsi, la frontière entre ce qui est con­si­dé­ré com­me de la littérature et ce qui ne l’est pas n’est pas tou­jours très nette.

Arti­cle zéro après cer­tains ver­bes construits avec de

Il exis­te un cer­tain nombre de ver­bes de la langue cou­ran­te se construisant avec la pré­po­si­tion de après lesquels on ne peut pas em­ploy­er d’ar­ti­cle : se tromper de, chan­ger de, servir de :

se tromper de chemin mennä väärää tietä, se tromper de jour erehtyä päivästä
changer de voiture vaihtaa autoa, changer de domicile vaihtaa asuinpaikkaa
Le mot de sert à la fois de pré­po­si­tion, d’ar­ti­cle et de con­jonc­tion.

On peut ce­pen­dant dire se tromper d’un jour. Dans ce cas, le mot un a valeur de dé­ter­mi­nant numéral et non d’ar­ti­cle : erehtyä yhdestä päivästä. Ex­em­ple avec un au­tre nom :

En estimant notre heure d’arrivée, je me suis trompée seu­le­ment d’une minute.

En revanche, il est impos­si­ble d’ajouter quel­que ar­ti­cle que ce soit devant un grou­pe no­mi­nal com­plé­ment des ver­bes changer de ou servir de dans les constructions pré­sen­tées ci-dessus (changer et servir peu­vent aus­si se construire au­tre­ment, et dans ce cas on peut uti­li­ser un ar­ti­cle, par ex­em­ple changer un texte, servir le dessert etc.).

D’au­tres ver­bes sont en gé­né­ral utilisés sans ar­ti­cle, mais on peut aus­si uti­li­ser l’ar­ti­cle dé­fi­ni devant le grou­pe no­mi­nal com­plé­ment du ver­be. Il s’agit des ver­bes accuser de et soupçonner de :

accuser de meurtre syyttää murhasta, accuser d’hypocrisie syyttää tekopyhyydestä Il a été accusé de meurtre. / Il a été accusé du meurtre de son voisin. soupçonner de vol epäillä varkaudesta, soupçonner de trahison epäillä maanpetoksesta On le soupçonne de détournement de fonds. Il est soupçonné du braquage de la ban­que.

Constructions ver­bales par­ti­cu­lières

Il y a + gn sans ar­ti­cle

On uti­li­se l’ar­ti­cle zéro dans des constructions for­mées avec le ver­be il y a, qui ex­pri­ment l’idée que quel­que chose s’est produit ou se produit. Cette tournure est assez fré­quen­te dans la langue courante, mais aussi dans le dis­cours scien­ti­fi­que, di­dac­ti­que ou technique :

Il y a foule dans ce magasin. Tässä kaupassa on tungosta. Est-ce qu’il y a moyen de changer ? Onko mitenkään mahdollista vaihtaa? [légèrement fa­mi­li­er] Il y a er­reur. On tapahtunut erehdys. Il y a con­fu­sion. On tapahtunut sekaannus. Il y a urgence ! Asialla on erittäin kiire! Il y a chute du e muet. Mykkä e heittyy. Dans ce cas-là, il y a occlusion. Silloin tapahtuu okkluusio. Dans vingt- deux, il y a nasalisa­tion de t devant d. Sanassa vingt-deux t nasaalisoituu d:n edellä. Quand un neutron heurte un noyau, il y a explosion. Kun neutroni törmää ytimeen, tapahtuu räjähdys. Quand il y a focalisation, le pro­nom il à ré­fé­rent animé prend la for­me lui. Jos elolliseen viittaavaa pro­nominia il korostetaan, se on muodossa lui.

Si … il y a

Cette for­me avec ar­ti­cle zéro se rencontre fré­quem­ment dans des constructions con­di­tion­nel­les avec in­ver­sion du com­plé­ment de verbe direct (cvd) sous la for­me si cvd il y a. Dans cette construction, le grou­pe no­mi­nal cor­res­pond à la for­me no­mi­nale d’un ver­be, et elle permet no­tam­ment d’effacer l’agent de l’action :

Si rachat il y a, il y aura de tou­te façon des licenciements. (= Si quel­qu’un rachète l’entreprise, il y aura des licenciements). C’est bien un des objectifs poursuivis, mais si améliora­tion il y a, celle-ci ne se manifestera qu’à long terme. À leur retour, si retour il y a, les enfants pourront refuser de revoir celui qui les a aban­don­nés. Si division il y a, le champ de l’image est en général partagé en deux par­ties juxtaposées.

Cette tournure s’uti­li­se aus­si com­me un com­mentaire après une phra­se, pour mar­quer une restric­tion ou un doute (jos nyt edes, jos … ylipäätään, edellyttäen että…) :

Ce sera l’occasion de voir la progression, si progression il y a !… Ils ont dû bien fêter l’évènement avant de monter sur scène… mê­me avant de pré­pa­rer le spec­ta­cle (si pré­pa­ra­tion il y a eu…). 

Si besoin est

On trouve une va­rian­te de cette construc­tion dans laquelle le ver­be il y a est rem­placé par est : si besoin est, qui signifie « si c’est né­ces­sai­re ». Malgré sa for­me ar­chaï­que, cette construc­tion est re­la­ti­ve­ment cou­rante à l’écrit. On la trouve aus­si fré­quem­ment avec le ver­be à l’im­par­fait, qui signifie alors « si cela était né­ces­sai­re/ si cela avait était né­ces­sai­re » :

L’exploitant procède à une estima­tion et, si besoin est, à un mesurage du niveau d’exposi­tion sonore quotidienne. Ce rapport démontre à nouveau, si besoin était, l’importance d’une analyse socioéconomique approfondie.

Verbes et locutions diverses

L’ar­ti­cle zéro s’uti­li­se dans de nom­breuses ex­pres­sions idiomatiques ver­bales ou au­tres. Ces for­mes sont en général des constructions figées qui sont la survivance d’un stade de la langue fran­çaise où l’utilisa­tion de l’ar­ti­cle n’était pas en­co­re dé­fi­nitivement fixée.

– après cer­tains ver­bes :

avoir : avoir besoin de, avoir confiance en, avoir envie de, avoir faim, avoir honte, avoir peur, avoir raison, avoir pitié de, avoir tort avoir affaire à olla tekemisissä kanssa, avoir conscience de olla tietoinen, avoir cours vallita, olla voimassa, avoir droit à olla oikeutettu jhk, avoir ten­dan­ce à, avoir peine à faire qch olla vaikeuksia tehdä et de nom­breux au­tres

faire : faire attention, faire cavalier seul sooloilla, faire peur, faire plaisir, faire défaut puuttua, faire pitié olla säälittävä, faire don de qch lahjoittaa faire état de kertoa jstak, faire cas de väittää, faire grand cas de pitää suuressa arvossa ; faire eau vuotaa, faire er­reur erehtyä, faire face (à) kohdata, faire faillite mennä konkurssiin, faire fonc­tion de toimia jnak, faire halte pitää tauko, faire illusion hämätä, faire irrup­tion tunkeutua, faire (la) grève, faire part de ilmoittaa, faire par­tie de olla osana jtak, kuulua jhk, faire vœu de luvata, faire rage raivota, faire place à antaa sijaa

être : être source de, être par­tie prenante

verbes divers : chercher fortune, crier grâce huutaa armoa, demander pardon, li­vrer bataille käydä taistelua, perdre connaissance mennä tajuttomaksi, perdre haleine hengästyä, porter plainte nostaa kanne, porter bonheur, rebrousser chemin palata, se rendre compte, tenir parole pitää sanansa, prendre for­me muotoutua, chercher querelle haastaa riitaa, prendre part à osallistua, tenir lieu de käydä (jstak), prendre parti valita, prêter main-forte à auttaa, tenir tête à vastustaa, prendre place asettua, prendre congé hyvästellä, erota, porter secours à auttaa, parler fran­çais, refaire surface, reprendre souffle, retrouver vie, tirer profit de qch hyötyä jstak

– dans cer­tai­nes locutions :

aller pieds nus, de pied en cap kiireestä kantapäähän, périr corps et biens upota mie­hi­neen päivineen, se consacrer à quel­que chose corps et âme antautua jollekin täysin, il y a anguille sous roche siinä on koira haudattuna

Utilisa­tion pos­si­ble de l’ar­ti­cle dans cer­tai­nes locutions

Certaines des ex­pres­sions mentionnées ci-dessus peuvent parfois recevoir un dé­ter­mi­nant ou un ad­jec­tif :

Il a eu une peur bleue. J’ai eu la peur de ma vie. J’ai une faim de loup. Elle a une fâcheuse ten­dan­ce à arriver tou­jours en retard.

Dans la majorité des cas, com­me ces ex­pres­sions sont figées, elles ne peuvent pas être mo­di­fiées par un ad­jec­tif ou un dé­ter­mi­nant sans qu’elles deviennent agram­ma­ti­ca­les ou étranges (ou qu’elles prennent un sens dif­fé­rent). Ce­pen­dant, dans cer­tains cas, on peut y ajouter un élément. La possibilité d’ajouter ou non un élément dans des locutions ver­bales figées est plus une ques­­tion de vocabulaire que de gram­mai­re : il n’y a pas de règles permettant de décider si la locu­tion peut être défigée. Certaines locutions sont vraiment figées et ne peuvent être modifiées d’au­cu­ne ma­niè­re, d’au­tres peuvent être modifiées, mais seu­le­ment de telle ou telle ma­niè­re. En règle gé­né­ra­le, il est impos­si­ble d’ajouter seu­le­ment un ar­ti­cle dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni, il faut ajouter aus­si par ex­em­ple un ad­jec­tif ou un ad­ver­be.

L’ar­ti­cle dans cer­tai­nes locutions/ex­pres­sions

Dans la liste d’ex­pres­sions ci-dessous, les constructions pré­sen­tées com­me « im­pos­sibles » peuvent éven­tu­el­le­ment être utilisées, mais avec une au­tre si­gni­fi­ca­tion (cette si­gni­fi­ca­tion est par­fois mentionnée, mais pas sys­té­ma­ti­que­ment). La men­tion « impos­si­ble » indique simplement que quand l’ex­pres­sion est utilisée avec l’ar­ti­cle mentionné, elle n’a pas le mê­me sens qu’avec un ar­ti­cle zéro (donc sans article) . On peut dire par ex­em­ple faire une par­tie de qch, mais cette ex­pres­sion signifie « jouer une par­tie [ottelu] d’un jeu » :

faire une par­tie d’échecs, faire une par­tie de badminton
mais pas :
Ce livre *fait une par­tie im­por­tan­te de cette série. Kirja on tärkeä osa siitä sarjasta.
[er­reur fré­quen­te chez les fin­no­pho­nes]

Forme correcte pour traduire Kirja on tärkeä osa siitä sarjasta :
Ce livre constitue une par­tie impor­tante de cette série. ou
Ce livre est une par­tie im­por­tan­te de cette série.

Dans le doute, il vaut donc mieux regarder dans un dictionnaire, ou chercher des oc­cur­rences ou exemples dans des tex­tes (Internet), ou bien uti­li­ser une ex­pres­sion ou une cons­truc­tion dif­fé­ren­tes.

Liste d’ex­pres­sions avec leurs va­rian­tes pos­si­bles :

L’ar­ti­cle zéro proprement dit

Le choix de l’ar­ti­cle influe sur le sens

Dans les cas exposés dans cette par­tie, l’utilisa­tion de l’ar­ti­cle zéro dépend du sens. On a le choix entre l’ar­ti­cle zéro et d’au­tres ar­ti­cles, selon les cas. C’est le cas des groupes N de N (nom de nom), com­me le chef d’État / le chef de l’État, qui sont parfois des noms com­po­sés.

Noms com­po­sés

Dans un grou­pe N de N, le deuxième terme de N peut servir à restreindre (rajata) le champ sé­man­ti­que du nom pour le dé­fi­nir de façon plus précise  : sac dé­si­gne un sac en gé­né­ral, sac de dame un type de sac par­ti­cu­lier, sac à dos un au­tre type de sac par­ti­cu­lier etc. Dans ce cas-là, le grou­pe for­me ce qu’on appelle un nom com­po­sé, où les deux élé­ments sont né­ces­sai­res pour décrire l’objet de pensée envisagé. En gé­né­ral, le deuxième terme (de N) est avec un ar­ti­cle zéro. Ces noms com­po­sés sont très nom­breux et se for­ment avec diverses pré­po­si­tions :

une salle de bain kylpyhuone, une route de campagne paikallistie, une carte de visite käyntikortti, un chef de gare asemapäällikkö, une salle de classe luokkahuone, un che­min de table kaitaliina, un ticket de métro metrolippu, un verre à eau vesilasi, une bros­se à dents hammasharja, un couteau à pain leipäveitsi, une table de cui­si­ne keit­tiönpöytä, un sac à dos reppu, un livre d’histoire historiankirja, un déodorant pour homme miesten deodorantti, une lampe de bureau pöytälamppu, un verre à pied ja­lal­linen lasi, un sac de plage rantakassi, une queue de cheval poninhäntä, la gravure sur bois puupiirros, la littérature pour enfants lastenkirjallisuus

La majorité des noms com­po­sés donnés en ex­em­ple ci-dessus for­ment une entité impos­si­ble à dé­com­poser et on ne peut pas uti­li­ser d’ar­ti­cle devant le deuxième terme (de N, à N etc.), com­me   ?une carte de la visite,?un livre d’une histoire, *la brosse aux dents etc. Mais, en fonc­tion du sens des mots qui les com­posent, on peut dans cer­tains cas uti­li­ser les deux noms avec un ar­ti­cle, et dans ce cas le grou­pe N de N n’est plus un nom com­po­sé :

une table de cuisine ruokailupöytä / la table de la cuisine keittiön pöytä
une lampe de bureau lukulamppu / la lampe du bureau työhuoneen lamppu
une chaise de jardin puutarhatuoli / une chaise du jardin eräs tuoli puutarhasta

Le choix entre ar­ti­cle dé­fi­ni/in­dé­fi­ni et ar­ti­cle zéro joue un rôle par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant dans les grou­pes comprenant un nom suivi d’un com­plé­ment in­tro­duit par une pré­po­si­tion, le plus sou­vent la pré­po­si­­tion de (par ex­em­ple un sac de dame, un chef d’État etc.). L’utilisa­tion de l’ar­ti­cle zéro devant le deuxième terme (in­tro­duit par de) trans­for­me le nom (ou le grou­pe no­mi­nal) en un élé­ment relationnel permettant de préciser le sens du premier terme (par ex­em­ple quelle en est la fonction, la for­me, la nature etc.). Com­pa­rer :

un sac de dame naistenlaukku, de dame in­di­que la fonc­tion (un sac qu’uti­li­sent les dames)  ;

le sac de dame  : mê­me mot (naistenlaukku), mais il s’agit d’un sac de dame dé­fi­ni par un con­tex­te  ;

le sac d’une dame erään rouvan laukku : le sac peut être n’importe quel type de sac (pas forcément un sac de dame), une dame dé­si­gne une cer­tai­ne dame dont on ne connait pas ou on ne précise pas le nom  ;

le sac de la dame rouvan laukku :  dé­si­gne le sac (de n’importe quel type) d’une dame dé­fi­nie.

Expression de l’in­dé­fi­nition

Dans le grou­pe no­mi­nal le sac d’une dame, l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni du deuxième terme (le grou­pe de N) suffit à ex­pri­mer l’in­dé­fi­nition. Il est in­uti­le de dire un sac d’une dame : cela si­gni­fie­rait que la dame est inconnue, mais qu’on sait mal­gré cela qu’elle a plu­sieurs sacs. Dans ce cas-là, on dirait plutôt :

C’est un sac d’une dame que je connais.

Dans les grou­pes N de N, on mar­que ainsi très rarement deux fois l’in­dé­fi­ni­tion *un N de un N. On dira donc de préférence le sac d’une dame (le sac avec ar­ti­cle dé­fi­ni, car il est dé­fi­ni par son appartenance à la dame, qui reste in­dé­fi­nie). On obtient le mê­me type de varia­tion avec chef d’État :

un chef d’État valtionpäämies
d’État in­di­que la fonc­tion (une per­son­ne qui est à la tête d’un État quelconque)  ;

le chef d’État
mê­me mot valtionpäämies, mais il s’agit d’un chef d’État dé­fi­ni par un con­tex­te  ;

le chef d’un État erään val­tion päämies
l’État n’est pas dé­fi­ni  ;

le chef de l’État val­tion päämies
l’État est dé­fi­ni ; en Finlande, ce groupe nominal désignerait le président de la République.

Les ar­ti­cles dans les grou­pes N de N ne peu­vent ce­pen­dant pas tou­jours varier de la mê­me ma­niè­re. Ainsi, le grou­pe un chef d’un État est très étrange, parce qu’un État (ou tou­te au­tre entité) n’a en gé­né­ral qu’un seul chef (c’est là précisément le sens de chef). 

Au pluriel, l’utilisa­tion de deux in­dé­fi­nis serait net­te­ment plus naturelle (puis­que si un pos­ses­seur possède un objet, plu­sieurs possesseurs possèdent au total plu­sieurs objets). Le pluriel apporterait éven­tu­el­lement des nuances supplémentaires :

(1a) Le carton contenait des sacs de dame. 
(2a) Sur les bancs se trouvaient des sacs de dames qui étaient allées danser. [de dames = pluriel de d’une dame, règle d’effacement]
(3a) Des chefs d’État se sont rendus au sommet pour discuter de la crise fi­nan­ciè­re. 
(4a) Ce sommet a accueilli des chefs d’États ayant connu une croissance record.

Com­pa­rer avec le sin­gu­lier :

(1b) Le carton contenait un sac de dame.
(2b) Sur le banc se trouvait le sac d’une dame qui était allée danser.
(3b) Un chef d’État s’est rendu au sommet pour discuter de la crise financière.
(4b) Ce sommet a accueilli le chef d’un État ayant connu une croissance record.

Dans les phra­ses 1a/1b et 3a/3b, on uti­li­se l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (pluriel ou sin­gu­lier) devant le grou­pe de N. En revan­che, dans les phra­ses 2a et 4a, on uti­li­se un ar­ti­cle in­dé­fi­ni pluriel, mais dans les phra­ses cor­res­pon­dan­tes avec grou­pe no­mi­nal au sin­gu­lier 4b/4b, on uti­li­se l’ar­ti­cle dé­fi­ni, car il n’y a plus qu’un seul com­plé­ment du nom pos­si­ble.

Remar­que : dans la phra­se 3a, le pluriel du mot com­po­sé chefs d’État s’écrit avec État au sin­gu­lier, com­me on l’attend lo­giquement : les chefs ne sont chacun à la tête que d’un seul État. Mais cette règle semble ignorée d’un grand nombre d’usagers de la langue, on trouve sur Internet de très nom­breuses occurrences de la for­me les/des chefs d’États avec un s à État. En revanche, on pourrait écrire des chefs d’États pétroliers, car ce grou­pe se décompose com­me chef + États pétroliers. Il s’agit de per­son­nes (chef) à la tête d’États pro­duc­teurs de pétrole (en fin­nois öljytuottajamaiden päämiehiä).

Pour d’au­tres ex­em­ples, voir l’étude de cas coucher de soleil et qualité de lecteur ci-des­sous.

Littérature pour enfants…

Pour le mot lastenkirjallisuus, on trouve aus­si la va­rian­te la littérature d’enfants. De mê­me, il exis­te le terme film pour enfants. L’utilisation de l’ar­ti­cle peut jouer un rôle non négligeable : aikuisille tarkoitettu kir­jal­li­suus, dans un con­tex­te où on l’oppose à la littérature pour enfants, se dit plutôt la littérature pour les adul­tes. En effet, avec ar­ti­cle zéro, le mot com­po­sé littérature pour adultes a ten­dan­ce à évoquer la lit­té­ra­ture érotique. Le mot film pour adultes dé­si­gne en pra­ti­que un film érotique, sauf si le con­tex­te permet de com­pren­dre qu’on l’oppose à film pour enfants, mais mê­me dans ce cas, le terme film pour adultes a une connotation assez forte, et il faudrait dire plutôt un film pour les adultes. On voit donc que le choix de l’ar­ti­cle dépend aus­si du « contenu sé­man­ti­que » du nom.

Dans de nom­breux cas, l’étu­diant de fran­çais lan­gue étran­gè­re est donc obligé non seu­le­ment de com­pren­dre les mécanismes de l’op­po­si­tion dé­fi­ni/ in­dé­fi­ni/ zéro, mais aus­si de connaitre cer­tai­nes subtilités du vocabulaire (et donc, de la culture cible).

L’ar­ti­cle « zéro » devant les noms de profession

Cas gé­né­ral

Devant un nom en fonc­tion d’at­tri­but du su­jet (predikatiivi) in­di­quant une pro­fes­sion, il n’y a nor­ma­le­ment pas d’ar­ti­cle. Ceci s’explique par le fait que quand le nom est employé pour dé­si­gner une profession, il est as­si­milable à un ad­jec­tif, et, donc, utilisé sans article :

Aline est architecte. Ses parents étaient agriculteurs. M. Boutefeu est tra­duc­teur. Son père est dentiste. Notre voisin est di­rec­teur de banque. Quand elle était petite, elle rêvait de devenir actrice, mais elle a fini professeure de fran­çais.

Toutes ces phra­ses répondent à la ques­tion « quelle est la profession de X ? » :

Quelle est la profession de ses parents ? Ils sont agriculteurs.
Quelle est la profession de notre voisin ? Il est ramoneur (nuohooja).

Pas de com­plé­ment pos­si­ble

On em­ploie le nom de profession comme adjectif (et sans article) uni­que­ment si le nom est utilisé sans com­plé­ment. Si on le dé­ter­mine ou on le complète avec un élé­ment par­ti­cu­lier (un possessif, un ad­jec­tif, une pro­po­si­tion re­la­ti­ve etc.), il faut uti­li­ser un ar­ti­cle :

Qui est Pierre ? — Pierre est un architecte renommé.
Com­ment connais-tu son père ? — Son père est le dentiste de notre famille.

En effet, dans ce cas-là, on ne répond plus à la ques­tion « quelle est la profession de X ? » (architecte célèbre n’est pas une profession, le dentiste de notre famille non plus), mais à la ques­tion « qui est X ? ». Autrement dit, on veut définir l’identité de la per­son­ne, et dans ce cas on on utilise en gé­né­ral la construction c’est…. Si on de­man­de au su­jet d’un inconnu Qui est-ce que c’est ?, il est logique qu’on ne réponde pas il est pro­fes­seur, mais c’est un professeur, parce qu’on n’a pas demandé quelle est sa profession ? ou qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?, mais qui était cette personne.

En posi­tion détachée

Quand le nom de profession est placé en posi­tion détachée en prolepse, il reste sans ar­ti­cle. C’est ainsi que s’explique l’absence d’ar­ti­cle après de dans les phra­ses sui­vantes :

Il était boxeur, maintenant il est devenu chanteur. → De boxeur, il est devenu chanteur. Hän vaihtoi nyrkkeilijästä laulajaksi. Il était footballeur amateur, et il est passé [siirtynyt] professionnel en 2019. → De footballeur amateur, il est passé professionnel en 2019. Hän siirtyi ammattipelaajaksi v. 2019.

Avec un ad­jec­tif, ce serait le mê­me mo­dè­le :

Il était déjà impertinent, mais maintenant il est devenu franchement malpoli. → D’impertinent, il est devenu franchement malpoli. Hänen nenäkkyytensä on muuttunut suorastaan töykeydeksi. L’opéra­tion est déjà gé­né­ra­le­ment dif­fi­ci­le, mais dans ce cas elle devient impos­si­ble. → De dif­fi­ci­le, l’opéra­tion devient dans ce cas impos­si­ble. Leikkaus ei ole silloin pelkästään vaikea vaan suorastaan mahdoton.

L’ar­ti­cle zéro dans les apposi­tions

Le nom en fonc­tion d’apposi­tion a sou­vent un ar­ti­cle zéro (il y a beau­coup d’ex­cep­tions et l’em­ploi de l’ar­ti­cle avec l’apposi­tion est assez compliqué) :

M. Guérin, di­rec­teur de la cave coopérative, nous a fait visiter la cave. Giono, écrivain peu connu en Finlande, est l’un des plus grands écrivains fran­çais du XXe siècle. Nous avons mangé du mämmi, plat traditionnel de Pâques.

La ville de Paris, le mois de février

On considère aus­si com­me apposi­tion un nom qui dé­ve­lop­pe un mot après de ; dans ce cas, on n’uti­li­se jamais d’ar­ti­cle :

le mot de poisson sana ”kala” le terme de « nom » substantiivi-sana [mot à mot « sana ”substantiivi” »] la profession de médecin lääkärin ammatti [mot à mot lääkäri -ammatti] la ville de Paris la République de Finlande Suomen tasavalta [mot à mot Suomi-tasavalta] le mois de février helmikuu [mot à mot helmikuu-kuukausi] Le qualificatif de « professionnel » [määritelmä ”ammattilainen”] ne convient pas à ce jeune joueur. Le terme de pro­nom est impropre pour dé­si­gner le mot cette. Microsoft a déposé un brevet qui redé­fi­nit le concept de clavier virtuel. Le concept de communica­tion n’est pas facile à dé­fi­nir.

La pré­po­si­tion de joue ici, et dans d’au­tres cas, le rôle d’un mar­queur d’équivalence ou d’une con­jonc­tion (voir aussi la définition de konjunktio en finnois), qui peut rem­pla­cer une com­plé­tive ou une construc­tion re­la­ti­ve :

le fait de parler ↔ le fait que tu parles
Il n’est pas in­uti­le de relire. ↔ Il n’est pas in­uti­le que vous relisiez.
Ils ont décidé de partir. ↔ Ils ont décidé qu’ils partiraient.
Ce petit plaisantin de Christian m’a fait une farce. ↔ Christian, qui est un petit plaisantin, m’a fait une farce.

Ces constructions reposent donc sé­man­ti­quement sur la structure sui­vante :

le mot de nom = le mot qui est un nom
la profession de médecin = la profession qui est « médecin »
le mois de février = le mois qui est février
le terme de pro­nom = le terme qu’on appelle « pro­nom » etc.

Ce N de

On retrouve la mê­me valeur appositive dans des constructions N de N où le premier N ex­pri­me une évaluation. Ces constructions peuvent être paraphrasées par une relative avec at­tri­but du su­jet :

ce paresseux de Jean = Jean, qui est un paresseux
cette merveille d’inven­tion = cette inven­tion, qui est une merveille

Cet em­ploi est fré­quen­t dans le fran­çais parlé (no­tam­ment avec un dé­ter­mi­nant dé­mons­tra­tif), mais s’uti­li­se aus­si dans d’au­tres contextes et d’au­tres déterminants :

cette crème de Bernard [Bernard est une crème todella mukava tyyppi] ■ cette saleté de bidule [ce bidule est une saleté] ■ Cet abruti de contrôleur [ce contrôleur, qui est un abruti] n’a pas voulu me croire. ■ J’ai essayé de faire démarrer cette saloperie de tondeuse, mais sans résultat [cette tondeuse, qui est une saloperie] ■ Aurons-nous un jour une suite à cette merveille de dessin animé ? [à ce dessin animé, qui est une merveille] ■ Asus a dévoilé aujourd’hui son monstre d’ordinateur, prin­ci­pa­lement dédié au jeu [son ordinateur, qui est un monstre].

Emplois autonymiques du nom

Quand on com­mente, cite, explique, traduit ou paraphrase un mot par un au­tre, le mot n’est pas dé­ter­mi­né par un ar­ti­cle ni un au­tre dé­ter­mi­nant. Il est autonyme, au­tre­ment il se dé­si­gne lui-mê­me com­me objet lexical ; il est à l’état de concept. Pour souligner cette valeur de concept du nom, on le met fré­quem­ment entre guillemets ou en italiques, mais ce n’est pas systématique, car l’ar­ti­cle zéro à lui seul suf­fit pour montrer que le nom a cette valeur par­ti­cu­lière :

Ne mettez pas de a dans ex­em­ple. En fran­çais, agression s’écrit avec un seul g, en fin­nois aggressio avec deux g. En fran­çais, exercice s’écrit avec un c, en anglais avec un s. Il ne faut pas confondre magasin et magazine. Ei saa sekoittaa sanoja magasin [kauppa] ja magazine [aikakauslehti]. Muikku se dit en fran­çais « marène » ou « vendace ». Le fin­nois karamelli se traduit bonbon et non pas caramel. En France, le mot haute école signifie « kouluratsastus » et pas du tout « korkeakoulu ». En Belgique, haute école signifie « korkeakoulu ». La déno­mi­na­tion d’un concept est dite « terme ». Käsitteen nimitystä sanotaan termiksi. La descrip­tion d’un concept au moyen de mots est dite « dé­fi­nition ». Käsitteen kielellinen kuvaus on määritelmä. Aulx est le pluriel peu usité de ail. Modèle est mas­cu­lin, analyse est fé­mi­nin.

Tout élé­ment gram­ma­ti­cal peut être employé de façon autonymique et se comporte alors com­me un nom :

Eusse est l’im­par­fait du sub­jonc­tif d’avoir.

Remar­que :  le mot employé de façon autonyme est sans genre, et for­mel­le­ment il s’ac­cor­de au mas­cu­lin sin­gulier :

Spéciale est sin­gu­lier, spéciaux est pluriel. Forêt est fé­mi­nin, mais foret est mas­cu­lin.

L’ar­ti­cle zéro dans les énumérations

Dans le code écrit, on omet sou­vent l’ar­ti­cle dans des énumérations :

Financiers, urbanistes, économistes, juristes et au­tres chercheurs s’occupent de ce pro­blè­me. En Finlande, le président de la République — et lui seul — a le privilège d’ac­cor­der titres et décorations. Arvonimien ja kunniamerkkien myöntäminen on tasavallan presidentin yksinoikeus. L’édifice porte la mar­que du néo­clas­si­cis­me : surfaces lisses et unifor­mes, fenêtres à motifs hautes et étroites.

Dans le code écrit, la suppression de l’ar­ti­cle permet d’uti­li­ser des noms re­pré­sentés massivement dans un sens gé­né­ri­que com­me su­jet du ver­be (a), ce qui est en gé­né­ral im­pos­si­ble ou au moins bizarre (b) ; dans la langue cou­rante, la phra­se (b) devient plus naturelle si on uti­li­se une cons­truc­tion dis­lo­quée (c) :

(a) Huile, vinaigre, sel et poivre sont les ingrédients né­ces­sai­res pour faire une vinaigrette.
(b) ?? De l’huile, du vinaigre, du sel et du poivre sont les ingrédients né­ces­sai­res pour faire une vinaigrette.
(c) De l’huile, du vinaigre, du sel et du poivre, c’est tout ce qu’il faut pour faire une vinaigrette.

L’em­ploi ou la suppression de l’ar­ti­cle dans ces cas demande un cer­tain sens de la langue, car il exis­te de nom­breu­ses contraintes (longueur de l’énumération, type de ver­be, type de texte etc.). Dans la langue cou­rante, on met plutôt l’ar­ti­cle (dé­fi­ni ou in­dé­fi­ni selon les cas) et l’étu­diant de fran­çais lan­gue étran­gè­re a intérêt à uti­li­ser plu­tôt un ar­ti­cle. En revanche, l’ar­ti­cle zéro est par­fai­tement normal dans une liste de produits ou d’ob­jets. Dans ce cas-là, les noms de la liste sont com­me des ap­po­si­tions au « con­te­nu » de la liste, et dans ce cas, si on uti­li­sait un ar­ti­cle, ce serait l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (comp­ta­ble ou massif) :

Pour l’excursion, n’oubliez pas d’emporter les objets sui­vants : couteau, gourde, lampe de poche, bottes, allumettes. Composition : farine de seigle, levure, eau, sel. Dans notre analyse, nous examinerons plu­sieurs types de mots : (des) ad­ver­bes, (des) con­jonc­tions, (des) pré­po­si­tions.

L’ar­ti­cle zéro après cer­tains ver­bes explicatifs

Le groupe nominal (GN) est utilisé avec un ar­ti­cle zéro après divers ver­bes qui expliquent le sens de ce GN en question. Celui-ci a donc une valeur autonymique (voir ci-des­sus). Dans ce cas aus­si, on met fré­quem­ment le GN entre guillemets ou en italiques, mais ce n’est pas systématique.

Appeler, nommer

Ces ver­bes cor­res­pondent au finnois kutsua ou sanoa suivi d’un translatiivi (for­me en ‑ksi). Le ver­be est construit sur le mo­dè­le appeler + com­plé­ment de verbe direct + at­tri­but du com­plé­ment :

On appelle ce phénomène « parallaxe de mouvement ». On nomme ce cycle « cy­cle de Méton ».

L’ar­ti­cle zéro signifie que la structure peut se paraphraser ainsi :

Pour dé­si­gner ce phénomène, on uti­li­se le terme technique « parallaxe de mou­ve­ment ». Pour désigner ce cycle astronomique, on uti­li­se le terme technique « cycle de Méton ».

Autrement dit, le nom qui est at­tri­but du com­plé­ment est pré­sen­té com­me une en­trée de dictionnaire (sanakirjan hakusana), une dé­fi­ni­tion « technique » typique d’un domaine de spécialité. Autres ex­em­ples :

On appelle dé­ter­mi­nant le mot qui figure en tête du grou­pe no­mi­nal. On appelle « ascendance thermique » une ascendance résultant des mouvements de convec­tion thermique de l’atmosphère. On appelle amas ouverts les grou­pes d’étoiles, es­sen­tiel­le­ment présents dans le disque de notre Galaxie, et dans celui d’au­tres galaxies spirales.

Plus fré­quem­ment, l’at­tri­but du com­plé­ment du ver­be appeler ou nommer est pré­sen­té sim­ple­ment com­me un mot qu’on uti­li­se pour nommer quel­que chose (sans donner à ce terme un caractère technique de dé­fi­ni­­tion de dictionnaire). On uti­li­se alors un ar­ti­cle in­dé­fi­ni ou dé­fi­ni :

Les planeurs flottent sur des cou­rants ascendants que l’on appelle des as­cen­dan­ces thermiques. Les astronomes ont mis en évidence des grou­pements que l’on appelle des amas de galaxies. Il conviendra d’essayer de nouvelles méthodes de diffusion de ce que l’on appelle les « bonnes pra­ti­ques ». Les for­mes actuelles de mal-être qu’on appelle les maladies de civilisa­tion cor­res­pondent donc aux conditions physiques et psychosociales de notre société.

Entendre par, dé­si­gner par

Ces deux ver­bes peuvent s’uti­li­ser avec le sens de « signifier ». Le grou­pe pré­po­si­tionnel in­tro­duit par le mot par est assez sou­vent en tête de phra­se, no­tam­ment dans le cas d’entendre par :

Par littérature pour enfants, on dé­si­gne la littérature destinée aux enfants et écrite pour les enfants. Par « pro­nom », on entend communément tout mot qui en « remplace » un au­tre. On entend par matériel vinaire ce qui touche au mout et au vin et par logements vinaires, tou­te cuve ou tout récipient contenant le mout ou le vin. Par ex­pres­sions culturelles, on entend les dif­fé­ren­tes ma­ni­fes­ta­tions de la créativité des individus et des grou­pes sociaux. À l’origine, on dé­si­gnait par « suite » une série d’airs de danse écrits dans la mê­me tonalité. Nous entendons par tourisme durable le tourisme qui rend compatible le dé­ve­lop­pement de cette activité économique avec le respect et la préserva­tion des ressources naturelles. Quelle inspiration, philosophique et ironique, a pu saisir les médecins pour qu’ils dé­si­gnent par « patient », au XIVe siècle, celles et ceux qu’ils examinaient ?

Le ver­be entendre par peut s’uti­li­ser dans le sens de « si­gni­fier », dans une tournure cou­ran­te où il est complété par l’ad­ver­be , qui sert d’allomorphe du pro­nom ça :

Qu’entendez-vous par là ? Mitä te tarkoitatte sillä ? J’aimerais bien qu’on m’ex­pli­que ce que les politiciens entendent par là. Kuulisin mielelläni, mitä poliitikot tar­koit­tavat sillä.

Dans cet emploi, l’utilisation du groupe par là est quasiment obli­ga­toi­re, car sans ce groupe, le ver­be entendre si­gni­fie soit « kuulla » soit « edellyttää ». Com­pa­rer :

J’entends que nous aurions dû faire preuve de plus dé­ter­mi­na­tion.
Kuulen kerrottavan, että meidän olisi pitänyt osoittaa enemmän päättäväisyyttä.
J’entends par là que nous aurions dû faire preuve de plus dé­ter­mi­na­tion.
Tarkoitan, että meidän olisi pitänyt osoittaa enemmän päättäväisyyttä.

J’entends que nous fassions preuve de plus détermination. Vaadin, että osoitamme enemmän päättäväisyyttä.
J’entends par là que nous ferons preuve de plus détermination. Tarkoitan, että tulemme osoittamaan enemmän päättäväisyyttä.

On peut ce­pen­dant uti­li­ser un ar­ti­cle après par quand le ver­be entendre par signifie « re­pré­sen­ter », « être quel­que chose » :

Vous comprenez ce que les sociologues entendaient par la rupture. [= ce qu’est la rupture selon les sociologues] À l’occasion d’une exposition, une dame a demandé à Picasso ce qu’il entendait par la peinture. [= ce qu’était pour lui la peinture]

Tarkoittaa jollakin…

Dans la construc­tion tarkoittaa jollakin termillä (« vouloir dire par tel ou tel terme »), on uti­li­se le ver­be entendre par suivi du nom sans ar­ti­cle et entre guillemets. Ex­em­ples :

Par « dé­ve­lop­pement durable », nous entendons l’évolu­tion qui… On entend gé­né­ra­le­ment par « langue parlée » une for­me par­ti­cu­lière… Dans ce qui suit, nous entendrons par « apprentissage » la concep­tion constructiviste évoquée ci-dessus.

Il peut être plus simple de dire :

On donne gé­né­ra­le­ment au terme langue parlée le sens de « va­rian­te… »… ou
On dé­fi­nit gé­né­ra­le­ment la langue parlée com­me une va­rian­te….

Mais mê­me dans ce cas, il faut faire atten­tion à l’ar­ti­cle zéro. De mê­me, en finnois on peut uti­li­ser tarkoit­taa pour dire tekijä tarkoittaa (tarkoittanee)… En fran­çais on dit dans ce cas :

L’auteur entend (sans doute) que…
L’auteur entend par là que…

Parler de

Ce ver­be peut s’uti­li­ser éga­le­ment pour énoncer une dé­fi­ni­tion d’un phénomène quelconque. En finnois, on uti­li­se éga­le­ment le ver­be puhua dans ce sens (la cons­truc­tion on peut parler de… peut se paraphraser en finnois silloin käytetään termiä…) :

On peut parler de maigreur lorsque l’indice de masse corporelle est aux alentours de 10/12. On parle de retard de dé­ve­lop­pement lorsqu’un enfant franchit tou­tes les phases de dé­ve­lop­pement, mais à un âge plus avancé que prévu.

L’ar­ti­cle dans les titres et affiches

Les titres de journaux, d’œuvres artistiques (films, pièce de musique etc.), d’ou­vra­ges écrits, de par­ties d’ouvrages etc., sont sou­vent des ex­pres­sions no­mi­nales, sans ver­be. Le choix de l’ar­ti­cle y joue un rôle im­portant. On peut uti­li­ser l’ar­ti­cle zéro ou un au­tre ar­ti­cle. Le sens du groupe nominal change alors parfois net­te­ment.

L’ar­ti­cle dans les titres

Le choix de l’ar­ti­cle dans les titres ou les noms de par­ties d’ouvrages, entre au­tres les ar­ti­cles scientifiques ou mémoires scientifiques, pose sou­vent des pro­blè­mes aux étudiants qui rédigent par ex­em­ple leurs travaux de recherche.

On n’uti­li­se pas d’ar­ti­cle quand le grou­pe no­mi­nal décrit un con­te­nu, un concept, no­tam­ment dans les cas sui­vants :

a. quand on dit que quel­que chose s’est produit :

nom­breux accidents sur la route ce weekend [= Il y a eu de nom­breux accidents.] Découverte d’un vaccin contre le rhume [= On a découvert un vaccin.] Élec­tion d’un nouveau président de la République [= On a élu un nouveau président.] Nouveaux rebondissements dans l’affaire des fausses factures [= Il y a eu de nouveaux rebondissements.]

b. quand on dit d’un livre, d’un film, d’un chapitre de livre, d’un paragraphe de texte etc., ce qu’il contient, ce que c’est :

Livre blanc sur la politique sociale Rapport annuel Présenta­tion de la situa­tion économique Proposi­tion de directive Méthode de trompette Sonate pour piano Mémoire de master Thèse de doctorat Grammaire du fran­çais Livre d’exercices Avant-propos Introduction Remar­ques préliminaires ex­em­ples Bibliographie Annexe

On uti­li­se l’ar­ti­cle dé­fi­ni dans les titres quand on parle de quel­que chose, quand on com­mente, quand on explique etc. L’ar­ti­cle dé­fi­ni indique que le con­te­nu sé­man­ti­que du titre peut être identifié de façon univoque, par des repères très variés :

Le nouveau vaccin contre le rhume [La découverte du vaccin est connue ; on explique maintenant en quoi elle consiste, com­ment elle a été faite etc.] L’élec­tion d’un nouveau président de la République [On explique com­ment l’élec­tion se fait, quelle est son importance etc.] Le mémoire de master [com­me titre de livre signifierait qu’on va expliquer com­ment faire un mémoire de master] La gram­mai­re du fran­çais [On va présenter la gram­mai­re du fran­çais, ses ca­rac­té­ris­ti­ques etc., et non pas donner des règles.] L’introduc­tion [On va expliquer com­ment faire une introduction.] La bibliographie [On va expliquer com­ment rédiger une bibliographie.]

Les nuances sont donc im­por­tan­tes ! Atten­tion dans les travaux écrits (mémoires, ar­ti­cles, thèses etc.) ! Règle de base : sans ar­ti­cle on annonce ce qu’on va faire  ; avec l’ar­ti­cle dé­fi­ni on annonce de quoi on va parler. Ex­em­ples :

Introduc­tion = Seuraavassa tulee johdanto / Nyt esitän johdannon tms.
L’introduc­tion = Miten johdanto laaditaan tai on laadittu kautta aikojen tms.
Mémoire de master = Tämä teos on maisterintutkielma.
Le mémoire de master = Miten maisterintutkielma laaditaan

Menus, panonceaux, panneaux routiers

Com­me dans le cas pré­cé­den­t, dans les menus, panonceaux, panneaux routiers etc., le grou­pe no­mi­nal est l’ex­pres­sion du pur con­te­nu sé­man­ti­que du nom, sans précision sur le contexte d’em­ploi. On n’uti­li­se donc pas d’ar­ti­cle :

Menu touristique Entrée Lotte à l’armoricaine Plat du jour Fromages Soufflé au fromage Dessert Parking Produits fermiers Spécialités ré­gio­na­les Danger – Chute de pierres Sortie de secours Déviation Travaux

On trouve ce­pen­dant des menus fantaisie dans lesquels les plats sont dé­si­gnés par des méta­pho­res, avec un ar­ti­cle dé­fi­ni :

Le prince de l’océan [= saumon] Le régal des escargots [= salade verte] Le roi du Brésil [= café] etc.

L’ar­ti­cle dé­fi­ni signifie que le con­te­nu de la métaphore est identifiable par référence implicite à un cadre de connaissances communes concernant la structure des repas (à la fran­çaise) en général. Là en­co­re, l’interpréta­tion de l’ar­ti­cle par l’étu­diant de fran­çais lan­gue étran­gè­re nécessite des connaissances culturelles.

Étude de cas: coucher de soleil et qualité de lecteur

Coucher de soleil

 Certains mots ne sont ordinairement pas repré­sen­tés sous une for­me in­dé­fi­nie. On ne peut alors pas uti­li­ser tou­tes les com­bi­nai­sons d’ar­ti­cle pos­si­bles. C’est le cas par ex­em­ple avec coucher de soleil :

a.  Un coucher de soleil : for­me neu­tre, coucher de soleil est un mot com­po­sé, un concept (auringonlasku dans le sens de iltarusko) :

Ce soir il y avait un magnifique coucher de soleil. (Un sert à caractériser le coucher de so­leil, avec l’adjectif magnifique.)

b.  Le coucher de soleil  : for­me dé­fi­nie du pré­cé­den­t ; le peut s’interpréter de deux façons. Dans la phra­se (a) ci-dessous, l’ar­ti­cle dé­fi­ni le ren­voie au contexte (le coucher de soleil qu’il y avait ce soir), alors que dans la phra­se (b), l’ar­ti­cle dé­fi­ni le (qui se trouve contracté dans du = de + le) est une référence au coucher de soleil, c’est-à-dire le coucher de soleil qui d’après notre expérience du monde se produit tous les jours :

(a) Le coucher de soleil était magnifique ce soir.
(b) La couleur du coucher de soleil permet parfois de prédire le temps.

c.  Le coucher du soleil  : dans la phra­se (c), le mot soleil est avec ar­ti­cle dé­fi­ni (du = de + le) puis­qu’il n’y a qu’un seul soleil dans notre cadre de référence commun. Ce soleil ne se couche qu’une fois par jour, l’ar­ti­cle dé­fi­ni le devant coucher est la mar­que de cette unicité. Il n’y a pas d’au­tres couchers du soleil pos­si­bles :

(c) Au coucher du soleil, tout le monde s’est rassemblé pour la fête.

En revanche, sur la Terre au moins, on ne peut pas dire le coucher d’un soleil, car il n’y a qu’un seul soleil qui brille pour la Terre. Sur une planète se trouvant dans un sys­tème d’étoiles double ou triple, ce ne serait pas impos­si­ble.

Les qualités de…

La construc­tion qualité de + GN est un au­tre ex­em­ple qui montre que le sens des noms peut avoir des effets sur les possibilités de choix de l’ar­ti­cle, ou que le choix de l’ar­ti­cle peut indiquer une valeur par­ti­cu­liè­re du nom. Cette variété est fon­da­men­ta­le­ment due à la polysémie du mot qualité. Com­pa­rer :

a.  les qualités de lecteur (de qqn) signifie les qualités d’une personne dans l’art de la lecture. Ex­em­ple :

Les qualités de lecteur de Jean sont incontestables. = Les qualités que montre Jean dans la lecture (d’un texte à haute voix, par ex­em­ple) sont incontestables.

On pourrait donc dire ses qualités de lecteur. En finnois, la ma­niè­re la plus explicite de rendre la phra­se ci-dessus serait de dire Jean on erinomainen lukija (plutôt que : Jeanin lukija-ansiot ovat kiistämättömät).

b.  Le grou­pe no­mi­nal les qualités du lecteur dé­si­gne les qualités ominaisuudet (pro­pri­é­tés), mais aus­si ansiot (mérites) de la per­son­ne qui lit, qui ne sont pas for­cé­ment ses qualités com­me lecteur (il peut s’agir de sa beauté, de sa gé­né­ro­sité etc.). Ainsi, on pourrait imaginer la phra­se :

Nul ne contestera les qualités du lecteur de ce texte [sous-entendu, par ex­em­ple : les qualités scientifiques].

c.  la qualité du lecteur : peut être le singulier du pré­cé­den­t (lukijan ansio), ou peut signifier la qualité de la personne qui lit dans son travail de lecture (lukijan osaa­mi­nen, lu­ki­jan taito lukijana).

d.  la qualité de lecteur : peut être le singulier du cas a. ci-dessus, mais peut aus­si signifier lukijan ominaisuus, lukijana olo (le fait d’être un lecteur, l’état de lecteur, sens par­ti­cu­lier de qualité).

On voit donc que le sens de ces grou­pes dépend non seu­le­ment du choix de l’ar­ti­cle, mais aus­si du sens du nom Il est clair que pour les fin­no­pho­nes (ou d’au­tres étu­diants fran­çais lan­gue étran­gè­re dans la langue maternelle desquels il n’y a pas d’ar­ti­cle), le choix de l’ar­ti­cle dans ces cas (et dans d’au­tres) pose des dif­fi­cultés con­si­dé­rables.

ISBN 978-951-39-8092-4 © Jyväskylän yliopisto 2020
Page 19. L’ar­ti­cle zéro. Dernière mise à jour : 10.1.2022